Skip to main content

Full text of "Histoire de la civilisation en France, depuis la chute de l'empire romain jusqu'en 1789"

See other formats


ll"':?^   _•*'>. 


Vw.  ?/t*'. 


:^»<:>^ 


il^^-^./>^ 


•^*^?/;A^-'^^:?^*f^ 


^-1  ^a 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2009  with  funding  from 

Universityof  Ottawa 


Iittp://www.arcliive.org/details/liistoiredelacivi03guizuoft 


COURS 

D'HISTOIRE 

MODERNE. 


(COUHS  DX    1829.) 


Cibraivif  îif  |3icl)on  d  Wx^xtv- 


DE  LA  RÉVOLUTION  D'ANGLETEPaiE , 

SUIVIE   DE  l'histoire  DE  LA  RESTAURATION. 

PAR.  M.  GUXZOT. 

Cet  ouvrage  formera  cinq  volumes  in-8,  dont  deux  paraissent. 
Prix  de  chaque  vol.  7  Ir. 


PAB.   M.  GUIZOT. 

I  volume  ir.-8,  nouvelle  édition.    1828.  Prix  :   4    f'' 


^SIDÉRÉE   DANS   SA   SOURCE  ,  SES  FORMES  ,  ET  SES  DÉVELOPl'EMtt 

PAR  ïtt.  BEISrJAMIBir-CONSTAWT. 

Quatre-    volumes  iu-8.   (  le   tome   4  »'st  sous  presse  ). 
Prix  des  trois  volumes  parus  ,  22  fr. 


ISAUUITESDt    l'anglais,     AVEC   DES    NOTES  HISTORIQUES  «T    POLITIQUES, 

PAK  M.  PARISOT. 

Deux  vol.  iii-8  ,  nouv.  édit. ,  £  IÎ28.  Prix  :  12  li'. 


IMPRIMERIli  DE  A.  UAUiUliK 

,.if  d«  Miu-..ii,  s..«;.,  11.  ■:• 


Gi^c>*5i^^ 


COURS 

D'HISTOIRE 

^  MODERNE, 


PAR  M.  GUIZOT, 

PROFESSEUR    A    LA    FACULTÉ    DES    I^ETTRES    UE    PARIS. 


HISTOIRE 


l.A  CIVILISATION  EN  FRANCE, 

DEPUIS    LA    CHUTE    DE    l'eMPIRE    ROMAIN 

jusqu'en   1789- 


TOME  III. 


PARIS, 

PÎGHON  ET  BIDISR,  ÉDITEURS, 

UmiAintSCOWMlSSlONNAlUES,  SUCC'SSEtJRS  IIE  BÉCHET  AINE 
QUAI    DES    ACCUSTIKS,    ^.    ^J. 

1829. 


/ CORNELL 

VERS1TY 


r-^^ 

-■«.-f 


tf" 


TABLE  DES  SOMMAIRES 


LX  VINGT-CINQUIÈME  A  LA  TRENTE  SIXIÈME  LEÇO> 


iriNGT-CINQUISME   LEÇON. 

Page  i. 

Histoire  de  la  législation  de  la  mort  de  Charlemagne  i 
l'avènement  de  Hugues  Capet. — Nécessité  de  déter- 
miner avec  précision  les  caractères  généraux  de  la  légis- 
lation aux  deux  termes  de  cette  époque  pour  en  bien 
comprendre  la  marche  pendant  son  cours.  —  i°  De 
l'état  de  la  législation  sous  Charlemagne.  — Elle  est  per- 
sonnelle, et  varie  selon  les  races.  —  L'Église  et  le  pou- 
voir impérial  y  portent  quelque  unité.  —  2°  De  l'état 
de  la  législation  après  Hugues-Capet.  — Elle  est  territo- 
riale; les  coutumes  locales  ont  remplacé  les  lois  nationa- 
les.— Tout  pouvoir  législatif  central  a  disparu. — 5°  His- 
toire de  la  législation  dans  la  Gaule-Franque  entre  ces 
deux  termes.  —  Tableaux  analytiques  des  capitulaires  de 
Louis -le -Débonnaire,  Charles-le -Chauve  ,  Louis-le- 
Bcgue,  Carloman  ,    Eudes,  et  Charles-le-Simple.  — 


V|  TABLE 

Comparaison  de  ces  tableaux  d'après  les  chiffres  seul&, 
— Comparaison  des  dispositions  des  capitulaires.  —  Ré- 
sultats généraux  de  cet  examen. 

VIKGT-SIXliMÉ    I.EÇON. 

Page  29. 

Objet  de  la  leçon.  —  Histoire  intérieure  de  l'église  Gallo- 
Franque,  du  milieu  du  VIII*  siècle  à  la  fin  du  X^.  — 
Anarchie  qui  y  règne  dans  la  première  moitié  du 
VIIl"  siècle.  —  Double  principe  de  réforme.  —  La  ré- 
forme est  entreprise  en  effet,  sous  les  premiers  Carlo- 
vingiens  :  i°  par  le  pouvoir  civil;  2"  par  le  pouvoir 
ecclésiastique.  —  Réformes  spéciales.  —  Institut  des 
chanoines.  —  Son  origine  et  ses  progrès.  —  Réforme 
des  ordres  monastiques  par  saint  Benoît  d'Aniane.  — 
Ils  changent  de  caractère.  —  Prépondérance  du  pou- 
voir temporel  dans  l'église  Gallo-Franque ,  à  cette  épo- 
que. —  Preuves.  — Cependant  l'Église  est  en  progrès 
vers  sa  prépondérance  à  venir.  —  Mais  ce  n'est  pas  au 
profit  de  son  propre  gouvernement,  des  évoques  de 
France,  que  ces  progrès  doivent  tourner. 

vingt-seftièbh:  i.i:çoB3r. 

Page  61. 

Histoire  de  la  papauté.  —  Situation  particulière  de  la  ville 
de   Rome.  —  Rapports  des  papes,  vers  I      milieu   du 


DES    SOMMAIRES.  VI) 

VIII*  siècle  ,  avec  les  Eglises  italienne  ,  espagnole  ,  an- 
glo-saxonne, gallo-franqiie  et  germanique.  —  Leur  al- 
liance avec  les  premiers  Carlovingiens.  —  Avantages 
qu'ils  en  retirent.  —  Donations  de  Pépin  et  de  Charle- 
magne.  —  Souveraineté  des  empereurs  Carlovingiens 
sur  les  papes.  —  Incertitude  des  idées  et  incohérence 
des  faits  sur  les  droits  de  la  papauté.  —  Elle  grandit  de 
plus  en  plus  dans  les  esprits.  —  Elle  acquiert  un  titre  en 
apparence  légal.  —  Fausses  décrétales.  —  Nicolas  I". 

—  Son  caractère. —  Affaire  du  mariage  deLothaire  et  de 
ïeutberge.  —  Affaire  de  Rothade,  évêque  de  Soissons. 

—  Triomphe  de  la  papauté  :  i°  sur  les  souverains  tem- 
porels; i"  sur  les  Églises  nationales.  —  Sa  prépondé- 
rance décidée  en  Occident. 


vingt-hvitieihe  z.sçon. 

Page  95. 

De  l'état  intellectuel  de  la  Gaule-Franqne  de  la  mort  de 
Charlemagne  à  ravénement  de  Hugues  Capet.  —  Ta- 
bleau des  hommes  célèbres  de  cette  époque.  —  E?prit 
théologique.  — Esprit  philosophique. — Hincmar  et  Jean 
Érigène  en  sont  les  représentans.  — Vie  d'Hincmar.  — 
Son  activité  et  son  influence  comme  archevêque  de 
Rheims.  — 1°  De  ses  rapports  avec  les  rois  et  les  papes. 
—  2°  De  son  administration  dans  l'intérietir  de  l'£glise 
Gallo-Franque  et  de  son  diocèse.  —3°  De  ses  luttes  et 
de  ses  travaux  théologiques.  —  Origine  de  la  théologie 
du   moyen  âge.  —  Querelle   d'Hincmar  et  du  moine 


VÎij  TABLE 

Gottïchalk  snr  la  prédestination.  —  Nombreux  écries  â 
ce  sujet.  —  Conciles  de  Kiersy,  de  Valence  et  de  Lan- 
gres.  — Résumé. 

VINGT-NEUVIÈME  IrEÇOBTr 

Page  137. 

Objet  de  la  leçon.  —  De  l'espritphilosophique  auIX'siècIe, 
—  Joan-le-Scot  ou  Érigène.  —  Sa  patrie.  —  Date  de  sa 
naissance.  — Tradition  sur  son  voyage  en  Grèce.  —  Il 
s'établit  en  France  ,  à  la  cour  de  Charles-le-Chauve.  — 
De  l'école  du  Palais  sous  Charles-le-Chauve.  —  On  y 
étudie  la  philosophie  ancienne.  - —  Faveur  de  Jean  Eri- 
gène. —  Sa  science.  — Des  rapports  du  Christianisme 
avec  le  Néoplatonisme  d'Alexandrie.  —  Leur  lutte.  — 
Tentatives  d'amalgame.  —  Histoire  et  prétendus  ou- 
vrages de  Denys  l'aréopagite.  —  Différences  fondamen- 
tales des  deux  doctrines:  i°  dans  le  point  de  départ  et  la 
méthode;  2°  sur  le  fond  des  questions.  —  Ces  mêmes 
différences  se  retrouvent  entre  Jean  Érigène  et  les  théo- 
logiens chrétiens  du  IX"  siècle.  —  Examen  de  ses  ou- 
vrages; 1°  de  prœdestitiaiiojie;  2°  de  dmsione  naturœ.  — 
Sa  renommée  et  sa  mort.  —  Résuuué. 


TRENTIEME  I<EÇON. 

Page  179. 

llésumé  général  de  ce  cours.  — Étendue  et  variété  des  ma- 
tières.—  L'histoire  de  la  civilisation  est  à  ce  prix.  — 


DES    SOMMAIRES.  IX 

Elle  résulte  de  toutes  ics  histoires  spéciales.  —  Unité 
et  variété  de  la  vie  d'un  peuple.  — Trois  élémens  essen- 
tiels de  la  civilisation  française ,  l'antiquité  Gréco-Ro- 
maine, le  Christianisme,  la  Germanie.  —  i°.  De  l'élé- 
ment romaia,  du  Y^.  au  X^.  siècle.  —  Sous  le  point  de 
vue  social.  —  Sous  le  point  de  vue  intellectuel.  —  2°. 
De  l'élément  chrétien,  duV*.  au  X".  siècle.  — Sous  le 
point  de  vue  social.  —  Sous  le  point  de  vue  intellec- 
tuel. —  5°.  De  l'élément  germain  ,  du  V«.  au  X*.  siècle. 
—  Sous  le  point  de  vue  social.  —  Sous  le  point  de  vue 
intellectuel.  —  Deux  faits  principaux  caractérisent 
cette  époque  : —  1°.  La  prolongation  plus  ou  moins  ap- 
parente, mais  partout  réelle,  de  la  société  romaine  et 
de  son  influence.  —  1°.  La  fermentation  désordonnée  et 
indéterminée  des  divers  élémens  de  la  civilisation  mo- 
derne. —  Conclusion. 


TRENTE-UNIÈME  A  TRENTE-SIXIÈBIE  LEÇON. 

Page  207. 

ÉcLAiaCISSEMENS    ET   TABLEAUX    HISTORIQPES. 

PREMIER  TABLEAU. 

Page  211. 

Tableau  de  l'organisation  de  la  cour  et  du  gouvernement 
central  de  l'empire  romain  au  commencement  du  y' 
siècle. 


Tl  TABLE 

JDEUXIÈME  TABLEAU. 

Page  225. 

Tableau  de  la  hiérarcliie  des  rangs  et  des  litres  dans  l'empire 
romain  au  commencement  du  V''  siècle. 

TROISIÈME  TABLEAU. 

Page  253, 

Relation  de  l'ambassade  envoyée,  en  449»  ^»  Attila,  par 
Théodose-le-Jeune,  empereur  d'Orient. 

QUATRIÈME  TABLEAU. 

Page  289. 

Tableau  chronologique  des  principaux  événemens  de 
l'histoire  politique  de  la  Gaule  du  V'  au  X'  siècle. 

CINQUIÈME  TABLEAU. 

Page  297. 

Tableau  chronologique   des  principaux   événemens  de 
l'histoin;  religieuse  de  la  Gaule  du  V*^  an  X'  siècle. 


"DES   SOMMAIRES.  XJ 

SIXIÈME   TABLEAU. 

Page  307. 

Tableau  chronologique  des  principaux  événemens  de 
l'histoire  littéraire  de  la  Gaule  du  Y*  au  X*  siècle. 

SEPTIÈME  TABIEAV. 

Page  327. 

Tableau  chronologique  des  conciles  et  de  la  législation 
canonique  de  la  Gaule  du  IV*  aux  X"  siècle. 


riN    DE    LA    TABLE. 


COURS 

D'HISTOIRE 

MODERNE. 

VINGT-CINQDIÈME  LEÇON. 


Histoire  de  la  législation  de  la  mort  de  Charlemagiic  ù 
l'avènement  de  Hugues  Capet.  —  Nécessité  de  déter- 
miner avec  précision  les  caractères  généraux  de  la  légis- 
lation aux  deux  termes  de  cette  époque  pour  eu  bien 
comprendre  la  marche  pendant  son  cours.  —  i°  De 
l'état  de  la  législation  sous  Charlemagne.  — Elle  est  per- 
sonnelle, et  varie  selon  le?  races.  —  L'Eglise  et  le  pou- 
voir impérial  y  portent  quelque  unité.  —  2°  De  l'état 
delà  législation  après  Hugues-Capet.  — Elle  est  territo- 
riale; les  coutumes  locales  ont  remplacé  les  lois  nationa- 
les.— Tout  pouvoir  législatif  central  a  disparu. — 5°  His- 
toire de  la  législation  dans  la  Gaule-Franque  entre  c(!S 
deux  termes.  —  Tableaux  analytiques  des  capitulaires  de 
Louis -le- Débonnaire  ,  Charles-Ie -Chauve  ,  Louis-Ie- 
Bègue,  Carloman  ,  Eudes,  et  Charles-le-Simple.  —^ 
■i5.   T.  m.  nisT.   mod..    iSaq.  i 


Comparaison  de  ces  tableaux  d'après  les  chiffres  seuls. 
— Comparaison  des  di.^positions  des  capitulaires.' —  Ré- 
sultats généraux  de  cet  examen. 


Messieurs  , 

J'ai  recherché  dans  les  évènemeiis,  dans  l'his- 
toire proprement  dite,  la  marche  et  les  causes 
du  démembrement  de  l'empire  de  Charlemagne. 
J'ai  essayé  de  démêler  quelle  transformation 
avait  subie  alors  la  société  gallo-franque,  et  pour- 
quoi. J'ai  reconnu  que,  des  diverses  explica- 
tions qu'on  a  essayé  d'en  donner ,  aucune  n'est 
satisraisante  ;  que  celle-là  même  qui  contient  le 
plus  de  vérité,  la  diversité  des  races  ,  est  exclu- 
sive,  incomplète,  ne  rend  point  raison  de 
tous  les  faits.  11  m'a  paru  que  l'impossibilité  de 
toute  société  unique  et  étendue  ,  dans  l'état  où 
se  trouvaient  alors  les  relations  sociales  et  les 
esprits,  expliquait  seule  pleinement  cette  grande 
et  si  prom])te  métamorphose  ;  que  la  formation 
d'une  multitude  de  petites  sociétés,  c'est-à  dire 
l'établissement  du  régime  féodal  ,  avait  été  la 
conséquence  nécessaire ,  le  cours  naturel  des 
évènemens;  que  vers  ce  but  tendaient,    depuis 


D  iriSTOIRE    MODERNE.  Ù 

leur  reiicoîitre ,  la  société  romaine  et  la  société 
germaine ,  et  qu'elles  y  étaient  eu  effet  arrivées 
h  la  fin  du  X'  siècle  ,  lorsque  le  démembrement 
de  l'empire  de  Charlemagne  avait  été  définitive- 
ment accompli. 

Si  cette  explication  est  fondée ,  si  telle  a  été , 
de  Charlemagne  à  Hugues  Gapet ,  la  marche  des 
faits ,  nous  devons  la  trouver  dans  l'histoire  des 
lois  comme  dans  l'histoire  des  événemens.  Il  y 
a,  entre  le  développement  delà  législation  et  celui 
de  la  société,  une  intime  correspondance;  les 
mêmes  révolutions  s'y  accomplissent,  et  dans 
un  ordre  analogue.  Etudions  donc  aujourd'hui 
l'histoire  des  lois  durant  la  même  époque  ,  et 
recherchons  si  elle  nous  conduira  au  même  ré- 
sultat ,  si  nous  en  verrons  sortir  la  même  expli- 
cation. 

L'histoire  des  lois  est  plus  difficile  à  bien  com- 
prendre que  celle  des  évèuemeus  proprement 
dits.  Les  lois  sont ,  par  leur  nature ,  des  monu- 
mens  plus  incomplets ,  moins  explicites ,  par 
conséquent  plus  obscurs.  Rien  de  plus  malaisé 
d'ailleurs ,  et  pourtant  rien  de  plus  indispensable 
que  d'en  bien  saisir  et  de  n'en  jamais  perdre  le 
fil  chronologique.  Quand  on  rend  compte  des 
faits  extérieurs,  guerres,  négociations,  inva- 
sions, etc.,   leur  enchaînement  chroaologique 


4  COURS 

est  simple  ,  palpable  ;  chaque  événement  porte 
pom'  ainsi  dire  sa  date  inscrite  sm'  le  front.  La 
date  matérielle  des  lois  est  assez  souvent  connue 
avec  exactitude;  on  sait  souvent  à  quelle  époque 
elles  ont  été  rendues  ;  mais  les  faits  qu'elles  ont 
été  chargées  de  régler  ,  les  causes  qui  les  ont  fait 
écrire  en  telle  année  plutôt  qu'en  telle  autre,  les 
nécessités  et  les  révolutions  sociales  auxquelles 
correspond  la  législation  ,  c'est  là  ce  c|ui  est 
presquetoujours inconnu,  indéterminé  dumoins, 
et  ce  qu'il  faudrait  pourtant  suivre  pas  à  pas. 
C'est  pour  avoir  négligé  cette  étude,  c'est  faute 
de  s'être  assujetti  à  observer  rigoureusement  le 
progrès  chronologique  des  lois  dans  leur  rapport 
avec  celui  de  la  société  ,  que  la  confusion  et  le 
mensonge  ont  été  si  souvent  jetés  dans  leur  his- 
toire. Vous  entendez  ,  par  exemple  ,  parler  sans 
cesse  des  lois  féodales  comme  déjà  en  vigueur 
au  Vr  siècle ,  immédiatement  après  la  conquête  , 
et  des  lois  barbares  comme  encore  en  vigueur 
au  XI  siècle ,  sous  le  régime  féodal.  La  ressem- 
blance de  certains  faits,  de  certains  mots,  qui  se 
rencontrent  également  aux  deux  époques  ,  cause 
cette  méprise  :  un  peu  plus  d'attention  au  déve- 
loppement chronologique  des  lois  et  de  l'état  so- 
cial la  préviendrait.  L^ne  foule  d'erreurs  en  cette 
matière  ,  quelques-unes  grossières ,  beaucoup  sys- 


D  HISTOIRE    MODERNE.  .1 

tcmatiques  cLsavanles,  n'ont  pas  une  aulrc  ori- 
gine. 

Pour  n'y  pas  tomber  dans  l'étude  dont  nous 
avons  à  nous  occuper  aujourd'hui,  un  seul 
moyen  me  paraît  efficace,  c'est  de  déterminer 
avec  précision  les  deux  termes  entre  lesquels 
cette  étude  est  comprise,  c'est-à-dire  l'état  gé- 
néral de  la  législation  gallo-fi^anque ,  d'abord 
à  la  mort  de  Charlema^ne  ^  ensuite  à  l'avènement 
de  Hugues  Capet.  Quand  nous  connaîtrons 
exactement  ces  deux  faits,  quand  nous  saurons 
ce  qu  élait  la  législation  à  son  point  de  départ 
et  à  son  point  d'arrivée ,  il  nous  sera  bien  plus 
facile  de  ne  pas  nous  tromper  sur  la  route  qu'elle 
a  suivie  dans  l'intervalle  ;  et  si  l'étude  que  nous 
ferons  de  son  histoire  entre  les  deux  termes  nous 
rend  compte  clairement  de  la  transition  de  Tun 
à  l'autre,  nous  serons  en  droit  de  nous  y  confier. 

Je  ne  puis  prétendre,  comme  bien  vous  pen- 
sez ,  qu'à  indiquer  ici  les  caractères  généraux  de 
la  législation  sous  Charleraagne  et  sous  Hugues 
Capet;   mais  cela  suffira  pour  notre  dessein. 

A  la  première  époque ,  au  commencement  du 
lX'siècle,le  trait  essentiel,  caractéristique  delà  lé- 
gislation, c'est  qu'elle  est  personnelle,  et  non  terri- 
toriale; c'est-à-dire  que  chaque  peuple,  chaque  race 
a  saloi,  et  que  partout  où  habitent  les  hommes  de 


(j  Cours 

telle  ou  telle  race ,  ils  suiventsa  loi  et  nou  celle  du 
territoire  où  ils  habitent.  Les  Romains  sont  régis 
par  la  loi  romaine;  les  Francs  par  la  loi  salique  et 
la  loi  ripuaire  ;  les  Bourguignons  par  la  loi  bour- 
guignonne; les  Lombards  parla  loi  lombarde  ;  les 
Saxons  ])ar  la  loi  saxonne,  etc.  La  nationalité 
est  inhérente  à  la  législation  ;  dans  la  diversité 
des  races,  et  non  dans  celle  des  lieux,  réside  le 
principe  de  la  variété  des  lois. 

Au  dessus  de  cette  variété  planent  cependant 
certains  principes  d'unité.  Et  d'abord ,  la  légis- 
lation canonique  est  une,  la  même  pour  tous  les 
peuples ,  quels  que  soient  leur  origine  et  leur 
nom.  La  société  religieuse  est  essentiellement 
une  ;  l'unité  est  le  drapeau  de  l'Eglise  ;  de  là ,  l'u- 
nité de  la  législation  ecclésiastique ,  au  milieu  des 
lois  nationales  les  plus  diverses. 

La  législation  civile  elle-même,  en  prenant  ce 
mot  dans  le  sens  le  plus  éîendu  et  par  opposi- 
tion à  la  législation  religieuse ,  n'est  pas  dépour- 
vue de  toute  unité.  Le  roi,  l'empereur,  avec  ou 
sans  le  concours  de  l'assemblée  nationale,  rend 
certaines  lois  applicables  à  tous  les  babitans  de 
son  empire,  Romains,  Francs,  Lombards,  Bour- 
guignons, etc.  Evidemment,  dans  beaucoup  de 
dispositions  des  capitulaires  de  Charlemagne  ,  il 
Y  a  universalité  ;  elles  s'adressent  à  tout  le  terri- 
toire, et  sont  ohlieatoires 


DUISTOIKE    MODERNK.  7 

A  parler  en  générai  et  en  négligeant  les  excep- 
tions, c'est  surtout  en  matière  de  droit  civil  et 
pénal  que  règne,  dans  la  législation  de  cette 
époque,  la  diversité  selon  les  races;  l'unité  est 
complète  dans  la  législation  religieuse ,  et  tend  à 
prévaloir  dans  la  législation  politique  qui  tombe 
sous  l'influence  du  pouvoir  central. 

Tels  sont  les  caractères  généraux  de  la  légis- 
lation au  commencement  du  IX''  siècle  :  je 
passe  tout  à  coup  au  commencement  du  XP , 
terme  auquel  s'arrête  l'époque  que  nousétudions, 
et  où  le  régime  féodal  a  pris  en  France  sa  con- 
sistance définitive,  et  possède  vraiment  la  so- 
ciété. Quelle  métamorphose  s'est  opérée  dans  les 
lois  ? 

Leur  diversité  selon  les  races  a  disparu.  Il  en 
reste  bien  encore  quelques  traces  j  on  entend  en- 
core parler  de  la  loi  saxonne,  salique ,  lombarde  ; 
mais  ce  ne  sont  plus  que  des  cas  rares,  le  reten- 
tissement d'un  ordre  de  choses  qui  s'éteint.  Les 
lois  varient ,  non  plus  selon  les  races  ,  mais  d'une 
part  selon  les  conditions ,  de  l'autre ,  selon  les 
lieux.  La  législation ,  de  personnelle  qu'elle  était, 
est  devenue  sociale  et  territoriale.  11  y  a  des  lois 
différentes  pour  différentes  espèces  de  propriété, 
dlfférens  degrés  de  liberté.  Dans  chaque  petit 
Etat  formé  par  la  subdivision  féodale  du  terri- 


N  COUIlS 

toire,  naissent  aussi  des  lois  particulières.  La 
diversité  des  races  est  remplacée  par  celle  des 
classes  et  des  lieux.  Aux  lois  nationales  ont  suc- 
cédé les  privilèges  elles  coutumes.  C'est  là  le  pre- 
mier caractère,  le  trait  essentiel  de  la  nouvelle 
physionomie  qu'a  prise  la  législation. 

Un  autre  grand  changements'y  est  aussi  opéré. 
Vous  venez  de  voir  €{u'au  commencement  du  IX*^ 
siècle,  l'unité  du  pouvoir  impérial  était,  malgré 
la  variété  des  lois  nationales,  un  principe  d'u- 
nité dans  les  lois.  Au  commencement  du  XP  , 
rien  de  pareil  n'existe  plus  ;  il  n'y  a  plus  de  pou- 
voir législatif  central ,  général  ;  la  variété  des  lois 
qui  s'établissent  selon  les  conditions  et  selon  les 
lieux ,  c'est-à-dire  des  privilèges  et  des  coutumes, 
n'est  plus  combattue  par  aucun  principe  d'unité 
puisé  dans  une  sphère  supérieure.  Il  ne  reste  plus 
d'unité  que  dans  la  législation  de  l'Église ,  seule 
placée  au-dessus  de  toutes  les  diversités. 

Voici  donc  à  quoi  se  réduisent  les  grandes 
révolutions  survenues  dans  la  législation  du  IX' 
au  XI"  siècle  :  i"  La  législation,  selon  les  races, 
a  été  remplacée  par  la  législation  selon  les  con- 
ditions sociales  et  les  lieux  ;  2'  le  pouvoir  légis- 
latif central,  et  l'unité  qui  en  résultait  dans  cer- 
taines parties  de  la  législation  ,  surtout  dans  la 
législation  politifjur,  ont  disparu. 


DHISTOlUTi    MOBEIliNE.  f) 

C'est  là  la  transformation  dont  l'histoire  delà 
législation  du  IX'  au  Xr  siècle  doit  rendre 
compte.   Essayons  d'en  démêler  le  cours. 

Je  vous  ai  déjà  indiqué,  d'une  manière  géné- 
rale, les  monumens  législatifs  qui  nous  restent 
de  cette  époque  ;  ce  sont  les  capituîaires  des  rois 
Carlovingiens.  Vous  vous  rappelez  l'analyse  à 
laquelle  j'ai  soumis  ceux  de  Cliarlemagne,  et  les 
résultats  que  j'en  ai  tirés.  Je  les  ai  classés  sous 
huit  chefs  principaux  :  i°  législation  morale; 
2,"  législation  politique;  5"  législation  pénale; 
4"  législation  civile  ;  5"  législation  religieuse  ; 
6"  législation  canonique  ;  7"  législation  domes- 
tique ;  8°  législation  de  circonstance.  Jai  appli- 
qué aux  capilulaires  des  successeurs  de  Charle- 
magne,  la  même  méthode.  Voici  les  tableaux 
que,  j'en  ai  dressés ,  et  où  l'histoire  de  cette  lé- 
mslation  doit  se  révéler. 


COURS 


I. 

TABLEAU 

analytique  des  capitulaires  de  Louis-le-Débonnaire. 


c 

=  .- 

■ëë 

ô  -J 

_0   . 

j 

.£  ^ 

•  2  S 

,  s 

w 

u 

-  ^ 

•=  = 

H 

-2  £ 

i  .H" 

J  -5 

i  .-^ 

—   .i 

-H  •= 

-2  -S 

2  -5 

■<! 

.s  0 

.ï  .5 

•-  ^ 

•s  .= 

.ï  «> 

.2  = 

.S  £ 

S   5 

c 

«fl 

^  S 

2I 

4f  1. 

r 

3I 

^'i 

51 

fi 

__^ 

1 


8i5 

7 

^  1 

8i6 

1 

1 

id. 

29 

4 

1 

24 

I 

id. 

1 

8.7 

18 

18 

id. 

80 

80 

! 

id. 

5 

3 

id. 

1 

, 

8i9 

21 

1 

4 

12 

4 

id. 

9 

9 

id. 

12 

6 

6 

id. 

8 

6 

2 

id. 

29 

2 

24 

5 

id. 

11 

2 

3 

6 

8ai 

5 

5 

822 

6 

6 

id. 

8 

8 

S  23 

28 

]  ] 

16 

I 

826 

7 

5 

2 

1 

827 

I 

828 

10 

4 

6 

829 

46 

20 

9 

10 

6 

I 

832 

1 

834 

1 

1 

837 

>4 

14 

id. 

5 

5 

■2 

"~~* 

i— _ 

~«__ 

--,,_™ 

___ 

26! 

36a  1 

16 

i36 

56 

■'4 

I 

129 

an 

I)  UISTOIRE    MOi.ERNK 


n. 

TABLEAU 

analjtujue   des  capitutaires  de  Cfiarles-le-C haute. 


a 

s  ^ 

.1  ■ 

g 

=  i 

g  i 

■ê  =; 

% 

i 

'3  -l 

II 

tf 

P 

U 

il 

il 

< 

:2  s. 

■j^  t 

"' 

"^'1 

2I 

844 

6 

6 

844 

9 

9 

845 

6 

6 

id. 

12 

4 

5 

5 

uL 

8 

8 

844 

10 

10 

846 

^9 

10 

9 

847 

11 

^ 

4 

id. 

12 

8 

4 

85 1 

S 

8 

853 

19 

6 

6 

r- 

id. 

0 

3 

id. 

15 

12 

5 

id. 

i5 

7 

5 

1 

854 

15 

10 

1 

1 

1 

id. 

7 

1 

6 

id. 

) 

1 

856 

I 

1 

id. 

15 

6 

9 

id. 

5 

1 

4 

id. 

6 

1 

5 

id. 

1 

1 

857 

10 

9 

, 

id. 

8 

4 

4 

!  '^4 

218 

2 

1  (KJ 

10 

T 

35 

59 

13 


= 

=  . 

e 

à 

2 

■%  A 

■|  1 

^ 

ii 

—.   1 

^  -S 

1  1 

3 

'.5^  = 

T°  'i 

.="•; 

"< 

j 

j  ^ 

j  - 

857 

5 

858 

i5 

i5 

859 

12 

8 

/.'/. 

10 

id. 

i5 

8Go 

'9 

'9 

id. 

iS 

18 

86 1 

1 

1 

862 

4 

id. 

20 

864 

45 

02 

3 

865 

25 

5 

868 

12 

8 

id. 

I 

869 

17 

12 

id. 

/ 

870 

1 

id. 

2 

870 

5 

875 

12 

8 

4 

874 

3 

876 

i5 

9 

/./. 

9 

id. 

4 

8;7 

» 

(V. 

id. 

07 

11 

Rcp. 

218 

2 

109 

10 

5i 

!  529 

2 

-^59 

'7 

§  i 


D  HISTOIRE    MODERNE. 
III. 

TABLEAU 

analytique  des  capiliUaires  de  Louls-lc-Bègue. 
(8.;-879). 


ir) 


ti 

H 
■< 

a 

8;7 
878 

879 
5 

H 

5 
8 
9 

22 

i  4 

5 
5 

6 

1^ 
|i 

I 
1 

1 

H 

.1  i 
II 

H 

il 
1  § 

5 
6 
1 1 

4 

4 

IV. 
TABLEAU 

analytique  des  capitulaires   de  Carloman 
fils  de  Louls-le-Bègue. 

(879-884). 


i 

|i 

l't 

il 

1   . 

1  i 
II 

3  i 
II 

•1  i 

«1 

.•2  g 

;f-3 

882 

1 

2 

882 

14 

12 

2 

885 

5 

5 

1       5 

19 

1 2 

2 

a 

COURS 


TABLEAU. 

Capilulaire  d'Eudes,  roi  de  France. 
(887-898). 




- 

—  - 

■  - 

2 

3      . 

=    . 

i    . 

3    ,^ 

.2    % 

g  S 

w 

_; 

t  4 

'i  i 

■^  ^ 

%   S 

-   .1- 

-.  -J 

.=  S 

< 

11 

II 

Îi 

-1 

II 

1  888 

1 
1 

\I 

analytique  des  capitulaires  de  C fiarles-le-Stmple. 

('"^9^— 929)- 


H 
C 

i 

1. 
•3  2 

ii 

■i  6 

il 

i 

¥ 

ii 

.1  É 

If 

ii 

.il 
1 3 

907 

!    9'^> 

1 

8 

8 

9^6 

' 

I 

1        3 

10 

10 

D  HISTOIRE    MODERNE. 


5 


•3^ 


G  ^ 


■3  -l« 


<> 


II 

1 

0  '-^        .^ 

î 

.  ^  «^.A      '^ 

^Tf--  1 

-.1       Qo  <r   •  ?* 

S       -^X)   p  1  -- 

0.    2    =    g    _co   ^ 
c  c  5  i/î  =  --^.S 

! 

! 

u  .2  s  0        ^ 

S^.^        -^ 

o  'O 


^r  ■>0|intstS,.T 

-H        «       0;     - 

M 

-c     c 

Ci 

■>nb!,s.u.op 

•JMbl.l0n.1D 

to  - 

C5 

•3sn^i3ii3J 
.ior,e|s|S^t 

00 

00 
co 

0  ^*<-' 

30 
tO 

UOilBIS.SoT 

0  -0    Cn  - 
10  tO    - 

m 

f 

•onb!i![od 

«  -  0 

« 

1 

•a|BJom 

1 

E 

•ax)ix'jv 

-  «    0  Cl 
m  0    .^■•    « 

-  10  m 

0  ' 

■-°l 

f 

•auaKOK 

in  0  -H  to  to   - 
0  ?»  m 

-  IC 

ib  COURS 

Avant  d'entrer  dans  l'examen  des  dispositions 
niêines  classées  sons  ces  diflerens  chefs  ,  considé- 
rons leur  rapport  numérique  ;  la  simple  com- 
paraison des  chiffres  nous  révélera  des  faits  im- 
portans. 

Entre  le  r.'gne  de  Coarlemagne  et  celui  de 
Louis-le-Débonnaire ,  à  ne  considérer  que  le 
nombre  des  articles  de  législation  morale  ,  poli- 
tique ,  pénale  ,  civile ,  religieuse  ,  etc. ,  il  y  a 
peu  de  différence  ;  les  diverses  classes  de  capi- 
tulaires  sont ,  quant  aux  chiffres  ,  à  peu  près  dans 
le  même  rapport.  Les  mesures  de  circonstance 
sont  un  peu  plus  abondantes,  mais  sans  qu'il  vaille 
la  peine  de  s'y  arrêter,  llfautpénétrer  dans  l'in- 
térieur même  de  la  législation  pour  reconnaître 
qu'elle  a  changé  de  caractère ,  qu'elle  n'est  plus 
l'oeuvre  du  même  gouvernement. 

Il  n'en  est  plus  de  même  sous  Charles-le-Chauve; 
le  rapport  numérique  des  diverses  classes  de  ca- 
pitulaires  est  changé.  La  législation  morale,  pé- 
nale ,  civile,  religieuse,  canonique  ,  etc. ,  compte 
peu  d'articles  ;  la  législation  politique  et  la  légis- 
lation de  circonstance ,  au  contraire ,  en  sont 
beaucoup  plus  chargées  :  symptôme  assuré  d'un 
grand  changement  dans  l'état  de  la  société  et  du 
pouvoir.  A  quels  intérêts  s'adresse  la  législation 
morale,  pénale,  civile,  religieuse?  à  des  intérêts 


d'hïstoire  moderne.  17 

qui  touchent  bien  plus  la  société  que  le  pouvoir; 
importans  sans  doute  pour  le  pouvoir  lui-même, 
mais  d'une  importance  qui  n'a  rien  de  direct  ni 
d'égoïste,  qui  correspond  aux  fonctions  publi- 
ques du  gouvernement ,  non  à  son  existence  dis- 
tincte et  personnelle.  La  législation  politique  et 
la  législation  de  circonstance,  au  contraire, 
touchent  le  pouvoir  dans  sa  personnalité  ;  c'est  à 
lui  d'abord  qu'elles  servent  ou  nuisent  ;  c'est  de 
lui  surtout,  et  souvent  de  lui  seul,  qu'il  s'agit  dans 
leurs  effets.  Aussi  toutes  les  fois  qu'à  une  époque 
quelconque ,  et  sous  telle  ou  telle  forme ,  vous 
verrez  se  multiplier  les  lois  politiques  et  les  lois 
de  circonstance  ,  tenez  pour  certain  que  le  gou- 
vernement est  en  péril ,  qu'il  a  des  ennemis  et 
s'en  défend,  qu'il  n'est  pas  occupé  à  jouer  pure- 
ment et  simplement  son  rôle  public ,  qu'd  ne 
s'inquiète  pas  principalement  des  intérêts  sociaux, 
que  ses  intérêts  personnels  le  dominent  et  l'en- 
traînent. Dans  le  cours  de  la  révolution  d'An- 
gleterre, de  la  nôtre,  de  toutes  les  crises  analo- 
gues ,  de  quoi  sont  pleins  les  recueils  législatifs  ? 
de  lois  politiques  et  de  lois  de  circonstance.  On 
donne  à  toutes  les  mesures  de  gouvernement  le 
nom  et  le  caractère  de  lois  ;  mais  ce  sont  des 
mesures  de  gouvernement,  des  actes  faits  surtout 
dans  l'intérêt  du  pouvoir ,  et  pour  son  service , 
a5.  T.  m.  hist.    mod.  ,  1829.  * 


1 8  COURS 

bien  plus  que  pour  le  service  public.  C'est  là  le 
fait  qui  se  manifeste  clans  la  simple  comparaison 
numérique  des  diverses  classes  de  capitulaires 
sous  Charlemagne  et  Charles-le-Cliauve.  Sous 
Charlemagne,  les  capitulaires  de  circonstance 
sont  rares  ;  c'est  un  gouvernement  tranquille , 
sur  de  lui-même  ,  qui  s'occupe  d'accomplir  sa 
tâche  et  fait  les  affaires  de  la  société.  Sous 
Cliarles-le-Chauve ,  c'est  en  mesures  politiques 
et  de  circonstance  que  se  répand  la  législation  ; 
c'est  à  coup  sûr  un  gouvernement  ébranlé  ,  que 
la  force  et  la  régularité  abandonnent  et  qui  s'é- 
puise à  tâcher  de  les  ressaisir.  L'affaiblissement 
et  la  désorganisation  du  pouvoir  central  éclatent 
dans  ce  seul  fait. 

Que  devient-il  sous  les  successeurs  de  Charles- 
le-Chauve?  Que  nous  révèlent  les  chiffres  sur  sa 
destinée? 

C'est  toujours  la  législation  politique  et  de 
circonstance  qui  domine  dans  les  capitulaires  ; 
mais  celle-là  même  devient  rare;  les  mesures  lé- 
gislatives ,  même  celles  où  le  pouvoir  est  person- 
nellement intéressé,  sont  de  plus  en  plus  en  petit 
nombre.  Il  est  clair  que  non-seulement ,  comme 
nous  venons  de  le  voir  sous  Charles-le-Chauve , 
le  gouvernement  central  est  en  péril,  mais  qu'il 
disparaît;  il  se  défendait  tout  à  l'heure,  mainte- 


d'uistoirk   moderne.  19 

nant  il  s'abandonne  ;  il  ne  s'occupait  que  de  lui- 
même  ;  il  n  a  plus  même  à  s'en  occuper  ;  il  n'est 
plus. 

Ainsi ,  sans  aucun  examen  du  contenu  des 
capitulaires  ,  dans  la  simple  comparaison  des 
chiffres  qui  désignent  les  diverses  classes  de  lois , 
nous  démêlons  le  même  progrès,  nous  assistons 
au  même  spectacle  que  nous  a  donné  l'histoire 
des  évènemeus.  La  législation  porte  la  marque 
des  révolutions  qu'a  subies  le  territoire.  Le  gou- 
vernement de  Charlemague  se  démembre  et  se 
dissout  comme  sou  empire. 

Entrons  dans  l'intérieur  de  la  législation  ; 
examinons  ce  que  contiennent  les  capitulaires  : 
nous  serons  conduits  aux  mêmes  résultats. 

Cet  examen  pourrait  être  fort  étendu  et  donner 
lieu  à  un  grand  nombre  de  curieuses  observa- 
tions. Mais  je  suis  obligé  de  me  borner  aux  faits 
généraux.  Voici  les  plus  importans. 

1*^  Eu  vous  entretenant  des  capitulaires  de 
Charlemagne ,  je  vous  en  ai  fait  remarquer  la 
diversité  :  ce  ne  sont  pas,  vous  vous  le  rappelez, 
uniquement  des  lois  ;  il  y  a  des  actes  de  toute 
nature  :  d'anciennes  lois  publiées  de  nouveau  ; 
des  fragmens  d'anciennes  lois,  publiés  spéciale- 
ment, dans  telle  ou  telle  partie  du  territoire  j 
des  additions  aux  anciennes  lois;  des  lois  nou 


20  COURS 

Telles  rendues  tantôt  avec  le  concours  des 
laïques  et  des  ecclésiastiques  réunis,  tantôt  avec 
le  concours  des  ecclésiastiques  seuls,  tantôt  par 
l'empereur  seul,  hors  de  toute  assemblée;  des 
instructions  données  aux  missi  dominici  ;  des 
questions  adressées  à  ces  mêmes  missi;  des  ré- 
ponses aux  questions  adressées  par  les  missi 
à  l'empereur  ;  des  notes  que  l'empereur  prenait 
pour  lui-même  ;  des  questions  qu'il  se  proposait 
de  faire  ,  dans  l'assemblée  nationale ,  à  telles  ou 
telles  personnes  ,  aux  évêques,  aux  comtes,  etc. 
En  un  mot  la  prodigieuse  variété  des  actes  com- 
pris sous  le  nom  de  capitulaires  est  un  des  faits 
sur  lesquels  j'ai  particulièrement  insisté. 

Mais  quelle  que  fût  leur  variété  ,  c'était  tou- 
jours de  Charlemagne  qu'émanaient  ces  actes  : 
il  était  toujours  l'auteur  et  le  centre  de  la  légis- 
lation. Qu'il  s'agît  de  lois  anciennes  ou  nouvelles , 
d'instructions  ou  de  simples  notes ,  de  questions 
ou  de  réponses  ,  on  sentait  partout  sa  présence 
et  son  pouvou';  il  était  partout  actif  et  souverain. 

Sous  Charles- le -Chauve,  il  en  est  tout  au- 
trement. La  diversité  des  actes  compris  sous 
le  nom  de  capitulaires  subsiste  ;  mais  une  bien 
autre  diversité  s'y  introduit,  celle  des  légis- 
lateurs. Ce  n'est  plus  l'empereur  seul  qui  parle 
et  ordonne  ;  ce  n'est   plus  de  lui  qu'émanent 


D  HISTOIRE    MODERNE.  2  1 

toutes  choses.  Parmi  les  capitulaires  inscrits  sous 
le  nom  de  Charles-le-Chauve  ,  plusieurs  actes 
lui  sont  entièrement  étrangers;  on  y  reucontre  : 
i"  des  pétitions  des  évêques  au  Roi  pour  lui 
demander  ,  et  quelquefois  d'un  ton  impérieux  , 
de  rétablir  l'ordre  et  de  protéger  l'Eglise.  ' 
2°  Des  conseils  adressés  par  les  évêques  au  Roi 
sur  le  gouvernement  de  son  royaume  ,  et  même 
de  l'intérieur  de  son  palais.  '  5°  Des  actes  des 
évêques  qui  règlent  entre  eux  leurs  affaires  dans 
les  divers  royaumes  ,  sans  aucun  concours  du 
Roi  lui-même. '4°  Des  actes  du  Pape  sur  les  affaires 
du  Roi  et  du  royaume.'^  5°  Enfin  des  traités, 
des  conventions  conclues  entre  le  Roi  et  ses 
frères,  ou  ses  neveux,  ou  ses  fidèles.  En  sorte 
que  la  source  même  des  actes  qui  forment  ce 
recueil  est  aussi  diverse  que  leur  nature.  Fait 
très-significatif,  et  qu'un  regard  jeté  sur  l'intitulé 
et  les  premières  lignes  des  capitulaires  suffit  pour 
reconnaître. 

2.°  En  voici  un  second  qui  n'est  pas  moins  à 
remarquer. Non-seulement  la  législation  politique 


Cap.  Car.  calv.  a.  845,  856;  Bal.,  t.  3,  col.  7, 
Ibid.  a.  868,  t.  2,  col,  101. 
Cap.  Cap.  calv.  a.  85g.  Bal.,  t.  2,  col.  121. 
Ibid.  a.  ^77.  t.  2,  col.  25 1. 


1D.  COU  «S 

tient,  sous  CharJes-lc-Chnuve.  plus  de  place  que 
sous  Charleniagne;  mais  elle  est  toute  autre  ,  clie 
n'a  point  le  même  objet.  Les  lois  politiques  de 
Charlema^ne  se  rapportent  presque  toujom^s  à 
des  intérêts  vraiment  ]Hibiics,  à  des  affaires  de 
gouvernement  générai ,  tantôt  à  la  conduite  des 
déléguésde  l'empereur,  ducs,  comtes,  ceiiteniers, 
mhsi  dominicj ^  scabini,  etc.;  tantôt  à  la  tenue 
des  assemblées,  soit  locales,  soit  générales,  où 
se  rend  la  justice.  Les  rapports  de  Charlemagne  , 
soit  avec  ses  bénéficiers,  soit  avec  l'Eglise,  y  fi- 
gurent aussi ,  mais  plus  brièvement  et  moins  fré- 
quemment. Sous  Charles-le-Cbauve ,  le  con- 
traire a  lieu  :  les  dispositions  relatives  à  l'ad- 
ministration proprement  dite  ,  à  la  conduite  des 
officiers  royaux,  à  la  tenue  des  assemblées,  aux 
affaires  vraiment  publiques,  sont  rares  :  ce  qui 
domine,  ce  qui  constitue  la  législation  politique, 
ce  sont  les  dispositions  qui  ont  pour  objet  les 
rapports  du  roi  avec  ses  bénéficiers  et  avec  l'E- 
glise, c'est-à-dire  la  partie  du  gouvernement  qui 
tient  déplus  loin  au  public  ,  de  plus  près  au  roi. 
Ecclésiastiques  ou  laïques ,  ce  sont  des  intérêts 
de  classes  ou  de  personnes  qui  se  défendent  ou 
se  poussent  auprès  du  prince  ;  ils  réclament 
tantôt  quelque  redressement  de  grief,  tantôt  quel- 
que extension  de  privilèges.  Leurs  ré^jlamations 


d'histoibe  MOUri'.NF.  2  5 

sont  plus  ou  moins  puissantes,  plus  ou  moins 
légitimes;  mais  ce  n'est  plus  du  peuple  tout  en- 
tier ,  ni  du  gouvernement  du  peu|)le  c[u'ii  s'agit  ; 
la  législation  politique  n'est  plus  une  législation 
publique  ;  elle  a  changé  de  caractère  ;  elle  slatue 
sur  des  intérêts  privés. 

u"  Elle  a  en  même  temps  changé  de  ton.  La 
législation  de  Charlemagne  est  en  général  con- 
cise et  impérative.  Elle  défend  ou  ordonne, 
sans  se  répandre  en  phrases  et  en  dissertations. 
Ainsi  doivent  être  rédigées  les  lois.  Ce  ne  sont 
point  des  thèses  de  philosophie,  ni  des  pièces 
d'éloquence;  elles  n'ont  pour  objet  ni  de  sou- 
tenir des  doctrines,  ni  d'émouvoir  des  passions; 
prescrire  ou  interdire,  tel  est  lem^but,  et  elles 
perdent  toujours  à  s'en  écarter.  La  législation 
de  Charlemagne  y  tend  eu  général  tout  droit. 
Il  en  est  tout  autrement  dans  celle  de  Charles- 
le-Chauve.  On  y  cherche  et  on  y  découvre  à 
grand'peine  le  commandement  et  la  prohibition, 
noyés  dans  les  ralsonnemens ,  les  exhortations, 
les  conseils,  les  prières.  Ce  ne  sont  plus  des  lois 
véritables,  mais  tantôt  des  sermons  adressés  à 
des  esprits  qu'on  essaye  de  persuader ,  tantôt  des 
négociations  avec  des  hommes  dont  on  n'espère 
êire  un  peu  obéi  qu'en  leur  obéissant  à  son  tour. 

Ceci  nous  mène  au  plus  grand  changement 


24  COURS 

législatif"  qu'on  remarque  entre  les  deux  époques, 
au  caractère  vraiment  nouveau  de  la  législation 
de  Charles-le-Cbauve  et  de  ses  successeurs^  carac- 
tère où  se  révèle  clairement  l'approche  du  ré- 
gime féodal. 

Je  vous  disais  tout  à  l'heure  qu'on  trouvait, 
dans  les  capitulaires  des  derniers  Carlovingiens, 
beaucoup  d'actes  qui  n'émanent  point  du  roi 
seul ,  du  pouvoir  législatif  central ,  et  notamment 
plusieurs  traités  entre  Charles-le-Chauve ,  par 
exemple,  et  ses  frères,  ses  neveux  ,  ou  d'autres 
princes  en  possession  de  quelque  portion  du  ter- 
ritoire de  l'empire  de  Charlemagne.  Dans  les 
cinquante  -  et  -  un  capitulaires  de  Charles  -  le- 
Chauve  il  y  a  neuf  traités  de  ce  genre.  Mais  ce 
n'est  pas  tout  :  la  législation  presque  toute  en- 
tière est ,  à  cette  époque ,  une  série  de  négocia- 
tions entre  des  pouvoirs  séparés  et  indépendans. 
Sous  Charlemagne,  quelque  divers  qu'ils  fus- 
sent ,  soit  qu'ils  fussent  adressés  aux  agens  du 
pouvoir  ou  à  ses  sujets ,  tous  les  actes  du  gou- 
vernement portaient  le  caractère  d'un  supérieur 
qui  commande  à  des  inférieurs.  L'unité  sociale 
et  politique  y  était  fortement  empreinte.  Sous 
Charles-le-Chauve  l'unité  a  disparu;  ce  n'est  plus 
évidemment  un  pouvoir  général  qui  commande; 
c'est  un  pouvoir  spécial  qui  traite  avec  d'autres 


D  HISTOIRE    MODERNE.  25 

pouvoirs;  un  gouvernement  qui  défend  contre 
d'autres  gouvernemeus  son  territoire  ou  ses 
droits.  Sur  Sag  articles  que  contiennent  les  ca- 
pitulaires  de  Charles-le-Chauve,  plus  de  cent 
ont  cette  apparence;  la  législation  est  devenue 
de  la  diplomatie.  Or  quel  est,  Messieurs,  le  ca- 
ractère dominant  de  la  société  féodale?  Précisé- 
ment le  fait  que  nous  observons  là.  De  petits 
États,  de  petits  gouvernemeus,  se  considérant 
comme  indépendaus ,  ou  à  peu  près,  chacun 
dans  son  territoire,  se  querellent,  se  combat- 
tent ,  s'envoyent  réciproquement  des  ambassa- 
deurs ,  ont  des  conférences ,  concluent  des  «jon- 
ventions.  Pendant  long-temps  les  rapport?,  de  la 
royauté  avec  les  seigneurs  féodaux  dispersés  sur 
le  territoire  finançais  ne  sont  pas  autre  chose; 
ses  lois ,  ses  chartes,  sont  des  traites  ;  ses  progrès 
sont  des  cessions  ou  des  conquêtes.  C'est  là  ce 
qui  distingue ,  ce  qui  caractérise  la  société  féo- 
dale, à  la  considérer  dans  son  ensemble.  Eh  bien  ! 
sous  les  derniers  Carlovingiens ,  ce  caractère  pa- 
raît déjà  dans  les  lois  :  il  n'y  a  plus  de  législation 
proprement  dite;  il  y  a  de  la  diplomatie  entre 
des  Etats  indépendans. 

Vous  le  voyez,  Messieurs  ;  l'histoire  delà  légis- 
lation nous  conduit  aux  mêmes  résultats  où  nous 
a  conduits  l'histoire  proprement  dite.  Nous  ve- 

35.    T.     III.     HIST.    MOD.,     l82().  3 


20  COURS 

lions  de  faire  sur  les  lois  la  coîitre-épreuve  de  la 
question  que  nous  avions  adressée  aux  événe- 
mens  ;  la  réponse  est  la  même  :  nous  avons  dé- 
couvert ,  non-seulement  la  même  tendance,  mais 
la  même  progression  dans  le  développement  de 
faits  si  divers.  C'est  là  ,  si  je  ne  me  trompe  ,  la 
meilleure  confirmation  de  notre  application  du 
démembrement  de  l'empire  des  Carlovingiens. 
Nous  avons  eu  raison  d'écarter  comme  incom- 
plète celle  qui  se  puise  dans  la  diver.^ité  des  ra- 
ces ,  car  vous  voyez  qu'elle  répugne  à  l'histoire 
de  la  législation  ;  du  IX"  au  XP  siècle ,  la  diversité 
des  races ,  au  lieu  d'exercer  sur  les  lois  plus  d'em- 
pire ,  cesse  au  contraire  d'y  être  un  principe  do- 
minant et  la  source  de  la  variété  ;   les  lois  va- 
rient, non  plus  selon  les  races  ,   mais  selon  les 
classes  et  les  lieux.  La  diversité  des  races  n'expli- 
querait donc  point  l'histoire  de  la  législation  à 
celte  époque,  tandis  que  le  développement  pro- 
gressif de  la  société  féodale ,  la  formation  néces- 
sitée d'une  multitude  de  petits  États  et  de  petits 
pouvoirs ,  parce  que  l'Etat  et  le  pouvoir  unique 
deviennent  impossibles  ,  rend  compte  également 
et  des  vicissitudes  de  la  législation  ,  et  des  vicis- 
situdes de  la  société. 

Jebornerailà,  Messieurs,  l'histoire  deslois  sous 
les  Carlovingiens.  J'y  pourrais  trouver  encore  le 


d'histoire  moderne.  27 

texte  de  beaucoup  d'observations  curieuses  ;  mais 
elles  exigeraient  trop  de  détails  ,  et  nous  entraî- 
neraient trop  loin.  Dans  notre procliainerëunion , 
nous  aborderons  Tbistoire  de  l'Eglise  ,  de  la  so- 
ciété religieuse  ,  à  la  même  époque;  et  nous  ver- 
rons si  elles  nous  donnera  des  résultats  analogues 
à  ceux  que  vient  de  nous  fournir  l'bistoire  de  la 
société  civile.  Permettez  qu'avant  de  finir  ,  je 
mette  aujourd'hui  sous  vos  yeux  un  fait  parti- 
culier qui  ne  se  rattachait  point  naturellement 
aux  considérations  dont  je  viens  de  vous  occu- 
per ,  et  que  cependant  je  suis  bien  aise  de  vous 
faire  connaître.  C'est  la  distribution  des  commis- 
saires impériaux,  missi  dominici ,  envoyés  dans 
le  royaume  de  Charles-le-Cbauve  en  853  ,  seule 
année  sur  laquelle  cette  distribution  nous  soit 
connue.  La  France  fut  divisée  alors  en  quatre- 
vin"t-six  districts  ou  circonscriptions  territoria- 
les.  La  coïncidence  de  ce  nombre  avec  celui  de 
nos  départemens  est  un  pur ,  mais  singulier 
hasard.  Quelques-uns  de  ces  86  districts  sont 
désignés  comme  comprenant  plusieurs  comtés. 
Us  sont  répartis  entre  douze  compagnies  de  missi  ^ 
qui  comprennent  45  missi  ou  commissaires.  Nous 
avons  leurs  noms  et  leurs  qualifications.  Sur  les 
45  ,  1 5  sont  désignés  comme  évêques  ,  5  comme 
abbés,  et  2 5  sans  qualification;  c'étaient  proba- 


28  COURS 

blement  des  laïques.  A  la  tête  de  chaque  mission 
est  un  ëvêque ,  au  moins  il  est  nommé  le  pre- 
mier '. 

Il  y  a  peu  de  conséquences  à  tirer  de  ce  tableau, 
mais  c'est  un  document  curieux  en  soi. 


I  Cap.   Car.  calv. ,  tit.  i4;  a,  853,  Bal.,  t,  \,  col. 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


VINGT-SIXIEME  LEÇON. 


Objet  de  la  leçon.  —  Histoire  intérieure  de  l'église  Gallo- 
Franque,  du  milieu  du  YIIP  siècle  ù  la  fin  du  X°.  — 
Anarchie  qui  y  règne  dans  la  première  moitié  du 
YIIl"  siècle.  —  Double  principe  de  réforme.  —  La  ré- 
forme est  entreprise  en  effet ,  sous  les  premiers  Garlo- 
vingiens  :  i°  par  le  pouvoir  civil;  2°  par  le  pouvoir 
ecclésiastique.  —  Réformes  spéciales.  —  Institut  des 
chanoines.  —  Son  origine  et  ses  progrès.  —  Réforme 
des  ordres  monastiques  par  saint  Benoit  d'Aniane.  — 
Ils  changent  de  caractère.  —  Prépondérance  du  pou- 
voir temporel  dans  l'église  Gallo-Franque ,  à  cette  épo- 
que. —  Preuves.  — Cependant  l'Église  est  en  progrès 
vers  sa  prépondérance  à  venir.  • —  Mais  ce  n'est  pas  au 
profit  de  son  propre  gouvernement,  des  évoques  de 
France,  que  ces  progrès  doivent  tourner. 


Messieurs  , 

lly  a  six  semaines,  en  terniinanl  la  première  par- 
lie  de  ce  cours ,  j'ai  mis  sous  vos  yeux  l'histoire 
de  l'Eglise  gallo-tranque  jusqu'à  l'avènement  des 
Carlovingiens ,  vers  le  milieu  du  VHP  siècle.  Je 

26.     T.     III.     HIST.     MOD.,     1829.  4 


3o  COUKS 

l'ai  considérée  alors  sous  les  deux  points  de  vue 
auxquels  se  rattachent  toutes  les  questions  qui 
se  peuvent  élever  à  l'occasion  d'une  société  re- 
ligieuse ;  d'une  part  au  dehors,  dans  ses  rela- 
tions avec  la  société  civile  ,  avec  l'État  ;  de  l'au- 
tre au  dedans,  dans  son  organisation  et  son 
gouvernement  intérieur.  Et  non-seulement  l'E- 
glise en  général ,  mais  ses  deux  élémens  distincts , 
les  prêtres  et  les  moines,  le  clergé  séculier  et  le 
clergé  régulier  ont  été  pour  nous  l'objet  de  ce 
double  examen.  ' 

Il  nous  a  conduits ,  vous  vous  le  rappelez ,  à  ce 
résultat  qu'au  commencement  du  VHP  siècle  , 
l'Eglise  gallo-franque  était  en  proie  à  une  anarchie 
toujours  croissante.  A  l'extérieur ,  loin  de  se  sim- 
plifier et  de  se  fixer,  ses  rapports  avec  l'Etat  deve- 
naient de  plus  en  plus  confus,  désordonnés,  in- 
certains 3  le  pouvoir  spirituel  et  le  pouvoir  tem- 
porel «  vivaient  au  jour  le  jour,  sans  principes, 
»  sans  conditions  arrêtées,  serencontrantpartout, 
»  se  heurtant,  se  confondant,  se  disputant  les 
»  moyens  d'action,  luttant  et  transigeant  dans 
»  les    ténèbres  et    au    hasard.  »    A  l'intérieur, 


I  Voy.  la  ig'^  leçon,  t.  2,  p.  235-26o. 
a  Voy.  Ift  12*  leçon,  t.  i,  p.  45o-452 


D  HISTOIRE    MODERNE.  .')I 

dans  son  propre  gouvernement ,  la  situation  de 
l'Église  n'était  pas  meilleure  :  l'épiscopat  y  avait 
tout  envahi;  le  clergé  inférieur  luttait  en  vain 
pour  conserver  quelques  droits,  pour  s'assurer 
quelques  garanties.  Et  après  avoir  tout  envahi, 
l'aristocratie  épiscopale  était  elle-même  tombée 
dans  une  anarchie  pleine  d'impuissance  :  presque 
plus  de  conciles  ;  presque  plus  de  pouvoir  mé- 
tropolitain; l'égoïsme  pénétrait  là  comme  dans 
la  société  civile  ;  chaque  évêque  gouvernait  à  son 
gré  son  diocèse ,  despote  envers  ses  inférieurs  , 
indépendant  de  ses  supérieurs  et  de  ses  égaux. 
Les  monastères  nous  ont  offert  à  peu  près  les 
mêmes  phénomènes.  Si  bien  qu'à  tout  prendre, 
peu  avant  le  milieu  du  VHP  siècle ,  ce  qui  domi- 
nait au  sein  de  l'Église  comme  de  l'État,  dans 
la  Gaule-franque ,  c'était  la  désorganisation. 

Cependant ,  en  même  temps  que  nous  avons 
reconnu  ce  fait ,  nous  avons  entrevu ,  sur  les 
deux  rives  du  Rhin,  et  pour  l'Église  comme  pour 
l'Etat,  les  premières  lueurs  d'un  autre  avenir. 
Là  naissaient  et  grandissaient  ensemble  ,  d'une 
part  cette  race  des  Pépin  qui  devait  donner  à  la 
Gaule  franque  de  nouveaux  maîtres  ;  de  l'autre, 
cette  Église  germanique  qui,  régulièrement  et 
fortement  organisée  sous  l'influence  de  la  pa- 
pauté, pouvait  servir,  pour  la  réforme  des  autres 


02  COURS 

Eglises  en  Occident,  de  point  dappui  et  de  mo- 
dèle. 

Ainsi  il  arriva  en  effet.  Vous  avez  vu ,  sous  les 
premiers  Carlovingiens ,  l'ordre  et  la  vie  rentrer 
dans  le  gouvernement  civil  ;  vous  allez  ,  à  la 
même  époque  et  par  les  mêmes  causes  ,  assister 
dans  l'Eglise  au  même  fait. 

Il  n'a  pas  besoin  de  démonstration  ;  il  éclate 
de  toutes  parts.  De  Pepin-le-Bref  à  Louis-le-Dé- 
bonnaire  ,  il  est  impossible  de  ne  pas  être  frappé 
du  mouvement  de  réforme  qui  se  prononce  et 
se  propage  dans  l'église  gallo-franque.  L'activité 
et  la  règle  y  reparaissent  en  même  temps.  Le  gou- 
vernement temporel  travaille  de  toutes  ses  forces 
à  les  y  ramener.  Pépin  et  Charlemagne  commen- 
cent par  tirer  l'épiscopat  de  l'anarcbie  et  de 
l'inertie  où  ils  le  trouvent  plongé  :  ils  relèvent  le 
pouvoir  des  métropolitains  ,  rassemblent  fré- 
quemment les  évêques  ,  s'occupent  de  rendre  au 
gouvernement  ecclésiastique  son  ensemble  et  sa 
régularité.  Vers  ^47  '  s^^^'  ^^  demande  de  Pépin, 
le  pape  Zacharie  lui  adresse  une  collection  de 
canons.  En  774  '  Adrien  1"  en  envoie  à  Cbarle- 
magne  une  seconde  beaucoup  plus  complète.  Et 
Charlemagne  ne  se  borne  pas  à  répandre  ces 
codes  de  la  discipline  ecclésiastique  ;  il  veille  soi- 
gneusement à  leur  observation  ;  il  fait  rendre  des 


d'histoire  moderne.  55 

canons  nouveaux;  l'adiniulstration  religieuse  est 
évidemment  une  des  principales  affaires  de  son 
gouvernement.  Il  réussit  en  effet  à  réveiller  dans 
l'Église  cette  activité  générale ,  régulière  ,  depuis 
long-temps  presque  éteinte.  Vingt  conciles  seule- 
ment avaient  été  tenus  dans  le  VIP  siècle  ,  et 
sept  seulement  dans  la  première  moitié  du  VHP. 
A  partir  de  Pépin  ils  redeviennent  fréquens  : 
voici  le  tableau  de  ceux  qui  se  réunirent  sous  les 
rois  Carlovingiens  : 


j 

ROIS. 

Date  de  l'avèn. 
et  de  la  mort. 

Nombre  des 
conciles. 

Pepin-le-Bref. 

752—768 

i4 

en    16  am. 

Charlemagne. 

768  —  814 

35 

en    46  ans. 

Louis-le-Débonnaiie. 

814  —  840 

29 

en    26  ans. 

Cbarles-le-Chauve. 

840  —  877 

Cq 

en    57  ans. 

DelauiortdeCharles- 

1      le-Chauve  à  l'avè- 

neinentde  Hugues- 

Capet. 

877  —  987 

56 

en  1 10  ans. 

201 

en  235  ans. 

Ce  seul  fait  atteste  dans  la  société  ecclésiastique 
le  retour  de  l'activité  ,  de  la  vie.  Et  cette  activité 
ne  se  contentait  pas  de  tenir  des  conciles ,  de  ré- 
gler les  affaires  immédiates  et  spéciales  du  clergé  ; 
elle  s'étendait  aux  besoins  de  la  société  religieuse 


34  COURS 

en  général ,  de  tout  le  peuple  chrétien  ,  dans  l'a- 
venir comme  dans  le  présent.  C'est  le  temps  du 
perfectionnement  définitif  delà  liturgie;  les  écrits 
abondent  sur  les  offices  ecclésiastiques ,  leur  célé- 
bration ,  leur  histoire ,  et  les  règles  s'établissaient 
à  la  suite  des  écrits.  C'est  aussi  le  temps  où 
furent  rédigés  la  plupart  des pénitentiels  ou  codes 
pénaux  ecclésiastiques  qui  réglaient  le  rapport 
des  pénitences  aux  péchés  :  ils  variaient  souvent 
de  diocèse  à  diocèse  ,  et  parurent  en  grand  nom- 
bre avant  qu'aucun  acquît  une  autorité  un  peu 
étendue.  Alors  aussi  se  multiplièrent  les  homi- 
liaires  ou  recueils  de  sermons  à  l'usage  des  prêtres 
et  des  fidèles.  Tout  témoigne  en  un  mot ,  à  cette 
époque ,  une  grande  ardeur  de  travail  et  de  ré- 
forme, réforme  poursuivie  soit  par  le  pouvoir 
civil  qui  concourt  très-activement  au  gouverne- 
ment de  l'Eglise,  soit  par  l'Eglise  elle -même  ,  ap- 
pliquée à  rétablir  dans  son  propre  sein  la  règle 
et  le  progrès. 

Deux  réformes  spéciales,  entreprises  et  accom- 
plies par  des  individus  isolés,  la  formation  de 
l'institut  des  chanoines  et  le  rétablissement  de 
la  règle  parmi  les  moines ,  attestent  le  même 
mouvement  et  contribuèrent  puissamment  à 
l'accélérer. 

Vers  l'an  760 ,  Chrodegand ,  évêque  de  Metz, 


d'histoike  moderne.  55 

frappé  du  désordre  qui  régnait  daus  le  clergé  sé- 
culier et  delà  difficulté  de  gouverner  des  prêtres 
épars,  vivant  isolément  et  chacun  à  sa  façon  , 
entreprit  de  soumettre  à  une  règle  uniforme  ceux 
de  son  église  épiscopale,  de  les  faire  habiter  et  vi- 
vre en  commun ,  de  les  constituer  enlin  en  une 
association  analogue  à  celle  des  monastères.  Ainsi 
naquit  l'institution  des  chanoines  :  le  désordre  des 
temps  en  fut  l'occasion ,  l'ordre  monastique  le 
modèle.  Chrodegand  s'appliqua  à  rendre  l'assi- 
milation aussi  complète  qu'il  le  put.  La  règle  en 
54  articles,  qu'il  donna  aux  premiers  chanoines  , 
est  presque  textuellement  empruntée  à  la  règle 
de  Saint-Benoît.  Les  travaux,  les  délassemens, 
les  devoirs,  tout  l'emploi  du  temps  des  chanoines 
y  sont  réglés  ;  les  repas  doivent  être  pris  en  com- 
mun ,  les  vêtemens  uniformes.  Une  différence 
fondamentale  subsiste ,  il  est  vrai ,  entre  les  deux 
instituts;  les  chanoines  peuvent  posséder  des 
propiiétés  privées ,  tandis  que ,  chez  les  moines , 
le  monastère  seul  possède.  Mai&  dans  le  détail  de 
la  vie ,  la  ressemblance  est  minutieuse,  et  on  s'est 
évidemment  appliqué  à  la  chercher. 

Il  faut  bien  que  l'institution  répondît  aux  be- 
soins du  temps,  car  elle  se  propagea  avec  rapi- 
dité; beaucoup  d'évêques  imitèrent  Chrodegand j 
l'organisation  du  clergé  des  églises  épiscopales  en 


56  COURS 

chapitres  devint  générale;  en  7*35,  789,  802  et 
8i5  ,  on  voit  le  pouvoir  civil  et  ecclésiastique  la 
sanctionner  avec  empressement.  Enfin,  en  826, 
Louis-le-Débonnaire  fait  rédiger  en  i45  articles, 
dans  un  concile  tenu  à  Aix-la-Cbapelle ,  une 
règle  des  chanoines ,  qui  reproduit  et  étend  celle 
de  Chrodegandj  et  il  l'envoie  à  tous  les  métropo- 
litains de  son  royaume ,  pour  qu'elle  soit  partout 
appliquée  et  devienne  la  discipline  uniforme  des 
églises. 

Il  semble  que  cette  discipline  devait  rencon- 
trer ,  dans  le  clergé  séculier ,  beaucoup  de  résis- 
tance ;  elle  le  privait  de  la  liberté  désordonnée 
dont  il  avait  long-temps  joui  ;  elle  lui  imposait 
un  joug  uniforme  et  assez  rude.  Mais  une  cir- 
constance ,  à  laquelle  la  plupart  des  historiens 
ont  fait  trop  peu  d'attention ,  leva  presque  par- 
tout ces  obstacles  et  favorisa  puissamment  l'ex- 
tension du  nouvel  institut. 

Je  vous  ai  déjà  fait  remarquer  ^  que  les  biens 
de  l'église,  dans  chaque  diocèse,  étaient  à  la  dis- 
position de  l'évêque ,  qui  les  administrait  et  en 
répartissait  les  revenus  presque  seul  et  arbitrai- 
rement ;  en  sorte  que  les  simples  prêtres,  et  non- 


.epon  1?»^ ,  t.  2,  p.  55. 


D  HISTOIRE   MODEUNE.  D" 

seulement  les  prêtres  dispersés  dans  les  campa- 
gnes ,  mais  ceux  de  la  cité  épiscopale  ,  de  l'église 
cathédrale  même ,  dépendaient  complètement 
de  l'évêque  pour  leur  entretien ,  leur  nourriture, 
les  premiers  et  plus  impérieux  besoins  de  la  vie. 
Et  comme  un  grand  nombre  d'évêquesse  livraient 
à  beaucoup  de  désordres  et  dépensaient ,  pour 
leur  propre  compte ,  les  revenus  de  l'Eglise , 
l'existence  des  prêtres  était  fort  chétive ,  précaire; 
la  pauvreté,  la  détresse  même  étaient  souvent 
leur  condition. 

Le  mal  était  si  réel  que  ,  lorsque  beaucoup 
d'évêques  voulurent  imiter  ce  qu'avait  fait  l'évê- 
que de  Metz,  réunir  les  prêtres  de  leur  cathé- 
drale dans  un  même  édifice  ,  et  leur  faire  mener 
une  vie  commune ,  le  pouvoir  temporel  et  spiri- 
tuel crut  devoir  intervenir  pour  défendre  que 
cela  se  fît  si  l'on  n'avait,  pour  le  nouvel  établis- 
sement, des  moyens  de  subsistance  et  d'entretien 
assurés.  Le  concile  de  May  en  ce  ordonna,  en  S  i  5, 
de  faire  la  réforme  «  là  où  on  en  aurait  les 
moyens;»  et  celui  d'Aix-la-Chapelle  ,  en  8i6, 
enjoignit  aux  évêques  de  se  régler,  pour  l'admis- 
sion des  chanoines,  sur  les  revenus  de  l'église. 

Mais  cet  embarras  ne  dura  pas  long-temps. 
Quand  on  vit  les  prêtres  ainsi  enfermés,  disci- 
plinés ,  et  menant  une  vie  aussi  régulière,  aussi 


58  COURS 

sévère  que  les  moines ,  il  prit  au  peuple  un  re- 
doublemeiit  de  respect  pour  eux  et  de  ferveur. 
Les  dons  affluèrent  aux  chapitres  comme  aux 
monastères  Jamais  peut-être  tant  d'églises  n'a- 
vaient été  fondées  et  si  bien  dotées;  la  plupart 
des  cathédrales  s'enrichirent  rapidement,  et 
beaucoup  de  donations  s'adressaient  spéciale- 
ment aux  chanoines,  devenus  un  objet  d'édifica- 
tion et  d'admiration.  Les  simples  prêtres  sorti- 
rent ainsi,  dans  beaucoup  de  lieux,  de  l'état  de 
détresse  et  de  dépendance  où  ils  étaient  plongés; 
le  clergé  séculier  devint  favorable  au^  nouvel 
institut,  quoiqu'il  en  portât  le  joug;  et  la  règle 
des  chanoines  joua  bienlôt,  dans  le  mouvement 
de  réforme  de  l'Eglise ,  à  cette  époque ,  un  rôle 
très -important. 

En  même  temps  s'accomplissait  une  nouvelle 
réforme  des  moines ,  par  l'influence  d'un  homme 
qui  prit  le  nom  de  leur  premier  réformateur 
en  Occident,   de  saint  Benoit  d'Aniane. 

Benoit  n'était  pas  son  nom  primitif;  on  ignore 
celui  qu'il  portait;  il  était  gothderace,  et  né  en 
75i,  dans  le  diocèse  de  Maguelonne,  eu  Septi- 
manie,  oii  son  père  était  comte.  Envoyé  dès  son 
enfance  à  la  cour  de  Pépin  le  Bref,  il  y  fut  page , 
échanson,  homme  de  guerre,  et  prit  part  à  plu 
sieurs  expéditions  de  Charlcmagnc.  En  774 ,  sans 


I 


d'histoire     MODEKNl!:.  59 

qu'aucun  détail  nous  soit  resté  sur  les  aventures 
de  sa  vie  laïque  ,  on  le  voit  y  renoncer  et  se  faire 
moine  dans  l'abbaye  de  Saint -Seine,  dont  je 
vous  ai  raconté  la  fondation.  '  Il  y  devint  bientôt 
le  plus  respecté  des  moines,  si  respecté  que, 
l'abbé  étant  mort,  on  voulut  lui  en  conférer  le 
titre  :  singulier  rapport ,  vous  le  voyez ,  entre  sa 
destinée  et  celle  du  grand  réformateur  qu'il 
avait  adopté  pour  modèle'.  Comme  saint  Benoît 
de  Nursia  s'était  d'abord  refusé  au  voeu  des  moines 
de  Vicovaro ,  Benoît  d' Aniane  repoussa  celui  des 
moines  de  Saint-Seine  :  ils  n'étaient  pas,  dit-il, 
capables  de  supporter  la  règle  sévère  qu'il  voulait 
rétablir;  iJs  ne  tarderaient  pas  à  se  soulever  con- 
tre lui.  Les  moines  insistèrent ,  mais  Benoît,  plus 
obstiné  que  son  patron  ,  prit  le  parti  de  quitter 
l'abbaye.  Vers  l'an  780,  il  retourna  dans  la  Gaule 
méridionale,  et ,  toujours  fidèle  à  l'exemple  de  S'. 
Benoit ,  se  fit  ermite  sur  les  bords  d'un  petit  ruis- 
seau, l'Aniane,  dans  le  diocèse  de  Maguelonne. 
Sa  célébrité  l'accompagna ,  grandit  même  dans 
son  ermitage;  une  foule  de  compagnons,  déjà 
moines  ou  avides  de  l'être ,  se  rassemblèrent  au- 


i  Leçon  17%  t.  a.  p.  176. 
2  Leçon  i4' ,  t.  2,  p.  67 — ; 


4o  COURS 

tour  de  lui ,  et  bientôt  il  se  vit  obligé  de  bâtir  un 
grand  monastère ,  où  il  appliqua  dans  toute  sa 
rigueur  la  réforme  qu'il  se  proposait. 

Cette  réforme  n'était  au  fond  qu'un  retour 
à  la  règle  primitive  de  saint  Benoît ,  dont  je  vous 
ai  entretenus  avec  détail  ',  et  que,  dans  la  plupart 
des  monastères ,  le  relâchement  de  la  discipline 
avait  fait  abandonner.  Benoît  d' Aniane  la  publia 
de  nouveau,  et  recueillant  en  même  temps  les  di- 
verses règles  données  aux  monastères  depuis  leur 
origine  jusqu'à  son  temps ,  il  en  forma  le  codex 
regularum ,  véritable  corps  de  droit  de  la  société 
monastique ,  et  le  répandit  dans  la  Gaule  Fran- 
que.  Non  content  de  remettre  ainsi  la  loi  sous  les 
yeux  de  ceux  qui  devaient  lui  obéir ,  il  entreprit 
la  réforme  pratique  des  monastères  ;  et,  soit  par 
lui-même  soit  par  des  disciples  de  son  choix, 
l'accomplit  eu  efiet  dans  ceux  de  Gellone  en  Lan- 
guedoc ,  de  l'île  Barbe  près  de  Lyon ,  de  Saint- 
Savin  en  Poitou,  de  Cormery  en  Touraine,  de 
Massay  en  Berry ,  de  Saint-Mesmin  près  d'Or- 
léans, de  Marmùnster  en  Alsace,  et  plusieurs 
autres.  Une  si  grande  œuvre  attira  bientôt  sur 
son  auteur  la  considération  du  peuple  et  de  Char- 


1  Leçon  i4%  l.  2,  p.  70 — 82. 


D  HISTOIRE    MODERNE,  /fl 

lemagne.  En  794 ,  on  voit  Benoît  siéger  au  con- 
cile de  Francfort ,  et  y  prendre  part  à  la  con- 
damnation de  l'hérésie  des  Adoptiens  ,  dans  la 
personne  de  Félix,  évêque  d'Urgel.  En  79g,  et  par 
Tordre  de  Chariemagne  ,  il  se  rend  à  Urgel  avec 
l'archevêque  Leidrade  pour  prêcher  les  héréti- 
ques. Enfin,  en  81 5,  Louis-le-Débonnaire  l'ap- 
pela auprès  de  lui ,  le  fit  abbé  d'un  grand  mo- 
nastère qu'il  venait  de  fonder  à  Inde,  dans  le 
voisinage  d'Aix-la-Chapelle;  et  en  817  Benoît 
présida  l'assemblée  tenue  spécialement  à  Aix-la- 
Chapelle  pour  la  réforme  des  ordres  monasti- 
ques, assemblée  uniquement  composée  de  moines 
et  d'abbés,  et  dont  il  avait  probablement  pro- 
voqué la  convocation. 

De  cette  assemblée  sortit  en  effet  un  grand  ca- 
pitulaire  destiné  à  accomplir  d'une  manière  géné- 
raleetpar  lavoie  du  pouvoir  public,  cette  réforme 
que  Benoit  poursuivait  en  détail  depuis  si  long- 
temps; il  contient  Soarticies  et  doit  être  considéré 
comme  le  complément  et  le  commentaire  de  la 
règle  de  Saint- Benoît.  Maisle  commentaire  diffère 
beaucoup  du  texte ,  et  ici  se  révèle ,  dans  l'esprit 
monastique  ,  une  révolution  qu'il  importe  de  ca- 
ractériser. 

Rappelez- vous,  je  vous  prie,  combien  en  ana- 
lysant la  règle  de  Saint-Benoît,  nous  l'avons  trou- 


42  COURS 

vée ,  malgré  le  sévère  enthousiasme  dont  elle 
est  le  fruit,  sensée,  libérale  même,  cest-à-dire 
étrangère  à  tous  minutieux  détails ,  à  toute  Tue 
étroite;  humaiue  et  modérée ,  quant  à  la  vie  pra- 
tique, au  sein  d'une  pensée  générale  fort  rigide. 
Tout  autre  est  le  caractère  de  la  règle  additionnelle 
que  contient  le  capitulaire  de  8 1 7 .  Elle  semble  d'a- 
bord n'avoir  d'autre  objet  que  de  remettre  en 
vigueur  la  règle  primitive.  Les  trois  premiers  ar 
ticles  imposent  à  tout  abbé  l'obligation  de  la 
relire  en  rentrant  dans  son  monastère  et  de  s'en 
bien  pénétrer,  à  tout  moine  celle  de  l'apprendre 
par  cœur.  Mais  à  ce  début  succède  la  législation 
la  plus  étrangère  au  texte  et  à  l'esprit  de  l'an- 
cienne loi  ;  une  législation  surchargée  de  puériles 
détails,  de  pratiques  minutieuses,  d'observances 
vaines;  eu   voici  quelques  exemples  : 

Que  les  moines  ne  se  rasent  point  dans  le  carême,  si 
ce  n'est  le  vsamedi  saint.  Pendant  le  reste  de  l'année,  qu'ils 
se  rasent  une  fois  tous  les  quinze  jours,  et  à  l'octave  de 
Pâques.  ' 

Que  l'usage  des  bains  ait  lieu  au  gré  du  prieur.  " 

Qu'ils  ne  mangent  de  volaille  ni  au  dedans  ni  au  dehors 


1  Art  6. 

2  An .  7 


d'histoire  moderne.  45 

du  monastère,  si  ce  n'est  pour  cause  d'infirmité  ;  qu'aucun 
évêque  n'ordonne  aux  moines  de  manger  de  la  volaille. 
Qu'à  Noël  et  à  Pâques,  ils  uiangent  de  la  volaille  pendant 
quatre  jours,  s'il  y  en  a;  sinon  ,  qu'ils  n'en  demandent  pas 
comme  leur  dû.' 

Qu'ils  ne  mangent  point  de  fruit  ni  de  salade  ,  si  ce  n'est 
en  prenant  leur  autre  nourriture.  ' 

Que  la  mesure  du  capuchon  soit  de  deuxcoudées.  ^ 

Qu'on  donne  séparément  à  chaque  frère  sa  part  de  nour- 
riture et  de  boisson;  et  que  nul  ne  donne,  sur  sa  part, 
quelque  chose  à  un  autre.  * 

Qu'on  n'observe  pas,  pour  la  saignée  ,  certaines  époques 
fixes;  mais  que  chacun  soit  saigné  selon  le  besoin,  et  qu'on 
lui  donne  alors  quelque  agrément  particulier  en  fait  de 
boisson  et  de  nourriture.* 

Sur  quatre-vingts  articles,  vingt  et  un  sont  de 
la  sorte  étrangers  à  tout  sentiment  religieux, 
à  toute  intention  morale,  et  ne  contiennent  que 
de  misérables  prescriptions  de  ce  genre.  A  coup 
sûr.  Messieurs,  rien  ne  ressemble  moins  à  cet 
enthousiasme ,  à  cette  gravité  dont  la  règle 
primitive  est  empreinte  ;   rien  n'atteste  davan- 


1  Art,  8.9,  78. 

2  Art.  10. 

3  Art.  21. 

4  Art.  66. 
.5  Art.   11 


/|4  COURS 

tage  la  décadence  de  l'esprit  monastique  et  la 
rapidité  de  sa  pente  vers  une  mesquine  su- 
perstition. Comme  Benoît  de  Nursia,  Benoît 
d'Aniane  voulait  réformer  les  monastères;  mais 
la  réforme  du  Vr  siècle  avait  été  à  la  fois  large 
et  passionnée  ;  elle  s'était  adressée  à  ce  qu'il  y 
a  de  fort  et  de  grand  dans  la  nature  humaine  : 
celle  du  IX'  est  puérile ,  subalterne,  s'adresse  à 
tout  ce  qu'il  y  a ,  dans  l'homme ,  de  faible  et  de 
servile.  Tel  fut  en  effet,  depuis  cette  époque, 
et  malgré  plusieurs  tentatives  pour  le  ramener 
vers  sa  source ,  le  caractère  général  de  l'institut 
monastique  ;  il  perdit  sa  grandeur,  son  ardeur 
première ,  et  demeura  chargé  de  ces  puérilités  , 
de  ces  ridicules  servitudes  qui  abaissent  les 
hommes ,  même  quand  ils  s'y  soumettent  à 
bonne  intention. 

Puérile  ou  grave,  monastique  ou  séculière, 
toute  cette  réforme  de  l'Eglise  gallo-franque 
s'accomplissait  sous  l'impulsion  et  avec  le  con- 
cours du  pouvoir  temporel.  A  vrai  dire,  de 
Pepin-le-Bref  à  Louis-le-Débonnaire  .  c'est  le 
pouvoir  temporel,  roi  ou  empereur,  qui  gou- 
verne l'Eglise,  et  fait  tout  ce  que  je  viens  de 
mettre  sous  vos  veux.  Les  preuves  en  sont  évi- 
dentes. 

r  Tous  les  canons ,  loutos  les  mesures  relatives 


l/mSTOIRE    MODERNE.  /|-5 

a  l'Église,  à  cette  époque,  sont  publiés  au  nom 
du  pouvoir  temporel  ;  c'est  lui  qui  parle ,  qui 
ordonne ,  qui  agit.  11  suffit  d'ouvrir  les  actes  des 
conciles  pour  s'en  convaincre. 

2°  Ces  actes,  et  beaucoup  d'autres  monumens, 
proclament  même  formellement  que  c'est  au  pou- 
voir civil  qu'il  appartient  d'ordonner  de  telles 
choses,  et  que  l'Eglise  vit  et  agit  sous  son  autorité. 
Les  canons  du  concile  d'Arles,  tenu  sous  Charle- 
raagne  en  8 1 3  ,  se  terminent  ainsi  : 

Nous  avons  brièvement  énuméi'é  les  choses  qui  nous 
semblent  avoir  besoin  de  réforme ,  et  nous  avons  décidé 
que  nous  les  présenterions  au  seigneur  empereur,  en  in- 
voquant sa  clémence,  afin  que,  si  quelque  chose  manque 
à  ce  travail,  sa  prudence  y  supplée;  si  quelque  chose  est 
autrement  que  ne  le  veut  la  raison,  son  jugement  le  corrige; 
si  quelque  chose  est  sagement  ordonné,  son  appui ,  avec 
l'aide  de  la  bonté  divine,  le  fasse  exécuter  '. 

On  lit  également  dans  la  préface  des  actes  du 
concile  de  Mayence  ,  tenu  aus.si  en  8 1 3  : 

Sur  toutes  ces  choses,  nous  avons  besoin  de  votre  appui 
€t  de  votre  saine  doctritie ,  afin  qu'elle  nous  avertisse  et 
nous  instruise  avec  bienveillance  ;  et  si  ce  que  nous  avons 
rédigé  ci-dessous,  en  quelques  articles,  vous  en  paraît 

•  Conc.  Labbe,  t.  vu,  col.  1208. 

a6.  T.   III.   HisT.  MOD..   182g.  5 


46  COURS 

digne,  que  voire  autorité  le  confirme;  si  quelque  chose  vous 
y  semble  à  corriger,  que  votre  grandeur  impériale  en  or- 
donne la  correction  '. 

Quels  textes  pourraient  être  plus  formels? 

3°  Les  capitulaires  de  Charlemagne  prouvent 
également  à  chaque  pas  que  le  gouvernement 
de  l'Eglise  était  une  de  ses  principales  affaires; 
quelques  articles  pris  au  hasard  vous  montreront 
avec  quelle  attention  il  s'en  occupait  : 

Nos  missi  doivent  rechercher  s'il  s'élève  quelque  plainte 
contre  un  évêque,  un  abbé,  une  abbesse,  un  comte,  ou 
tout  autre  magistrat,  quel  qu'il  soit,  et  nous  en  instruire*. 

Qu'ils  examinent  si  les  évêques  et  les  autres  prêtres  vi- 
vent selon  l'institution  canonique,  et  s'ils  connaissent  et 
observent  bien  les  canons;  —  si  les  abbés  vivent  selon  la 
règle  et  canoniquement,  et  s'ils  connaissent  bien  les  ca- 
nons; —  si,  dans  les  monastères  d'hommes,  les  moines 
vivent  selon  la  règle;  —  si,  dans  les  monastères  de  filles, 
elles  vivent  selon  la  règle  ,  et  quelle  en  est  la  clôture  5. 

Qu'ils  examinent  dans  chaque  cité  les  monastères  d'hom- 
mes et  de  filles  ;  qu'ils  voient  comment  les  églises  sont  en- 
tretenues ou  réparées,  soit  quant  aux  édifices,  soit  quant 
aux  ornemens;  qu'ils  s'informent  soigneusement  des 
mœurs  de  chacun,  et  de  ce  qui  a  été  fait  quant  à  ce   que 

'  Ibid.  ,  col.  i/>4i. 

'  3*  cap.  a.  789 ,  «  1 1  ,  Bal.  t.  1  ,  col.  244- 

'  2«  cap.  a.  ^'oa ,  5  2  —  5  ;  t.  1 ,  col.  575. 


d'histoirb  modehne.  4? 

«oas  avons  ordonné  sur  les  lectures,  le  chant,  et  tout  ce 
qui  concerne  la  discipline  ecclésiastique.  > 

Si  quelqu'un  des  abbés,  prêtres,  diacres,  etc. ,  n'obéit 
pas  à  son  évêque,  qu'ils  aillent  devant  le  métropolitain,  et 
que  celui-ci  juge  l'affaire  avec  ses  suffragans.  Et ,  s'il  y  a 
quelque  chose  que  l'évêque  métropolitain  ne  puisse  ré- 
former ou  apaiser ,  que  les  accusateurs  avec  l'accusé  vien- 
nent à  nous  avec  des  lettres  du  métropolitain,  pour  que 
nous  sachions  la  vérité  de  la  chose.  ' 

Que  les  évêques ,  les  abbés ,  les  comtes  ,  et  tous  les  puis- 
sans,  s'ils  ont  entr'eux  quelque  débat  et  ne  se  peuvent 
concilier,  viennent  en  notre  présence.  ' 

C'est-Ià ,  à  coup  sûr ,  une  intervention  bien 
directe  et  active.  Charlemagne  ne  gouvernait 
pas  les  affaires  civiles  de  plus  près. 

4°  11  exerçait  d'ailleurs  une  influence  très-effi- 
cace, bien  qu'indirecte  ;  il  nommait  les  évêques. 
On  lit,  à  la  vérité,  dans  ses  capitulaires,  le  rétablis- 
sement de  l'élection  des  évêques  par  le  clergé  et 
le  peuple ,  selon  l'usage  primitif  et  le  droit  légal 
de  l'Église  : 

N'ignorant  pas  les  sacrés  canons,  dit-il,  et  afin  qu'au  nom 
de  Dieu,  la  sainte  Église  jouisse  librement  de  ses  privi- 


'  5" cap.  a.  8o6 ;  ^  4  >  t-  ^  >  ^^^-  453- 
'  Cap.  a.  794;*  4?  t*  *>  col.  264. 
^  3*  cap.  a.  812;  5  2. 


4t)  COURb 

lége6,  nous  avons  donné  noire  assentiment  à  ce  que  les 
évêques  soient  élus,  selon  les  statuts  canoniques,  par  le 
choix  du  clergé  et  du  peuple,  dans  le  diocèse  même,  sans 
aucune  acception  de  personnes  ni  de  présens,  pour  le  seul 
mérite  de  leur  vie  et  de  leur  sagesse  ,  et  afin  que ,  par  leurs 
exemples  et  leurs  discours,  ils  puissent  diriger  complète- 
ment ceux  qui  leur  sont  soumis  '. 

Mais  le  fait  continua  d'être  peu  en  accord  avec 
le  droit  :  après  comme  avant  ce  capitulaire  , 
Charlemagne  nomma  presque  toujours  les  évê- 
ques; et  même  après  sa  mort ,  sous  ses  plus  fai- 
bles successeurs ,  l'intervention  de  la  royauté  en 
pareille  matière  fiit  avouée  par  ses  plus  jaloux 
rivaux.  En  855,  le  pape  Léon  IV  écrit  à  Lotliaire, 
empereur  : 

Nous  supplions  votre  mansuétude  de  donnercette  Église 
à  gouverner  à  Colonne,  humble  diacre,  afin  qu'en  ayant 
repu  permission  de  vous,  nous  puissions,  avec  l'aide  de 
Dieu  ,  le  consacrer  évêque.  Si  vous  ne  voulez  pas  qu'il  soit 
évêque  dans  ladite  église,  que  votre  sérénité  daigne  lui 
conférer  celle  de  Tusculum,  veuve  aussi  de  son  pasteur  '- 

Et  en  879,  le  pape  Jean  VllI  fait  au  roi  Car- 


'  i«  Cap.  a.  8o3  ;  à  2 ,  T.  1  ,  col.  379. 
,  Gratian.  Décret.  P.  2,  dist.6ù,c.    16. 


d'histoire  moderne.  49 

loman  udc  demande  semblable  pour  l'église  de 
Verceil  '. 

Les  chroniques  du  temps  sont  pleines  d'ailleurs 
de  faits  particuliers  qui  ne  peuvent  laisser  à  ce 
sujet  aucun  doute ,  et  prouvent  que  le  choix  des 
ëvêques  était  l'occasion  ,  tantôt  pour  les  préten- 
dans  d'une  multitude  d'intrigues ,  tantôt  pour  le 
prince  lui-même,  d'une  partialité  ou  d'une  lé- 
gèreté singulière.  Deux  anecdotes  tirées  de  la 
chronique  du  moine  de  St.-Gall,  monumeni 
plus  important  et  plus  instructif  que  ne  voudrait 
le  croire  la  pédanterie  des  érudits ,  en  sont  de 
remarquables  exemples  :  je  les  citerai  textuel- 
lement. 

Vous  savez  que  Chariemagne  faisait  élever, 
dans  l'école  du  palais ,  des  jeunes  gens  dont  il 
mettait  eusuite  la  science  et  le  talent  à  profit  ; 

Il  fit  l'un  de  ces  élèves,  qui  était  pauvre,  chef  et  écrivain 
de  sa  chapelle.,..  Un  jour  qu'on  annonça  la  mort  d'un  cer- 
tain évêque  au  très-prudent  Charles,  il  demanda  si  ce 
prélat  avait  envoyé  devant  lui,  dans  l'autre  monde,  quelque 
portion  de  ses  biens  et  du  fruit  de  ses  travaux  ;  «  Pas  plus 
»de  deux  livres  d'argent,  seigneur,  »  répondit  le  messa- 
ger. Le  jeune  homme  dont  il  s'agit,  ne  pouvant  contenir 


'  Gicscler,  Manuel  d'hist.  ecclésiast.,  l.  2,  p.  44?  "O^-  9- 


5o  ^.OURS 

dans  son  sein  la  vivacité  de  son  esprit,  s'écria  malgré  lui^ 
en  présence  du  roi  :  «  Voilà  un  bien  léger  viatique  pour  ui> 
«voyage  si  grand  et  de  si  longue  durée.  »  Après  avoir  dé- 
libéré quelques  instans  en  lui-même ,  Charles,  le  plus  pru- 
dent des  hommes,  dit  au  jeune  clerc  :  «Qu'en  penses-tu  ? 
')  si  je  te  donnais  cet  évêché ,  aurais-tu  soin  de  faire  de  plus 
»  considérables  provisions  pour  ce  long  voyage?»  L'autre 
se  hâtant  de  dévorer  ces  sages  paroles,  comme  des  raisins 
mûrs  avant  le  terme  et  qui  seraient  tombés  dans  sa  bouche 
enlr'ouverte,  se  précipita  aux  pieds  de  son  maître  et  ré- 
pondit :  «  Seigneur,  c'est  à  la  volonté  de  Dieu  et  à  votre 
»  puissance  à  en  décider.  —  Cache-toi,  reprit  le  roi,  sous 
»le  rideau  tiré  derrière  moi,  et  tu  apprendras  combien  tu 
»as  de  rivaux  pour  ce  poste  honorable.  »  Dès  que  la  mort 
de  l'évêque  fut  connue,  les  officiers  du  palais,  toujours 
prêts  à  épier  les  malheurs  ou  tout  au  moins  le  trépas  d'au- 
trui,  impatiens  de  tout  retard  et  s'enviant  lesuns  les  autres, 
firent  agir,  pour  obtenir  l'évêché  ,  les  familiers  de  l'empe- 
reur. Mais  celui-ci,  ferme  dans  son  dessein,  les  refusa  tous, 
disant  qu'il  ne  voulait  pas  manquer  de  parole  à  son  jeune 
homme.  A  la  fin,  la  reine  Hildegarde  envoya  d'abord  les 
grands  du  royaume  et  vint  ensuite  elle-même  solliciter  cet 
évêché  pour  son  propre  clerc.  Le  roi  reçut  sa  demande  de 
l'air  le  plus  gracieux,  l'assura  qu'il  ne  pouvait  ni  ne  vou- 
lait lui  rien  refuser,  mais  ajouta  qu'il  ne  se  pardonnerait 
pas  de  tromper  son  jeune  clerc.  A  la  manière  de  toutes  les 
femmes,  quand  elles  prétendent  faire  prédominer  leurs 
désirs  et  leurs  idées  sur  la  volonté  de  leurs  maris,  la  reine 
dissimulant  sa  colère,  adoucissant  sa  voix  naturellement 
forte,  et  s'efforçant  d'amollir,  par  des  manières  caressantes, 
ITime  inébranlable  de   Charles,  lui  dit  :    c  Cher  prince  . 


d'histoire  moderne.  5i 

»  monseigneur  ,  pourquoi  perdre  cet  évêché  en  le  donnant 
»à  un  tel  enfantPJe  vousen  conjure,  mon  aimable  maître, 
«vous,  ma  gloire  et  mon  appui ,  accordez-le  à  mon  clerc, 
«votre  serviteur  dévoué.  «Aces  paroles,  le  jeune  homme  à 
qui  Charles  avait  enjoint  de  se  placer  derrière  le  rideau, 
auprès  duquel  lui-même  était  assis,  et  d'écouter  les  prières 
que  chacun  ferait,  s'écria  d'un  ton  lamentable,  mais  sans 
quitter  le  rideau  qui  l'enveloppait  :  «  Seigneur  roi,  tiens 
«ferme;  ne  souffre  pas  que  personne  arrache  de  tes  mains 
«la  puissance  que  Dieu  t'a  donnée.  »  Alors  ce  prince,  ami 
courageux  de  la  vérité,  ordonna  à  son  clerc  de  se  montrer 
et  lui  dit  :  «  Reçois  cet  évêché,  mais  apporte  tes  soins  les 
«plus  empressés  à  envoyer  devant  moi  et  devant  toi- 
«même,  dans  l'autre  monde,  de  grandes  aumônes  et  un 
«bon  viatique  pour  le  long  voyage  dont  on  ne  revient 
»  pas.  » 

Voici  la  seconde  : 

Un  autre  prélat  étant  mort,  Charles  lui  donna  pour 
successeur  un  certain  jeune  homme.  Celui-ci  tout  con- 
tent se  préparait  à  partir.  Ses  serviteurs  lui  amenèrent, 
comme  il  convenait  à  la  gravité  épiscopale ,  un  cheval 
qui  n'avait  rien  de  fringant,  et  lui  préparèrent  un  escabeau 
pour  se  mettre  en  selle.  Indigné  qu'on  le  trait;1t  comme 
un  infirme ,  il  s'élança  de  terre  sur  sa  bête  si  vivement  qu'il 
eut  grande  peine  à  se  tenir  et  à  ne  pas  tomber  de  l'autre 
côté.  Le  roi  qui  vit  ce  qui  se  passait  de  la  balustrade  du 
palais,  fit  appeler  cet  homme  et  lui  dit  :  «  Mon  brave,  tu 
t.  es  vif,  agile,  prompt,  et  lu  as  bon  pied  :  la  tranquil- 
»  litéde  noire  empire  est,  lu  le  sais,    sans  cesse  troublée 


,)2  COURS 

»  par  une  multitude  de  guerres;  nous  avons  besoin  dans 
»  notre  suite  d'un  clerc  tel  que  toi  ;  reste  donc  pour  être 
»  le  compagnon  de  nos  fatigues  puisque  tu  peux  monter 
»  si  lestement  ton  cheval'.  » 

Je  pourrais  citer  beaucoup  de  faits  de  ce  genre. 
C'était  à  coup  sûr  traiter  sans  façon  l'épiscopat 
et  l'Église. 

5°  ISon-seulement  les  Carlovingiens  disposaient 
ainsi  du  personnel  des  évêchés  ;  ils  s'appro- 
priaient souvent  une  bonne  part  de  leurs  do- 
maines. Personne  n'ignore  ce  que  fit  en  ce  genre 
Charles-Martel.  Mais  on  sait  moins  généralement 
que  ce  fliit  s'est  renouvelé  plusieurs  fois  sous  les 
princes  de  sa  race,  même  les  plus  dévots  et  les 
plus  soumis  à  l'Église.  En  74^  ,  Carloman ,  frère 
de  Pépin-le-Bref ,  rendit  le  capitulairc  suivant  : 


Nous  avons  résolu,  avec  le  conseil  des  serviteurs  de  Dieu 
et  du  peuple  chrétien,  et  à  cause  des  guerres  et  des  inva- 
sions d'autres  nations  voisines  qui  nous  menacent,  de 
prendre  ,  à  titre  de  précaire  et  d'usufruit,  quelque  partie 
des  domaines  ecclésiastiques  ,  et  de  les  garder  quelque 
lemps,avec  la  permission  de  Dieu,  pour  le  maintien  de 
notre  armée;  à  celte  condition  que  chaque  année,  il  sera 


'  Des  faits  et  gestes  de  Charles-lc-Grand,  par  un  moine 
e  St.-Gall;  t.  5,  p.  i8r,  de  ma  Collection. 


d'histoire    MODEnNE.  53 

payé,  à  l'Église  ou  au  monastère  propriétaire,  un  sol, 
c'est-à-dire  douze  deniers  pour  chaque  métairie,  et  que, 
si  celui  à  qui  le  fonds  a  été  prêté  vient  à  xiîourir,  l'Église 
en  reprenne  possession  ;  et  si  la  nécessité  l'exige  ou  que  le 
prince  l'ordonne,  il  faudra  renouveler  le  précaire  et  en  ré- 
diger un  autre  '. 

On  lit  aussi  dans  un  capitulaire  de  Louis-le- 
Débonnaire  ,  en  825  : 

Nous  ordonnons  aux  abbés  et  aux  laïques, àe,  faire  obser- 
ver, dans  les  monastères  qu'ils  tiennent  de  îiotre  largesse,  et 
selon  le  conseil  des  évêques,  tout  ce  qui  est  relatif  à  la  vie 
religieuse  des  moines,  des  chanoines,  etc.  \ 

Il  y  avait  donc  des  laïques  qui  avaient  reçu 
de  l'empereur  certains  monastères  en  guise  de 
béuêiices.  Les  abbés  de  cette  sorte  furent  plus 
nombreux  encore  sous  Charîes-le-Chauve  :  on 
leur  donnait  le  nova.  i}i  A bba-Comites. 

Sans  doute  l'Eglise  protestait  sans  cesse,  et  à 
tout  prendre ,  ce  fait  passait  et  devait  passer  pour 
une  atteinte  à  son  droit,  une  usurpation  vio- 
lente. Cependant  il  était  si  fréquent,  si  avoué, 
qu'une  certaine  idée  d'une  sorte  de  droit  royal 
s'y   attachait   presque ,    et  que  plus  d'une   fois 


'  2  (lap.  Carlom.  ;i.  jîjo  ;  Bal.   t    i,  col.  i4î;). 
''  Cap.  Liid.  p.  a.  8a5  ,  .§  8;  t.  i ,  col.  655. 


54  COURS 

l'Église  parut  convenir  que ,  dans  un  besoin  ex- 
trême, une  portion  de  ses  biens  pouvait  être 
ainsi  momentanément  appliquée  au  service  de 
l'État. 

6°  Ce  n'était  pas  seulement  de  l'administration 
et  de  la  discipline  ecclésiastique  que  s'occupait 
à  cette  époque  le  pouvoir  temporel;  il  intervenait 
même  dans  les  matières  de  doiirae,  et  celles-là 
aussi  étaient  gouvernées  en  son  nom.  Trois  ques- 
tions de  ce  genre  se  sont  élevées  sous  le  règne  de 
Charlemagne^  je  ne  ferai  que  les  indiquer.  i°  La 
question  du  culte  des  images ,  suscitée,  en  Occi- 
dent, par  un  canon  du  second  concile  de  Nicée, 
(  en  787.  )  L'Église  Gallo-Franque  repoussa  ce 
culte  et  tout  ce  qui  paraissait  y  tendre.  Un  ou*^ 
vrage  spécial  ,  rédigé  d'après  l'ordre  de  Charle- 
magne,  probablement  par  Alcuin,  et  intitulé  Libri 
CaroUni^  fut  publié  pour  le  combattre.  La  faveur 
qu'accordaient  les  papes  à  cette  doctrine  n'é- 
branla point  les  évêques  francs  ni  leur  maître, 
et  en  794,  le  concile  de  Francfort  la  condamna 
formellement.  2"  L'bérésie  des  Adoptiens,  sur  la 
nature  de  Jésus-Christ ,  dont  je  vous  ai  déjà  parlé, 
et  que  Charlemagne  fit  aussi  condamner  dans 
trois  conciles  successifs,  à  Ratisbonne  en  792  ,  à 
Francfort  en  794,  et  à  Aix-la-Chapelle  en  799. 
5"  La  question  d'une  addition  au  symbole  sur  la 


d'histoire  modernk.  55 

procession  du  Saint-Esprit.  C'ëlaient-là ,  à  coup 
sûr ,  des  matières  bien  étrangères  au  gouverne- 
ment extérieur  de  l'Église ,  bien  purement  dog- 
matiques. Elles  n'en  furent  pas  moins  réglées, 
sinon  par  le  pouvoir  civil  lui-même ,  du  moins 
sous  sou  autorité,  et  avec  son  intervention. 

On  peut  donc,  sans  traiter  la  question  de  droit, 
sans  examiner  s'il  est  bon  ou  mauvais  qu'il  en 
soit  ainsi ,  affirmer  en  lait  qu'à  cette  époque , 
directement  ou  indirectement ,  le  pouvoir  tem- 
porel gouvernait  l'Église.  La  situation  de  Char- 
lemagne  à  cet  égard  était ,  à  peu  de  chose  près , 
la  même  que  celle  du  roi  d'Angleterre  dans  l'E- 
glise anglicane.  En  Angleterre,  aussi,  l'assem- 
blée civile ,  ou  parlement ,  et  l'assemblée  ecclé- 
siastique ou  convocation,  ont  été  long-temps  dis- 
tinctes ;  et  ni  l'une  ni  l'autre  ne  décidait  rien , 
ne  pouvait  rien,  sans  la  sanction  de  la  royauté. 
Qu'il  s'agît  d'un  concile  ou  d'un  champ  de  mai , 
d'un  dogme  ou  d'une  guerre  à  proclamer ,  Char- 
lemagney  présidait  également  :  ni  dans  l'un,  ni 
dans  l'autre  cas,  ou  ne  songeait  à  se  passer  de 
lui- 
Mais  en  même  temps  qu'ils  gouvernaient  l'E- 
glise ,  et  par  cela  même  qu'ils  ne  redoutaient  en 
aucune  façon  son  indépendance,  les  premiers 
Carlovingiens  lui  conférèrent  d'immenses  avan- 


;)t)  COURS 

tages  et  donnèrent,  à  son  pouvoir  l'ntur,   les 
plus  solides  fondemens. 

1  °  Et  d'abord,  ce  fut  par  leur  appui  que  la  dîme 
fut  définitivement  et  généralement  établie.  Vous 
avez  vu  que  l'Eglise,  se  fondant  sur  les  coutumes 
hébraïques ,  avait  à  diverses  reprises ,  mais  sans 
grand  succès ,  tenté  de  s'approprier  ce  riche  re- 
venu. Charlemague  prêta  à  la  dîme  la  force,  non- 
seulement  de  ses  lois,  mais  de  son  infatigable 
volonté.  C'est  sous  son  règne  qu'elle  prit  vrai- 
ment racine  dans  la  législation  et  la  pratique  de 
l'Occident. 

2°  Il  étendit  aussi  la  juridiction  du  clergé.  On 
lit  dans  l'un  de  ses  capitulaires  : 

Nous  voulons  que  ni  les  abbés,  ni  les  prêtres,  ni  les 
diacres,  ni  les  sous-diacres,  ni  aucun  des  clercs  ne  soient 
cilés  ou  traînés  devant  les  juges  publics  ou  séculiers  pour 
fait  concernant  leur  personne  ;  qu'ils  soient  jugés  par  leur 
évêque  et  fassent  ainsi  justice.  Si  quelque  plainte  est  por- 
tée contre  eux  devant  le  juge,  à  raison  des  domaines  de 
l'Eglise  ou  des  leurs  propres,  que  le  juge  envoie  le  plai- 
gnant, avec  un  sien  messager,  à  l'évêque,  pour  qu'il  lui 
lasse  justice  par  l'entremise  de  son  avocat;  et  s'il  s'élève 
entr'eux  quelque  contestation  qu'ils  ne  puissent  ou  ne 
veuillent  pas  apaiser  eux-mêmes,  qu'alors  la  cause  soit 
portée  devant  le  comte  ou  le  juge,  par  l'avocat  que  la  loi 
donne  à  l'évêque,  et  que  là  elle  soit  décidée  selon  la  loi , 
sauf,  avant  tout,  ce  qui  vient  d'être  dit  sur  la  personne  des 
clerc*'. 

'  r,;(p.  Car.  m.  n.  8o-i,  §  ?)g;  t.  i,  col.  555. 


UHISTOIRE    MODERNE.  D7 

Toutes  les  t'ois  qu'il  avait  quelque  iutérêt  à  in- 
tervenir dans  les  débats  des  évêques  soit  entre  eux, 
soit  avec  des  laïques,  il  n'avait  garde  de  s'en  abs- 
tenir. Mais  en  général ,  comme  la  juridiction  ec- 
clésiastique était  plus  éclairée  et  plus  régulière, 
il  était  plus  enclin  à  l'étendre  qu'à  la  restreindre  ; 
et  malgré  la  soumission  des  évéques  pendant  son 
règne ,  ils  y  puisèrent  ])lus  tard ,  en  laveur  de 
leur  indépendance ,  d'utiles  précédens. 

5°  Dans  l'ordre  civil ,  spécialement  eu  matière 
de  mariages  et  de  testamens,  le  pouvoir  du  clergé 
s'accrut  aussi  à  la  même  époque.  J'ai  déjà  indiqué 
quelle  cause  lui  avait  livré  cette  importante  attri- 
bution. Je  vous  ai  fiit  remarquer  combien ,  chez 
les  Barbares  ,  la  famille  était  peu  constituée  ,  peu 
stable ,  et  quel  intérêt  avait  un  gouvernement 
régulier  à  y  introduire  plus  d'ordre  et  de  fixité. 
Ce  fut  surtout  par  ce  motif  que  toutes  les  ques- 
tions de  parenté  ,  de  mariage ,  de  testament , 
tombèrent  sous  la  juridiction  ecclésiastique, 
et  l'Église  ,  en  pénétrant  ainsi  dans  l'inté- 
rieur des  familles ,  acquit  un  immense  pou- 
voir. 

4°  Enfin  Charlemagne  abandonna  à  chaque 
église,  sous  le  nom  de  mansus  ecclesiasticus  ,  une 
métairie  franche  de  toute  espèce  de  charges  et 
d'impôts;   concession  importante  à  une  époque 


55  COURS 

où  les  propriétés  rurales  fournissaient  presque 
seules  aux  dépenses  publiques. 

Malgré  sa  servitude  momentanée,  l'Eglise  avait 
là ,  à  coup-sûr ,  de  nombreux  et  féconds  prin- 
cipes d'indépendance  et  de  puissance.  Ils  ne  tar- 
dèrent pas  à  se  développer.  Pendant  les  pre- 
mières années  du  règne  de  Louis-le-Débonnaire, 
l'ordre  de  cboses  établi  par  Charlemagne  con- 
tinue, ou  à  peu  près;  c'est  encore  l'empereur 
qui  gouverne,  qui  semble  du  moins  gouverner 
l'Eglise.  Mais  bientôt  tout  change  et  l'Eglise  à 
son  tour  gouverne  l'empereur.  Je  n'entrerai  à 
ce  sujet  dans  aucun  détail.  Personne  n'ignore 
que  l'envahissement  du  pouvoir  par  le  clergé 
est  le  caractère  dominant  des  règnes  de  Louis- 
le  -  Débonnaire  et  de  Charles  -  le  -  Chauve  , 
jusqu'au  moment  où  toute  société  générale, 
tout  gouvernement  central ,  disparurent  pour 
faire  place  au  régime  féodal.  Les  faits  sont 
présens  à  tous  les  esprits.  Je  ne  citerai  qu'un 
texte,  plus  clair,  s'il  est  possible,  que  tous  les 
faits.  C'est  l'article  2  de  l'accusation  intentée  le 
14  juin  85g,  devant  le  concile  de  Toul,  par 
Charles -le -Chauve  contre  Wénilon ,  arche- 
vêque de  Sens,  qui  s'était  séparé  de  lui  pour 
s'allier  à  ses  ennemis.  Cette  dénonciation  d'un 


d'histoire  moderne.  59 

ëvêque  par  le  roi  semble  un  acte  de  rt  sistance  et 
tVindépenclance  de  la  royauté  :  voici  en  quels 
termes  elle  s'exprime  : 

Par  son  élection  et  celle  des  autres  évêques  ,  et  avec  la 
volonté,  le  consentement  et  les  acclamations  des  autres 
fidèles  de  notre  royaume  ,  AVénilon  ,  dans  son  propre  dio- 
cèse, dans  la  cité  d'Orléans,  dans  la  Basilique  de  la  Sainte- 
Croix,  en  présence  des  autres  archevêques  et  évêques  , 
m'a  consacré  roi,  selon  la  tradition  ecclésiastique  ,  et  en 
m'appelant  à  régner,  il  m'a  oint  du  saint-chrême,  m'a 
donné  le  diadème  et  le  sceptre  royal,  et  m'a  fait  monter  sur 
le  trône.  Après  cette  consécration,  je  ne  pouvais  être  ren- 
versé du  trône ,  ni  supplanté  par  personne ,  du  moins  sans 
avoir  été  entendu  et  jugé  par  les  évêques,  par  le  ministère 
desquels  j'ai  été  consacré  roi,  et  qui  ont  été  nommés  les 
trônes  de  Dieu.  Dieu  repose  sur  eux  ;  c'est  par  eux  qu'il 
décerne  ses  jugemens;  j'ai  toujours  été  et  je  suis  encore  à 
présent  prêt  à  me  soumettre  à  leurs  corrections  paternelles 
et  à  leurs  jugemens  castigatoires  '. 

Certes  la  révolution  qui  avait  élevé ,  dans  la 
Gaule-Franque,  le  sacerdoce  au-dessus  de  l'em- 
pire ,  ne  peut  être  attestée  par  un  témoignage 
moins  suspect  et  plus  formel. 

C'était  au  profit  de  l'épiscopat  gallo-franc  que 
cette  révolution  semblait  accomplie  ;  c'était  par 


Bal.,  t.  2,  col.  i33. 


6o  COURS 

les  évêques  que  le  pouvoir  temporel  était  ainsi 
vaincu  et  traité.  Mais  cette  souveraineté  de  l'E- 
glise nationale  ne  devait  pas  subsister  long-temps, 
et  ce  n'était  point  au  profit  des  évêques  que  l'E- 
glise avait  conquis  l'État.  Vous  vous  rappelez 
qu'en  recherchant,  au  milieu  de  la  dissolution 
qui  avait  envahi  la  Gaule  sous  les  derniers  Mé- 
rovingiens ,  quels  principes  de  régénération ,  ci- 
vile et  ecclésiastique,  se  laissaient  entrevoir, 
c'est  au-delà  des  Alpes ,  à  Rome ,  que  le  prin- 
cipe de  la  régénération  ecclésiastique  nous  a 
apparu  '.Là  se  développa,  en  effet,  le  pouvoir 
appelé  à  dominer  l'Eglise  en  général  et  l'Eglise 
galîo - franque  en  particulier.  Ce  fut  entre  les 
mains  de  la  papauté,  et  non  de  l'épiscopat, 
que  tomba  en  définitive  l'empire.  Dans  notre 
prochaine  réunion  ,  je  mettrai  sous  vos  yeux 
l'histoire  des  rapports  de  l'Eglise  gallo-franque 
avec  la  papauté  durant  cette  époque ,  et  vous 
verrez  que  c'est  îa  papauté  qui ,  dans  la  déca^- 
dence  des  Carlovingiens ,  a  pris  possession  de 
la  souveraineté. 

'  Leçon  19^,  t.  2,  p.  258 — 260. 


d'histoire  moderne.  6i 


VINGT-SEPTIEME   LEÇON. 


Histoire  de  la  papauté.  —  Situation  particulière  de  la  ville 
de  Rome.  —  Rapports  des  papes,  vers  le  milieu  du 
VIII^  siècle  ,  avec  les  Églises  italienne,  espagnole,  an- 
glo-saxonne, gallo-franque  et  germanique.  —  Leur  al- 
liance avec  les  premiers  Carlovingiens.  —  Avantages 
qu'ils  en  retirent.  —  Donations  de  Pépin  et  de  Charle- 
magne.  —  Souveraineté  des  empereurs  Carlovingiens 
sur  les  papes.  —  Incertitude  des  idées  et  incohérence 
des  faits  sur  les  droits  de  la  papauté.  —  Elle  grandit  de 
plus  en  plus  dans  les  esprits.  —  Elle  acquiert  un  titre  en 
apparence  légal.  —  Fausses  décrétales.  —  Nicolas  I". 

—  Son  caractère. —  Affaire  du  mariage  deLothaire  et  de 
Teutberge.  —  Affaire  de  Rothade,  évêque  de  Soissons. 

—  Triomphe  de  la  papauté  :  i°sur  les  souverains  tem- 
porels; 2*  sur  les  Églises  nationales.  —  Sa  prépondé- 
rance décidée  en  Occident. 

« 
Messieurs, 

J'ai  montré  comment  l'église  gallo-franque 
avait  été  tirée ,  par  les  premiers  Carlovingiens , 
de  l'état  d'impuissance  et  d'anarchie  où  elle  était 
tombée.  Nous  y  avons  vu  rentrer  l'ordre  et  l'ac- 

2;7.     ï.    IH.     HIST.     MOD.,     1829.  6 


•62  COURS 

tivité.  Nous  avons  vu  cette  révolution  s'accomplir 
parle  concours  et  sous  l'autorité  du  pouvoir  tem- 
porel :  Pépin ,  Charlemague  ,  et  même ,  à  son 
avènement ,  Louis-le-Débonnaire ,  gouvernaient 
réellement  l'église  gallo  -  franque.  Cet  état  de 
choses  dura  peu.  J'ai  indiqué  avec  quelle  rapi- 
dité le  pouvoir  spirituel  passa  de  la  docilité  à 
l'indépendance  ,  de  l'indépendance  à  la  souve- 
raineté; j'ai  montré  ses  prétentions  déjà  avouées 
par  le  pouvoir  temporel  lui-même ,  notamment 
par  Charles  le-Chauve.  C'était  au  profit  de  l'é- 
piscopat  gallo  -  franc  que  s'était  fait  ce  change- 
ment. J'ai  annoncé  qu'il  n'en  jouirait  pas  long- 
temps ,  qu'un  troisième  pouvoir,  la  papauté, 
enlèverait  bientôt  aux  évêques  nationaux  leur 
suprématie  à  peine  conquise.  C'est  de  ce  fait, 
c'est-à-dire  de  l'histoire  de  la  papauté  du  VllI* 
au  X*  siècle,  spécialement  dans  ses  rapports  avec 
l'église  gallo  -  franque ,  que  nous  avons  à  nous 
occuper  aujourd'hui. 

Il  y  a  ,  Messieurs,  quant  au  développement 
de  la  papauté  en  Europe  ,  un  fait  primitif,  dont 
on  n'a  jamais,  je  crois,  tenu  assez  de  compte. 
Non-seulement  Rome  était  toujours  la  ville  la  plus 
importante  de  l'Occident;  non- seulement  les 
souvenirs  de  son  ancienne  grandeur  tournaient 
au  profit  de  l'évêque  .  qui ,  sans  y  régner  encore, 


n'HlSTOTRE    MODERNE.  63 

était  déjà  le  chef  de  son  peuple  ;  mais  Rome  eut 
en  Occident  un  avantage  particulier ,  ce  fut  de 
ne  jamais  demeurer  entre  les  mains  des  barbares, 
Hërules ,  Goths  ,  Vandales  ou  autres  :  ils  la  pri- 
rent et  la  pillèrent  plusieurs  fois  ;  ils  n'en  re- 
tinrent jamais  long  -  temps  la  possession.  Seule 
entre  toutes  les  grandes  cités  occidentales ,  et 
soit  comme  liée  encore  à  l'empire  d'Orient ,  soit 
comme  indépendante  ,  elle  ne  passa  point  défi- 
nitivement sous  le  joug  germanique  :  seule ,  elle 
resta  Romaine  après  la  ruine  de  l'empire  Ro- 
main. 

11  en  arriva  que ,  sans  préméditation  ,  sans 
travail ,  par  la  seule  vertu  d'une  situation  unique, 
Rome  se  trouva  ,  moralement  du  moins ,  à  la  tête 
de  l'ancienne  population  disséminée  dans  les 
nouveaux  Etats  d'Occident.  Dans  cette  lutte , 
publique  d'abord ,  sourde  ensuite  ,  mais  long- 
temps si  active  des  vaincus  contre  les  vainqueurs, 
les  regards  des  Gallo  -  Romains  ,  des  Hispano- 
Romains,  de  toutes  ces  cités  désolées  par  leurs 
conquérans  barbares  ,  se  tournaient  naturelle- 
ment vers  Rome  ,  si  long- temps  leur  souveraine , 
et  maintenant  seul  débris  vivant  de  ranclenue 
société ,  seule  exempte  de  nouveaux  maîtres , 
seule  capable  de  conserver  encore ,  aux  peuples 
qu'elle  gouvernait  naguères ,  des  traditions  res- 


64  COURS 

pectées.  A  ce  titre ,  Rome  fiit ,  dans  tout  l'Occi- 
dent, pour  la  masse  de  la  population,  un  nom 
cher  et  populaire ,  un  centre  de  souvenirs  et 
d'idées,  l'image  de  tout  ce  qui  restait  du  monde 
romain.  C'est  sous  l'influence  de  ce  fait  qu'est 
née  la  papauté;  il  a  été,  pour  ainsi  dire,  son 
berceau;  il  l'a  placée,  dès  son  origine ,  à  la  tête 
des  peuples  -,  il  l'a  rendue  ,  pour  la  race  des 
vaincus,  une  sorte  de  pouvoir  national. 

Voyons  maintenant  quelle  était ,  au  milieu  du 
VHP  siècle  ,  sa  situation  à  l'égard  des  principales 
églises  de  l'Occident. 

On  comptait  à  cette  époque  ,  en  Occident , 
cinq  grandes  églises  nationales  ;  l'église  italienne, 
ou  plutôt  lombarde  ,  car  je  ne  parle  que  du  nord 
de  l'Italie ,  alors  au  pouvoir  des  Lombards  : 
l'église  espagnole,  l'église  anglo-saxonne,  l'église 
gallo-franque  et  l'église  germanique  naissante. 

i"  C'était  en  Italie,  dans  l'église  lombarde, 
que  la  papauté  était  le  moins  puissante.  L'é- 
vêque  de  Rome  n'avait  jamais  été,  ni  comme 
métropolitain  ,  ni  à  aucun  autre  titre ,  le  supé- 
rieur des  évêques  du  nord  de  l'Italie.  Les  rois 
lombards,  long-temps  ariens  et  incessamment 
appliqués  à  pousser  leurs  conquêtes  dans  le  ter- 
ritoire qu'il  administrait ,  furent  ses  ennemis 
naturels;  «la    perfidie    des  Lombards,    écrivait 


d'histoire  moderne.  65 

»  en  584  ^^  pape  Pelage  1",  nous  a  causé ,  malgré 
»  leurs  propres  sermens ,  tant  de  tribulations  et 
»  de  maux,  que  personne  ne  pourrait  suffire  à 
»  les  raconter.  »  La  correspondance  entre  les 
évêques  lombards  et  les  papes ,  devint  donc  dif- 
ficile, rarcj  et  cette  église,  qui  allait  presque 
jusques  aux  portes  de  Rome,  leur  fut,  plus  que 
toute  autre,  étrangère. 

2°  Long-temps,  au  contraire,  lem^  influence 
sur  l'église  espagnole  fut  grande  et  en  progrès. 
Sous  la  domination  des  Visigotlis  ariens,  le  clergé 
d'Espagne  catholique  et  persécuté ,  entretenait 
des  relations  fréquentes  et  intimes  avec  l'évêque 
de  Rome  qui  ,  au  nom  de  l'église  catholique, 
l'appuyait  dans  sa  résistance.  11  arriva  de  plus , 
que,  dans  le  cours  des  V«  et  VP  siècles,  deux 
illustres  évêques  espagnols ,  Torribius ,  évêque 
d'Astorga,  et  Léandre,  évêque  de  Séville,  avaient 
été  seciétaires  et  amis  ,  l'un  ,  de  Léon-le- 
Grand  (44^^ — 4^1  )'  l'autre,  de  Grégoire-le- 
Grand  (  590 — 604),  et  établirent,  entre  leur 
église  et  celle  de  Rome ,  des  rapports  habituels. 
Aussi,  est-ce  au  sujet  de  l'église  espagnole  que 
se  manifestent  le  plus  hautement,  à  cette  époque, 
les  prétentions  de  la  papauté.  En  538,  le  pape 
Vigile  écrit  à  Proftiturus ,  évêque  de  Braga  : 


66  COURS 

Comme  la  sainte  église  romaine  possède  la  primatie  de 
toutes  les  églises,  c'est  à  elle  que  doivent  être  renvoyées, 
comme  au  chef  de  l'Eglise  ,  tant  les  affaires  importantes, 
le  jugement  et  les  plaintes  des  évêques,  que  les  grandes 
questions  en  mal ière  ecclésiastique.  Car  cette  église,  qui 
est  la  première,  en  confiant  ses  fonctions  aux  autres  égli- 
ses, les  a  appelées  au  partage  de  ses  travaux,  non  ù  la  plé- 
nitude du  pouvoir'. 

11  n'y  avait  alors  aucune  autie  église  d'Occi- 
dent à  laquelle  l'évêque  de  Rome  adressât  un 
pareil  langage.  Aussi  a-t-on  élevé  quelques  doutes 
sur  l'authenticité  de  cette  lettre;  cependant,  elle 
me  paraît  probable.  Le  pouvoir  de  la  papauté , 
en  Espagne ,  était  si  réel  qu'en  6o5 ,  deux  évê- 
ques espagnols ,  Janvier  de  Malaga ,  et  Etienne  , 
ayant  été  irrégulièrement  déposés ,  Grégoire-le- 
Graud  envoya  un  commissaire ,  nommé  Jean  , 
avec  ordre  d'examiner  l'affaire;  e'  ,  sans  convo- 
quer aucun  concile ,  sans  prendre  i'adbésion  du 
clergé  espagnol ,  Jean  prononça  que  la  déposi- 
tion avait  été  illégitime ,  la  cassa ,  et  réintégra 
les  deux  évêques  ,  exerçant  ainsi  les  droits  de  la 
suprématie  ecclésiastique  la  plus  étendue. 

Elle  n'était  cependant  pas  aussi  bien  établie 
qu'on  pourrait  le  penser.  Les  rois  Visigoths ,   à 

'  Baluzc,  710V.  coll.  Conc,  t.  i,  col.  1468. 


d'histoirk  Monr.RNK.  67 

partir  de  Recared,  (  586  —  6ui  )  étaient  redevc- 
11  us  catholiques.  Au  premier  moment,  la   pa- 
pauté en  profita;  le  fait  que  je  viens  de  rappor- 
ter le  prouve.  Mais  la  lutte  entre  le  clergé  natio- 
nal et  le  gouvernement  temporel  ayant  cessé ,  le 
clergé  se  rapprocha  Ju  gouvernement ,  et  tint  de 
moins  près  à  l'évêque  étranger  qu'il  avait  pris 
pour  chef.  Aussi ,  voit- on,  dans  le  cours  du  VIl^ 
siècle,   le  pouvoir  de  la  papauté  en   Espagne 
s'affaiblir  un  peu,  et  l'église  nationale  agir  avec 
plus   d'indépendance.    Au   commencement  du 
VHP  siècle,  le  roi  Witizase  brouille  avec  le  pape» 
interdit  tout  recours  à  Rome,  repousse  la  dis- 
cipline  romaine  ,    autorise  même  ,   dit- on  ,   le 
mariage  des   prêtres.  Quelques   années   après , 
arriva  l'invasion  des  Arabes,  et  la  plus  grande 
partie  de  l'Espagne  fut  perdue  pour  la  papauté 
comme  pour  le  christianisme.  Au  milieu  du  VHl' 
siècle ,  elle  ne  conservait  de  pouvoir  que  parmi 
les  chrétiens  réfugiés  dans  le  nord  de  la  Pénin- 
sule ,  ou  aux  pieds  des  Pyrénées;  et  là  même, 
le  désordre  était  tel ,  et  la  société  tellement  agitée 
ou  faible,   qu'il  n'y  avait,  pour  une  influence 
éloignée  et  systématique ,  presque  rien  à  faire. 
5°  Quant  à  l'Église  anglo-saxonne,  vous  savez 
que ,  fondée  par  les  papes  eux-mêmes ,  elle  avait 
été  placée,  dès  son  origine,   sous  leur  influence 


68  COURS 

la  plus  directe  '.  Elle  était  encore ,   au  milieu 
du  VHP  siècle,  dans  la  même  situation. 

4°  Celle  de  l'église  gallo-franque  était  diffé- 
rente. Vous  avez  vu  que  dans  le  cours  du  VU" 
siècle ,  ses  relations  avec  Rome  étaient  devenues 
fort  rares  '.  Ce  fut  au  milieu  du  VIIP  siècle ,  pré- 
cisément au  début  de  l'époque  dont  nous  avons  à 
nous  occuper  aujourd'hui ,  qu'elles  redevinrent 
fréquentes  et  efficaces.  J'en  reprendrai ,  tout  à 
l'heure ,  l'histoire. 

5".  L'église  germanique  naissait  alors,  vous 
le  savez,  par  les  travaux  des  missionnaires  anglo- 
saxons,  de  saint  Boniface  en  particulier;  et  ses 
fondateurs,  en  la  créant,  la  donnaient,  pour  ainsi 
dire,  à  la  papauté  '. 

Telle  était  la  situation  des  papes  envers  les 
grandes  églises  nationales  de  l'Occident,  lorsque, 
vers  le  milieu  du  VllI*^  siècle ,  les  premiers  Car- 
lovingiens  s'allièrent  étroitement  avec  eux.  Les 
heureux  effets  de  cette  alliance  pour  la  papauté 
sont  faciles  à  reconnaître. 

Et  d'abord  elle  acquit  dans  l'église  italienne 


'  Leçon  19';  t.  2,  p.  247. 

>  Ibirf.  p.  234  -  236. 

'  Leçon  19'  ;  l.  2.  p.  25o-a55. 


d'histoire  moderne.  69 

un  ascendant  qu'elle  n'avait  jamais  possédé.  Après 
la  défaite  des  Lombards  par  les  Francs,  l'évêque  de 
Rome  ne  devint  point  le  métropolitain  des  évê- 
ques  lombards  ;  il  ne  reçut  point  le  titre  de  pa- 
triarche ;  mais  il  fut  investi  d'une  supériorité  sans 
modèle,  indéfinie,  et  d'autant  plus  grande.  Le 
clergé  lombard  le  voyait  respecté  des  conqué- 
rans  francs  qui  le  prenaient  ea  général  pour  re- 
présentant et  ministre  au-delà  des  Alpes  ;  c'était 
par  lui  qu'on  traitait  avec  les  vainqueurs  ;  per- 
sonne dans  l'église  lombarde  ne  pouvait  songer  à 
s'égaler  à  lui  ;  elle  tomba  i^pidement  sous  son 
autorité. 

11  en  acquit  aussi  une  nouvelle  dans  l'église 
gallo-franque.  Ce  fut  avec  son  aide,  et  en  s'ap- 
puyant  de  son  nom  et  de  ses  avis,  que  les  pre- 
miers Carlovingiens  travaillèrent  à  la  réformer. 
Même  avant  leur  élévation  à  la  royauté ,  saint  Bo- 
niface  écrit  au  pape  Zacharie  que  Carloman,  frère 
de  Pépin- le-Bref,  lui  a  demandé  de  se  rendre  en 
Gaule  :  «  Protestant  qu'il  voulait  amender  et 
n  réformer  quelque  chose  dans  l'état  de  la  reli- 
»  gion  et  de  l'église,  qui,  depuis  70  ou  80  ans ,  au 
»  moins,  est  livrée  au  désordre  et  foulée  aux 
M  pieds'.  »  —  C'est  sous  la  présidence  et  l'in- 


S.  15011.  ep.  Di  ,  I».   10; 


yo  COURS 

fluence  de  saint  Boniface,  à  titre  de  légat  du 
pa|je  ,  que  se  tiennent  les  conciles  ,  naguères  si 
rares  et  qui  redeviennent  fréquens.  Les  actes  du 
concile,  de  74^,  dit  G ermanicum ^  commencent 
en  ces  ternies  : 

«  Moi  Carloniaii,  duc  et  prince  des  Francs,  avec  le 
conseil  des  serviteurs  de  Dieu  et  de  nos  grands ,  j'ai  con- 
voqué !es  évêques  de  mon  royaume,  etBoniface,  qui  esten- 
voyé  de  S.  Pierre, pour  qu'ils  me  donnent  conseil,  etc.» 

Le  même  fait  se  reproduit  au  concile  tenu 
Tannée  suivante  à  Lestines  ouLeptines  dans  le  dio- 
cèse de  Cambrai,  et  à  l'assemblée  de  Soissons 
(762  )  où  Pépin  fut  sacré  roi.  Non  content  de 
servir  ainsi  d'intermédiaire  entre  les  souverains 
temporels  et  les  papes,  saint  Boniface  entre- 
prend aussi  de  rattacher  étroitement  au  siège  de 
Rome  les  métropolitains  ou  archevêques  ,  dontil 
rétablit  le  pouvoir  ;  il  engage  ceux  de  Rouen ,  de 
Sens  et  de  Rheims ,  au  moment  de  leur  nomina- 
tion ,  à  demander  au  pape  le  Pallium ,  signe  de 
leur  dignité  nouvelle,  et  à  attendre  ainsi  de  lui 
une  sorte  d'investiture.  Un  seul  d'entre  eux  suit 
son  conseil ,  et  le  pape  témoigne  à  Boniface  son 
chagrin  de  ce  que  les  deux  autres  n'en  ont  pas 
fait  autant.  Enfin  ce  ne  sont  pas  les  souverains 
ni  le  clergé  .seul  qnlse  rapprochent  de  la  papauté 


d'hISTOIUE  MODTir.NH.  7I 

et  contractent  avec  elle  une  plus  intime  liaison. 
Le  même  mouvement  se  manifeste  parmi  les  fi- 
dèles, dans  le  peuple;  le  nombre  des  pèlerins 
qui  se  rendent  à  Rome  par  de  pieux  motifs  s'ac- 
croît rapidement  :  on  lit  dans  un  capitulaire  de 
Pepiu-le-Bref  : 

Quant  aux  pèlerins  qui  font  un  pèlerinage  en  vue  de 
Dieu,  qu'on  ne  leur  demande  aucun  péage  ' 

Et  c'est  évidemment  au  pèlerinage  de  Rome 
que  se  rapporte  cette  disposition. 

Quand  nous  n'aurions  pour  preuve  du  mou- 
vement ascendant  de  la  papauté  dans  l'église 
gallo-fi-anque  à  cette  époque,  que  le  ton  sur  le- 
quel on  y  parlait  d'elle,  celle-là  serait  suffisante  : 
le  langage  non -seulement  du  clergé,  mais  des 
écrivains  en  général ,  des  souverains  temporels 
eux-mêmes,  devient  extrêmement  pompeux  ;  les 
épithètes  magnifiques  et  respectueuses  se  multi- 
plient ;  le  pape  n'est  plus  simplement  l'évêque 
de  Rome ,  le  fi-ère  des  évêques  ;  on  lui  donne  des 
noms,  on  se  sert  pour  lui  d'expressions  qu'on 
n'emploie  pour  aucun  autre.  Quelques  phrases 
d'Alcuin  qui,  en  sa  qualité  de  favori  deCharle- 
magne ,  ne  peut  être  soupçonné  d'avoir  voulu  sa- 

!  Cap.  Pipp.  a  755,  p.  22;  Bal.  t.  1  ,  col.  175. 


72  COURS 

crifier  le  pouvoir  de  son  maître  à  un  pouvoir 
étranger,  en  diront  plus  que  toutes  les  généra- 
lités ;  en  796 ,  il  s'adresse  en  ces  termes  au  pape 
Léon  111(795-816): 

Très-saint  père^  pontife  élu  de  Dieu,  vicaire  des  apôtres, 
héritier  des  pères,  prince  de  l'Église,  gardien  de  la  seule 
colombe  sans  tache'. 

Et  ailleurs,  en  794,  à  Adrien  1"  (762-795): 

Trés-excelIent  père,  comme  je  te  reconnais  pour  vi- 
caife  du  bienheureux  Pierre,  prince  des  apôtres,  je  le 
regarde  comme  héritier  de  sa  miraculeuse  puissance  '. 

Et  ailleurs,  en  écrivant  à  Charlemagne,  en  799: 

II  y  a  eu  jusqu'ici  dans  le  monde  trois  personnes  d'un 
rang  suprême  :  la  sublimité  du  vicaire  apostolique  qui 
occupe  le  siège  du  B.  Pierre,  prince  des  apôtres;  la  di- 
gnité de  l'empereur  qui  exerce  le  pouvoir  séculier  dans  la 
seconde  Rome  ;  la  troisième  est  la  dignité  royale,  dans  la- 
quelle la  volonté  de  notre  seigneur  Jésus-Christ  vous  a 
placé  pour  gouverner  le  peuple  chrétien  5. 

A  coup  sûr,  il  ne  faut  point  prendre  ces 
expressions  à  la  lettre  ;  il  ne  faut  point  croire  que 

'  Lett.  30;  t.  1 ,  p.  5o. 
-  Lett.  i5;  (.  i.  p.  aS, 
'"  Letl.  So  ;  l.  1,  p.  I  17. 


d'histoire  moderne.  75 

le  pape  possédât  dans  toute  sa  grandeur  le 
pouvoir  qu'elles  lui  attribuent;  mais  elles  at- 
testent qu'elle  suprématie  religieuse ,  morale,  il 
possédait  déjà  dans  la  pensée  des  peuples.  De  cette 
époque  date  véritablement  sa  domination  intel- 
lectuelle ,  source  de  toutes  les  autres. 

Sa  puissance  temporelle  recevait  en  même 
temps  un  notable  accroissement.  Quand  Pépin 
eut  vaincu  les  Lombards ,  il  les  obligea  de  resti- 
tueràl'évêquedeRomeles  terres  qu'ils  lui  avaient 
enlevées,  et  y  ajouta  une  partie  de  celles  qu'il  avait 
lui-même  conquises ,  spécialement  dans  l'Exar- 
chat de  Ravenne.  Après  la  ruine  complète  des 
rois  lombards.  Charlemagne,  en  s'appropriant 
leurs  Etats,  fit  à  Adrien  1"  de  nouvelles  et  con- 
sidérables donations  de  même  sorte.  On  a  révo- 
qué en  doute  l'authenticité  de  ces  deux  dona- 
tions; et  il  est  vrai  que  l'acte  original  de  Tune 
ni  de  l'autre  ne  subsiste  plus.  Cependant  elles 
sont  mentionnées  par  les  écrivains  contempo- 
rains, directement  ou  indirectement;  une  foule 
de  chroniques  et  de  monumens  divers  les  attes- 
tent ou  les  supposent.  On  peut  disputer  sur 
l'étendue  des  terres  ainsi  concédées  :  dans  les 
siècles  snivans  les  papes  sans  nul  doute  l'ont  fort 
exagérée  ;  mais  quant  à  la  réalité  des  donations, 
je  ne  crois  pas  qu'on  la  puisse  raisonnablement 


74  COURS 

contester.  Elles  n'ont  rien  d'ailleurs  en  soi  qiie 
de  fort  naturel,  et  de  parfaitement  analogue  à 
toute  l'histoire  du  VHP  siècle.  Ce  dont  il  faudrait 
s'étonner,  serait  qu'elles  n'eussent  pas  eu  lieu. 

Il  est  plus  difficile  de  déterminer  le  véritable 
sens  et  la  portée  politique  de  concessions  pa- 
reilles. Deux  systèmes  ont  été  soutenus  à  ce  sujet. 
Selon  les  uns ,  Pépin  et  Charlemagne  ne  donnè- 
rent aux  papes  que  la  propriété  civile,  dominiwn 
utile ,  le  revenu  des  terres  et  des  esclaves  ou  des 
colons  qui  les  habitaient ,  mais  non  pas  la  souve- 
raineté ,  le  gouvernement  du  territoire.  Selon 
les  autres,  la  souveraineté  politique  était  inhé- 
rente à  la  concession  ;  Jes  papes  en  exercèrent 
tous  les  di«oits ,  comme  les  exerçaient  avant  eux 
les  exarques  de  Raveune  et  les  autres  délégués 
des  empereurs  d'Orient  qui,  même  après  les  do- 
nations, conservèrent  encore  quelque  temps  sur 
ces  terres  quelque  ombre  de  suprématie,  mais 
ne  tardèrent  pas  à  la  perdre  complètement ,  lais- 
sant les  papes  pour  uniques  successeurs. 

A  mon  avis,  ni  l'un  ni  l'auire  système  n'est 
soutenable ,  et  l'un  et  l'autre  reposent  sur  un 
complet  oubli  de  l'état  des  esprits  au  temps  dont 
il  s'agit.  On  ne  se  faisait  point  alors,  en  matière 
de  souveraineté,  de  pouvoir,  de  droits,  des  idées 
aussi  nettes,  aussi  précises  que  celles  que  nous 


D'HISTOIRE    MODERNE.  y5 

nous  en  formons  aujourd'hui.  On  ne  distinguait 
point  avec  tant  de  rigueur  le  dominium  utile  du 
gouvernement  politique,  et  la  propriété  de  la 
souveraineté.  Toute  cette  science  des  publicistes 
modernes  était,  au  milieu  du  VllP  siècle,  étran- 
gère aux  esprits  comme  aux  faits.  Le  proprié- 
taire, à  titre  de  propriétaire,  exerçait  dans  ses 
domaines  une  partie  des  droits  aujourd'hui  attri- 
bués au  souverain  seul.  11  maintenait  l'ordre, 
rendait  ou  faisait  rendre  la  justice ,  conduisait 
ou  envoyait  à  la  guerre  les  hommes  de  ses  terres  ; 
non  en  vertu  d'un  pouvoir  spécial,  appelé  poli- 
tique ,  mais  en  vertu  de  sa  propriété  même ,  au 
sein  de  laquelle  les  pouvoirs  les  plus  divers  étaient 
confondus.  Ainsi,  d'une  part,  quand  on  voit  au 
IX''  siècle  les  papes  exercer,  dans  les  domaines 
qu'ils  avaient  reçus  dePepin  et  de  Charlemagne, 
la  plupart  des  droits  que  nous  nommons  politi- 
ques ,  il  n'en  faut  pas  conclure  que  la  souverai- 
neté réelle,  complète,  indépendante,  leur  eût 
été  conférée;  et  d'autre  part,  il  ne  faut  pas  croire 
non  plus  que  Charlemagne  en  retenant,  sur  le.s 
territoires  qu'il  donnait  aux  papes ,  une  certaine 
souveraineté,  crût  devoir  se  réserver,  et  conser- 
vât en  effet  tous  les  droits  qui,  aujourd'hui,  nous 
semblent  inhérens  à  ce  mot.  En  même  temps  que 
le  pape,  à  titre  de  propriétaire,  avait,  dans  ces 


76  COURS 

domaines,  des  administrateurs,  des  juges,  des  chefs 
militaires  même,  choisis  par  lui  et  dépendans 
de  lui ,  Charlemagne  y  percevait  des  impôts ,  y 
envoyait ,  comme  dans  le  reste  de  ses  États ,  des 
missi  dominici  chargés  de  tout  inspecter,  de  ré- 
primer les  abus,  etc.  La  souveraineté,  en  un  mot, 
n'était  pleinement  attribuée  ni  au  pape  ni  à  l'em- 
pereur; elle  flottait  entre  les  deux ,  incertaine  et 
partagée  ;  et  de  là  sont  nées  toutes  les  difficultés 
d'une  question  qui  n'existe  pas  aux  yeux  de  qui- 
conque connaît  et  comprend  l'époque  dont 
nous  parlons. 

Qu'il  possédât  ou  non  la  souveraineté,  nul 
doute  que  l'acquisition  de  si  vastes  domaines  et 
de  tous  les  droits  attachés  à  la  propriété  ne  fut, 
pourfévêquede  Rome,  un  grand  accroissement 
de  pouvoir  temporel.  11  se  trouva  dès  lors,  sans 
aucune  comparaison,  le  plus  riche  évêque  de  la 
chrétienté ,  et  hors  de  pair  sous  le  rapport  maté- 
riel aussi  bien  que  sous  le  rapport  moral . 

Ainsi  :  1  "  en  assurant  aux  papes  sur  l'église  ita- 
lienne unpouvoir  qu'ils  n'avaient  point  aupara- 
vant ;  2°  en  leur  donnant  dans  les  affaires  de  l'é- 
glise gallo-franque,  une  influence  très-active  ;  5"  eu 
leur  reconnaissant,  par  le  langage  et  toutes  les 
démonstrations  qui  frappent  l'imagination  des 
peuples,  une  majesté,  une  suprématie    que  les 


d'histoire  moderne.  77 

princes  n'avaient  pas  encore  à  ce  point  avouée; 
4"  en  accroissant  entin  soit  par  la  richesse ,  soit 
par  ses  conséquences  indirectes,  leur  puissance 
temporelle,  les  premiers  Carlo vingiens,  elCharle- 
magne  en  particulier ,  furent  pour  la  papauté  les 
plus  utiles  alliés. 

Ne  croyez  pas  cependant,  Messieurs,  que,  dans 
leurs  rapports  avec  elle  ,  ils  eussent  abdiqué  leur 
empire.  De  même  que  vous  avez  vu  dans  l'inté- 
rieur de  l'église  gallo-franque ,  Charlemagne  fa- 
voriser l'extension  du  pouvoir  des  clercs  et  les 
soumettre  cependant  au  sien ,  de  même  il  domi- 
nait les  papes  en  leur  préparant  les  moyens  de 
dominer  un  jour  ses  successeurs.  Et  d'abord  leur 
élection  n'était  complète  que  lorsqu'elle  avait 
reçu  l'approbation  de  l'empereur.  Les  faits  et  les 
textes  abondent  en  preuves.  En  796  Charle- 
magne écrit  au  pape  Léon  III  qui  vient  d'être 
élu  : 

Après  avoir  lu  la  lettre  de  votre  Excellence  et  avoir  pris 
connaissance  du  décret,  nous  nous  sommes  grandement 
réjouis  et  de  l'unanimité  de  l'élection,  et  de  l'humilité  de 
votre  obéissance ,  et  de  la  promesse  de  fidélité  que  vous 
nous  avez  faite  '. 

En  816,  l'élection  d'Etienne  IV  a  lieu  en  pré- 

'  Cap.  t.  1,  col.  2^1. 

37.  T.  III.   HI9T.  MOD.,   i8ai).  7 


78  COURS 

.sence  des  commissaires  de  Louis-le-Débonuaire , 
à  qui  le  décret  est  envoyé  pour  recevoir  sa  con- 
tirmation.  En  817,  Pascal  I"  s'excuse  de  la  pré- 
cipitation de  son  ordination.  En  826  ,  lors  de 
l'élection  d'Eugène  II ,  Louis-le-Débonnaire  en- 
voie son  fils  Lothairt-  à  Rome,  et  il  est  réglé  que 
des  commissaires  de  l'empereur  seront  toujours 
présens  à  l'ordination  du  pape. 

On  a  quelquefois  représenté  ce  consentement 
de  l'empereur  comme  une  nomination  j  on  a  pré- 
tendu qu'il  nommait  le  pape  comme  les  autres 
évêques.  Rien  n'est  moins  fondé.  Le  pape  était 
élu  à  Rome ,  par  le  clergé ,  et  quelquefois  encore 
avec  le  concours  du  peuple  de  Rome  ;  mais  pour 
être  consacré ,  il  lui  fallait  l'approbation  de  l'em- 
pereur. Le  concours  du  pouvoir  temporel  n'allait 
pas  plus  loin. 

Le  langage  de  plusieurs  papes  à  cette  époque 
atteste  expressément  leur  dépendance  et  la  supé- 
riorité positive  du  pouvoir  impérial.  Léon  III  écrit 
à  l'empereur  ; 

«  Si  nous  avons  fait  quelque  chose  incompéterament , 
et  si ,  dans  les  affaires  qui  nous  ont  été  soumises,  nous 
n'avons  pas  bien  suivi  le  sentier  de  la  vraie  loi,  nous 
sommes  prêt  à  le  réformer  d'après  votre  jugement  et  celui 
(le  vos  commissaires". 

'  Graiiani  décret,  p.  1  i,  catis.  2,  quoi.  7,  col.  /^i. 


D  HISTOIRE     MODERNE.  ng 

Léon  TV  écrit  à  Lotbaire  1"  : 

Nous  promettons  que  nous  ferons  toujours  tout  ce  qui 
sera  en  notre  pouvoir  pour  garder  et  observer  inviolable- 
ment  les  capitulaires  et  les  décrets  tant  de  vous  que  de 
vos  prédécesseurs'. 

En  France,  d'ailleurs,  clans  l'intérieur  de  l'église 
gallo-franque^  les  empereurs  gouvernaient  seuls, 
sans  partager  en  rien  le  pouvoir  avec  la  papauté. 
Cette  influence  que  je  viens  de  vous  montrer 
entre  les  mains  des  papes,  à  partir  des  rois  carlo- 
vingiens,  sur  l'église  gallo-franque,  n'était  qu'in- 
directe. Ils  ne  convoquaient  point  les  conciles, 
l'empereur  seul  les  appelait.  Les  décisions  de  ces 
assemblées  n'avaient  aucun  besoin  de  leur  appro- 
bation. Toute  la  surveillance ,  toute  l'administra- 
tion ecclésiastique  appartenaient  soit  aux  évêques 
nationaux,  soit  aux  délégués  de  l'emp  reur  ;  et  le 
pape  n'y  intervenait  qu'indirectement,  par  voie 
de  conseil. 

Il  y  avait  en  outre  ,  dans  le  public ,  laïques  et 
clercs,  ime  certaine  idée  d'une  législation  an- 
cienne et  générale  de  l'Eglise,  à  laquelle  les 
papes  devaient  être  soumis  comme  les  autres 
évêques.  On  ne  se  rendait  pas  un  compte  bien 

'  Grat.  décret.  distmcL  lo,  c.  q. 


So  COURS 

précis  (le  sa  source  et  de  son  autorité;  on  ne  sa- 
vait pas  bien  de  quels  pouvoirs  elle  devait  tou- 
jours émaner  ;  la  question  n'était  point  nettement 
posée,  comme  elle  l'a  été  plus  tard,  entre  les  con- 
ciles et  les  papes  ;  mais  on  pensait  fermement 
qu'au-dessus  des  papes  étaient  les  canons,  la  dis- 
cipline, la  loi  générale  de  l'Église,  et  qu'ils  n'a- 
vaient à  eux  seuls  nul  droit  de  les  changer. 

Telle  était,  Messieurs,  au  commencement  du ÏX' 
siècle,  à  la  fin  durègue  de  Charlemagne,  particuliè- 
rement dans  ses  rapports  avec  l'église  gallo-fran- 
que ,  la  situation  delà  papauté.  Il  y  régnait,  vous  le 
voyez,  beauco'iip  d'incohérence  et  de  confusion. 
Aussi  rencontre-t-on  une  multitude  de  faits  con- 
tradictoires :  les  uns  attestent  l'iudépendance  des 
églises  nationales;  les  autres  montrent  le  pouvoir 
papal  au-dessus  des  églises  nationales.  Ici  éclate 
la  supériorité  du  pouvoir  temporel ,  là  celle  du 
pouvoir  spirituel  siégeant  à  Rome.  En  855,  Gré- 
goire IV  se  mêle  de  réconcilier  Louis-le-Débon- 
naire  et  ses  fils,  et  reproche  aux  évéques  de  la 
Gaule-Franque  leur  conduite  :  ils  protestent  con- 
tre son  intervention,  lui  contestent  les  droits  qu'il 
.s'arroge,  et  déclarent  «  qu'ils  ne  veulent  nulîe- 
>i  ment  se  soumettre  à  sa  volonté,  et  que,  s'il  est 
»  venu  pour  excommunier,  il  s'en  ira  excommu- 
»  nié;  car  l'autorité  des  anciens  canons  ne  per- 


DHISTOIRK    MODERNF:.  '^' 

»  mel  rien  do  tel.  »  Cependant ,  dans  sa  réponse. 
Grégoire  leur  reproche  de  s'être  alternativcmeni 
servis ,  en  lui  écrivant ,  des  titres  (rater  et  pater  , 
«  tandis  qu'il  aurait  été  plus  convenable  de  ne  lui 
Kl  témoigner  qu'un  respect  filial;  »  et  non-seule- 
ment ils  ne  réclament  point,  mais  le  mot  Aq  f rater 
disparaît  à  peu  près  de  leur  langage.  En  844  "  ^'^^ 
évêques  de  la  Gaule-Franque  refusent  de  rexion- 
naître  Drogon ,  archevêque  de  Metz,  fils  naturel  de 
Charlemagne,  comme  vicaire  du  pape  Serge  11  , 
qui  lui  en  avait  donné  le  diplôme  ;  et  en  849,  ils 
menacent  d'excommunication  Noménoé ,  roi  de 
Bretagne,  parce  qu'il  a  reçu  avec  dédain  une 
lettre  du  pape  Léon  IV,  «  à  qui  Dieu  a  donné  la 
•>•>  primatie  du  monde  entier.  9  Je  pourrais  luul- 
tiplier  les  exemples  ;  je  pourrais  montrer  les 
souverains  temporels,  les  papes,  les  églises  na- 
tionales .  tour  à  tour  vainqueurs  ou  vaincus , 
arrogans  ou  humbles.  Cependant,  à  travers  ces 
contradictions,  on  voit  clairement  que  la  pa 
{)auté  est  en  progrès  ;  elle  règne ,  sinon  dans 
les 'faits,  du  moins  dans  les  pensées.  La  con- 
viction que  le  pape  est  l'interprète  de  la  foi,  le 
chef  de  l'église  universelle .  qu'il  est  au-dessus  de 
tous  les  évêques,  au-dessus  des  conciles  natio- 
naux,  au  -  des.sus  des  gouvernemens  temporels, 
quant  aux  aflaires  de  la  religion  ,  et  même  quant 


82  COURS 

aux  affaires  temporelles  dès  qu'elles  ont,  avec 
la  religion,  quelque  rapport,  celte  conviction, 
dis-je ,  s'établit  de  plus  en  plus  dans  les  esprits. 
Au  milieu  du  IX'  siècle ,  on  peut  la  regarder 
comme  définitivement  formée  ;  la  conquête  de 
l'ordre  intellectuel  est  consommée  au  profit  de 
la  papauté. 

Elle  avait  aussi  à  faire  celle  de  l'ordre  légal  ;  la 
pensée  des  peuples  lui  attribuait  la  souveraineté  de 
droit  ;  mais  il  lui  manquait  des  titres  où  ses  droits 
fussent  écrits  ,  au  nom  desquels  elle  pût  affirmer 
leur  ancienneté  historique  aussi  bien  que  leur 
légitimité  rationelle.  Elle  les  trouva  bientôt. 

Depuis  long-temps  on  s'était  appliqué  à  re- 
cueillir les  canons  de  l'église.  La  première  col- 
lection de  ce  genre,  en  Occident,  avait  été  rédi- 
gée au  VP  siècle  par  un  moine  romain  appelé 
Denys  le  petit.  Elle  devint  rapidement  une  sorte 
de  code  ecclésiastique,  et  l'objet  d'une  émula- 
tion générale.  Plusieurs  collections  semblables, 
furent  rédigées  dans  les  différents  Etats  d'Occi- 
dent. L'Espagne  en  particulier  en  eut  une,  à- la- 
quelle on  donna  le  nom  d'Isidore,  quoique  St.  Isi- 
dore, évéque  de  Séville,  n'y  ait  pris  évidemment 
aucune  part.  Elle  était  plus  étendue  que  celle  de 
Denys  le  petit,  et  contenait  un  plus  grand  nombre 
de  lettres  des  papes,  ainsi  que  de  canons  des  con- 


i 


d'histoire  moderne.  85 

eiles,  surtout  des  conciles  espagnols,  Elle  se  répan- 
dit hors  de  l'Espagne  et  ne  tarda  pas  à  obtenir , 
en  Gaule  surtout ,  un  grand  crédit. 

Dans  la  première  moitié  du  IX'  siècle,  entre 
les  années  820  et  849,  on  voit  paraître  tout-à- 
coup,  toujours  sous  le  nom  de  saint  Isidore,  une 
nouvelle  collection  de  canons,  beaucoup  plus 
considérable  que  celle  dont  je  viens  de  parler. 
C'est  dans  le  nord  et  Test  de  la  gaule  franque , 
dans  les  diocèses  de  Maïence,  Trêves,  Metz, 
Rheinis  ,  etc.  ,  qu'on  la  rencontre  d'abord  ; 
elle  y  circule  sans  contestation  ;  à  peine  quel- 
ques doutes  percent  çà  et  là  sur  son  authenticité; 
elle  acquiert  bientôt  une  autorité  souveraine. 
C'est  la  collection  dite  des  fausses  décrétales. 
Elle  a  reçu  ce  nom,  parce  qu'elle  contient  une 
multitude  de  pièces  évidemment  fausses ,  et  porte 
tous  les  caractères  d'une  fabrication  mensongère. 
Elle  commence  par  soixante  lettres  des  plus  an- 
ciens évêques  de  Rome  ,  depuis  saint  Clément 
(g I  -1 00)  jusqu'à Melchiade(3 1 1  -  5 1 4);  lettres  dont 
aucun  monument  n'avait  encore  fait  mention ,  et 
dont  la  fausseté  éclate  au  premier  coup  d'oeil.  Les 
papes  des  trois  premiers  siècles  s'y  servent  conti  - 
nuellement  de  la  traduction  de  la  Bible  de  saint 
Jérôme,  faite  à  la  fin  du  IV  siècle;  ils  fout  al- 
lusion à  des  faits ,  à  des  ouvrages  du  VP  et  du  VII' 


84  COURS 

siècles.  La  fabrication ,  en  un  mot ,  ne  peut  plus 
aujourd'hui  être  révoquée  en  doute  par  aucun 
homme  de  quelque  instruction  et  de  quelque 
sens. 

On  ne  sait  qui  eu  fut  l'auteur.  Comme  on  la 
rencontre  d'abord  dans  les  diocèses  de  Trêves  et 
deMayence,  et  aussi  à  raison  d'autres  petits  indices 
sur  lesquels  je  ne  vous  arrêterai  point,  on  l'a  at- 
tribuée à  Benoît ,  diacre  de  Mayence ,  que  je  vous 
ai  déjà  nommé,  et  qui  a  fait  la  seconde  collection 
des  capitulai  res.  Quoi  qu'il  en  soit,  elle  se  répan- 
dit rapidement;  beaucoup  la  prirent  pour  l'an- 
cienne collection  déjà  connue  sous  le  nom  de 
saint  Isidore  ;  d'autres,  la  croyant  nouvelle,  ne 
songèrent  seulement  pas  à  en  examiner  le  con- 
tenu. Elle  avait  pour  patrons,  non  seulement 
les  papes  et  leurs  partisans,  mais  presque  tous 
les  évêques.  Elle  n'était  point  rédigée  en  effet  dans 
l'intérêt  exclusifde  la  papauté.  Elle  semble  même, 
à  tout  prendre  et  dans  son  intention  primitive , 
]>lus  spécialement  deslinie  à  servir  les  évêques 
C(jntre  les  métropolitains  et  les  souverains  tetn- 
porels.  La  plupart  des  pièces  fabriquées,  tout  en 
étalant  avec  pompe  le  pouvoir  des  papes,  ont 
pour  objet  principal  d'établir  l'indépendance  des 
évêques ,  et  c'est  surtout  contre  les  métropoli- 
tains et  les  princes  temporels  que  le  pape  est  in- 


DHISTOIHE    MODE  UNE.  85 

voqiîé.  Les  fausses  décrétales  eurent  donc,  dès 
l'origine,  l'appui  des  ëvêques;  et  bien  loin  de  les 
révoquer  en  doute,  ils  les  adoptèrent  avec  em- 
pressement; préoccupés,  comme  il  est  si  sou- 
vent arrivé,  de  l'intérêt  du  moment,  et  ne 
s'inquiétant  pas  de  prévoir  qu'un  jour  ce  serait 
au  profit  des  prétentioas  de  la  papauté,  non 
des  leurs,   que  la   fraude  tournerait. 

Vers  le  milieu  du  IX^  siècle ,  les  papes  avaient 
donc  triomphé  et  dans  l'ordre  intellectuel ,  et 
dans  l'ordre  légal;  ils  étaient  en  possession  du 
droit  rationel  et  d'un  titre  écrit;  leur  souve- 
i-aineté  reposait  non-seulement  sur  la  croyance 
publique,  mais  sur  les  traditions.  Fondé  sur  de 
telles  bases,  investi  de  telles  forces,  leur  pou- 
voir ne  devait  pas  tarder  à  se  déployer  réelle- 
ment. Vers  la  même  époque,  en  effet,  on  voit 
éclater,  dans  quelques  évèaemens  particuliers, 
toutes  les  conséquences  des  principes  posés ,  soit 
dans  l'opinion  générale  du  temps,  soit  dans  les 
fausses  décrétales. 

En  856,  un  neveu  de  Charles-le-Ghauve,  un 
arrière-petit-His  de  Charlemagne,  Lothaire.  roi 
de  Lorraine,  avait  épousé  Teutberge,  fille  de 
Boson,  comte  bourguignon.  En  S5j.  elle  lui  dé- 
plut, et  il  la  chassa;  il  l'accusait  de  toutes  sortes 
de  crimes,  en tr' autres  d'incesle  avec  Hubcrlsoii 


.S()  COURS 

IVère.  11  vécut  publiquement  avec  une  autre 
femme,  Waldrade,  sœur  de  Gunther,  archevê- 
que de  Cologne ,  et  nièce  de  Teutgaud  ,  archevê- 
que de  Trêves,  qu'il  aimait,  dit-on  ,  depuis  long- 
temps, et  à  laquelle  il  avait  même  promis  de  l'é- 
pouser. En  858,  Teutberge,  par  reutremisc 
d'un  champion ,  se  justifia  par  l'épreuve  de  l'eau 
bouillante,  et  Lothaire  se  vit  forcé  de  la  re- 
prendre ;  mais  il  ne  cessa  pas  de  travailler  à  s'en 
débarrasser;  soit  vérité  ,  soit  peur,  elle  se  laissa 
réduire  à  avouer  le  crime  dont  on  l'accus  iitj  et , 
de  8fco  à  862  ,  trois  conciles  tenus  à  Aix-la-Cba- 
pelle  la  condamnèrent  solemnellement ,  cassè- 
rent le  mariage,  et  permirent  à  Lothaire  d'é- 
pouser Waldrade. 

Mais  à  peu  près  vers  la  même  époque,  en  858  . 
était  monté  sur  le  siège  de  Rome ,  un  moine  de 
moeurs  sévères ,  d'un  caractère  ardent ,  d'un 
esprit  inflexible,  qui  ne  s'était  décidé  qu'à  grand' 
peine  à  sortir  de  son  cloître  pour  devenir  pape  , 
et  qui,  une  fois  pape,  voulut  régner  eu  effet 
sur  la  chrétienté.  Voici  comment  parie  de 
Nicolas  1"  un  chroniqueur  contemporain  : 

Depuis  le  bienheureux  Grégoire,  nul  évêque  élevé, 
dans  la  ville  de  Rome,  sur  le  siège  pontifical,  ne  lui  peut 
être  comparé  :  il  régna  sur  les  rois  et  les  tyrans,  et  les 
soumit  à  son  autorité,   cointnc  s'il  eût  été  le  maître  du 


d'histoire  modkrne.  87 

jnonde.  Il  se  montra  humble,  doux,  pieux  et  bienveillant 
envers  les  évêques  et  les  prêtres  religieux,  et  qui  obser- 
vaient les  préceptes  du  Seigneur;  terrible  et  d'une  extrême 
rigueur  pour  les  impies  et  ceux  qui  s'écartaient  du  droit 
chemin;  tellement  qu'on  l'eût  pu  prendre  pour  un  autre 
Élie,  ressuscité  de  nos  jours,  à  la  voix  de  Dieu ,  sinon  en 
corps,  du  moins  en  esprit  et  en  vertu  '. 

Dès  l'an  869,  à  ce  qu'il  paraît,  Teut,berge  s'a- 
dressa à  Nicolas  T' ,  et  réclama  son  iiîterventiou. 
11  la  fit  attendre  quelque  temps  ;  ce  fut  seulement 
en  862  et  après  la  tenue  des  trois  conciles  d'Aix- 
la-Chapelle,  qu'il  envoya  en  Lorraine  deux  légats, 
avec  ordre  d'examiner  de  nouveau  l'affaire.  Un 
concile  fut  à  cet  effet  convoqué  à  Metz  en  863. 
Soit  que  les  faits  à  la  charge  de  Teutbei^g  parus- 
sent effectivemenl  prouvés,  soit  que  Lothaire, 
ce  qui  semble  plus  probable ,  fut  venu  à  bout  de 
gagner  les  deux  légats ,  le  concile  où  ils  assistaient 
sanctionna  ce  qu'avaient  fait  les  précédens,  et 
l'affaire  parut  terminée,  de  l'accord  de  tous  les 
juges  et  de  tous  les  pouvoirs. 

Mais  quand  cette  décision  parvint  à  Rome  , 
à  tort  ou  à  raison  (et,  pour  mon  compte,  je 
crois  que  ce  fut  à  raison)  ,  Nicolas  n'y  vit  qu'un 


Chrou.  de  Rcfiinon.  ad  a,  868. 


88  COURS 

effet  de  la  complaisance  ,  tiaiicbons  le  mot ,  de 
la  servilité  et  de  la  corruption ,  soit  des  évêques 
lorrains,  soit  de  ses  propres  légats.  La  cla- 
meur générale  les  en  accusait;  les  deux  arche- 
vêques qui  avaient  dirigé  les  conciles  étalent  pa- 
rens  de  Waldrade.  Nicolas  résolut  de  ne  rien 
ménager  ;  et  sans  convoquer  à  Rome  aucun 
concile,  de  sa  propre  autorité  ,  non-seulement  il 
annulla  les  actes  du  concile  de  Metz,  mais  il  dé- 
jiosa  les  archevêques  de  Trêves  et  de  Cologne , 
et  enjoignit  à  Lothaire  de  reprendre  sa  femme. 
Il  avait  pour  lui ,  dans  cette  hardie  et  despotique 
conduite,  d'une  part,  l'opinion  populaire  forte 
ment  prononcée  contre  Lothaire  et  \Vaîdrade; 
d'autre  part,  autant  du  moins  qu'on  peut  en 
juger  à  la  distance  où  nous  sommes  de  l'événe- 
ment, la  vérité  el  la  justice  :  il  avait  contre  lui 
les  droits  des  évêques,  des  conciles  et  toute 
l'ançîenue  discipline  de  l'Eglise;  mais,  contie 
ces  derniers  motifs  ,  le  texte  des  fausses  décré- 
tales  lui  fournissait  un  point  d'appui.  Fort  de 
l'austérité  de  sa  conscience  et  de  l'approbation  du 
peuple ,  il  persista  dans  sa  résolution ,  et  non 
content  de  venger  la  morale ,  appela  aus.si  à  son 
aide  l'esprit  de  liberté.  En  863  .  il  écrivait  à  Ad 
ventius  ,  évêque  de  Metz  : 

Itxiiiniiicz  bien  si  ces  rois  cl  ces  piiiiccs  .  auxquels  vous 


d'histoire  moderne.  (Sç) 

vous  dites  soumis,  sont  vraiment  des  rois  et  des  princes. 
Examinez  s'ils  gouvernent  bien  ,  d'abord  eux-mêmes,  en- 
suite leur  peuple;  car  celui  qui  ne  vaut  rien  pour  lui- 
même,  comment  sera-t-il  bon  pour  un  autre^*  Examinez 
s'ils  régnent  selon  le  droit;  car  sans  cela ,  il  faut  les  re- 
garder comme  des  tyrans  plutôt  que  comme  des  rois;  et 
nous  devons  leur  résister  et  nous  dresser  contre  eux,  au 
lieu  de  nous  soumettre.  Si  nous  leur  étions  soumis,  si 
nous  ne  nous  élevions  pas  contre  eux,  il  nous  faudrait 
favoriser  leurs  vices.  ' 

CoDtrede  telles  armes  ,  les  princes  temporels, 
aidés  même,  comme  l'était  Lothaire  en  cette  occa- 
sion ,  par  leur  propre  clei^gé ,  étaient  trop  faibles  : 
Nicolas  T'  triompha  en  même  temps  de  Lothaire 
et  de  l'église  lorraine  ;  l'un  et  l'autre  ,  tout  en 
réclamant ,  subirent  sa  décision. 

Presqueau  même  moment  se  présentait  une  se- 
conde affaire  ,  qui  lui  fournit  l'occasion  d'une  se- 
conde victoirt .  Hincmar ,  archevêque  de  Rheims, 
dont  je  vous  occuperai  bientôt  avec  plus  de  détail, 
voulait  régner  presque  aussi  despotiquement 
dans  l'église  gallo-franque  que  Nicolas  dans  l'église 
universelle.  Un  de  ses  suffragans,  Rothade,  évê- 
que  de  Soissons  ,  avait  destitué  un  prêtre  de  son 
diocèse  pour  cause  de  mauvaises  moeurs;   trois 


Mans 


90  COURS 

ans  après  cette  condamnation ,  sons  prétexte 
qu'elle  était  injuste,  et  plutôt,  à  ce  qu'il  paraît, 
par  humeur  contre  Rothade  que  par  tout  autre 
motif,  Hincmar  rétablit  le  prêtre  dans  sa  pa- 
roisse, contre  le  gré  de  son  évêque,  et  excommu- 
nia celui-ci  pour  cause  de  désobéissance.  Une 
lutte  s'établit  entre  l'évêque  de  Soissons  et  l'ar- 
chevêque de  Rlieims.  L'évêque ,  déposé  en  862  , 
an  concile  de  Soissons,  en  appela  au  pape; 
Hincmar  ,  à  force  de  ruses  et  de  violences ,  pré- 
vint quelque  temps  l'effet  de  cet  appel ,  et  em- 
pêcha même  qu'il  ne  parvînt  à  Rome  ;  mais 
Nicolas  I"  le  reçut  enfin  ;  et  en  865 ,  ayant  con- 
voqué à  ce  sujet  un  concile;  il  dit ,  dans  son 
discours  d'ouverture  : 

Les  évêques  de  Gaule,  ayant  convoqué  un  concile  gé- 
néral, ce  qui  n'est  permis  à  personne,  sans  l'ordre   du 

Siège  apostolique,  y  ont  cité  Rothade Quand  même  il 

n'en  eût  point  appelé,  il  n'aurait  jamais  dû  être  déposé  à 
notre  insu;  car  les  statuts  sacrés  et  les  décrets  canoniques 
ont  remis  à  notre  décision  les  procès  des  évêques,  comme 
toutes  les  grandes  affaires  '. 

C'était  méconnaître  et  braver  toutes  les  règles 
canoniques,  tous  les  exemples  du  passé,  tous  les 

'  iMansi,  I.  \V,  p.  G86. 


d'histoire  moderne.  91 

usages  de  l'Église.  Mais  dans  cette  occasion  sp»-- 
ciale,  comme  dans  la  précédente ,  Nicolas  avait 
poiu'  lui  le  bon  droit  et  le  cri  public  ;  il  soutenait 
la  justice  et  l'opinion  populaire.  Il  triompha 
également  ;  Rothade  fut  rétabli  dans  son  siège  ; 
et  les  églises  nationales  furent  vaincues  dans  la 
personne  d'Hincmar ,  comme  les  souverains  tem- 
porels dans  celle  de  Lothaire. 

Cette  double  victoire  ne  fut  point  incontestée  : 
plus  d'une  fois ,  dans  le  cours  du  dixième  siècle ,  la 
résistance  reparut  ;  et  les  successeurs  de  Nicolas  I , 
entre  autres  Adrien  II ,  ne  furent  pas  tous  aussi 
habiles  ou  aussi  heureux  que  lui  dans  leurs  en- 
treprises. Cependant  à  tout  prendre ,  leur  pou- 
voir et  les  maximes  qui  le  fondaient  furent  en 
progrès  dans  les  faits  comme  dans  les  esprits  ;  et 
c'est  du  règne  de  Nicolas  I"  que  date  vraiment  la 
souveraineté  de  la  papauté. 

J'approche  du  terme ,  Messieurs;  je  vous  ai  en- 
tretenus de  l'histoire  intérieure  de  l'église  gallo- 
franque  du  VHP  au  X"  siècle ,  dans  ses  rapports 
avec  le  souverain  temporel.  Je  viens  de  mettre 
sous  vos  yeux  son  histoire  extérieure ,  ses  rap- 
ports avec  son  souverain  étranger.  Je  bornerai 
ici  le  tableau  de  la  société  ecclésiastique  carlovin- 
gienne.  Il  nous  reste  à  étudier  le  développement 
intellectuel  à  la  même  époque.  Vous   avez  déjà 


9^  COURS 

vu  ce  qu'il  fut  sous  Charlemagne  et  jusques  sous 
Louis-le-Débonnaire.  Sou  étude  depuis  le  règne 
(ie  Louis  -  le- Débonnaire  jusqu'à  l'avènement 
de  Hugues  Capet  sera  l'objet  de  nos  prochaines 
réunions. 


d'histoire  moderne.  95 


VINGT-HUITIEME   LEÇON. 


De  l'état  intellectuel  de  la  Gaule  Franque  de  la  mort  de 
Charlemagne  à  ravénement  de  Hugues  Ciipet.  —  Ta- 
bleau des  hommes  célèbres  de  cette  époque.  —  Esprit 
théologique.  — Esprit  philosophique. — Hincmar  et  Jean 
Érigène  en  sont  les  représentans.  — Vie  d'Hincmar. — 
Son  activité  et  son  influence  comme  archevêque  d« 
Rheims.  —  1°  De  ses  rapports  avec  les  rois  et  les  papes. 
—  2°  De  son  administration  dans  l'intérieur  de  l'Eglise 
Gallo-Franque  et  de  son  diocèse.  — 5°  De  ses  luttes  et 
de  ses  travaux  théologiques.  —  Origine  de  la  théologie 
du  moyen  âge.  —  Querelle  d'Hincmar  et  du  moine 
Gottschalk  sur  la  prédestination.  —  Nombreux  écrits  à 
ce  sujet.  —  Conciles  de  Riersy,  de  Valence  et  de  Lan- 
gres.  —  Résumé. 


Messieurs  , 

En  exposant  la  renaissance  intellectueils  de  la 
Gaule-Franque ,  sous  le  règne  de  Charlemagne  ' , 
j'ai  dit  que  le  mouvement  imprimé  alors  aux 


I   Leçoii  25'\,  t.  a,  p.  4^«- 

28.    T.    m.    HIST.    MOD.,     li 


94  COURS 

esprits  n'avait  point  péri  sous  ses  successeurSv 
C'est  au  progrès  de  ce  mouvement  dans  les  IX" 
et  X'  siècles,  que  je  me  propose  aujourd'hui  de 
vous  faire  assister. 

Quand  j'ai  dressé  le  tableau  des  hommes  cé- 
lèbres du  temps  de  Charlemagne  ',  j'y  ai  compris 
également ,  vous  vous  le  rappelez ,  ceux  qu'il 
trouva  et  ceux  qu'il  forma,  ses  contemporains 
proprement  dits  et  leurs  disciples  immédiats.  Je 
ne  vous  ai  entretenus,  avec  quelques  détails, 
que  des  premieis ,  me  bornant ,  quant  aux  se- 
conds, à  indiquer  leurs  noms  et  leurs  travaux. 
La  plupart  de  ceux-ci ,  par  exemple  ,  les  histo- 
riens Thégan,  Nithard,  Taslronome,  les  théolo- 
giens Raban  ,  Florus,  Walfried  Strabo ,  Paschase 
Radbert,Ratramne,  et  plusieurs  autres  érudits,  let- 
trés ou  poètes,  compris  dans  la  dernière  partie  du 
tableau  que  j'ai  mis  sous  vos  yeux,  appartiennent 
à  l'époque  dont  novis  avons  maintenant  à  nous  oc- 
cuper; et  en  ajoutant  à  ce  tableau  celui  des  hommes 
célèbres  qui  ont  paru  vers  la  fin  du  IX'  et  dans 
le  cours  du  X*  siècle,  on  a  le  résumé  de  l'acti- 
vité intellectuelle  de  la  Gaule-Franque  sous  la 
race  Carlovinglenne.  Voici  ce  supplément  : 


1   Lcr-oii  20° ,  t.  a ,  p 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


95 


s^ 

^ 

^. 

— 

— 

i)  •' 

i      Qi 

<n 

tn 

c' 

— 

jj  0 

^ 

c 

-5  1-1 

V      ri 

c 

C 

"ô 

5j 

« 

y 

0  2 

"tp 

f^    ce 

""    i^ 

y 

^ 

âo     i)    "ÏZ 

i;    0 

■5 

r: 

«  ,^ 

5 

^-5     ^ 

0 

To  « 

^  "O 

II 

5 

2  « 

S 
0 
0 

s 

3  î  S 

ci 

0 

a| 

Il    u 

5    ^ 

9  "^ 

|l 
5°« 

5 

'■j 

0  tr, 

1 

0 

1 

_y 

'/ 

5 
y 

""  s  a 

«     c     co 

_u 

°M 

s3 

°r^ 

C-       -V 

'ïs. 

3 

"5 

n  0 

V 

0) 

^ 

1 

1 

-0 

TS 

-c 

.ï  ë' 

-  S 

-a 

1 

il 

-< 

^ 

'0  '2 

.-   « 

.s  = 

',2  '2 

"ôô 

---r 

0 

c^~. 

r^ 

m 

0 

« 

Ci 

0 

tN 

v>. 

QO 

0 

co 

O) 

ce 

2 

i 

m 

« 

>- 

■j: 

i 

_• 

jj 

3 
_0  -73 

rTi 

ij    0 

^  0 

Ci 

ce 

>i 

u 

s 

-o 

6 

i) 

'/     u 

tb 

_i; 

V 

0 

•^^ 

— 

.';,. 

i)    ~ 

?û 

z. 

< 

c 

î 

•^^6 

5 

'3 

eu 

3 

:2 

._; 

^ 

^ 

« 

C 

"5 

1 

._• 

é 

d 

'. 

J; 

.E 

v 

3 

/r^ 

'ÎÔ 

75 

— 

-î-, 

.          " 

« 

te 

•Si 

_ 

>cp 

L'O 

gt) 


COURS 


"=^ 

-^ — - 

!5î? 

~ 

V 

V 

1      c 

« 

.2 

=! 

3 

il. 

'S 

i? 

(U 

Q 

crt 

en 

•1 

o 

O 

H 

I 

le 
il:] 

t^ 

« 

.2 

O 

< 

1 

0H 

^ 

'c: 

« 

'S 

Ci  Q     O 

O 

eu 

>■ 
O 

1 

-1 

6 

Q 
iJ' 

1^  o 

en 

C 
g 

1? 

15. 

=    en    « 

È'-i 

o         w 

Il 

J, 

>, 

.S 

c 

'S 

^^ 

H 

J^ 

ii 

c 

i 

û 

2 

-^ 

-rt 

«     U 

"S 

o. 

S 

H 

c  -o 

c 

V 

3 

1 

3 

-a 

03 

C 

'o 

< 

2 

« 

^ 

<» 

^ 

1 

05 

O 

o 

(S 

t 

o 
o 

s' 

o 

«•^ 

^ 

QO 

00 

1 

il-sl 

Q  £^ 

o 

H 

V 

!^ 

« 

t_ 

« 

es 

-2 

c- 

TS 

_a 

C 

H 

C 

'« 

^ 

<3 

g 

-^ 

3 

2 

c 

1^ 

.^^ 

o 

O 

C3 

o 

3 

o 

«      > 

^ 

o 

I^ 

? 

?^ 

<o 

°Cn 

_^ 

__ 

00 

nis 

-i TT-T- 

. 

D  HISTOIRE    MODERNE.  97 

Maintenant ,  Messieurs,  pour  aller  au-delà  de 
cette  série  de  noms,  de  dates  et  de  titres  d'ou- 
vrages ,  j'éprouve  le  même  embarras  que  j'ai  déjà 
senti  quand  j'ai  voulu  peindre  l'état  intellectuel 
de  la  France  sous  le  règne  de  CUarlemagne .  Les 
travaux  de  tous  ces  hommes  que  je  viens  de  nom- 
mer ne  forment  point  d'ensemble,  ne  se  rat- 
tachent à  aucune  grande  idée,  à  aucun  système 
général  et  fécond  ,  autour  desquels  on  puisse  les 
grouper,  et  qui  puissent  servir  de  fil  dans  cette 
étude.  Ce  sont  des  travaux  isolés ,  partiels,  assez 
peu  variés ,  et  plus  remarquables  par  l'activité 
qui  s'y  manifeste,  que  parleurs  résultats.  Irai-je, 
à  défaut  d'un  résumé  systématique  ,  prendre 
tous  ces  hommes  un  à  un,  et  vous  raconter  la 
vie  ,  vous  exposer  les  écrits  de  chacun  d'eux  ?  De 
telles  biographies  ne  seraient  intéressantes  et  ins- 
tructives qu'a  la  condition  d'être  fort  détaillées  ; 
et  nous  n'avons  pas  tant  de  temps  à  y  consacrei'. 
Je  résoudrai  ce  problème  comme  je  l'ai  résolu 
pour  le  règne  de  Charlemagne.  J'ai  rattaché  le 
tableau  intellectuel  de  son  époque  à  la  vie  d'un 
honiîue ,  de  l'homme  qui  m'en  a  paru  le  repré- 
sentant le  plus  fidèle  :  j'ai  retrouvé,  dans  la  des- 
tinée et  les  ouvrages  d'Alcuin ,  la  trace  de  l'état 
et  du  mouvement  général  des  esprits.  J'adopterai 
pour  l'époque   suivante   la  niêiuc  nièthoiic;  j'y 


98  COURS 

chercherai  quelque  homme  qui  en  soit  l'image, 
en  qui  se  réfléchisse  la  vie  intellectuelle  de  ses 
contemporains  ;  et  j'essayerai  de  le  faire  bien 
connaître ,  certain  que  c'est  là ,  yu  le  peu  d'es- 
pace dont  je  dispose,  la  meilleure  manière  de 
faire  connaître  et  comprendre  le  temps  tout  en- 
tier. Deux  hommes  nous  suffiront  pour  atteindre 
à  ce  résultat. 

En  étudiant  la  \ie  et  les  ouvrages  d'Alcuin , 
nous  avons  été  conduits  à  y  reconnaître  une 
double  tendance,  tin  double  caractère:  «  Alcuin, 
ai-je  dit,  est  théologien  de  profession;  l'atmos- 
phère où  il  vit  est  essentiellement  théologique  ; 
et  pourtant  l'esprit  théologique  ne  règne  point 
seul  en  lui;  c'est  aussi  vers  la  philosophie,  vers 
la  littérature  ancienne  que  tendent  ses  travaux 
et  ses  pensées.  St.  Jérôme  et  St.  Augustin  lui 
sont  très-familiers;  mais  Pylhagore,  Aristote, 
Aristippe,  Diogène,  Platon,  Homère,  Virgile, 
Sénèque,  Pline, reviennent  aussi danssa  mémoire. 
C'est  un  moine ,  un  diacre ,  la  lumière  de  l'église 
contemporaine;  mais  c'est  en  même  temps  un 
érudit,  un  lettré  classique.  En  lui  commence 
enfin  ralllance  des  deux  élémens  dont  l'esprit 
moderne  a  si  long- temps  porté  l'incohérente  em- 
preinte, l'Antiquité  et  l'Église,  l'admiration,  le 
goût,  dirai-jele  regret  de  la  littérature  payenne, 


D  HISTOIRE    MODERNE.  99 

el  la  sincérité  de  la  foi  chrétienne,  l'ardeur  à  son- 
der ses  mystères  et  à  défendre  son  pouvoir.  '  » 

Le  même  fait,  Messieurs,  est  le  caractère  do- 
minant de  l'époque  qui  nous  occupe  aujour- 
d'hui; mais  ce  n'est  plus  dans  un  seul  homme 
que  nous  en  retrouvons  l'image;  l'esprit  chré- 
tien et  l'esprit  romain ,  la  théologie  nouvelle  et 
la  philosophie  ancienne  ,  se  manifestent  égale- 
ment, mais  séparés  et  même  ennemis.  Deux 
hommes  se  rencontrent  qui  peuvent  être  consi- 
dérés comme  les  représentans  distincts  de  ces 
deux  élémens.  L'un,  Hincmar,  l'archevêque  de 
Rheims,  est  le  centre  du  mouvement  théoîogi- 
que  j  l'autre,  Jean  Scot  ou  Érigèue,  est  le  philoso- 
phe du  temps.  A  la  vie  d'Hincmar  se  rattachent 
les  événemens  et  les  travaux  de  la  théologie 
contemporaine;  dans  celle  de  Jean  Scot  se  ré- 
vèlent les  débris  de  l'ancienne  philosophie.  Dans 
l'histoire  de  ces  deux  hommes ,  apparaissent 
les  deux  forces  dont  la  lutte  a  fait  long-temps 
toute  l'histoire  intellectuelle  de  l'Europe  mo- 
derne ,  l'Eglise  doctrinale  et  la  pensée  libre. 
Je  tenterai  de  vous  h  s  faire  connaître  l'un  et 
l'autre.  C'est  par  Hincmar  que  je  commence  au- 
jourd'hui. 

I   Leçon  22",  t.  2  ,  p.  5^4- 


î  OO  COURS 

II  Daquit  vers  l'an  806,  dans  la  Gaule-Franque 
proprement  dite,  c'est-à-dire  dans  le  nord-est 
de  la  France  actuelle.  Sa  famille  était  des  plus 
considérables  du  temps  :  il  avait  pour  parens 
le  fameux  Bernard  II .  comte  de  Toulouse  , 
et  un  autre  Bernard ,  comte  de  Vermandois. 
Il  fut  élevé  dès  son  enfance  dans  le  monastère 
de  Saint-Denis ,  sous  l'abbé  Hilduin.  Louis-le- 
Débonnaire,  en  montant  sur  le  trône,  soit  qu'il 
connût  déjà  Hincmar  ,  soit  qu'il  prît  intérêt 
à  sa  famille ,  le  fit  venir  à  sa  cour ,  et  le  garda 
auprès  de  lui.  Vous  savez  quels  furent,  de  816 
à  83o,  les  efforts  de  ce  prince  pour  réformer 
l'Eglise  et  surtout  les  monastères  :  celui  de  Saint- 
Denis  en  avait,  comme  tant  d'autres,  un  pres- 
sant besoin  ;  la  discipline  et  la  science  y  étaient 
dans  le  même  déclin.  Hincmar,  tout  jeune  qu'il 
était,   travailla  et  contribua  puissamment,  en 

829,  à  en  décider  la  régénération.  Il  fit  plus  ;  il 
rentra  lui-même  dans  le  monastère ,  et  y  mena 
la  vie  la  plus  rigide:  mais  il  n'y  vécut  pas  long- 
temps en  repos;  l'abbé  Hilduin  prit  parti  vers 

830,  dans  les  querelles  de  Louis-le-Débonnaire 
avec  ses  enfans;  il  se  prononça  contre  l'empe- 
reur; et  lorsque  Louis  ressaisit  le  pouvoir,  Hilduin 
fut  dépossédé  de  son  monastère  et  exilé  en  Saxe. 
Soit  aft'ection  pour  son  abbé ,  soit  par  d'autres 


D  HISTOIRE    MODERNE.  ÏOI 

considérations  qui  nous  échappent ,  Hincinar  l'y 
suivit,  et  conserva  cependant  assez  de  crédit, 
non-seulenaent  pour  revenir  bientôt  lui-même 
à  la  cour ,  mais  pour  faire  rappeler  et  réintégrer 
Hiiduin. 

A  partir  de  cette  époque,  on  le  voit  tantôt 
auprès  de  l'empereur,  tantôt  dans  l'intérieur  de 
son  monastère ,  menant  tour  à  tour  la  vie  d'un 
prêtre  favori,  et  celle  d'un  moine  austère.  11  est 
difficile  de  démêler,  à  la  distance  où  nous  sommes, 
quelle  était  en  lui  la  part  de  l'ambition  mondaine 
et  celle  de  la  ferveur  religieuse.  Ce  qui  paraît 
certain  >,  c'est  que  ni  l'une  ni  l'autre  ne  lui  fiit 
jamais  étrangère ,  et  que ,  dans  tout  le  cours  de 
sa  vie  comme  à  cette  époque,  il  fut  presque  éga- 
lement préoccupé  de  sa  fortune  et  de  son  salut. 

A  la  mort  de  Louis-le-Débonnaire ,  en  840 , 
Charles-le-Chauve  prit  tfincmar  dans  la  même 
laveur  :  de  840  à  844 1  d  vécut  à  la  cour  de  ce 
piince  comme  son  plus  intime  confident  et  son 
p)-incipal  agent  dans  toutes  les  affaires  ecclésias- 
tiques. Charles  lui  donna  plusieurs  abbayes. 
En  844?  il  assistait  au  concile  de  Verneuil.  Le 
siège  de  Rheiras  était  vacant  depuis  neuf  ans , 
par  suite  de  la  déposition  de  l'archevêque  Ebboii , 
affaire  compliquée  et  obscure  ,  dans  le  détail  de 
laquelle  je  n'entrerai  point;  le  clergé  demanda 


102  COURS 

qu'on  pourvût  enlhi  à  ce  siège  important,  et, 
l'année  suivante ,  en  845 ,  au  concile  de  Beau- 
vais,  Hincmar,  âgé  alors  de  og  ans,  fut  élu  ar- 
chevêque de  Rheims. 

De  cette  époque  datent  son  activité  et  son 
influence  dans  l'Eglise  Gallo-Frauque.  Il  a  été 
archevêque  de  Rheims  pendant  trente-sept  ans, 
de  l'an  845  au  25  décembre  882.  Dans  ce 
long  espace  de  temps,  on  trouve  sa  signature 
au  bas  des  actes  de  trente-neuf  conciles ,  sans 
parler  de  beaucoup  d'autres  petites  assemblées 
ecclésiastiques,  dont  il  n'est  resté  aucun  mo- 
nument '.  Dans  la  plupart  de  ces  conciles,  il 


1  Hincmar  assista  : 

En  844 au  concile  de  Verneuil. 

845 

de  Beauvais. 

id. 

de  Meaux. 

847 

de  Paris. 

840 

de  Kiersy. 

id. 

de  Paris. 

85o 

de  Moret. 

85i 

de  Soissons. 

853 

id. 

id. 

de  Kiersy. 

id. 

de  Verberie. 

85; 

de  Kiersy. 

858 

id. 

DHlSrOIRE    MODEKNE.  \0^ 

a  présidé  et  dirigé  les  affaires.  L'historien  de  l'é- 
glise de  Rheims ,  Frodoard ,  qui  avait  à  sa  dispo- 
sition les  archives  de  l'Eglise ,  mentionne  spécia- 


859 

de  Metz. 

id. 

deToul. 

860 

lieu  incertain. 

id. 

(le  ïoiil. 

861 

de  Soissons. 

862 

de  Sens. 

id. 

de  Sablonnières. 

id. 

de  Pistes. 

862 

de  Soissons. 

id. 

de  Pistes  (transféré  ; 

i  Soissons). 

865 

de  Senlis. 

id. 

de  Verbe  rie. 

866 

de  Soissons. 

867 

de  Troye?. 

869 

de  Yerberie. 

id. 

de  Metz. 

id. 

de  Pistes. 

870 

d'Attigny. 

87. 

de  Douzy. 

073 

de  Senlis. 

874 

de  Douzy 

875 

de  Chiliens. 

876 

de  Pontion 

878 

de  Neustric. 

id. 

de  Troyes. 

881 

de  Fismcs. 

104  COURS 

lement  quatre  cent  vingt- trois  lettres  de  lui  ' ,  et 
en  indique  presque  à  chaque  page  un  grand 
nombre  d'autres.  Ces  lettres  sont  adressées  à  des 
rois,  reines,  papes,  archevêques,  évêques,  ab- 
bés, prêtres,  ducs,  comtes,  etc.  11  était  évidem- 
ment en  correspondance  habituelle  et  familière 
avec  tous  les  hommes  considérables  du  temps. 
Enfin ,  il  nous  reste  de  lui  soixante-dix  ouvrages, 
grands  ou  petits,  religieux  ou  politiques,  recueillis 
parle  père  Sirmond,  en  deux  volumes  in-folio, 
auxquels  un  autre  jésuite ,  le  père  Cellot ,  a  ajouté 
plus  tard  un  troisième  volume;  et  nous  savons, 
avec  certitude ,  que  beaucoup  d'autres  écrits 
d'Hincmar  ne  sont  pas  venus  jusqu'à  nous. 

Certes,  Mes.sieurs,  c'est  là  une  vie  pleine  et 
Jouissante.  Pour  la  bien  apprécier  et  en  tirer 
de  vives  lumières  sur  l'histoire  générale  de  ce 
temps,  il  faut  classer  un  peu  les  faits  qui  font 
remplie ,  et  considérer  Hincmar  sous  trois  points 
de  vue  principaux;  i"  au-dehors  de  l'Eglise  Gallo- 
Franque  et  de  son  diocèse ,  dans  ses  rapports , 
soit  avec  le  pouvoir  civil  national,  les  rois  de 
France,  soit  avec  le  pouvoir  ecclésiastique  étran- 
ger, les  papes.  2"  Au  dedans  de  l'Église  Gallo- 

I  Histoire  de  L'église  de  Rheirns ,  c.  18 — 28;  dans  ma 
(  ollecliov  des  Mémoires  relatifs  à  l'Histoire  de  France. 


DHISTOIRE    MODERNE.  Io5 

Franque  et  de  son  diocèse,  daos  son  influence 
ecclésiastique  et  son  administration  épiscopale. 
5°  Dans  son  activité  scientifique  et  littéraire , 
comme  théologien  et  écrivain.  Tous  les  faits  ini- 
portans  et  instructifs  de  la  vie  d'Hincmar  se 
rattachent  à  l'un  ou  à  l'autre  de  ces  trois  aspects. 
1.  Considéré  dans  ses  relations  avec  le  pou- 
voir civil  national,  Hincmar  apparaît,  durant 
sa  vie  entière,  comme  l'évêque  de  la  cour  de 
France,  le  directeur  de  ses  rois.  Je  dis  l'évêque 
de  la  cour,  et  à  dessein.  On  le  trouve,  en  effet, 
à  la  tête  de  tous  les  événemens  de  cour,  de 
toutes  les  cérémonies  officielles.  Quatre  courou- 
nemens,  quatre  sacres  de  rois  et  de  reines  ont  eu 
lieu  à  cette  époque ,  et  c'est  toujours  Hincmar 
qui  y  préside.  En  856,  il  couronne  à  Verberie 
Judith ,  fille  de  Charles-le-Chauve ,  qui  épouse 
Edelwolf,  roi  des  Anglo-Saxons.  En  866,  il 
sacre  au  concile  de  Soissons  Herraentrude  , 
femme  de  Charles-le-Chauve.  En  869,  au  con- 
cile de  Metz,  il  sacre  roi  de  Lorraine  Charles- 
le-Chauve  lui-même.  En  877  ,  il  sacre  Louis- 
le- Bègue  roi  de  France.  C'est  toujours  lui, 
en  un  mot,  qui,  dans  toutes  les  grandes  occa- 
sions ,  dans  son  diocèse  ou  hors  de  son  diocèse , 
dans  les  assemblées  ecclésiastiques  ou  civiles,  re- 
présente l'Église  au  milieu  de  la  cour ,  préside 
à  l'alliance  de  la  religion  avec  la  royauté. 


io6  COURS 

Dans  les  circonstances  plus  graves  que  des  céré- 
monies, dans  la  politique  proprement  dite,  le  trait 
remarquable  de  la  vie  d'Hincmar ,  c'est  sa  cons- 
tante fidélité  à  la  ligne  directe,  aux  descendans 
légitimes  de  Charlemagne  ;  problème  difficile  à 
résoudre  de  son  temps ,  au  milieu  de  toutes  les 
vicissitudes  du  trône,  de  toutes  les  dissensions 
de  la  famille  régnante.  Soit  airection ,  prin- 
cipe, prévoyance,  ou  habileté,  la  foi  d'Hinc- 
mar ne  s'est  jamais  égarée  dans  ce  labyrinthe  ;  il 
s'est  toujours  tenu  éloigné  du  parti  que  l'histoire 
a  qualifié  de  rebelle,  et  les  princes  qui  sont  re- 
connus comme  formant  la  série  des  vrais  rois  de 
France  l'ont  toujours  compté  parmi  leurs  dé- 
fenseurs. On  le  voit  cependant  très-habile  en 
même  temps  à  se  maintenir  eu  bons  termes  avec 
leurs  ennemis  ou  leurs  rivaux.  Il  serait  injuste 
de  dire  qu'Hincmar  ait  dans  l'histoire  la  physio- 
nomie d'un  intrigant;  rien  n'indique  qu'il  allât 
au-devant  de  l'intrigue ,  qu'il  cherchât ,  à  tout 
prix,  les  occasions  d'agir,  d'influer,  de  prévaloir  ; 
mais  tout  prouve  qu'au  besoin  il  savait  employer 
l'intrigue  avec  beaucoup  d'activité  et  d'adresse, 
et  qu'il  excellait  à  acquérir  ou  à  conserver 
l'influence  partout  où  l'intérêt  de  sa  situation  , 
dans  l'État  ou  dans  l'Église,  lui  en  faisait  une 
nécessité.  Aussi  fut-il ,  pendant  la  longue  durée 


D  HISTOIRE   MODERNE.  IO7 

de  sa  vie,  en  grand  crédit  auprès  de  tous  les 
rois ,  de  tous  les  pouvoirs  contemporains.  On  le 
voit  intervenir  non-seulement  dans  les  relations 
des  princes  avec  l'Eglise,  mais  dans  le  gouverne- 
ment civil  lui-même  ;  il  est  employé  dans  les  mis- 
sions difficiles,  consulté  dans  les  questions  déli- 
cates. Et  non-seulement  cette  activité  politiquese 
révèle  dans  son  histoire,  mais  il  en  reste  des  mo- 
numens  écrits.  Nous  avons  de  lui,  soit  sur  le 
gouvernement  en  général  ,  soit  sur  les  évèiie- 
mens  et  les  affaires  auxquelles  il  prit  part,  cinq 
ouvrages  qui  abondent  en  renseignemens  pré- 
cieux sur  les  idées  et  l'état  politique  de  la  France 
à  cette  époque.  Ces  ouvrages  sont  : 

1°  Un  traité,  en  trente-trois  chapitres ,  adressé 
à  Charles  le-Chauve  et  intitulé  :  De  régis  persond 
et  de  regio  mirmterio  '  ;  ouvrage  de  morale  plus 
que  de  politique,  à  en  juger  selon  nos  idées  ac- 
tuelles, mais  qui,  au  IX' siècle,  était  vraiment 
politique ,  car  c'était  au  nom  de  la  morale  et 
en  développant  ses  préceptes  que  les  ecclésias- 
tiques influaient  sur  les  gouvernemens.  Dans  le 
traité  d'Hincmar,  la  morale  est  d'ailleurs  mêlée 
à  un  grand  nombre  de  conseils   de    prudence 


Hincm.   Op.,  t.  2,  p.  184. 


108  COURS 

et  d'habileté  pratique,  .nssez  semblables  à  ceux 
qui,  au XV' siècle,  Faisaient  toute  la  science  po- 
litique ,  et  dont  le  livre  du  Prince  est  le  type. 

1°  Une  lettre  adressée  à  Louis-le-Bègue ,  après 
son  couronnement,  à  la  fin  de  l'année  877  ,  pour 
lui  donner  des  avis  sur  le  gouvernement  de  ses 
États,  et  qui  se  termine  par  ce  paragraphe  d'un 
bon  sens  remarquable  : 

J'adresse  par  lettre  à  Votre  Domination  ce  que  je  lui 
dirais  de  vive  voix  si  j'étais  auprès  d'elle.  Quant  aux  af- 
faires proprement  dites  de  l'Église  et  du  royaume,  je  ne 
dois  point  donner  à  leur  sujet  un  conseil  précis  sans  le 
concours  et  l'avis  général  des  grands;  et  je  ne  pourrais  ni 

n'oserais  en  décider  à  moi  seul Si,  en  attendant,  ce 

dont  Dieu  nous  préserve ,  il  survenait  quelque  occasion 
de  trouble,  et  qu'il  plût  à  Votre  Domination  de  m'en  in- 
former, je  m'efforcerai  de  vous  aider  de  mes  conseils  et  de 
mes  services,  selon  mon  savoir  et  mon  pouvoir.  ' 

5°  Une  lettre  à  l'empereur  Cliarles-le-Grospour 
l'engagera  veiller  sur  l'éducation  des  deux  jeunes 
rois  de  France ,  Louis  III  et  Carloman  ,  et  à  leur 
donner  de  bons  conseillers. 

4"  Une  grande  lettre  adressée  aux  grands  de  la 
France  occidentale  qui  avaient  consulté  Hinc- 

'  Hincm.  Op.,  t.  2,  p.   184. 


d'histoire  moderne.  109 

mar  sur  le  gouvernement  du  roi  Carloman,  et 
dans  laquelle  il  leur  transmet  de  longs  extraits , 
peut-être  une  copie  presque  complète  de  l'ou- 
vrage d'Adalhard ,  de  ordine  palatii ,  où  est  exposé 
le  mode  de  gouvernement  de  Charlemagne,  et 
dont  je  vous  ai  déjà  entretenus.  ' 

5°  Enfin,  des  conseils  sur  le  gouvernement  de 
Carloman  adressés  aux  évêques  de  son  royaume , 
en  882,  l'année  même  de  la  mortd'Hincmar,  et 
écrits  à  Epernay ,  au  moment  oùil  venait  de  fuir 
sa  ville  épiscopale  assiégée  par  les  Normands; 
tant  les  affaires  des  Etats  au  gouvernement 
desquels  il  avait  concouru  continuaient  de  le 
préoccuper. 

Et  ne  croyez  pas,  Messieurs,  que  ce  besoin 
d'importance  politique  ,  cette  popularité  de 
cour  dont  Hincmar  jouit  constamment,  coû- 
tassent rien  à  l'indépendance ,  disons  plus ,  à 
l'orgueil  de  l'évêque.  Il  ne  lut  point,  vous  venez 
de  le  voir ,  du  nombre  de  ces  prélats  insoleus  et 
tracassiers  qui,  sous  Louis-le- Débonnaire  et 
Charles-le-Chauve ,  se  complurent  à  humilier  de- 
vant eux  la  royauté  ;  mais  il  professait ,  en  thèse 
générale ,  les  principes  sur  lesquels  leurs  préten- 


j   Leçon  20%  t.  2,  p.  y.85 — 288. 
28.  T.  m.   HisT.  MOD.,   183g. 


1  lO  COURS 

lions  éiaicnl  (ondées;  et,  pins  d'une  fois,  il 
opposa  ,  aux  volontés  du  pouvoir  temporel, 
un  langage  tout  pareil  au  leur.  On  lit  dans  son 
traité  sur  le  divorce  de  Lolhaire  et  de  Teutberge, 
(juerelle  dont  je  vous  ai  déjà  patlé  : 

Quelques  ?ages  disent  que  ce  prince,  étant  roi,  n'est 
soumis  aux  lois  ni  aux  jugemens  de  personne,  si  ce  n'est 
de  Dieu  seul...  qui  l'a  fait  roi ,...  et  que  de  même  qu'il  ne 
doit  point,  quoi  qu'il  fa>se,  être  excommunié  par  ses 
évoques,  de  même  il  ne  peut  être  jugé  pard'autres  évêques, 

car  Dieu  seul  a  droit  de  lui  commander Un  tel  langage 

n'est  point  d'un  chrétien  catholique;  il  est  plein  de  blas- 
phème et  de  l'esprit  du  démon L'autorité  des  apôtres 

dit  que  les  rois  doivent  être  soumis  à  ceux  qu'elle  institue 
au  nom  du  Seigneur,  et  qui  veillent  sur  leur  âme,  afin  que 
cette  tâche  ne  leur  soit  pas  un  sujet  de  douleur.  Le  bien- 
heureux pape  Gélase  écrit  à  l'empereur  Anastase  :  «  Il  y  a 
»  deux  pouvoirs  principaux  par  qui  est  gouverné  ce  monde, 
»  l'autorité  pontificale  et  la  dignité  royale  ;  et  l'autorité  des 
»  pontifes  est  d'autant  plus  grande  qu'ils  doivent  compte 

»  au  Seigneur  de  l'âme  des  rois  eux-mêmes »  Quand 

on  dit  que  le  roi  n'est  soumis  aux  lois  ni  aux  jugemens  de 
personne,  si  ce  n'est  de  Dieu  seul,  on  dit  vrai  s'il  est  roi 
en  effet  comme  l'indique  son  nom.  Il  est  dit  roi  parce 
qu'il  régit,  gouverne;  s'il  se  gouverne  lui-même  selon  la 
volonté  de  Dieu,  s'il  dirige  les  bons  dans  la  voie  droite, 
et  corrige  les  méchans  pour  les  ramener  de  la  mauvaise 
voie  dans  la  bonne,  alors  il  est  roi  et  n'est  soumis  au  ju- 
gement de  personne,  si  ce  n'est  de  Dieu  seul; car  les 


u'histoirk  MoDcr.M-:.  iii 

lois  sont  instituées,  non  contre  les  justes,  mais  contre  les 
injustes;....  mais  s'il  est  adultère,  homicifle,  inique,  ra- 
visseur, alors  il  doii  être  jugé,  en  secret  ou  en  public,  par 
les  évêques  qui  sont  les  trônes  de  Dieu.  ' 

Jamais ,  à  coup  sûr ,  les  maximes  de  la  souve- 
raineté ecclésiastique  n'ont  élé  plus  formellement 
étakes. 

En  lait,  la  vie  d'Hincmar  est  pleine  d'actes  de 
résistance  atix  souverains  mêmes  qti'il  servait 
avec  le  plus  de  zèle ,  et  son  langage  avec  eux  était 
de  la  fierté  la  plus  inflexible.  Je  n'en  citerai 
qu'un  exemple.  En  88 1,  sous  le  règne  de  Louis  III, 
une  lutte  s'était  élevée  entre  ce  prince  et  le  con- 
cile de  Fismes,  sur  l'élection  d'un  évêque  de 
Beauvais;  le  Roi  avait  protégé  et  soutenait  obs 
tinément  un  clerc  nommé  Odacre,  que  le  con- 
cile jugeait  indigne.  Hincmar  écrit  à  Louis  : 

Quant  à  ce  que  vous  nous  avez  mandé  que  vous  ne  fe- 
riez rien  autre  que  ce  que  vous  avez  déjà  fait,  sachez  que, 
si  vous  ne  le  faites  point,  Dieu  fera  lui-même  ce  qui  lui 
plaira.  L'empereur  Louis  (  le  Débonnaire  )  n'a  pas  vécu 
autant  d'années  que  son  père  Charles;  le  roi  Charles  (le 
Chauve),  votre  aïeul,  n'a  pas  vécu  autant  d'années  que 


'  Hiticm.  Of)p.,  de  Divort.   Lot  h.  et  Tealb.,  t.  i  ,  p.  ôgS. 
-695. 


U2  COURS 

son  père;  votre  père  à  vous  (  Louis-Ie-Bègue  )  n'a  pas 
vécu  autant  d'années  que  son  père;  et  tout  en  vivant  au 
milieu  de  celte  pompe  où  votre  aïeul  et  votre  père  ont 
vécu  à  Compiègne,  jetez  les  yeux  là  où  repose  votre  père  ; 
et,  si  vous  ne  le  savez  pas ,  demandez  où  est  mort  et  où  re- 
pose votre  aïeul;  et  que  votre  cœur  ne  s'enfle  point  de- 
vant la  face  de  celui  qui  est  mort  pour  vous  et  pour  nous 
tous,  et  qui  ensuite  est  ressuscité  des  morts,  et  qui  main- 
tenant ne  meurt  plus.  Et  soyez  certain  que  vous  mourrex, 
vous  ne  savez  quel  jour  ni  à  quelle  heure  ;  vous  avez  donc 
besoin,  comme  nous  tous,  d'être  toujours  prêt  à  l'appel 

du   Seigneur Vous  passerez  bientôt;  mais  la  sainte 

Eglise  avec  ses  chefs,  sous  le  Christ,  son  chef  souverain, 
et  selon  sa  promesse,  demeurera  éternellement.  ' 

Je  pourrais  multiplier  ces  citations  :  ies  écrits 
d'Hincmar,  comme  toute  sa  vie,  prouvent  à 
chaque  pas  que ,  sans  les  pousser  jusqu'à  la  révolte 
et  à  l'envahissement  du  gouvernement  civil,  il 
professait,  sur  les  rapports  des  deux  pouvoirs, 
toutes  les  maximes  qui ,  depuis  la  mort  de  Char- 
lemagne,  s'étaient  développées  dans  l'église  Gallo- 
Franque,  et  qu'il  savait ,  au  besoin,  s'en  prévaloir 
pour  résister. 

Quant  à  ses  relations  avec  un  autre  pouvoir , 
avec  le  souverain  étranger  de  l'Eglise,  le  Pape, 


fliiicm.   0/;/;.,t.2,  p.   199. 


d'histoire  moderne.  I  1  5 

elles  sont  plus  difficiles  à  déterminer ,  aussi  bien 
que  les  idées  qu'il  professait  à  ce  sujet  ;  il  y  règne 
beaucoup  de  contradiction  et  d'incertitude.  Sou- 
vent Hlncmar  paraît  en  grande  faveur  à  Rome  : 
Léon  IV,  en  lui  envoyant  le  paUiwn  ,  lui  donne 
le  droit  que,  dit-il,  on  n'a  presque  jamais  donné 
à  d'autres  archevêques  ,  de  le  porter  tous  les 
jours.  Adrien  II ,  Jean  VIII,  se  conduisent  par 
ses  conseils ,  et  lui  accordent  tout  ce  qu'il  leur 
demande.  Dans  la  gi-ande  lutte  de  Nicolas  \"  con- 
tre le  roi  Lothaire,  à  l'occasion  de  Teutberge  et  de 
Waldrade ,  Hincmar  prit  le  parti  de  la  cour  de 
Rome ,  soutint  la  même  cause ,  et  en  reçut  beau- 
coup de  marques  d'estime  et  de  bienveillance. 
Dans  d'autres  circonstances ,  au  contraire ,  on 
le  voit  non-seulement  eu  opposition,  maisenlutte 
avec  elle,  et  il  en  est  très-mal  traité.  Je  vous  ai  déjà 
parlé  de  l'échec  qu'il  subit  dans  l'affaire  de  Ro 
thade,  évêque  de  Soissons  \  Voici  une  autre  af- 
faire où  Nicolas  I"  ne  lui  fut  pas  plus  favora- 
ble. Le  prédécesseur  d'Hincmar  sur  le  siège  de 
Rheims ,  Ebbon ,  avait  institué  un  certain  nom- 
bre de  prêtres  ou  de  diacres  ,  entre  autres  un 
nommé  Wulfad  ;  on  soutint  que  cette  institu- 


Leçon  27%  t.  5,  p.  89-91, 


1  l4  COURS 

tion  n'était  point  canonique ,  qu'Ebbon ,  n'ayant 
pas  été  légitime  archevêque  de  Rbeims  ,  n'avait 
pas  eu  le  droit  de  conférer  les  ordres ,  et  qu'on 
devait  les  retirer  à  ces  prétendus  clers.  La  ques- 
tion fut  portée,  en  853,  au  concile  de  Soissons , 
et  après  une  assez  longue  et  curieuse  instruc- 
tion ,  soit  par  la  prépondérance  d'Hincmar , 
soit  vraiment  de  l'avis  du  concile,  les  prêtres  et 
les  diacres  institués  par  Ebbon  furent  déposés. 
Us  recoururent  à  Rome;  et  en  866,  Nicolas  I" 
ordonna  la  révision  de  l'affaire;  un  nouveau  con- 
cile eut  lieu  à  Soissons  ;  et  le  pape  adressa  aux 
évêques  réunis  une  longue  lettre  où  la  conduite 
d'Hincmar,  dans  celui  de  853,  était  rudement 
censurée  : 

Là,  dit-ii,  on  \  tu  Je  uiétropolitain,  tantôt  déposer , 
tantôt  ressaisir  ses  droits;  tantôt  se  soumettre  au  concile, 
tantôt  le  présider;  tour  à  tour  accusé,  accusateur  ou 
juge,  régler  toutes  choses  selon  sa  propre  fantaisie,  en 
changeant  sans  cesse  de  rôle ,  (  t  revêtir  ainsi  les  apparences 
d'un  certain  animal  qui  n'est  pas  toujours  d'une  seule  et 
même  couleur'. 

Contre  de  tels  reproches  ,  et  contre  l'influence 
de  Charles-le-Cbauve  lui-même  qui  ,  cette  fois, 

»  Labbe,  Concil.  t.  8,  col.  834. 


D  HISTOIRE    MODKRNE.  Il5 

se  montra  iavorable  à  ses  adversaires,  l'asceudanL 
d'Hincniar  dans  i'Eglise  Gailo  Franque  échoua  ; 
les  clercs  déposés  furent  rétablis  dans  leur  raui^ 
canouique  ;  et  malgré  les  ménagemens  que  le 
pape  leur  recommanda  de  conserver  envers 
Hincmar  dans  leur  victoire  ,  la  défaite  fut  pour 
lui  éclatante. 

La  même  lutte,  avec  le  même  résultat,  se  re- 
nouvela dans  dautres  occasions  dont  il  serait 
trop  long  de  xons  entretenir.  On  y  voit  Nico- 
las I"  tantôt  ménager,  tantôt  reprendre  sévère- 
ment Hincmar;  et  celui-ci  de  son  côté,  dans  sa 
correspondance  avec  le  Pape ,  paraît  singulière- 
ment embarrassé  et  flottant  dans  ses  maximes  et 
son  langage.  Tantôt  il  reconnaît  et  proclame 
lui-même,  en  termes  magniilques,  la  souverai- 
neté du  Pape  ;  tantôt  il  défend  les  droits  des 
métropolitains,  des  évèques,  et  semble  même 
essayer  de  poser  les  bases  d'u:.e  église  nationale 
indépendante;  puis  il  abandonne  presque  aussitôt 
ce  qu'il  a  fait  entrevoir  à  ce  sujet ,  comme  s'il  crai 
gnait  qu'on  ne  l'accusât  de  maximes  et  d'inten- 
tions que  pourtant  il  ne  peut  s'empêcher,  que 
peut  être  même,  il  est  bien  aise  de  laisser  percer. 
Ses  lettres  au  Pape,  insérées  parFrodoard  dans 
son  Histoire  de  l'égUsp  de  R/ieinis,  décèlent  à 
chaque  mot  cette  incertitude,  soit  d'idées,  soit 
de  volontés. 


Il6  COURS 

A  tout  prendre ,  et  eu  ayant  égard  à  la  prodi- 
gieuse différence  des  esprits  et  des  temps ,  il  y  a, 
dans  la  situation  et  la  conduite  d'Hincmar ,  soit 
envers  le  pouvoir  civil ,  soit  envers  la  papauté  , 
quelque  aualogie  avec  la  situation  et  la  conduite 
de  Bossuet ,  dans  des  questions  à  peu  près  sem- 
bablea ,  au  XVIP  siècle.  Ce  n'est  pas  que  ces  deux 
grands  évêques  aient  entre  eux,  comme  écrivains, 
la  moindre  ressemblance;  le  talent  d'écrire,  le 
génie  de  l'expression ,  l'éclat  de  l'imagination  et 
du  style ,  manquent  absolument  à  Hincmar  ;  et  à 
ne  considérer  que  ses  ouvrages,  l'idée  ne  viendrait 
])as  de  faire  entre  Bossuet  et  lui  aucun  rapproche- 
ment. Mais  quand  on  regarde  au  fond  des  choses, 
l'analogie  devient  réelle,  et  ces  deux  hommes 
s'expliquent  et  s'éclairent  l'un  par  l'autre.  A  tra- 
vers toutes  les  incerlitudes ,  toutes  les  vicissi- 
tudes de  sou  langage,  on  reconnaît  dans  Hinc- 
mar un  esprit  ferme  ,  hardi ,  un  logicien  puissant 
qui,  lorsqu'il  a  une  fois  conçu  un  principe,  un 
système,  en  démêle  très -bien  les  conséquen- 
ces ,  et  dans  la  liberté  de  sa  pensée  ,  les  suit 
sans  hésiter  jusqu'à  leur  terme.  Mais  c'était  en 
même  temps  un  homme  de  beaucoup  de  sens, 
d'une  grande  intelligence  pratique ,  qui  voyait 
fpiels  obstacles  les  circonstances  extérieures 
opposaient  à   ses  idées,  et  ne  se  laissait  point 


d'  m  STO 1  RE  M  OD  K  r.N  E .  1  1  7 

abuser,  par  rentraînement  de  la  logique,  sur 
la  possibilité  ou  la  convenance  de  leur  applica- 
tion. Écrivail-il?  il  posait  et  déduisait  les  maxi- 
mes générales,  sans  hésitation,  avec  cette  hau- 
teur de  la  pensée  qui  se  complait  dans  son  fier 
et  libre  développement.  Avait-il  à  agir?  aucun 
fait,  aucun  détail  delà  situation  réelle,  ne  lui 
échappait;  il  comprenait  tout  ce  qui  devait  in- 
fluer sur  la  conduite,  tout  ce  qu'exigeait  le  succès; 
il  mesurait  sagement  le  possible  et  ne  tentait  rien 
de  plus.  De  là  l'embarras  qui  paraît  quelquefois 
dans  ses  idées  et  ses  paroles;  tantôt,  c'est  le  lo- 
gicien ,  tantôt  l'homme  d'affaires  qui  domine;  il 
flotte  sans  cesse,  pour  ainsi  dire  ,  entre  la  rigou- 
reuse fermeté  de  sa  pensée  et  l'impartialité  pra- 
tique de  sa  raison. 

Au  milieu  d'une  société  et  de  circonstances 
fort  différentes ,  autant  il  en  arrivait  à  Bossuet. 
Ce  génie  si  haut ,  ce  raisonneur  simple  et  fou- 
droyant, qui  perçait  d'un  coup-d'œil  jusqu'aux 
dernières  conséquences  d'un  principe,  et  les  sai- 
sissait comme  une  massue  pour  les  faire  tomber 
d'un  seul  coup  sur  la  tête  de  ses  adversaires , 
s'est  montré  plus  d'une  fois  ,  dans  la  prati- 
que, incertain,  temporiseur,  éloigné  de  toute 
rigueur  rationnelle,  enclin  aux  ménagemens,  aux 
moyens  ternies.  Était-ce  [)ure   faiblesse  d'âme, 


H8  COURS 

complaisance,  Inisser  aller  ?  quelquelois  pciit- 
êlre,  mais,  à  coup  sur,  pas  toujours.  Une  autre 
cause  amenait  ce  contraste.  Quand  l'esprit  de  Bos- 
snet  était  libre  et  seul  en  firësence  de  ses  idée?. , 
quel  que  iùt  le  système  dont  il  s'occupât,  qu'il 
s'agît  du  pouvoir  pontilical  ou  d'une  église  na- 
tionale, de  rautorilé  ou  de  l'examen,  et  fju'il 
voulut  attaquer  ou  détendre,  il  s'embarquait 
hardiment,  comme  dit  M.  Turgot  ,  sur  la 
foi  d'une  idée,  et  voguait  à  pleines  voiles  aussi 
loin  qu'elle  le  vcmlait  conduire  :  mais  lorsqu'il 
fallait  agir,  lorsqu'il  était  ap[)elé  à  régler  en  fait 
les  rapports  des  divers  pouvoirs,  des  droits  di- 
vers, alors,  toutes  les  considérations,  toutes  les 
difficultés  de  (ait  se  présentaient  à  lui;  il  voyait 
ce  que  comportaient  son  temps,  l'état  de  la  so- 
ciété, des  esprits;  la  clairvoyance  et  l'impartia- 
lité de  son  bon  sens  réprimaient  la  hardiesse  de 
sa  per.sée;  et  une  prudence,  des  ménagemens, 
qui  ressemblaient  à  une  complaisance  servile, 
prenaient  la  place  de  cette  dialectique  intraitable, 
de  cette  éloquence  impérieuse  qui  le  caractéri- 
saient naguère.  C'est  un  difficile  problème  que 
d'allier  la  hauleur  et  la  conséquence  rationnelle 
du  philosophe,  avec  la  flexibilité  d'esprit  et  le 
bon  sens  du  praticien.  Hincmar  et  Bossnet  ne 
l'ont  point  résolu  ;  mais  ils  ont  su  se  placer  tour 


DHISTt)lKE    MODliRISK.  Iig 

à  tour  dans  les  deux  points  de  vue;  ils  se  sont 
montrés  capables,  sinon  de  concilier,  du  moins 
de  jouer  les  deux  rôles;  et  c'est  précisément 
lour  supériorité  qui  fait  ressortir  ce  qui  leur 
manque. 

Vous  me  pardonnerez ,  Messieurs  ,  de  m'êlre 
un  peu  arrêté  sur  ce  rapprochement  qui  res- 
semble à  une  dipression;  mais  pour  être  juste 
envers  les  grands  hommes ,  il  faut  les  bien  com- 
prendre; et  pour  le  comprendre,  il  faut  tourner 
long-temps  aulour  d'eux,  car  ils  ont  mille  faces 
diverses  à  nous  montrer. 

II.  Dans  l'intérieur  de  son  diocèse,  dans  l'ad- 
ministration ecclésiastique  proprement  dite , 
Hincmar  n'avait  point  de  telles  difficultés  à  sur- 
monter ;  il  était  seul  et  maîtie;  il  pouvait,  pres- 
que toujours  du  moins,  régler  les  faits  selon  ses 
idées;  il  gouvernait  despoiiquement,  t.yrannique- 
nient  même  quelquefois,  mais  le  plus  souveiit 
avec  sagesse ,  dans  l'intérêt  véritable  des  clercs 
et  des  fidèles  placés  sous  son  pouvoir.  On  a  des 
monumens  écrits  de  son  gouvernement ,  c'est-à- 
dire  des  capitulaires,  adressés  à  ses  prêtres, 
comme  les  rois  adressaient  les  leurs  à  leurs 
comtes ,  missi  dominici ,  ou  autres  agens.  Les 
capitulaires  qui  nous  restent  d'Hincmar  sont 
de   quatre   époques  différentes.  Les  premiers, 


1 20  COURS 

adressés  en  852  aux  clercs  de  son  diocèse,  après 
une  assemblée  de  ces  mêmes  clercs,  tenue  à 
Rheims  sous  sa  présidence ,  contiennent  quarante- 
trois  articles  dont  dix-sept  en  forme  de  préceptes 
sur  la  conduite  des  prêtres ,  et  vingt-six  en  forme 
d'interrogation  et  d'enquête  sur  le  même  sujet. 
Les  seconds,  en  trois  articles,  sont  de  SSj  ;  les 
troisièmes,  en  cinq  articles,  de  874;  les  qua- 
trièmes, en  treize  articles,  de  877.'  Ces  capitu- 
laires  sont  en  général  très-sensés  ;  ils  ont  pour 
objet  soit  de  recommander  aux  clercs  la  régula- 
rité des  moeurs,  la  science,  une  administration 
douce  et  légale,  soit  d'empêcher  les  vexations  des 
archidiacres,  placés  entre  les  simples  prêtres  et 
l'évêque ,  et  qui  opprimaient  souvent  leurs  subor- 
donnés, soit  enfin  de  protéger  le  diocèse  contre 
les  invasions  des  magistrats  civils ,  les  désordres 
et  le  pillage  des  laïques,  etc.  Ils  attestent  un  gou- 
vernement actif,  prévoyant ,  habile ,  et  occupé 
du  bien  moral  et  matériel  de  ses  administrés. 

III.  Jusqu'ici,  Messieurs,  c'estl'homme  de  gou- 
vernement, spirituel  ou  temporel,  l'évêque  et  le 
conseiller  des  rois,  que  j'ai  essayé  de  vous  faire 
connaître  dans  Hincmar.  Il  nous  reste  à  le  con- 


1    Hincm.  Opp.^  l.  1,  p.  7io-74'' 


D  HISTOIRE    MODERNE.  12  1 

sidérer  comme  théologien ,  dans  son  activité  in- 
tellectuelle ;  et  c'est  ici,  pour  nous,  aujourd'hui 
du  moins  et  dans  la  question  qui  nous  occupe  , 
le  point  de  vue  le  plus  important. 

La  théologie  chrétienne  subit  à  cette  époque , 
c'est-à-dire  dans  le  cours  du  IX*  siècle ,  une  ré- 
volution en  général  méconnue.  Du  VP  au  VIIl° 
siècle,  elle  avait  sommeillé,  comme  la  pensée 
humaine  toute  entière.  On  ne  voit  dans  cet  in- 
tervalle aucune  grande*  question  rehgieuse  dé- 
battue ;  il  y  a  des  évêques ,  des  prêtres ,  des  moi- 
nes, point  de  théologiens.  C'est  sous  Charlemagne 
que  les  débats  théologiques  recommencent;  on 
rencontre  alors ,  vous  vous  le  rappelez ,  les  discus- 
sions sur  le  culte  des  images ,  la  natuie  de  Jésus- 
Christ,  la  procession  de  Saint-Esprit  ;  et  l'activité 
intellectuelle,  une  fois  rentrée  dans  cette  route, 
ne  cessa  plus  d'y  avancer.  Mais  elle  ne  tarda  pas 
à  changer  de  caractère.  Créée  dans  les  cinq 
premiers  siècles  par  les  pères  grecs  et  romains , 
la  théologie  chrétienne  avait  reçu,  même  en 
la  combattant ,  l'empreinte  de  cette  civilisation 
antique  au  sein  de  laquelle  elle  était  née.  Le  sys- 
tème de  dogmes ,  mis  au  jour  et  coordonné  par 
St.  Basile,  St.  Athanase,  St.  Jérôme,  St.  Hilaire, 
St.  Augustin,  etc.,  différait  essentiellement  de 
tous  les  systèmes  Stoïciens,  Platoniciens,  Péri- 


122  COUP.  S 

pateticicns.  Néoplatoniciens,  elc.  et  pourtant  il 
V  tenait;  c'était  aussi  une  philosophie ,  une  doc- 
trine dont  les  décisions  de  l'Ef^Hse  n'étaient  pas 
Tunique  source,  l'autorité  de  l'Eglise  l'unique  ap- 
pui. Lorsqu'aprèsun  sommeil  de  plus  de  centcin- 
(juante  ans,  le  mouvement  théologique  recom- 
mença en  Occident,  les  Pères  des  ])remiers  siè- 
cles ,  spécialement  saint  Augustin,  y  furent 
("onsidérés  comme  des  autorités  irréfragables  , 
(  oinme  les  maîtres  de  la  foi.  Ils  furent  pour  les 
f  héologiens  qui  recommençaient  à  se  former,  ce 
<iiravaienlété  pour  eux-mêmes  les  apôtres  et  les 
jivres  saints.  Mais  i'état  de  la  société,  civile  et 
religieuse,  était  complètement  changé;  et  les 
théologiens  nouveaux  ,  en  adoptant  les  premiers 
5  ères  pour  maîtres,  étaient  dans  fimpossibilité 
(le  les  reproduire,  de  les  imiter  même.  11  y  a 
un  abîme  entre  la  théologie  îles  cinq  premiers 
siècles,  née  au  sein  de  la  société  romaine,  et 
ia  théologie  du  moyen  âge,  née  au  sein  de  l'E- 
ghse  chrétienne,  et  qui  a  vraiment  commencé 
au  IX*  siècle.  Je  n'ai  garde  de  prétendre  traiter 
ici  la  question  importante  et  si  nouvelle  de 
leur  différence  et  de  ses  causes;  je  ne 'puis  que 
lindiquej'en  passant  et  dans  un  sujet  particulier. 
Deux  soites  de  questions  religieuses  reparais- 
sant à  celte  ép(jque  :  i'  des  questions  purement 


1)  IHSrOmF    MOTÎERXE.  13,) 

chrétiennes,  d'est- à -il  ire  (|ui  api^ai-liennent.  .sp('- 
cialement  au  christianisrne,  et  ne  se  rencontrent 
pas  nécessaii'einent  dans  toules  lea  philosophirs 
religienses,  parce  qu'elles  ne  se  rattachent  pas, 
ou  ne  se  rattachent  que  de  fort  loin,  à  la  nature 
lénérale  de  riiomme;  telles  sont  les  questions 
relatives  à  la  nature  de  Jésus- Christ,  à  la  Tri- 
nité, à  la  transsuhstanliation .  etc.  2°  Des  ques- 
tions générales,  qu'on  rencontre  dans  toutes 
les  religions ,  dans  toules  les  philosophies,  parce 
qu'elles  naissent  du  fond  même  de  hi  nature  hu- 
maine, comme  la  question  de  l'origine  du  bien 
et  du  mal,  celle  de  l'expiation ,  celle  du  libre 
arbitre  et  delà  prédestination  ,  etc. 

Je  n'ai  rien  à  dire  des  premières  :  elle.;  appar- 
tiennent à  la  théologie  chrétienne  pure  ;  les  se- 
condes sont  du  domaine  général  de  la  penséei 
Je  choisirai,  parmi  celles-ci,  la  question  du  libre 
arbitre  et  de  la  prédestination  dont  je  vous  ai 
déjà  entretenus,  qui  se  releva  au  IX'  siècle,  et 
dont  Hincmar  et  tous  les  grands  esprits  de  celte 
époque  furent  long-temps  et  puissamment  préoc- 
cu[)és. 

Kappeiez-vous  un  peu  exactement,  je  vous 
prie,  l'état  où  nous  avons  laissé  cette  question 
au  conunencement  du  Vl  siècle,  après  la  lutte 
de  sailli  Augustin  et  de  ses  disciples  contre  Pé- 


1 24  COURS 

lage  et  ses  successeurs.  Deux  grandes  hérésies  se 
sont  déployées  sous  nos  yeux  ;  i°  Celle  des  Pé- 
laglens  et  des  Sémi-Pélagiens  qui  font  au  libre 
arbitre,  à  la  volonté  de  l'homme,  la  principale 
part  dans  sa  vie  morale ,  et  restreignent  beaucoup 
Faction  de  Dieu  sur  l'âme  humaine,  tout  en  s'ef- 
forcant  de  la  conserver.  2°  Celle  des  Prédestina- 
tiens  qui  annullent ,  ou  à  peu  près  ,  la  liberté 
humaine,  et  attribuent ,  à  l'action  directe  de  la 
divinité  ,  la  vie  et  la  destinée  morale  de  l'homme. 
Nous  avons  vu  les  Prédestinatiens  se  prétendant 
seuls  disciples  fidèles  de  St.  Augustin  ,  et  tirant 
de  ses  ouvrages  leurs  principes.  Nous  avons  vu 
St.  Augustin  les  désavouant,  refusant  d'abolir 
la  liberté  humaine ,  et  l'Eglise ,  à  son  exemple , 
se  plaçant ,  avec  plus  de  bon  sens  que  de  consé- 
quence philosophique,  entreles  deux  partis,  con- 
damnant d'une  part  les  Prédestinatiens  ,  de 
l'autre  les  Pélagiens  ou  Sémi-Pélagiens,  et  sou- 
tenant à  la  fois,  sans  les  concilier  ,  la  liberté  de 
l'homme  et  l'action  toute  puissante  de  la  grâce 
divine  sur  son  ame.  C'est  à  ce  point  que  nous 
avons  laissé  le  débat  '. 

Quand  il    recommença  au    IX*"   siècle  ,    les 


1    Leçon  5' ,  t.  1  ,  p.  17 5-2 16. 


D  HISTOIRE  MODER^'E.  1  V.'J 

esprits  étaient  bien  changés;  les  Pères  des  pre- 
miers siècles^  St.  Augustin  entre  antres  ,  avaient 
considéré  toutes  les  questions,  spécialement 
celle-ci,  sous  un  triple  aspect  :  i°  comme  philoso- 
phes, et  en  examinant  les  choses  en  elles-mêmes  ; 
2"  Comme  chefs  de  l'Eglise ,  et  chargés  de  la 
gouverner  ;  5"  comme  docteurs  de  la  foi ,  et 
appelés  à  maintenir  l'orthodoxie  ,  c'est-à-dire  à 
mettre  la  solution  de  toutes  les  questions  en 
harmonie  avec  les  principes  essentiels  du  chris- 
tianisme. J'ai  essayé  de  montrer  comment  la  réu- 
nion de  ces  divers  caractères  devait  exercer  et 
avait  en  effet  exercé,  sur  la  querelle  élevée  par  Pe- 
lage, la  plus  grande  influence.  AulX""  siècle,  rien 
de  semblable  n'était  plus;  les  esprits  n'avaientplus 
tant  de  liberté  ni  de  grandeur;  nul  n'était  plus  , 
commeSt.  Augustin,  philosophe,  chef  de  l'Eglise, 
et  docteur  de  la  foi  ;  les  théologiens  surtout 
étaient  devenus  tout-à-fait  étrangers  au  point  de 
vue  philosophique.  Leur  doctrine  reposait  exclu- 
sivement sur  les  textes  des  Pères  qui  les  avaient 
précédés,  et  s'appliquait  uniquement  à  déduire 
les  conséquences  des  règles  de  croyance  déjà  po- 
sées. A  partir  de  l'époque  où  nous  sonmies  arri- 
vés ,  c'est  le  caractère  essentiel  de  l'esprit  théo- 
logique  de  ne  jamais  examiner  les  choses  en  elles- 
mêmes  ,  et  de  juger  de  toutes  les  idées  par  leur 

28.    T,     UT.     HIST.    TffOD.,     182Q.  10 


126  COURS 

seul  rapport  avec  certains  principes  déterminés. 
Les  théologiens  ont  joué  à  cet  égard,  dans  l'Eu- 
rope moderne,  le  même  rôle  que  les  jurisconsultes 
dans  le  monde  romain.  Les  jurisconsultes  ro- 
mains n'examinaient  point  ce  que  nous  appe- 
lons les  principes  généraux  du  droit ,  le  droit  na- 
turel ;  ils  avaient  pour  point  de  départ  certains 
axiomes,  certains  précédeus  légaux  ;  et  leur  ha- 
bileté consistait  à  en  démêler  subtilement  les 
conséquences,  pour  les  appliquer  aux  cas  parti- 
culiers à  mesure  qu'ils  se  présentaient.  Aussi  les 
jurisconsultes  romains  furent-ils  des  dialecticiens 
d'une  finesse  et  d'une  rigueur  admirables ,  jamais 
des  philosophes.  Les  théologiens  du  moyen  âge 
ont  été  dans  la  même  situation ,  se  sont  adonnés 
au  même  travail ,  et  sont  parvenus  aux  mêmes 
mérites ,  c'est-à-dire  à  la  rigueur  et  à  la  subtilité 
logique ,  en  tombant  dans  les  mêmes  défauts , 
c'esl-à-dire  dans  l'absence  de  toute  étude  des  faits 
en  eux-mêmes,  de  tout  sentiment  de  la  réalité. 

Or ,  dans  la  question  du  libre  arbitre  et  de  la 
grâce  en  particulier,  saint  Augustin  avait  posé 
tous  les  principes.  Ses  doctrines  étaient  le  point 
de  départ  obligatoire  dont  personne  n'eût  osé 
convenir  qu'il  s'écartait.  Quelque  opinion  qu'on 
voulût  soutenir,  la  liberté  humaine  ou  la  prédes- 
tination, ce  n'était  qu'en  raisonnant  sur  les  textes 


n  HISTOIRE    MODERNE.  127 

de  saint  Augustin,  en  les  prenant  pour  règle, 
qu'on  était  admis  à  détendre  son  système.  Le 
débat  en  un  mot  était  une  affaire  de  logique  :  il 
n'était  plus  question  de  philosophie.  Ce  fut  sous 
ce  drapeau  et  à  ces  conditions  que  se  rengagea 
la  querelle.  Voici  comment  et  à  quelle  occasion. 
Un  moine,  saxon  d'origine,  appelé  Gottschalk , 
vivait  dans  l'abbaye  de  Fulde  ,  sous  la  discipline 
de  l'abbé  Raban ,  que  je  vous  ai  déjà  nommé , 
plus  tard  archevêque  de  Mayence ,  et  l'un  des 
théologiens  les  plus  célèbres  du  temps.  Gotts- 
chalk, par  des  causes  qu'on  ignore,  ne  voulut 
plus  rester  moine  dans  cette  abbaye,  et  par- 
vint à  faire  annuUer  son  engagement  monastique. 
Raban  le  prit  à  ce  sujet  en  grande  malveillance. 
Gottschalk  quitta  l'abbaye  de  Fulde,  et  se  re- 
tira en  France  dans  celle  d'Orbais,  située  au  dio- 
cèse deSoissons,  par  conséquent  sous  la  juridic- 
tion d'Hincmar  comme  métropolitain .  Vers  l'an 
847,  Gottschalk,  ou  ne  sait  à  quelle  occasion, 
alla  en  pèlerinage  à  Rome.  En  revenant ,  il  s'ar- 
rêta dans  une  vallée  du  Piémont,  chez  un  comte 
du  lieu ,  nommé  Eberhard.  11  eut  là ,  soit  avec  le 
comte  Eberhard,  soit  avec  Nothing,  évêqiie  de 
Vérone ,  qui  s'y  trouvait  également ,  de  longues 
conversations  théologiques,  et  soutint  que  bons 
et  mauvais,    élus  et  réprouvés,  étaient  égale- 


128  COURS 

ment,  et  de  tout  temps,  prédestinés,  par  la  toute- 
puissance  et  la  toute -prescience  divine  ,  à  leur 
sort  aclucl  et  futur.  L'évêque  de  Vérone,  cho- 
qué de  cette  opinion,  soit  qu'elle  lui  fut  nou- 
velle, ou  depuis  long -temps  contraire,  la  dé- 
nonça à  Raban  devenu  archevêque  de  Mayence , 
et  l'engagea  à  la  combattre.  Raban,  déjà  pré- 
venu contre  Gottschalk,  écrivit  au  comte  Ebe- 
rhard  qu'il  avait  chez  lui  un  hérétique.  Gotts- 
chalk, accusé,  partit  sur-le-champ  pour  aller  se 
défendre.  On  le  voit  à  Mayence,  en  843,  et  il 
adresse  à  Raban  la  justification  de  sa  conduite. 
Mais  elle  fut  condamnée  dans  le  concile  qui  se 
réunit  à  Mayence ,  la  même  année ,  et  par  ordre 
du  concile,  Raban  écrivit  à  Hincmar  ; 


Que  votre  ilileclioii  sache  qu'un  certain  muine  vaga- 
bond, nommé  Gottschalk,  qui  se  dit  ordonné  prêtre  dans 
votre  diocèse,  est  venu  d'Italie  à  Mayence  ,  semant  de  nou- 
velles superstitions  et  une  opinion  funeste  touchant  la  pré- 
destination de  Dieu,  et  induisant  les  peuples  en  erreur; 
car  il  dit  qu'il  y  a  prédestination  de  Dieu  ù  l'égard  des  bons 
comme  à  l'égard  des  médians,  et  que,  dans  ce  monde,  il  y 
a  certains  hommes  que  la  prédestination  de  Dieu  contraint 
de  marcher  à  la  mort,  et  qui  ne  peuvent  se  corriger  de 
l'erreur  et  du  péché,  comme  si  Dieu,  dès  le  commence- 
ment, les  avait  faits  incorrigibles....  Ayant  naguères  en- 
tendu de  sa  propre  bouche  celte  opinion,  dans  un  concile 


D  HISTOIRE    MODEUNE.  1  2() 

teuu  ùMayence,  et  l'ayant  trouvé  incorrigible,  de  l'aveu  et 
par  l'ordre  de  notre  très-pieux  roi  Louis,  nous  avons  dé- 
cidé, après  l'avoircondamné  ainsi  que  sa  pernicieuse  doc- 
trine ,  de  "vous  le  renvoyer,  afin  que  vous  le  reteniez  dans 
votre  diocèse  d'où  il  est  sorti  irrégulièrement,  et  que  vous 
ne  lui  permettiez  pas  d'enseigner  plus  long-temps  l'erreur 
et  de  séduire  le  peuple  chrétien  ;  à  ce  que  j'ai  entendu  dire, 
il  a  déjà  séduit  beaucoup  de  gens,  et  les  a  rendus  moins 
dévoués  à  l'œuvre  de  leur  salut,  car  ils  disent  :  a  Que  me 
»  servira  de  travailler  au  service  de  Dieu  ?  Si  je  suis  pré- 
»  destiné  à  la  mort ,  je  n'y  échapperai  jamais;  et  si  je  suis 
»  prédestiné  à  la  vie ,  quand  même  j'agirais  mal ,  j'irai  sans 
»   nul  doute  au  repos  éternel.  » 

Hincmar  était  au  fond  peu  théologien  ;  l'es- 
prit de  gouvernement ,  l'habileté  pratique ,  do- 
minaient en  lui,  et  il  n'avait  pas  fait  des  Pères 
une  étude  très-attentive.  Lorsque  la  lettre  de 
Raban  lui  parvint ,  il  jugea  Gottschalk ,  et  ses 
opinions,  selon  l'instinct  du  bon  sens  ,  beaucoup 
plus  que  d'après  une  science  théologlqae,  vaste 
et  profonde.  Il  était  d'ailleurs  hautain  et  despote  ; 
Gottschalk  agitait  les  fidèles  et  résistait  à  ses  su- 
périeurs. Hincmar  le  fit  aussitôt  (  en  849  )  con- 
damner par  un  concile  tenu  à  Riersy-sur-Oise , 
et  se  flattant  de  le  dompter  par  la  force ,  il  donna 
ordre  qu'il  fût  fustigé  publiquement ,  et  sommé 
de  se  rétracter  et  de  jeter  au  feu  ses  écrits.  Mais 
l'arrogance    du  despotisme  ne  pressent   jamais 


i3o  coufcs 

l'obslmatioii  de  la  conscience  ;  Gotlschalk  résista 
à  tout  et  fut  enfermé  dans  les  prisons  du  mo- 
nastère de  Hautvilliers,  où  on  le  traita  avec  une 
extrême  rigueur. 

Bientôt  l'affaire  fit  du  bruit;  Hincmar  n'é- 
tait pas  bien  instruit  de  l'esprit  des  théolo- 
giens, ses  contemporains ,  ni  de  l'empire  qu'une 
argumentation,  tirée  de  saint  Augustin,  pou- 
vait exercer  sur  eux.  Soit  pitié  pour  Gotts- 
chalk,  si  barbarement  traité,  soit  plutôt  par 
l'asceudant  de  l'esprit  théologique ,  une  vive 
clameur  s'éleva  contre  la  conduite  de  l'arche- 
vêque de  Rheims.  Des  hommes  très  -  influeus 
dans  l'église  Gallo-Franque ,  Prudence,  évêque 
de  Troyes ,  Loup ,  abbé  de  Ferrières ,  Ra- 
tramne,  moine  de  Corbie  et  plusieurs  autres, 
l'attaquèrent  presque  à  la  fois.  Ils  ne  prirent  pas 
positivement  parti  pour  Goltscbalk ,  mais  ils 
s'élevèrent  contre  le  traitement  qu'il  avait  subi, 
protestèrent  contre  le  sens  qu'on  voulait  donner 
à  ses  paroles,  et  soutinrent  la  doctrine  de  la 
prédestination ,  en  essayant  d'en  retrancher  ce 
qui  semblait  contraire  à  la  justice  divine. 

Hincmar  ne  s'était  pas  attendu  à  un  tel  orage. 
Il  écrivit  à  Raban  ,  qui  l'avait  attiré  sur  sa  tête  , 
pour  l'engager  à  défendre  ce  qu'ils  avaient  pensé 
et  fait  en  commun.  Raban  ,  intimidé,   n'écrivit 


d'histoire   moderne.  1^1 

point,  et  laissa  Hincmar  seul  en  butte  au  péril. 
Cherchant  de  tous  côtés  des  champions ,  Tar- 
chevêque  de  Rheims  s'adressa  d'abord  à  un  prêtre 
de  Metz,  nommé  Amalaire,  qui,  à  sa  de- 
mande, écrivit  eu  eillet  contre  Gottschalk  un 
ouvrage  ,  aujourd'hui  perdu.  Un  homme  de 
beaucoup  d'esprit  et  de  science ,  Jean  Scot ,  dont 
je  vous  parlerai  bientôt  avec  détail ,  était  alors 
en  grand  crédit  à  la  cour  de  Charles-le-Chauve. 
Hincmar  l'engagea  à  écrire  contre  la  prédesti- 
nation, et  Jean  y  consentit  volontiers;  mais  Jean 
était  un  philosophe,  un  esprit  libre;  i!  fit  la  part 
de  la  liberté  humaine  bien  plus  large  qu'aucun 
autre,  mêla  dans  sa  défense  une  foule  d'opinions 
mal  sonnantes  dans  le  monde  théologique,  et 
compromit  Hincmar  au  lieu  de  le  servir.  L'ex- 
plosion fut  bien  plus  vive  contre  lui  que  contre 
rarcbevêque  de  Rheims  ;  les  écrits  se  multi- 
plièrent ;  les  théologiens  Iriomphans  relevèrent, 
dans  l'ouvrage  de  Jean  Scot,  cent  hérésies.  L'E- 
ghsedeLyon  surtout,  sous  son  archevêque  Rémi, 
prit  à  cette  guerre  une  part  très  -  active. 
Une  lutte  sourde  subsistait  toujours  entre  le 
midi  et  le  nord  de  la  Gaule.  Le  midi  de  la  Gaule 
avait  conservé  bien  plus  de  traces  de  la  civilisation 
romaine  ;  le  nord  était  beaucoup  plus  Germain. 
L'archevêque   de   Lyon  était  le  prélat  le  plus 


ÎÔ2  COURS 

considérable  de  la  Gaule  méridionale  ,  de  même 
que  rarcbevêque  de  Rheims  le  plus  considérable 
de  la  Gaule  du  nord.  La  rivalité  des  sièges  se 
joignit  à  l'opposition  des  doctrines.  Compromis 
par  ses  écrivains,  Hincmar,  pour  se  défendre, 
eut  de  nouveau  recours  aux  armes  de  l'autorité. 
Un  concile,  tenu  à  Riersy  en  853  ,  rédigea,  en 
quatre  articles  les  opinions  qu'il  déclara  ortho- 
doxes en  cette  matière ,  et  Gottschalk  s'y  trouvait 
une  seconde  fois  condamné.  Mais  l'archevêque 
de  Lyon  pouvait  aussi  convoquer  des  conciles 
et  y  faire  i^édiger  des  articles.  11  en  convoqua  un 
en  effet  à  Valence,  en  855,  et  les  articles,  de 
Kiersy  y  furent  condamnés  à  leur  tour.  Hinc- 
mar invoqua  de  nouveau  le  secours  de  la  science 
et  du  raisonnement  ;  mais  cette  fois  il  résolut  de 
ne  s'en  fier  à  personne ,  et  il  écrivit  lui-même  , 
en  857  et  869  ,  sur  la  prédestination  ,  deux 
ouvrages ,  dont  l'un  est  perdu  ;  le  second ,  qui 
nous  reste ,  est  adressé  à  Charles-le-Chauve ,  et 
divisé  en  quarante-quatre  chapitres,  y  compris 
six  chapitres  d'épilogue.  Toute  la  controverse  y 
est  longuement  reproduite,  avec  un  grand  ap- 
pareil d'érudition  théologique  ;  mais  au  fond  , 
l'esprit  théologique  n'y  domine  pas  ;  il  y  règne 
plus  de  bon  sens  dans  les  idées  générales  que  de 
siibtilité  dansi'ar<ïumentation;  et  comme  théolo- 


d'histoire  moderne.  i55 

gieiis  proprement  dits ,    les  adversaires  d'Hinc- 
mar  avaieat  sur  lui  l'avantage. 

Aussi  SCS  ouvrages  ne  terminèrent-ils  point  la 
querelle;  elle  finit  par  aller  à  Rome,  comme 
toutes  les  grandes  questions  du  temps.  Il  est  dif- 
ficile d'affirmer  que  Nicolas  I"  ait  pris  un  parti 
positif,  ni  qu'il  ait  déclaré  que  l'une  ou  l'autre 
des  deux  opinions  était  la  doctrine  de  l'Eglise. 
Cependant  on  voit  clairement  qu'il  penchait 
pour  les  idées  de  Gottschalk,  et  pour  les  canons 
du  concile  de  Valence ,  confirmés ,  en  859  ,  par 
le  concile  de  Langres.  Sa  correspondance  et  sa 
conduite  ,  dans  cette  affaire  ,  sont  peu  favorables 
à  Hincmar. 

La  lutte  se  prolongea  ainsi ,  en  s'attiédissant , 
jusqu'à  la  mort  de  Gottschalk  ,  survenue  le  3o 
octobre  868  ou  869.  Peu  auparavant,  quand  ils 
le  virent  fort  malade ,  les  moines  d'Hautvilliers  , 
où  il  était  toujours  en  prison ,  consultèrent 
Hincmar  sur  ce  qu'ils  avaient  à  faire  à  son  égard. 
L'inflexible  évêque  répondit  qu'il  fallait  abso- 
lument qu'il  se  rétractât;  sinon  qu'ils  eussent  k 
lui  refiiser  la  confession  et  les  sacremens.  Non 
moins  inflexible  que  son  persécuteur,  Gottschalk 
refiisa  de  nouveau  de  se  rétracter,  et  mourut 
sous  le  poids  de  ces  rigueurs.  Hincmar  ne  lui 

25.    T.    ni.  HIST.    MOD.,    1829.  II 


1 64  COURS 

survécut  que  trois  ans.  Il  mourut  à  son  tour  le 
2  1  décembre  882,  chassé  de  sa  ville  épiscopale 
par  une  incursion  de  Normands ,  et  écrivant 
encore  à  Epernay  où  il  s'était  réfugié. 

Je  m'arrête  ,  Messieurs ,  il  eu  est  temps  ;  une 
seule  observation  terminera  le  récit  de  cette 
granile  controverse.  Vous  y  voyez  apparaître  les 
trois  élémens,  les  Irois  esprits  ,  pour  ainsi  dire, 
dont  la  co-existence  et  laiutteont  fait  long- temps 
l'histoire  intellectuelle  de  l'Europe  moderne  : 
1"  l'esprit  logique  qui  dominait  chez  les  théolo- 
giens de  profession  ,  uniquement  appliqués  à  ar- 
gumenter ,  à  déduire  les  conséquences  de  prin- 
cipes qu'ils  ne  mettaient  jamais  en  question  ; 
2"  l'esprit  politique,  propre  en  général  aux  chefs 
de  l'église ,  chargés  surtout  de  la  gouverner ,  et 
beaucoup  plus  occupés  du  point  de  vue  pratique 
que  du  point  de  vue  logique,  des  affaires  que  des 
questions;  5°  enfin  l'esprit  philosophique  vivant 
dans  quelques  libres  penseurs,  qui  essayaient  en- 
core de  considérer  les  choses  en  elles-mêmes ,  et 
de  chercher  la  vérité,  indépendamment  soit  d'un 
but  pratique ,  soit  d'un  principe  déterminé.  L'es- 
prit théologique,  l'esprit  politique  et  l'esprit  phi- 
losophique ont  été  en  présence  et  aux  prises  dans 
cette  affaire;  Hincmar  y  représente  les  politiques, 
Gottschalk  les  théologiens  ,  Jean  Scot  les  philo- 


d'histoire   moderne.  i55 

îsophes  Je  n'ai  guères  fait  que  vous  nommer 
celm-ci  ;  je  vous  en  entretiendrai  spécialement 
dans  notr€  prochaine  réunion. 


COURS    d'histoire    MODî^rNE.  iSy 


VINGT-NEUVIÈME    LEÇON. 


Objet  de  la  leçon.  —  De  l'esprit  philosophique  au  IX'  siècle. 
—  Jeon-Ie-Scot  ou  Éiigène.  —  Sa  patrie.  —  Date  de  sa 
naissance.  — Tradition  sur  son  voyage  en  Grèce.  —  Il 
s'établit  en  France,  à  la  cour  de  Charles-le-Chauve. — 
De  l'école  du  Palais  sous  Charles-Ie-Chauve.  —  On  y 
étudie  la  philosophie  ancienne.  —  Faveur  de  Jean  Éri- 
géne.  — Sa  science.  — Des  rapports  du  Christianisme 
avec  le  Néoplatonisme  d'Alexandrie.  —  Leur  lutte.  — 
Tentatives  d'amalgame.  —  Histoire  et  prétendus  ou- 
vrages de  Denys  l'aréopagite.  —  Différences  fondamen- 
tales des  deux  doctrines  :  i°  dans  le  point  de  départ  et  la 
méthode;  2°  sur  le  fond  des  questions.  — Ces  mêmes 
différences  se  retrouvent  entre  Jean  Érigène  et  les  théo- 
logiens chrétiens  du  IX*  siècle.  —  Examen  de  ses  ou- 
vrages; 1°  de  prœdestinaiione  ;  2°  de  dlmsione  naturat.  -— 
Sa  renommée  et  sa  mort.  —  Résumé. 


Messieurs, 

J'ai  rappelé  samedi  dernier  la  distinction  des 
deux  élémens  fondamentaux  auxquels  on  peut 
rapporter    le    développement    intellectuel     de 

29.    T.    III.    HIST.    MOD.,     1829.  12 


1 58  COURS 

l'Europe  moderne  :  le  christianisme  d'une  part 
et  la  littérature  ancienne  de  l'autre ,  la  théolo- 
gie chrétienne  et  la  philosophie  payenne,  la 
polémique  religieuse  et  l'érudition  classique.  Déjà 
à  la  fin  du  VIII''  siècle ,  au  moment  de  la  renais- 
sance intellectuelle  de  la  Gaule-Franque  ,  sous 
Charlemagne,  nous  avons  reconnu,  dans  l'homme 
que  nous  avons  considéré  comme  la  plus  fidèle 
image  de  l'état  des  esprits  à  cette  époque ,  dans 
Alcuin,  la  présence  de  ces  deux  élémens.  A 
mesure  que  leur  influence  s'est  développée ,  ils 
se  sont  distingués ,  séparés  ;  vers  le  milieu  du 
IX'  siècle ,  deux  hommes  nous  ont  apparu 
comme  les  représentans ,  l'un  de  l'élément  théo- 
logique, l'autre  de  l'élément  philosophique.  Je 
vous  ai  nommé  Hincmar  et  Jean  Érigène;  je 
vous  ai  fait  assister ,  dans  l'histoire  d'Hincmar ,  à 
la  vie  théologique  de  son  temps  :  essayons  de 
reconnaître  aujourd'hui  si  quelque  vie  philoso- 
phique lui  correspondait;  c'est  de  l'histoire  de 
Jean  Erigène  que  nous  l'apprendrons. 

11  règne  parmi  les  érudits  beaucoup  d'incer- 
titude sur  la  date  de  sa  naissance  et  sur  sa  patrie. 
L'incertitude  sur  sa  patrie  me  paraît  mal  fondée. 
Son  double  nom  l'indique  clairement.  Jean  Eri- 
gène, Jean-le-Scot ,  c'est  Jean  l'Irlandais.  L'Ir- 
lande s'appelait  anciennement  Erin,  et  son  peuple 


d'histoire  moderne.  iScj 

était  de  la  même  race  que  la  population  des 
hautes  montagnes  d'Ecosse,  les  Scots.  Le  nom 
Erigèîie  désigne  donc  la  patrie  de  Jean ,  et  celui 
de  Scot  sa  race,  sa  nation.  Toutes  les  petites  dif- 
ficultés, toutes  les  laborieuses  conjectures  des 
érudits,  tombent  devant  ce  simple  fait. 

Quant  à  la  date  de  la  naissance  de  Jean ,  elle 
est  plus  difficile  à  déterminer ,  et  je  n'entrerai 
point  à  ce  sujet  dans  une  discussion  minutieuse 
et  sans  résultat.  Tout  ce  qu'on  peut  affirmer , 
c'est  qu'il  naquit  dans  les  premières  années  du 
IX'  siècle,  de  l'an  800  à  l'an  81 5.  On  ignore 
où  se  passa  son  enfance ,  où  il  fit  ses  premières 
études.  Sa  science  cependant ,  d'accord  avec  les 
probabilités  naturelles  ,  donne  lieu  de  croire  que 
ce  fut  en  Irlande.  De  tous  les  pays  de  l'Occident , 
l'Irlande  fut  assez  long-temps ,  vous  le  savez ,  ce- 
lui où  les  lettres  se  maintinrent  et  prospérèrent 
au  milieu  du  bouleversement  général  de  l'Europe. 

Une  tradition  qu'on  trouve  répandue  de  bonne 
heure  attribue  à  Jean -le -Scot  un  voyage  en 
Orient,  en  Grèce  en  particulier;  et  on  lit,  dans 
un  manuscrit  déposée  la  bibliothèque  d'Oxford^ 
une  phrase  de  lui  qui  semble  l'indiquer  : 

Je  n'ai  laissé,  dit-il,  sans  le  visiter  aucun  lieu,  aucun 
temple,  où  les  philosophes  eussent  coutume  décomposer 


l4o  COURS 

et  de  déposer  leurs  ouvrages  secrets;  et  parmi  les  savaoj  à 
qui  j'ai  pu  supposer  quelque  connaissance  des  écrits  phi- 
losophiques, il  n'y  en  a  pas  un  que  je  n'aie  questionné.'.  » 

11  n'indique,  vous  le  voyez,  aucun  lieu,  aucune 
époque;  cependant  ses  paroles  semblent  se  rap- 
porter à  un  pays  où  les  anciens  philosophes  ont 
vécu  et  travaillé.  Aucun  autre  monument  ne  four- 
nit du  reste  sur  ce  voyage  aucune  lumière  ;  et 
la  science  de  Jean-le-Scot  en  fait  de  littérature 
grecque  ne  me  paraît  pas  une  preuve  concluante. 
Quoi  qu'il  en  soit,  vers  le  milieu  du  IX*  siè- 
cle, c'est  en  France,  à  la  cour  de  Charles-le- 
Chauve ,  qu'on  le  voit  établi  pour  y  passer  sa 
vie.  On  a  aussi  beaucoup  disputé  sur  la  date  de 
son  arrivée  ;  on  a  voulu  la  reculer  jusque  vers 
l'an  870,  l'erreur  me  paraît  évidente  ;  plusieurs 
documens  indiquent  que  Jean  était  lié  avec  .saint 
Prudence  avant  que  celui-ci  fûtévêque  deTroye.^; 
or  saint  Prudence  devint  évéque  en  847  •'  c'est 
donc  probablement  de  840  à  847  que  Jean-le- 
Scot  passa  en  France,  attiré  peut-être  par  une 
invitation  formelle  de  Charles-le-Cbauve. 

L'histoire  donne,  Messieurs,  de  ce  prince  et  de 


'  Wood,  hist.   et  antiquité  univers.    Oxon.  in-l'o!.   iQ'pk- 
i,p.  i5. 


d'histoire  moderne.  i4i 

sa  conr,  une  assez  fausse  idée  ;  non  certes  sous  le 
point  de  vue  politique;  tout  ce  qu'elle  dit  de 
la  faiblesse  de  son  gouvernement  et  du  délabre- 
ment de  la  France  est  pleinement  fondé;  mais 
sous  le  point  de  vue  intellectuel ,  il  avait  beau- 
coup plus  d'activité  et  de  liberté  d'esprit ,  beau- 
coup plus  de  goût  pour  les  lettres  qu'on  nelesup- 
pose  communément.  L'école  du  palais,  si  floris- 
sante sous  Charlemagne  et  par  les  leçons  d' A I- 
cuin,  était  fort  déchue  sous  Louis-le-Débonnaire. 
Louis  avait  été  beaucoup  plus  occupé  de  l'Egiise 
que  de  la  science ,  et  de  la  réforme  religieuse  des 
monastères  que  du  progrès  des  études  :  aussi  est- 
il  à  peine  question  de  l'école  du  palais  sous  son 
règne;  preuve  assurée  de  sa  décadence,  car  tel 
n'était  pas  alors  l'état  social  qu'elle  pût  sub- 
sister par  elle-même  et  sans  une  puissante  pro- 
tection. Charles-le-Chauve  la  releva;  il  y  appela 
des  savans  étrangers,  surtout  des  Irlandais  et 
des  Anglo-Saxons  ;  il  les  traita  avec  une  faveur 
marquée  ;  il  avait  du  goût  pour  leurs  travaux , 
pour  leurs  entretiens  et  vivait  familièrement  avec 
eux.  Aussi  l'école  du  palais  reprit-elle  un  tel  éclat 
que  les  contemporains  en  furent  frappés  comme 
d'une  nouveauté.  Au  dire  de  Herric ,  moine  de 
Saint  Germain-l'Auxerrois  ,  et  de  Wandalbert, 
moine  de  Prum ,  au  diocèse  de  Trêves ,  la  proi- 


I42  COURS 

périlé  des  études  y  devint  telle  que  la  Grèce  au- 
rait envié  le  sort  de  la  France  el  que  la  France 
n'avait  rien  à  envier  à  l'antiquité.  La  part  de 
l'emphase  monastique  est  grande  sans  doute  dans 
cette  phrase;  mais  quelle  qu'elle  soit,  le  public 
du  temps  fut  si  frappé  de  cette  renaissance  des 
lettres  à  la  cour  de  Charles-le-Chauve ,  qu'au 
lieu  de  dire  L'école  du  palais^  sckola  palatii,  on 
disait  le  palais  de  l'école  ,  palatuim  scholœ. 

Quelle  était  donc  ,  Messieurs  ,  dans  cette 
école  si  florissante  ,  la  direction  des  esprits  ? 
de  quelles  études  s'y  occupait-on  préférahlement? 
On  peut ,  je  crois  ,  affirmer  que  la  littérature  et 
la  philosophie  ancienne  y  tenaient  une  grande 
place.  Les  preuves  abondent  et  paraissent  irré- 
cusables. 

Les  premières  se  puisent  dans  les  travaux  de 
Jean  Erigène  lui-même,  chefde l'école  du  palais, 
et  qui  y  donnait  des  leçons.  Ces  travaux  ont  en 
général  pour  objet,  comme  vous  le  verrez  tout- 
à-l'heure,  la  philosophie  ancienne.  Non-seule- 
ment les  ouvrages  originaux  que  Jean  a  laissés 
émanent  de  cette  source  ;  non-seulement  il  a 
traduit  plusieurs  traités  sortis  de  l'école  néopla- 
tonicienne d'Alexandrie  ;  mais  il  paraît  certain 
qu'il  existe  en  manuscrit  dans  plusieurs  biblio- 
thèques ,  notamment  dans  celle  d'Oxford  ,  des 


d'histoire   M0D1ÎR^E.  i4^ 

commentaires  de  lui  sur  quelques  ouvrages  d' A- 
ristote;  et  dès  le  XII'  siècle,  au  moment  même 
où  la  philosophie  péripatéticienne  reprenait  en 
Occident  un  empire  despotique  ,  Roger  Bacon 
vantait  Jean-le  Scot  comme  un  interprète  très- 
fîdèle  et  très-clairvoyant  d'Aristote  ,  et  lui  attri- 
buait le  mérite  d'avoir  conservé  purs  et  authen- 
tiques quelques-uns  de  ses  écrits. 

On  dit  aussi  que  Jean  s'était  occupé  des  ou- 
vrages de  Platon  ;  et  il  a  porté  en  quelques  mots, 
sur  ces  deux  maîtres  de  l'antiquité ,  un  jugement 
trop  précis ,  trop  ferme  ,  pour  qu'on  ne  soit  pas 
tenté  d'en  conclure  qu'il  les  connaissait  autrement 
que  par  les  écrits  de  quelques  disciples,  ou  par 
de  vagues  traditions.  11  appelle  Platon  :  «  le  plus 
grand  des  philosophes  du  monde  ,  »  et  Aristote  : 
«  le  scrutateur  le  plus  subtil ,  entre  les  Grecs  , 
de  la  diversité  des  choses  naturelles.  '  » 

On  ne  peut  douter  qu'il  ne  sût  bien  le  grec , 
puisqu'il  a  traduit  les  traités  attribués  à  Denys 
l'aréopagite ,  et  donné  lui-même  un  titre  grec  à 
son  principal  ouvrage.  11  y  a  même  lieu  de 
croire  qu'il  savait  l'hébreu,  science  bien  plus  rare 
de  son  temps;  car,  en  citant  un  verset  de  la 


1   Jo/i.  Erig.  De  divisione  naturœ.  L.  i  ,  c.  33,  c.  i6. 


ï44  COURS 

Genèe,  il  corrige  la  version  de  la  Vulgate,  et 
au  lieu  de  dire,  comme  saint  Jérôme  :  Teira 
autemerat  invisibilis  et  incomposita^  il  dit  :  2  erra 
erat  inanis  et  i-acua  ;  traduclion  bien  plus  exacte 
et  plus  voisine  de  Toriginal  \ 

Enfin,  à  Jean-le-Scot  succéda,  comme  mo- 
dérateur de  l'école  du  palais  jusqu'à  la  mort  de 
Louis-le-Bègue ,  un  lettré  célèbre  de  son  temps, 
nommé  Mannon ,  qui  fit ,  comme  lui ,  de  la  phi- 
losophie ancienne,  sa  principale  élude.  Plusieurs 
contemporains  vantent  les  doctes  leçons  qu'il 
donnait  à  ce  sujet;  et  il  existe  de  lui,  assure-t- 
on, dans  quelques  bibliothèques  de  Hollande, 
des  commentaires  sur  les  traités  des  lois  et  de  la 
républicjue  de  Platon,  ainsi  que  sur  la  morale  d' A- 
ristote. 

Quand  toutes  ces  indications  nous  manque- 
raient ou  ne  mériteraient  pas  confiance ,  quand 
nous  n'aurions,  sur  l'étude  que  fit  Jean-le-Scot 
des  philosophes  grecs ,  aucune  assertion  directe 
et  positive  ,  le  langage  de  ses  contemporains 
nous  révélerait  clairement  la  direction  et  le  ca- 
ractère de  ses  travaux.  Je  vous  ai  dit  quelle  ru- 
meur excita,  parmi  les  théologiens,  son  traité 


1   De  divis.  nat.  L.  2,  c. 


d'histoirk  modkrne.  145 

sur  la  prédestination ,  écrit  à  la  demande  d'Hinc- 
mar,  et  contre  Gotlschalk.  Voici  en  quels  lennes 
l'attaqua  aussitôt  Florus ,  prêtre  de  l'Eglise  de 
Lyon  : 

Au  nom  de  N.  S.  J.-C.  commence  !e  livre  de  Florus 
contre  les  inepties  et  les  erreurs  d'un  certain  présomptueux, 
nommé  Jean,  sur  la  prédeslination  et  la  prescience  divine, 
et  la  vraie  liberté  de  la  volonté  humaine. 

A  nous,  c'est-à-dire  à  l'Église  de  Lyon,  sont  parvenus  les 
écrits  d'un  certain  homme,  vain  et  bavard,  qui,  disputant 
sur  la  prescience  et  la  prédeslination  divine  ,  à  l'aide  de  rai- 
sonnemens  purement  humains  et,  comme  il  s'en  glorifie  lui- 
même,  philosophiques,  a  osé,  sans  en  rendre  nulle  raison, 
sans  alléguer  aucune  autorité  des  écritures  ou  des  Saints- 
Pères,  affirmer  certaines  choses  comme  si  elles  devaient 
être  reçues  et  adoptées  sur  sa  seule  et  présomptueu.fe 
assertion.  Avec  l'aide  de  Dieu  ,  les  lecteurs  fidèles,  et  exer- 
cés dans  la  doctrine  sacrée,  jugent  et  repoussent  aisément 
ces  écrits  pleins  de  vanité,  de  mensonge  et  d'erreur,  qui 
offensent  la  foi  et  la  divine  vérité,  et  sont  même  pour  eux 
un  objet  de  mépiis  et  de  risée.  Cependant,  à  ce  que  nous 
avons  entendu  dire,  ce  même  homme  est  en  admiration 
auprès  de  beaucoup  de  gens,  comme  érudit  et  versé  dans 
la  science  des  écoles  ;  Soit  en  parlant,  soit  en  écrivant,  il 
jette  les  uns  dans  le  doute,  entraîne  les  autres  dans  son 
erreur,  comme  s'il  disait  quelque  chose  de  magnifique;  et 
par  la  vaine  et  pernicieuse  abondancede  scsparoîes,  s'em- 
pare tellement  de  ses  auditeurs  et  de  ses  admirateursqu'ils 
ne  se  soumettent  plus  humblement  aux  divines  écritures, 
ni  à  l'autorité  des  Pères,  et  aiment  mieux  suivre  ses  rê- 


l46  COURS 

veries  fantastiques.  Nous  avons  donc  jugé  nécessaire,  par 
zèle  de  charité  et  à  cause  de  ce  que  nous  devons  à  notre 
cité  et  à  notre  ordre,  de  répondre  à  son  insolence,  etc. ,  etc  ' . 

Vous  le  voyez;  le  caractère  des  écrits  et  des 
idées  de  Jean-le-Scot  est  clairement  empreint 
dans  l'accusation  portée  ici  contre  lui  :  c'est  pour 
des  raisonnemens  purement  Immains  et^  selon  ses 
propres  paroles  ,  philosophiques ,  c'est  comme 
érudit  et  versé  dans  la  science  des  écoles  qu'il  est 
dénoncé.  Ce  fut  en  effet  comme  philosophe  qu'il 
fut  condamné  ;  en  855,  le  concile  de  Valence 
décréta  : 

Nous  écartons  absolument  des  pieuses  oreilles  des  fidè- 
les, soit  comme  inutiles,  soit  même  comme  nuisibles  et 
contraires  à  la  vérité,  les  quatre  articles  [Capitula]  adop- 
tés avec  peu  de  prévoyance  par  le  concile  de  nos  frères''; 
et  les  dix-neuf  autres  capitula  ^  très-sottement  rédigés  en 
syllogismes,  où  ne  brille,  quoiqu'on  les  vante  à  ce  sujet  , 


'  Veterum  auctorum  qui  IX  sœculo  de  prœdestinatione  et 
et  gratiâ  scripserunt  opéra  et  fragmenta  et  publiés  par  le 
président  Mauguin  ;  2  vol.  in-4. ,  T.  i,  p.  585;  Paris, 
i65o. 

'  Le  concile  de  Riersy. 

'  Ce  sont  les  dix-neufs  chapitres  du  traité  de  la  Prédes- 
tination de  Jean  Scot. 


d'histoire  moderne.  1/47 

aucune  habileté  dans  les  lettres  séculières,  et  où  l'on  trouve 
bien  plutôt  une  invention  du  diable  que  quelque  argument 
pour  la  foi.  Par  l'autorité  de  l'Espril-Saint,  nous  les  inter- 
disons partout,  et  nous  pensons  qu'il  faut  châtier  ceux  qui 
introduisent  des  nouveautés,  pour  n'avoirpàs  à  les  frapper 
plus  rudement  '. 

Quelques  années  après ,  en  869 ,  le  concile  de 
Langues  renouvela  contre  Jean-le-Scot ,  et  en  le 
nommant  expressément ,  la  même  condamnation . 

Accusateurs  et  juges ,  les  simples  clercs  et  les 
assemblées  de  l'Église  sont  donc  unanimes  dans 
leur  jugement  sur  Jean  et  le  caractère  de  ses  ou- 
vrages. 

Ecoutons-le  parler  lui-même  ;  il  se  caractérise 
et  se  peint  comme  l'ont  peint  ses  ennemis. 

Son  traité  sur  la  prédestination  débute  ainsi  : 

Comme  tout  moyen  d'atteindre  à  une  pieuse  et  parfaite 
doctrine,  en  recherchant  avec  ardeur  et  découvrant  sûre- 
ment la  raison  de  toutes  choses,  réside  dans  cette  science 
et  cette  discipline  que  les  Grecs  appellent  philosophie, 
nous  croyons  nécessaire  de  parler  en  peu  de  mots  de  ses 
divisions  et  classiflcations.  «  On  croit,  et  on  enseigne, 
«  comme  dit  St.  Augustin,  que  la  philosophie,  c'est-à-dire 
«   l'amour  delà  sagesse,  n'est  point  autre  que  la  religion  ; 


Concile  de  Valence,  en  855,  can.  4' 


148  COURS 

«  et  ce  qui  le  prouve, c'est  que  nous  ne  recevons  pa»  eo 
«  cooimun  les  sacremens  avec  ceux  dont  nous  n'approu- 
«  vons  pas  la  doctrine.  »  Qu'est-ce  donc  que  traiter  de  la 
philosophie,  î^inon  exposer  les  règles  de  la  vraie  religion 
par  laquelle  on  cherche  rationnellement,  et  on  adore  hnua- 
hleuient  Dieu  ,  cause  première  et  souveraine  de  toutes 
choses  ?  Delà  suit  que  la  vraie  philosophie  est  la  vraie  reli- 
gion, et  réciproquement  que  la  vraie  religion  est  la  vraie 
philosophie  '. 

N'est-ce  pas  là  évidemment  le  langage  d'un 
homme ,  philosophe  bien  plus  que  théologien , 
qui  prend  dans  la  philosophie  son  point  de  dé- 
part ,  et  s'efforce  delà  confondre,  de  la  concilier 
du  moins  avec  la  religion,  soit  parce  qu'en  effet 
il  les  coDside  re  comme  une  seule  et  même  science, 
soit  parce  qu'il  a  besoin  du  bouclier  de  la  reli- 
gion contre  les  attaques  dont  il  est  l'objet? 

Ailleurs,  dans  son  ouvrage  sur  la  division  de 
la  nature  : 

II  faut  suivre  en  toutes  choses  l'autorité  de  la  sainte 
Ecriture,  car  la  vérité  y  est  renfermée  comme  dans  un  se- 
cret asile;  mais  il  ne  faut  pas  croire  que,  pour  faire  pé- 
nétrer en  nous  la  nature  divine,  la  sainte  Écriture  se  serve 
toujours  des  mots  et  des  signes  propres  et  précis;  elle  use 

^  Dedivinâ  prœdestinatione,  c.  i.  ,  rec.  de.  Maug.  t.  1, 
p.  m. 


d'hISTOIIXR    MODIÎRNE.  1 49 

ée  similitudes,  de  termes  détourné»  et  figurés,  condescend 
ù  notre  faiblesse,  et  élève ,  par  un  enseignement  simple , 
nos  esprits  encore  grossiers  et  enfantins'. 

Qui  ne  Reconnaît  là  un  efïbrt ,  bien  souvent 
tenté  ,  pour  échapper  à  la  rigueur  des  textes  ou 
des  dogmes ,  et  pour  introduire ,  dans  l'étude 
de  la  religion ,  quelque  liberté  d'esprit  sous  le 
voile  de  l'explication  et  de  l'allégorie  ? 

On  n'en  saurait  douter  :  avant  même  de  re- 
garder au  fond  des  idées  de  Jean-le-Scot ,  à  n'en 
jugerque  par  les  traditions  qui  nous  restent  sur 
«es  travaux  ,  par  le  langage  de  l'Église  et  de  se* 
ennemis  ,  et  le  sien  propre  ,  le  caractère  philoso- 
phique éclate  dans  la  vie  et  l'esprit  de  cet 
bonime  ;  il  diffère  essentiellement  des  théolo- 
giens; c'est  à  l'antiquité  qu'il  se  rattache;  c'est 
de  la  science  antique  qu'il  entretient  ses  contem- 
porains. 

Ce  caractère  ne  lui  fut  point  du  reste ,  au- 
près de  Charles-le-Cliauve  ,  une  cause  de  dé- 
faveur. Tout  atteste  ,  au  contraire ,  que  Char- 
les assistait  scîuvent  à  ses  leçons  ,  y  prenait  un 
vif  intérêt,  et  le  consultait  sur  toutes  les  af- 
faires, toutes  les  difficultés  inlellectuelles,  pour 

'  De  nat.  divis.  L.   i ,  c.  66. 


1 5o  COURS 

ainsi  dire  ,  qui  s'élevaient  dans  son  royaume. 
Une  anecdote  qu'on  lit  dans  un  manuscrit  de 
Guillaume  deMalmesbury,  chroniqueur  du  XIIP 
siècle  ,  vous  montrera  jusqu'à  quel  ^oint  était 
poussée  la  familiarité  du  roi  et  du  philosophe  : 

Jean,  dit-il,  était  assis  à  table,  en  face  du  Roi,  de  l'autre 
côté  de  la  table.  Les  mets  ayant  disparu,  et  comme  les  cou- 
pes circulaient ,  Charles,  le  front  gai,  et  après  quelques 
autres  plaisanteries,  voyant  Jean  faire  quelque  chose  qui 
choquait  la  politesse  gauloise,  le  tança  doucement  en  lui 
disant  :  «  Quelle  distance  y  a-t-il  entre  un  sot  et  un 
scot?  »  [Quicl  distat  inter  sottum  et  scotum  ? )  <i  —  Rien  que 
la  table,  »  répondit  Jean,  renvoyant  l'injure  à  son  auteur*. 

Ne  sont-ce  pas  là  les  libertés  d'un  commensal 
bel  esprit  qui  se  croit  tout  permis  parce  qu'il 
amuse  et  plaît  ? 

Ce  fut,  je  suis  bien  tenté  de  le  croire,  cette 
faveur  de  Jean -le -Scot  auprès  de  Charles- 
le-Chauve ,  qui  donna  à  Hincmar  l'idée  de  le 
faire  intervenir  dans  sa  querelle  avec  Gottschalk, 
en  l'engageant  à  écrire  pour  lui.  HHincmar  ,  je 
vous  l'ai  fait  remarquer,  était  plus  politique  que 


'  Guill.  de  Malinesbury ,  dans  son  livre  inédit  :  De  pon- 
tificibus,  L.  5. 


d'histoire  moderne.  i5i 

tbéologien ,  plus  préoccupé  de  gouverner  que 
de  raisonner,  et  du  succès  que  de  la  vérité.  Il 
se  voyait  dans  une  situation  difficile  ;  la  plupart 
des  théologiens  de  la  Gaule-Franque  s'élevaient 
contre  lui  ;  Raban  ,  le  célèbre  Raban ,  après  l'a- 
voir compromis,  refusait  de  le  soutenir.  Il  s'a- 
dressa à  Jean-le-Scot ,  voulant  sans  doute  profiter 
à  la  fois  de  sa  faveur  et  de  sa  science ,  et  se  flattant 
de  trouver  en  lui  un  défenseur  habile  et  accré- 
dité. 

Mais  Hincmar  ne  savait  pas  quel  allié  il  appe- 
lait à  son  secours,  et  quelle  lutte  il  allait  renga- 
ger. Pour  faire  bien  comprendre  le  tour  que 
prit  alors  la  question  et  le  rôle  qu'y  joua  Jean- 
le  -  Scot ,  je  suis  obligé  de  remonter  un  peu 
haut. 

Le  christianisme ,  pour  s'établir  en  fait ,  avait 
eu  à  vaincre  toutes  sortes  d'ennemis,  les  gou- 
vernemens,  les  peuples,  les  prêtres  et  païens,  le 
pouvoir  civil  comme  le  pouvoir  religieux,  les  lois 
comme  les  moeurs.  Mais ,  dans  l'ordre  intellec- 
tuel, le  néoplatonisme  alexandrin  avait  été  son 
seul  adversaire.  Rationnellement  parlant,  c'était 
entre  les  néoplatoniciens  d'Alexandrie  et  les 
chrétiens  que  la  question  s'était  posée.  Dès  le 
second  siècle,  il  se  fit,  entre  les  deux  doc- 
trines ,  entre  les  deux  écoles  rivales ,    quelques 


|52  COURS 

tentatives  de  conciliation  ou  plutôt  d'amal- 
game. Saint  Clément  d'Alexandrie  ,  (  mort 
en  220),  Origène,  (de  i85  à  254  ) -,  sont 
de*  disciples  de  la  philosophie  alexandrine  , 
des  néoplatoniciens  devenus  chrétiens  ,  et  qui 
essaient  d'accommoder  leurs  doctrines  phi- 
losophiques aux  croyances  chrétiennes  qui  se 
développent  et  prennent  la  consistance  d'un  sys- 
tème. Dans  le  cours  des  IIl'  et  IV"  siècles ,  ces 
tentatives  se  renouvelèrent  plus  d'une  fois  ;  mais 
c'est  ait  milieu  du  V"  qu'elles  devinrent  plus 
pressantes .  La  victoire  alors  appartenait  com  - 
plètement  au  christianisme  ;  le  néoplatonisme 
alexandrin,  abandonné  des  princes  et  des  peu- 
ples, décrié ,  persécuté,  n'avait  d'autre  ressource 
que  d'aller  se  perdre  dans  le  sein  de  son 
ennemi,  en  conservant  de  lui-même  tout  ce 
qu'il  en  pourrait  faire  accepter.  Ou  voit  alors 
en  effet  la  plupart  des  philosophes  de  cette  école, 
devenus  ,  ou  près  de  devenir  chrétiens ,  mêler 
leurs  anciennes  opinions  à  leur  foi  nouvelle,  eu 
s'efforçaut  de  les  mettre  d'accord.  A  cette  épo- 
que appartiennent ,  par  exemple  ,  je  dialogue 
d'^néc  de  Gaza,  disciple  d'Hiérocîès,  intitulé  : 
T/ièophraste,  ou  de  l'immortalité  des  âmes  et  de  la  ré- 
aurrection  des  corps ^  et  celui  de  Zacharie  le  scho- 
lastique  intitulé  :  Ammonius^  ou  de  la  construction 


d'histoire  moderne.  ibô 

du  monde,  contre  les  philosophes;  écrits  dont 
le  dessein  est  évidemment  de  l'aire  pénétrer  dans 
la  théologie  de  saint  Atlianase ,  de  saint  Jérôme, 
de  saint  Augustin ,  les  idées  et  les  formes  de  la 
philosophieexpirante  qui  pouvaient  s'y  accommo- 
der. 11  y  eut  alors,  à  coup  sûr,  beaucoup  plus  d'ou- 
vrages de  ce  genre  qu  il  ne  nous  en  est  resté  ;  la 
preuve,  c'est  qu'on  en  fabriquait  pour  les  attri- 
buer à  d'anciens  philosophes,  dans  l'espoir  de  leur 
donner  ainsi  plus  d'autorité.  C'est  au  milieu  du 
V*  siècle  qu'on  voit  paraître,  sous  le  nom  deDe- 
nys  l'aréopagite,  plusieurs  traités  empreints  du 
même  caractère  que  ceux  que  je  viens  de  rap- 
peler. Denys  l'aréopagite  était  un  des  noms  les 
plus  illustres  dans  les  traditions  chrétiennes,  une 
des  plus  glorieuses  conquêtes  du  christianisme 
naissant.  C'est  dans  le  XVIP  chapitre  des  Actes 
des  Apôtres  qu'il  est,  pour  la  première  fois,  ques- 
tion de  lui.  Ce  chapitre  est  si  remarquable ,  Mes- 
sieurs, et  porte  en  lui-même,  indépendamment 
de  tout  témoignage  extériem-,  de  tels  caractères 
d'authenticité,  que  je  vous  demande  la  permis- 
sion d'en  lire  textuellement  les  principaux  pas- 
sages :  nulle  part  la  prédication  du  christianisme 
au  milieu  de  l'ancienne  société  n'est  peinte  avec 
autant  de  vérité  et  d'éclat  ;  le  chroniqueur  sacré 
raconte  le  séjour  de  St.  Paul  à  Athènes  : 
29.  T.  ni.  HisT.  M^D.,   1829.  i5 


1 54  COURS 

Pendant  que  St.  Paul..^  attendait  à  Athènes,  son  esprit 
se  sentait  ému  et  comme  ix'rité  en  lui-même,  en  voyant 
que  cette  ville  était  attachée  à  l'idoh'itrie;  il  parlait...  tous 
les  jours  en  la  place  avec  ceux  qui  s'y  rencontraient.  Il  y 
eut  aussi  quelques  philosophes  épicuriens  et  stoïciens  qui 
conférèrent  avec  lui;  et  les  uns  disaient  :  «  Qu'est-ce  que 
veut  dire  ce  discoureur?»  et  les  autres  :«  Il  semhle  qu'il 
prêche  de  nouveaux  Dieux.  »  Ce  qu'ils  disaient  à  cause 
qu'il  leur  annonçait  Jésus  et  la  résurrection. 

Enfin,  ils  le  prirent  et  le  menèrent  à  l'Aréopage,  en  lui 
disant  :  «  Pourrions-nous  savoir  de  vous  quelle  est  cette 
nouvelle  doctrine  que  vous  publiez?  car,  vous  nous  dites 
de  certaines  choses  dont  nous  n'avons  point  encore  ouï 
parler.  Nous  voudrions  donc  bien  savoir  ce  que  c'est.  »  Or, 
tous  les  Athéniens  et  tous  les  étrangers  qui  demeuraient  à 
Athènes  ne  passaient  tout  leur  temps  qu'à  dire  et  à  en- 
tendre quelque  chose  de  nouveau. 

Paul,  étant  donc  au  milieu  de  l'Aréopage,  leur  dit  : 
«  Seigneurs  Athéniens,  il  me  semble  qu'en  toutes  choses 
vous  êtes  religieux  jusqu'à  l'excès;  car  ayant  regardé,  en 
passant,  les  statues  de  vos  dieux,  j'ai  trouvé  même  un 
autel  sur  lequel  il  est  écrit  :  Au  Dieu  Inconnu.  C'est  donc 
ce  Dieu,  que  vous  adorez  sans  le  connaître ,  que  je  vous 
annonce.  Dieu  qui  a  fait  le  monde  et  tout  ce  qui  est  dans 

le  monde n'habite  point  dans  les  temples  bâtis  par  les 

hommes.  Il  n'est  point  honoré  par  les  ouvrages  de  la  main 
des  hommes,  comme  s'il  avait  besoin  de  ses  créatures, 
lui  qui  donne  à  tous  la  vie  ,  la  respiration  et  toutes  choses. 
Il  a  fait  naître  d'un  seul  toute  la  race  des  hommes;  et  il 
leur  a  donné  pour  demeure  toute  l'étendue  de  la  terre  , 
ayant  marque  l'ordre  des  saisons  et  les  bornes  de  l'habita- 


D  HISTOIRE    MODERNE.  1  Oj 

tion  de  chaque  peuple,  afin  qu'ils  cherchassent  Dieu,  et 
qu'ils  tâchassent  de  le  trouver  comme  avec  la  main  et  ù 
tâtons,  quoiqu'il  ne  soit  pas  loin  de  chacun  de  nous  ;  car 
c'est  en  lui  que  nous  avons  la  vie,  le  naouvement  et  l'être  ; 
et  comme  quelques-uns  de  vos  poètes  ont  dit,  nous  sommes 
même  les  enfans  et  la  race  de  Dieu.  Puis  donc  que  nous 
sommes  les  enfans  et  la  race  de  Dieu,  nous  ne  devons  pas 
croire  que  la  divinité  soit  semblable  à  de  l'or,  à  de  l'argent 
ou  à  de  la  pierre  ,  dont  l'art  et  l'industrie  des  hommes  a 
fait  des  figures.  Mais  Dieu,  étant  en  colère  contre  ces 
temps  d'ignorance,  fait  maintenant  annoncer  à  tous  les 
hommes,  et  en  tous  lieux,  qu'ils  fassent  pénitence,  parce 
qu'il  a  arrêté  un  jour  auquel  il  doit  juger  le  monde ,  selon 
la  justice,  par  celui  qu'il  a  destiné  à  en  être  le  juge,  dont 
lia  donné  à  tous  les  hommes  une  preuve  certaine,  en  le 
ressuscitant  d'entre  les  morts.  » 

Mais  lorsqu'ils  entendirent  parler  de  la  résurrection  des 
morts,  quelques-uns  s'en  moquèrent,  et  les  autres  dirent  : 
«  Nous  vous  entendrons  une  autre  fois  sur  ce  point.  » 
Ainsi  Paul  sortit  de  l'assemblée. 

Quelques-uns  néanmoins  se  joignirent  à  lui  et  embras- 
sèrent la  foij  entre  lesquels  fut  Denjs,  sénateur  de  l'Aréo- 
page.... ' 

Un  tel  néophyte  devait ,  à  coup  sûr ,  être  cher 
à  la  société  nouvelle  :  aussi ,  depuis  cette  époque , 
le  nom  de  Deuys  l'aréopagite  revient-il  souvent 
dans  les  récits  chrétiens.  Au  IP  siècle  en  particu- 


Acles  des  Apôtres,  chap.  17,  vers.  iG  — 34. 


1 56  COURS 

lier  ,  St.  Justin,  l'un  des  premiers  et  des  plus 
habiles  apologistes  du  christianisme  ,  le  cite 
à  plusieurs  reprises  et  s'en  gloritie.  La  lé- 
gende raconte  comment,  vers  la  fin  du  I" 
siècle,  eu  96,  Denys,  brûlé  vif  à  Athènes,  ob- 
tint les  honneurs  du  martyre.  Le  fait  est  possible, 
mais  ne  repose  sur  aucune  preuve  assurée. 

Quoiqu'il  en  soit,  vers  le  milieu  du  V'  siècle, 
parurent,  sous  le  nom  de  Denys  l'aréopagite , 
plusieurs  ouvrages  destinés  à  opérer  l'amalgame 
du  néoplatonisme  alexandrin  et  de  la  théologie 
chrétienne;  ils  sont  intitulés  :  i"  De  la  hiérar- 
chie céleste'^  1"  De  la  hiérarchie  ecclésiastique,  5°  Des 
noms  divins;  4°  ^ Idéologie  mystique;  enfin,  dix 
lettres  sont  jointes  aux  écrits  dogmatiques.  La 
supposition  est  évidente  :  livres  et  lettres  ne 
peuvent  avoir  été  écrits  qu'au  milieu  du  V*"  siècle  ; 
on  y  mentionne  des  faits ,  des  usages  qui  n'ap- 
partenaient pas  à  l'Eglise  chrétienne  avant  cette 
dernière  époque;  on  y  rencontre,  à  chaque  pas, 
des  idées,  des  formes  de  style,  dont  Denys 
l'aréopagite  ne  pouvait  avoir  le  moindre  soup- 
çon. Aussi,  dès  la  première  moitié  du  VP  siècle, 
vers  l'an  532,  à  Constantinople  même,  un  rhé- 
teur, Hypalius,  attaqua-t-il  rauthenticîté  de  ces 
prétendus  ouvrages  du  sénateur  athénien.  Mais 
ils  correspondaient  à  une  tentative  alois   très- 


d'histoire  moderne.  167 

active  et  très-importante  dans  l'état  de  la  société  j 
ils  avaient  pour  objet  cette  conciliation,  cet 
amalgame  des  dogmes  chrétiens  et  des  idées  néo- 
platoniciennes qui  formait  le  problème  intel- 
lectuel du  temps.  La  crédulité  publique  était 
grande,  la  critique  à  peu  près  nulle;  les  écrits 
dont  je  parle  se  répandirent  sans  peine.  Plusieurs 
savans ,  entre  autres  Maxime  le  confesseur , 
(  en  622  )  y  joignirent  des  commentaires;  et  ils 
restèrent  sous  le  nom  de  l'illustre  chrétien  au- 
quel ils  étaient  attribués. 

Au  commencement  du  IX*"  siècle ,  une  cir- 
constance particulière  leur  donna  en  Occident , 
et  surtout  dans  la  Gaule -Franque,  une  popu- 
larité prodigieuse.  Un  saint  Denjs  passait  pour 
avoir  été ,  vers  le  milieu  du  HP  siècle ,  l'apôtre 
des  Gaules  et  le  premier  évêque  de  Paris.  Il 
vint  dans  l'esprit  de  quelques  moines  de  soute- 
nir que  ce  Denys  et  Denys  l'aréopagite  étaient 
un  seul  et  même  homme.  Le  christianisme  des 
Gaules  était  ainsi  reporté  à  une  antiquité  bien 
plus  reculée ,  et  pouvait  s'enorgueillir  d'un  bien 
plus  illustre  fondateur.  En  814,  Hilduin ,  abbé 
de  Saint-Denis ,  le  même  sous  qui  Hincmar  fut 
élevé ,  écrivit  un  livre  intitulé  Areopagitica , 
pour  soutenir  cette  opinion.  Elle  s'accrédita 
rapidement,  et  devint  en  Gaule  une  sorte  de 


i58  COURS 

croyance  patriotique.  Les  ouvrages  de  Denys 
l'arëopagite  furent ,  dès  lors ,  l'objet  d'une  vive 
curiosité  ,  et  en  824  ,  l'empereur  d'Orient  , 
Michel-le-Bègue ,  en  envoya  à  Louis-le-Débon- 
naire  un  exemplaire.  Le  précieux  manuscrit  fut 
déposé  et  gardé  dans  l'abbaye  de  Saint- Denis  ;^ 
mais  il  était  en  grec ,  et  fort  peu  de  gens  pou- 
vaient le  comprendre.  Charles-le-Cbauve  enga- 
gea Jean-le-Scot  à  le  traduire.  Jean  entreprit  en 
effet  cette  traduction ,  et  ce  fut  là  probablement 
l'ouvrage  qui  popularisa  le  plus  dans  la  Gaule 
le  renom  de  son  savoir. 

Historiquement ,  le  caractère  des  travaux  de 
Jean-le-Scot  est  donc  incontestable.  Il  était , 
au  IX*  siècle ,  le  représentant ,  l'interprète  de 
cette  tentative  d'amalgame,  commencée  dès  le 
second  siècle  ,  et  si  active  au  V* ,  entre  le  néo- 
platonisme alexandrin  et  la  théologie  chré- 
tienne. C'est  sous  cet  aspect  qu'il  se  présente 
dans  la  succession  des  faits  et  des  noms  propres  ; 
il  est  le  dernier  anneau  de  cette  chaîne  dont  une 
pieuse  illusion  avait  tenté  de  placer  le  premier 
dans  Athènes  même ,  au  sein  des  écoles  de  l'an- 
cienne philosophie. 

Sortons  maintenant  de  l'histoire,  et  pénétrons 
dans  le  fond  même  des  idées  :  cherchons  dans 
les  ouvrages  de  Jean-le-Scot,   et  en  les  rappro- 


d'histoire  moderne.  i59 

chant,  soit  de  ceux  des  néoplatoniciens  d'Alexan- 
drie, soit  de  ceux  des  théologiens  chrétiens  de 
son  temps ,  si  en  effet  c'est  aux  doctrines  néo- 
platoniciennes qu'ils  se  rattachent,  s'ils  essaient 
vraiment  de  les  reproduire  et  de  les  infuser  dans 
le  christianisme. 

Je  ne  puis  songer,  vous  le  comprenez  sans 
peine ,  Messieurs ,  à  entreprendre  ici ,  entre  le 
néoplatonisme  alexandrin  et  le  christianisme , 
une  comparaison  un  peu  étendue  et  précise.  Je 
suis  forcé  de  m'en  tenir  à  quelques  grands  traits, 
aux  caractères  les  plus  généraux  des  deux  doc- 
trines ;  ils  suffiront ,  j'espère ,  pour  les  bien  dis- 
tinguer et  montrer  clairement  à  laquelle  Jean  • 
le-Scot  appartient. 

Au  premier  coup -d'oeil,  et  en  négligeant 
les  questions  plus  spéciales  ,  deux  différences 
essentielles  se  font  remarquer  entre  le  néopla- 
tonisme alexandrin  et  le  christianisme  :  i"  le  néo- 
platonisme est  une  philosophie ,  le  christianisme 
une  religion.  Le  premier  a  pour  point  de  dé- 
part la  raison  humaine;  c'est  à  elle  qu'il  s'a- 
dresse, c'est  elle  qu'il  Interroge,  c'est  en  elle  qu'il 
se  confie.  Le  point  de  départ  du  second  est  au 
contraire  un  fait  extérieur  à  la  raison  humaine; 
il  s'impose  à  elle  au  lieu  de  l'interroger.  De  là 
suit  que  le  libre  examen  domine  dans  le  uéo- 


1 6o  COURS 

platonisme,  cest  sa  méthode  foudamentale  et  sa 
pratique  habituelle,  taudis  que  le  christianisme 
proclame  lautorité  pour  sou  principe,  et  pro- 
cède en  effet  par  voie  d'autorité.  De  là  suit  en- 
core que,  bien  que  le  néoplatonisme  alexandrin , 
à  en  juger  par  le  laugage  et  l'apparence  de  ses 
écrits,  se  présente  sous  un  aspect  infiniment 
mystique,  au  fond  son  principe  est  rationeî» 
tandis  que  le  christianisme  primitif,  dont  le  ca- 
ractère n"a  rien  de  mystique ,  qui  est  au  con- 
traire très-positif  et  très-simple,  a  cependant 
un  principe  surnaturel.  Il  y  a  donc  dans  le  point 
de  départ  des  deux  doctrines  une  diversité  ra- 
dicale. 

2°  Si  nous  dépassons  cette  question  du  point 
de  départ  et  de  la  méthode  préliminaire  de  toute 
philosophie  ,  pour  entrer  dans  le  fond  même 
des  idées,  une  seconde  différence  essentielle  nous 
frappera.  La  doctrine  dominante  du  néoplato- 
nisme alexandrin,  c'est  le  panthéisme,  lunité 
de  la  substance  et  de  l'être ,  l'individuaUté  ré- 
duite à  la  condition  de  ])ur  phénomène,  de  fait 
transitoire.  L'individualité,  au  contraire,  est  la 
croyance  fondamentale  de  la  théologie  chré- 
tienne. Le  Dieu  des  chrétiens  est  un  être  distinct , 
qui  comnmnique  et  traite  avec  d'autres  êtres , 
auquel  ceux-ci  s'adressent,  qui  leur  répond,  dont 


d'histoire  moderne.  i6i 

l'existeuce  est  souveraine ,  mais  non  unique. 
Entre  bien  d'autres  symptômes  ,  la  diversité 
des  deux  doctrines  en  ce  point  se  révèle  clai- 
rement dans  l'idée  qu'elles  se  forment  de  l'ave- 
nir de  l'homme  au  delà  de  son  existence  ac- 
tuelle. Que  fait  des  êtres  humains  le  néoplato- 
nisme au  moment  de  leur  mort  ?  Il  les  absorbe 
dans  le  sein  du  grand  tout;  il  abolit  toute  indi- 
vidualité. Que  fait  au  contraire  la  doctrine  chré- 
tienne? Elle  perpétue  l'individualité  jusques  dans 
l'infîni  ;  à  l'absorption  des  êtres  individuels ,  elle 
substitue  l'éternité  des  peines  et  des  récom- 
penses :  eu  sorte  qu'à  ne  jeter  même  sur  les  deux 
doctrines  qu'un  coup  -  d'oeil  rapide ,  dans  le 
fond  des  idées  comme  dans  le  point  de  départ , 
la  diversité  est  radicale,  et  se  résume  surtout 
dans  les  deux  traits  essentiels  que  je  viens  d'in- 
diquer. 

Maintenant,  Messieurs,  n'est-il  pas  vrai  que  si 
nous  retrouvons ,  entre  la  philosopîiie  de  Jean- 
le-Scot  et  la  théologie  chrétienne  de  son  époque, 
les  mêmes  différences,  la  filiation  de  ses  idées  et 
leur  affinité  avec  le  néoplatonisme  alexandrin 
sera  aussi  certaine  par  le  fond  même  des  idées 
qu  elle  nous  a  paru  évidente  par  les  traditions 
historiques? 

Indépendamment  de  sa  traduction  des  oeuvres 


v/ 


102  COURS 

prétendues  de  Denys  l'aréopagite ,  et  de  quelques 
traités  perdus  ou  encore  manuscrits',  il  nous 
reste  de  Jean-le-Scot  deux  grands  ouvrages  :  i  "son 
traité  de  prœdestinatione  dont  je  vous  ai  déjà  en- 
tretenus ;  1°  un  traité  intitulé  :  'Kipi  (pucrêœç 
juLépKT/JLov ,  de  la  division  de  la  nature,  et  qui  con- 
tient l'exposition  systématique  de  ses  idées  sur 
l'homme  et  l'univers. 

De  ces  deux  ouvrages  seuls  je  tirerai  les  ci- 
tations que  je  vais  mettre  sous  vos  yeux.  Le  pre- 
mier se  trouve  dans  la  collection  des  écrits  re- 
latifs à  la  querelle  d'Hincraar  et  de  Gottschalk , 
publiée  par  le  président  Mauguin.  Mais  par  un 
malheur  contre  lequel  j'ai  vainement  lutté ,  je  ne 
saurais  vous  offrir  du  second ,  qui  est  le  plus  im- 
portant, une  analyse  complète  et  dont  je  garan- 
tisse l'exactitude  ,  car  je  n'ai  pu  le  découvrir 
dans  aucune  des  bibliothèques  de  Paris.  11  a  été 
publié  à  Oxford ,  en  1 68 1 ,  par  Thomas  Gale  , 
en  un  volume  in-folio.  On  a  mis ,  dans  les  di- 
verses bibliothèques   publiques ,    une   extrême 


I  Entre  autres  un  traité  de  la  Vision  de  Dieu,  dont  Ma- 
billon  avait  vu  le  manuscrit  dans  la  bibliothèque  de  Clair- 
uiarest,  près  St.-Omer,  et  qui  commençait  par  ces  mots: 
Omnes  sensus  corporei  nascuntur  ex  conjunctione  aniviœ  et 
corporis. 


d'histoire  modeune.  i65 

complaisance  à  en  faire  pour  moi  la  recherche  ; 
il  n'y  existe  point.  Je  l'ai  fait  demander  en  An- 
gleterre; il  ne  m'est  pas  encore  arrivé.  J'ai  donc 
été  obligé  de  me  contenter  des  extraits  et  des 
nombreuses  citations  que  j'en  ai  trouvées  dans 
plusieurs  histoires  de  la  philosophie,  et  surtout 
dans  deux  dissertations  allemandes,  dont  Jean- 
le-Scot  est  l'objet  spécial  '.  Je  dirai  même,  en 
passant ,  qu'il  m'a  été  démontré ,  par  l'examen 
attentif  que  j'en  ai  fait ,  que  plusieurs  des  écri- 
vains étrangers  qui  ont  parlé  de  cet  ouvrage ,  ne 
l'ont  pas  eu ,  non  {)lus  que  moi ,  tout  entier  sous 
les  yeux.  Ils  auraient  dû  en  avertir  leurs  lec- 
teurs. 

Je  prends  d'abord  la  première  question ,  la 
question  préliminaire  de  toute  doctrine ,  celle 
du  point  de  départ  et  de  la  méthode.  Je  viens 
de  vous  montrer  quelle  était,  en  ceci,  la  diffé- 
rence radicale  du  néoplatonisme  alexandrin  et 
de  la  théologie  chrétienne ,  et  comment  l'un 
avait  pour  principe  la  raison ,  l'autre  l'autorité. 


'  L'une  est  intitulée  :  J ean-Scot-Erigène ,  ou  de  l'Origine- 
d'une  philosophie  chrétienne  et  de  sa  mission  sainte  ,  par 
P.  Hiort.  Copenhague,  1823  ;  l'autre  :  le  Mysticisme  du 
moyen  âge  dans  son  berceau,  par  H.  Schiaid.  Jéna  ,  i834. 


l64  COURS 

Voici  quelques-uns  des  passages  où  Jean-le-Scot 
exprime  à  ce  sujet  sa  pensée  : 


La  nature  (Il  appelle  nature  l'univers,  l^ensemble  des 
choses  créées)  et  le  temps  ont  été  créés  ensemble,  mais 
l'autorité  ne  date  point  de  l'origine  du  temps  et  de  la  na- 
ture. C'est  la  raison  qui  est  née  au  commencement  des 
choses,  avec  le  temps  et  la  nature.  La  raison  elle-même 
le  démontre.  L'autorité  est  dérivée  de  la  raison ,  nulle- 
ment la  raison  de  l'autorité.  Toute  autorité  qui  n'est  pas 
avouée  par  la  raison  paraît  sans  valeur.  La  raison  au  con- 
traire, invinciblement  appuyée  sur  sa  propre  force,  n'a  be- 
soin de  la  confirmation  d'aucune  autorité.  L'autorité  lé- 
gitime ne  me  paraît  être  que  la  vérité  découverte  par  la 
force  de  la  raison  et  transmise  par  les  Saints-Pères ,  pour 
l'utilité  des  générations  postérieures.  ' 


IL 


Il  ne  faut  pas  alléguer  les  opinions  des  Saints-Pères  . 
surtout  si  elles  sont  connues  de  beaucoup  de  gens ,  à  moins 
qu'il  n'y  ait  nécessité  de  fortifier  par  là  le  raisonnement 
auxyeuxdes  hommes  qui,  inhabiles  dans  le  raisonnement , 
cèdent  plutôt  A  l'autorité  qu'à  la  raison.  » 


'  De  divisume  naturœ.  L.   i  ,  p-  Sg. 
Ibid,  L.  4,  p.  i8t. 


d'histoire  moderne.  i65 


III. 


Le  salut  des  âmes  fidèle';  consiste  à  croire  ce  qu'on  a 
raison  d'affirmer  sur  le  principe  uni((ue  de  toutes  choses,  et 
à  comprendre  ce  qu'on  a  raison  de  croire.  ' 

IV. 

La  foi  n'est  autre  chose,  à  mon  avis,  qu'un  certain 
principe  duquel  commence  à  dériver,  dans  une  nature 
raisonnable,  la  connaissance  du  créateur.  ^ 


V. 


L'âme  en  elle-même  est  inconnue  ;  mais  elle  commence 
à  se  manifester,  à  elle-même  et  aux  autres ,  dans  sa  forme 
qui  est  la  raison.  3 


VL 


Je  ne  suis  pas  tellement  épouvanté  de  l'autorité,  je  ne 
redoute  pas  tellement  la  furie  des  esprits  peu  intelligens, 
que  j'hésite  à  proclamer  hautement  les  choses  que  démêle 
clairement  et  démontre  avec  certitude  la  raison;  ce  sont 
d'ailleurs  des  sujets  dont  il  ne  faut  traiter  qu'avec  les  sages, 
pour  qui  rien  n'est  plus  doux  à  entendre  que  la  vérité,  rien 


Ibid.  L.  2,  p.  61 
Ibid,  L.  1  ,  p.  4' 
Ibid.  L.  3,  p.  74. 


i66  COURS 

plus  délicieux  à  rechercher  quand  on  s'y  applique,  rien 
plus  beau  à  contempler  quand  on  la  trouve.  ' 

Jamais  philosophe ,  à  coup  sûr ,  n'a  plus  net- 
tement exprimé  le  caractère  rationeî  de  son  point 
de  dépari,  qui  est  celui  de  toute  philosophie.  Le 
dernier  passage  indique  même  clairement  que  la 
lutte  était  engagée  entre  ce  principe  et  celui  de 
l'autorité ,  et  que  Jean  n'hésitait  pas  à  la  soute- 
nir, le  dévoûment  à  la  vérité  et  à  la  liberté  s'y 
peint  en  quelques  mots  avec  une  pénétrante 
énergie. 

Il  va  plus  loin  et  indique  çà  et  là,  dans  le  cours 
de  son  livre,  quelques-uns  des  principes  de  la 
méthode  philosophique,  avec  une  précision  d'au- 
tant plus  remarquable  qu'il  la  viole  souvent  lui- 
même,  et,  comme  l'école  néoplatonicienne,  pro- 
cède souvent  tout  autrement  que  du  connu  à 
rinconnu,  et  par  la  voie  de  l'observation.  Voici 
quelques-uns  de  ces  textes  : 

YII. 

La  vraie  marche  du  raisonnement  peut  aller  de  l'étude 
naturelle  des  choses  sensibles, à  la  contemplation  pure  des 
choses  spirituelles  *. 


Ibid.  L.   1  ,  p.  39. 
Ibid.  L.  5,  p.  227. 


d'histoire  moderne.  167 

VIII. 

Si  nous  ne  voulons  pas  nous  étudier  et  nous  connaître 
nous-mêmes,  c'est  que  nous  ne  désirons  pas  de  nous  éle- 
ver à  ce  qui  est  au-dessus  de  nous,  c'est-à-dire  à  notre 
cause  ;  car  il  n'y  a  nulle  autre  voie  pour  parvenir  à  la  plus 
pure  contemplation  du  souverain  modèle  que  de  bien  re- 
garder son  image  qui  est  voisine  de  nous  '. 


IX. 


Bien  loin  d'être  de  peu  d'importance,  la  connaissance 
des  choses  sensibles  est  grandement  utile  à  l'intelligence 
des  choses  intelligibles.  Car  de  même  que,  par  les  sens, 
on  parvient  à  l'intelligence,  de  même,  par  la  créature  ,  on 
retourne  à  Dieu  '. 


L'esprit  scienlifique  ,  la  méthode  d'observa- 
tion et  d'induction  ne  sont-ils  pas  là  clairement 
opposés  à  l'esprit  théologique ,  à  la  méthode 
d'autorité  et  de  déduction  ? 

Dépassons  le  yestibule  de  la  philosophie;  en- 
trons dans  l'intérieur  même  du  temple.  L'affinité 
de  Jeau-le-Scot  avec  le  néoplatonisme  alexan- 


'//»/'/.  L.  5,  p.  268. 
'  Ibid.  L.  3,  p.  149. 


i68  COURS 

drin  n'y  éclatera  pas  moins.  Lui  aussi,  il  est 
essentiellement  panthéiste ,  et  n'hésite  pas  à  le 
dire ,  avec  tous  les  embarras ,  il  est  vrai ,  qui 
sont  inhérens  à  cette  doctrine,  et  la  condamnent 
à  l'incohérence,  à  l'absurdité,  dans  les  termes 
même  par  lesquels  elle  s'efforce  de  se  produire, 
mais  aussi  ouvertement ,  aussi  conséquemment 
(  si  le  mot  conséquence  peut  ici  s'employer)  que 
ses  plus  illustres  prédécesseurs. 


La  cause  de  toute?  choses,  qui  est  Dieu  ,  est  à  la  fois 
simple  et  multiple.  La  bonté  (l'essence)  divjne  se  répand, 
c'est-à-dire  se  multiplie  dans  toutes  les  choses  qui  exis- 
tent... et  ensuite,  par  les  mêmes  voies,  cette  même  bonté, 
se  dégageant  de  l'infinie  variété  des  choses  qui  existent . 
revient  se  concentrer  dans  l'unité  simple  qui  comprend 
toutes  choses ,  laquelle  est  en  Dieu  et  est  Dieu.  Ainsi  Dieu 
est  tout  et  tout  est  Dieu  '. 


XL 


De  même  qu'originairement  le  fleuve  tout  entier  dé- 
coule de  la  source,  et  que  l'eau,  qui  jaillit  d'abord  de  la 
source,  se  répand  toujours  et  sans  relâche  dans  le  lit  du 
fleuve  ,  quelle  que  soit  la  longueur  de  son  cours,  de  même 


Dedic.  ad.  s.  Ma.rhvi  scliol.  in  Gresoriumnazianz. 


D'insTomn:  modktine.  169 

la  bonté,  l'essence,  la  sagesse,  la  vie  divine,  et  tout  ce 
qui  est  dans  la  source  de  toutes  choses,  se  répand  d'abord 
dans  les  causes  premières,  et  les  fait  subsister,  passe  en- 
suite des  causes  premières  dans  leurs  effets  selon  un  mode 
ineffable,  et  par  des  degrés  non  interrompus,  circule 
ainsi  des  choses  supérieures  aux  choses  inférieures,  et 
retourne  enfin  à  sa  source  par  les  voies  les  plus  intimes 
et  les  plus  secrètes  de  la  nature  '. 

XII. 

Dieu,  qui  seul  est  vraiment,  est  l'essence  de  toutes 
choses,  comme  dit  Deaysl'aréopagite  :«  L'être  de  toutes 
«  choses  est  ce  qui  y  reste  de  la  divinité  ".  » 

XIII. 

Dieu  est  k  commencement ,  le  milieu  et  la  fin  :  le  com- 
mencement, parce  que  toutes  choses  viennent  de  lui  et 
participent  à  son  essence;  le  milieu,  parce  que  toutes 
choses  subsistent  en  lui  et  par  lui;  la  fin,  parce  que  toutes 
choses  se  meuvent  vers  lui  afin  d'atteindre  au  repos,  terme 
de  leur  mouvement,  et  à  la  stabilité  de  sa  perfection  \ 

XIV. 

Toutes  les  choses  qu'on  dit  être  sont  des  images  de  Dieu 


'  De  nat.  divis.  L.  5,  t.  4- 

'  Il>id.  L.  1 ,  c.  3. 

^  Ibid.  L.  1 ,  c.  12. 

29.  T.  m.  HiST.    MOD. ,  1829.  >4 


1  yo  Loui;s 

(  Theophaniœ  )....  tout  ce  qu'on  sent  et  comprend  n'est 
autre  chose  qu'une  apparition  de  ce  qu'on  ne  voit  point, 
une  manifestation  de  ce  qui  est  caché,...  une  voie  ouverte 
vers  l'intelligence  de  ce  qu'on  ne  comprend  point,  un  nom 
de  ce  qui  est  ineffable,  un  pas  vers  ce  qu'on  ne  peut  at- 
teindre  une  forme  de  ce  qui  n'a  point  de  forme,  etc- 

XV. 

On  ne  peut  rien  concevoir  dans  la  créature  si  ce  n'est  le 
Créateur  qui  seul  est  vraiment.  Rien,  hors  de  lui ,  ne  peut 
être  légitimement  qualifié  d'essentiel;  car  toutes  choses 
venant  de  lui,  ne  sont  rien  de  plus,  en  tant  qu'elles  sont, 
qu'une  certaine  participation  à  l'être  de  celui  qui  seul  ne 
vient  d'aucun  autre  et  subsiste  par  lui-même  '. 

XVI. 

Nous  ne  devons  pas  concevoir  le  Seigneur  et  la  créature 
comme  deux  êtres  distincts  l'un  de  l'autre,  mais  comme 
un  seul  et  même  être.  Car  la  créature  subsiste  en  Dieu  ; 
et  Dieu,  d'une  façon  merveilleuse  et  ineffable,  se  crée, 
pour  ainsi  dire,  dans  la  créature  où  il  se  manifeste,  d'invi- 
sible qu'il  est  se  rend  visible  ,  et  d'incompréhensible  com- 
préhensible 5. 

XVII. 

Tout  ce  que   l'âme  humaine,  par  son   intelligence   et 


'   Ibld.  L.  5,  c.  4. 
^  Idib.  L.  2  ,  c.  2. 
^Ibid.  L.  3,  c.  18 


DHISTOIRI';    MODERNE.  I7I 

dans  sa  raison,  connaît  de  Dieu  et  des  principes  des  choses, 
sons  la  forme  de  l'unité,  elle  le  perçoit  sous  la  forme  mul- 
tiple ,  et  par  les  sens ,  dans  les  effets  des  causes  . 

Quoique  je  n'aie  pas  l'ouvrage  complet  sous 
les  3'^eux ,  il  me  serait  aisé  de  multiplier  ces  cita- 
tions; mais  en  voilà  plus  qu'il  n'en  faut,  sans 
doute,  pour  établir  le  panthéisme  de  Jean  Eri- 
gène,  et  montrer  qu'il  était  bien  réellement, 
au  IX^  siècle,  quant  au  fond  des  idées  comme 
en  fait  de  méthode,  le  représentant  de  cette 
philosophie  alexandrin  e  ,  long -temps  l'adver- 
saire intellectuel  du  christianisme,  et  qui,  dès 
lelP  siècle,  avait  tenté,  sinon  de  se  concilier, 
du  moins  de  s'amalgamer  avec  la  théologie  nais- 
sante. 

Puisque  la  tentative  n'avait  pas  réussi  du  ï^  au 
V"  siècle ,  lorsque  le  néoplatonisme  alexandrin 
était  encore  accrédité  et  puissant ,  à  plus  forte 
raison  devait  elle  échouer  au  IX%  lorsque  l'an- 
cienne dc-ctrine  n'avait  plus  guère  pour  organe 
et  pour  défenseur  qu'un  philosophe  errant,  -fa- 
vori d'un  roi  sans  pouvoir.  Je  ne  reviendrai  pas 
sur  ce  que  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  dire,  dans 


Ihid. 


2, p. 


1^2  COURS 

notre  dernière  réuniou ,  de  la  clameur  qui 
s'éleva  contre  Jean-le-Scot  ;  elle  fut  aussi  géné- 
rale que  violente ,  et  nuisit  beaucoup  à  la  cause 
d'Hincmar  qui  Tavait  pris  pour  défenseur.  Jean 
l'avait  pourtant  bien  prévu,  et  s'était  efforcé  de 
prendre  à  ce  sujet  toules  ses  précautions.  On  lit 
en  tête  de  son  traité  sur  la  prédestination,  dédié 
à  Hincmar  : 


Dans  cet  opuscule  donc,  que  nous  avons  écrit  par  vos 
srdres  et  en  témoignage  de  votre  foi  orthodoxe,  adoptez 
et  attribuez  à  Tégiise  catholique  ce  que  vous  jugerez  vrai  ; 
repoussez  et  pardonnez -nous,  à  nous  simple  homme,  ce 
qui  vous  paraîtra  faux;  quant  à  ce  qui  semblera  douteux, 
croyez,  jusqu'à  ce  que  l'autorité  vous  enseigne  qu'il  faut 
le  repousser,  ou  le  tenir  pour  vrai  et  le  croire  toujours  '. 


Mais  la  précaution  ftit  vame  :  on  n'abuse 
point,  on  n'endort  point  des  adversaires  in- 
tellectuels. Non- seulement  une  foule  de  théo- 
logiens écrivirent  contre  le  philosoplie  ;  non-seu- 
lement des  conciles  le  condamnèrent  ;  la  ru- 
meur de  .ses  opinions  arriva  bientôt  à  Rome ,  et 
le  pape  Nicolas  I"  adressa  à  Charlesde-Chauve , 


Dediv.  Prœd.  prœf.  Ilec.  de  Mauguin ,  t.  i,  p.  iio. 


DHISTOIKE    MODEKKE.  lyS 

probablement  de  865  à  867  ,  une  lettre  conçue 
eu  ces  termes  : 

«  Il  a  été  rapporté  à  notre  apostolat  qu'un  certain  Joan, 
scot  (l'origine,  a  traduit  naguère,  en  latin,  l'ouvrage  que 
le  bienheureux  Denys  l'aréopagite  a  écrit  en  langue  grec- 
que, sur  les  noms  divins  et  les  ordres  célestes.  Ce  livre 
aurait  dû,  selon  l'usage,  nous  être  envoyé,  et  approuvé 
par  notre  jugement;  d'autant  plus  que  ce  Jean,  quoiqu'on 
le  vante  comme  d'une  grande  science,  n'a  pas  toujours, 
dit-on  de  toutes  parts,  sainement  pensé  sur  certains  sujets. 
Nous  vous  recommandons  donc  très  -  fortement  de  faire 
comparaître  devant  notre  apostolat  le  dit  Jean,  ou  du 
moins  de  pas  permettre  qu'il  demeure  plus  long- temps  à 
Paris,  dans  l'école  dont  il  passe  pour  être  depuis  long- 
temps le  chef,  afin  qu'il  ne  mêle  pas  plus  long-temps  l'i- 
vraie avec  le  froment  de  la  parole  sacrée,  et  qu'il  ne  donne 
pas  de  poison  à  ceux  qui  cherchent  du  pain  '.  » 

Il  y  a  grande  contestation,  entre  les  ërudits,  sur 
les  conséquences  qu'eut  pour  Jean  le  Scot  cette 
redoutable  attaque  :  selon  les  uns,  Charles-le- 
Cbauve,  après  l'avoir  quelque  temps  soutenu, 
fut  enfin  obligé  de  l'abandonner,  et  Jean  se  re- 
tira en  Angleterre,  où  régnait  alors  le  roi  Al- 


'  Recueil  du  P.  Mauguin,  I.  1,   p.  io5.  —  Koulay,  hist. 
Univ.  Paris,  t.  i,  p.  184. 


174  COURS 

fred  qui  l'accueillit  fort  bien ,  et  le  mit  à  la  tête  de 
l'école  d'Oxford. Cette  opinion  est  fondée  sur  nu 
passage  de  Matthieu  de  Westminster ,  chroni- 
queur anglais  du  XllP  siècle  ;  on  y  lit  sous  la  date 

de  883: 


Celte  année  vint  en  Angleterre  maître  Jean,  scot  d'o- 
rigine, homme  d'un  esprit  très-pénétrant  et  d'uneéloquence 
singulière.  Long -temps  auparavant,  ayant  quitté  sa  pa- 
trie, il  avait  passé  en  Gaule,  auprès  de  Charles-le-Chauve, 
et  reçu  par  lui  avec  grand  honneur,  avait  été  son  compa- 
gnon de  table  et  de  lit A  la  demande  du  même  roi ,  il 

traduisit  du  grec  en  latin  la  hiérarchie  de  Denys  l'aréopa- 
gite,  et  mit  au  jour  un  autre  livre  qu'il  intitula  :  -xifl  cçvs-tux 
fitfia-fji,ov ,  c'est-à-dire  de  la  division  de  ta  nature,  très- 
utile,  dit-il,  pour  résoudre  diverses  questions  presque  in- 
solubles. Il  faut  l'excuser  sur  certains  sujets  dans  lesquels 
il  s'est  écarté  de  la  route  des  Latins,  car  il  avait  surtout 
les  yeux  fixés  sur  les  Grecs.  Aussi  a-t-il  été  jugé  hérétique 
par  quelques-uns.  Un  certain  Florus  a  écrit  contre  lui  :  on 
ignore  quel  était  celui-ci,  et  il  a  condamné  les  écrits  de 
Jean,  en  les  dénaturant.  Il  y  a  en  effet  dans  ce  livre  beau- 
coup de  choses  qui,  si  on  ne  les  examine  avec  soin,  pa- 
raissent éloignées  de  la  foi  catholique.  (Il  parle  ici  de  la 
lettre  du  Pape  Nicolas  I")...  A  cause  de  cet  affront,  ce 
même  Jean  quitta  la  France  et  vint  en  Angleterre,  où, 
quelques  années  après,  il  fut  percé  de  coups  de  style 
par  les  écoliers  qu'il  instruisait,  et  mourut  dans  de  cruel- 
les douleurs. (Il  n'eut  quelque  temps  qu'une  humble  sé- 
pulture dans  la  basilique  de  saint  Laurent;  mais  un  rayon- 


D  HISTOIRE    MODERNE.  îyi^ 

du  leu  céleste  étant  venu  à  tomber  sur  celte  place,  les 
moines,  encouragés  par  de  tels  signes,  le  transportèrent 
dans  la  grande  église,  et  le  déposèrent  honorablement  à 
la  gauche  de  l'autel  '.  •> 

Une  foule  d'objections  s'élèvent  contre  ce  ré- 
cit d'un  chroniqueur  qui  vivait  plus  de   trois 
siècles  après  les  faits   dont   il  parle.  Il  paraît 
avoir  confondu  Jean-le-Scot  avec  un  autre  Jean, 
saxon  d'origine,  que  le  roi  Alfred  appela  en  effet 
du  continent,  vers  l'an  884  ,  pour  lui  donner  la 
direction  de  l'école  d'Oxford.  C'est  là  ce  que  rap- 
porte Asser,  biographe  contemporain  d'Alfred  , 
qui  ajoute  qu'en  8g5 ,  Jean   le  Saxon ,  devenu 
abbé  du  monastère  d'Ethelingay,  fut  tué  à  coups 
de  style  dans  une  émeute  de  moines,  et  que, 
comme  c'était  un  homme  très-fort ,  il  se  défendit 
longtemps.  Or,  en  896,  Jean-le-Scot  aurait  eu 
plus  d'8  80  ans  ;  il  n'eût  donc  pu  être  trh-for.\ 
ni  se  défendre  long -temps  contre  des  assassins. 
Les  détails  donnés    par  les    contemporains    lui 
sont  donc  absolument  inapphcables,  et  tout  le 
récit  de  son  retour  en  Angleterre  devient  fort 
douteux.  La  plupart  des  érudits  français  sou- 
tiennent au  contraire  qu'il  resta  en  France  et  y 


Recueil  de  Mauguin ,  t.  x,  p.  loG. 


ijCy  COURS 

mourut,  même  avant  Charles-le-Chauve ,  c'est- 
à-dire,  avant  877;  et  indépendamment  des  cir- 
constances que  je  viens  d'indiquer ,  leur  opi- 
nion semble  confirmée  par  une  lettre  d'Anastase., 
bibliothécaire  de  Rome,  au  roi  Charles,  écrite 
vers  876,  où  il  lui  parle  de  Jcan-I<'  ?cot  comme 
d'un  homme  qui  ne  vit  plus.  Des  témoignages 
contemporains  ont,  à  mon  avis,  plus  d'autorité 
que  celui  de  Matthieu  de  Westminster,  et  je 
suis  porté  à  me  ranger  à  ce  dernier  avis 

Quoiqu'il  en  soit,  le  mouvement  philosophi- 
que ,  que  Jean  avait  prolongé  ou  ranimé ,  tomba 
avec  lui.  Son  histoire  est  à  peu  près  la  dernière 
lueur  qui  atteste  la  présence  et  l'activité  du  néo- 
platonisme alexandrin  au  sein  du  christianisme. 
Là  se  terminent  toutes  les  tentalives  soit  de  com- 
bat, soit  d'amalgame  entre  ces  deux  grands  ad- 
versaires intellectuels.  A  partir  de  cette  époque, 
la  théologie  chrétienne  devint  de  plus  en  plus 
étrangère  à  l'ancienne  philosophie  ;  et  le  X''  siècle 
vit  naître  la  théologie  du  moyen  âge,  la  vraie  théo- 
logie ecclésiastique  ,  celle  que  devaient  enfanter 
les  croyances  et  l'Eglise  chrétiennes,  seules  et  li- 
bres dans  leur  développement. 

Jean-le-Scot  conserva  cependant  une  grande 
renommée,  et  je  rencontre,  auXlIP  siècle,  un  fait 
qui  l'atteste  hautement.  Il  paraît  qu'à  cette  épo- 


DHISTOIRE  MODERNE.  l'j-j 

que,  lorsque  la  grande  hérésie  des  Albigeois  vint 
à  éclater ,  ses  ouvrages ,  particulièrement  son 
traité  de  divisione  naturœ  et  sa  traduction  de 
Denys  l'aréopagitc,  étaient  connus  et  fort  ac- 
crédités dans  la  France  méridionale  ,  à  ce  point 
que  le  pape  Honorius  III  ordonna  qu'on  en  re- 
cherchât les  manuscrits  dans  toutes  les  biblio- 
thèques, et  qu'on  les  envoyât  à  Rome  pour  y 
être  brûlés.  Aucun  document ,  aucun  récit  ne 
rattache  ce  fait  à  l'histoire  de  Jean-le-Scot  lui- 
même  ,  et  je  suis  hors  d'état  de  suivre ,  du  IX' 
au  XIIP  siècle,  la  trace  de  ses  écrits  et  de  leur 
influence,  mais  le  fait ,  bien  qu'isolé ,  n'en  est  pas 
moins  certain  et  curieux. 

Je  vous  ai  retenus  long-temps  ,  Messieurs  , 
sur  la  vie  et  les  ouvrages  d'un  homme  bien  oublié 
aujourd'hui.  Mais  d'une  part,  c'était  justice  de 
remettre  à  son  rang  ce  ferme  et  grand  esprit ,  qui 
apparaît  comme  un  phénomène  au  milieu  de  son 
siècle;  de  l'autre ,  je  tenais  à  vous  montrer  que 
ce  phénomène  n'avait  rien  d'étrange ,  et  qu'en 
matit  re  de  philosophie  comme  de  législation  , 
l'ancienne  société  ,  la  société  gréco  -  romaine 
n'avait  pas  péri  aussi  complètement  ni  aussi 
promptemeut  qu'on  a  coutume  de  le  penser. 
Je  bornerai  là  le  tableau  de  l'état  intellec- 
tuel de  la  Gaule -Pratique   du  Vlll"  au  \r  slè- 

29.    ï.    m.    HIST.    MOD.,    1829.  i;") 


170  COURS 

cle;  et  dans  notre  prochaine  réunion,  qui  sera 
la  dernière ,  j'essaierai  de  résumer  tous  les  faits 
que  j'ai  mis  sous  vos  yeux  cette  année ,  et  de 
vous  retracer  rapidement  ce  cours  de  la  civi- 
lisation française  ,  sous  les  deux  premières 
races,  auquel  nous  venons  d'assister. 


D  HISTOIRE    MODERNE.  l'jg 


TRENTIEME    LEÇON. 


Résumé  général  de  ce  cours.  —  Étendue  et  variété  des  ma- 
tières. —  L'histoire  de  la  civilisation  est  à  ce  prix.  — 
Elle  résulte  de  toutes  les  histoires  spéciales.  —  Unité 
el  variété  de  la  vie  d'un  peuple.  — Trois  élémens essen- 
tiels de  la  civilisation  française  ,  l'antiquité  Gréco-Ro- 
maine, le  Christianisme,  la  Germanie.  —  i°.  De  l'élé- 
ment romain ,  du  V*.  au  X".  siècle.  —  Sous  le  point  de 
vue  social.  —  Sous  le  point  de  vue  intellectuel.  —  2°. 
De  l'élément  chrétien,  du  V®.  au  X*.  siècle.  —  Sous  le 
point  de  vue  social.  —  Sous  le  point  de  vue  intellec- 
tuel. —  3°.  De  l'élément  germain ,  du  V^  au  X\  siècle. 
—  Sous  le  point  de  vue  social.  —  Sous  le  point  de  vue 
intellectuel.  —  Deux  faits  principaux  caractérisent 
cette  époque  : —  1°.  La  prolongation  plus  ou  moins  ap- 
parente, mais  partout  réelle,  de  la  société  romaine  et 
de  son  influence.  —  2°.  La  fermentation  désordonnée  et 
indéterminée  des  divers  élémens  de  la  civilisation  mo- 
derne. —  Conclusion. 


Messieurs  , 

Nous  sommes  arrivés  au  terme  de  ce  cours. 
Je  voudrais  aujourd'hui  en  retracer  l'ensemble 
et  mettre  en  saillie  les  faits  principaux  ,  domi- 

5o.  T.  m.  HisT.  MOD.,   1829.  16 


l80  COURS 

nans  qui  me  paraissent  en  résulter ,  et  qui  ca- 
ractérisent ,  pendant  cetle  longue  époque  ,  l'his- 
toire de  notre  civilisation. 

J'ai  mis  sous  vos  yeux ,  en  commençant ,  le 
tableau  de  la  Gauleavant  l'invasion  germanique, 
à  la  fin  du  1V°  et  au  commencement  du  V*  siècle, 
sous  l'administration  romaine  :  nous  en  avons 
étudié  l'état  social  et  l'état  intellectuel ,  dans  la 
société  civile  et  dans  la  société  religieuse  \ 

La  Gaule  romaine  ainsi  connue,  je  vous  ai 
transportés  au-delà  du  Rhin  ;  j'ai  appelé  vos 
regards  sur  la  Germanie,  aussi  avant  l'invasion  , 
dans  l'originalité  de  ses  institutions  et  de  ses 
moeurs  \ 

Les  Germains  entrés  en  Gaule  ,  nous  avons 
examiné  quels  avaient  été  les  résultats  ,  soit  im- 
médiats ,  soit  probables ,  de  ce  premier  contact 
de  la  société  romaine  et  delà  société  barbare;  j'ai 
essayé  de  vous  faire  assister  au  spectacle  de  leur 
brusque  et  violent  rapprochement  \ 

Du  VP  siècle  au  milieu  du  VHP  ,  nous  avons 


Leçons  II- VI;  t.  i,  p.  39-248. 
Leçon  VII;  t.  1,  p.  249-289. 
Leçon  VIII;  t.  i,p.  288. 


D  HISTOIRE    MODERNE.  j8t 

suivi  l'amalgame  progressif  des  deux  sociétés. 
Dans  l'ordre  civil,  nous  avons  vu  naître  les  lois 
barbares ,  et  se  perpétuer  la  loi  romaine  :  je  me 
suis  appliqué  à  faire  bleu  connaître  le  caractère, 
en  général  mal  compris ,  à  mon  avis ,  de  ces  pre- 
miers rudimensde  la  législation  moderne'. Nous 
avons  passé  de  là  à  la  société  religieuse  ;  et  en  la 
considérant  dans  son  double  élément,  les  prê- 
tres et  les  moines ,  le  clergé  séculier  et  le  clergé 
régulier,  nous  nous  sommes  rendu  compte  et 
de  ses  rapports  avec  la  société  civile,  et  de  son 
organisation  propre,  intérieure*. 

Telle  a  été  notre  marche ,  du  VI*  au  VHP  siè- 
cle, dans  l'histoire  de  l'état  social  :  mais  nous 
avions  aussi  à  étudier  l'état  intellectuel  de  la 
Gaule-Franque  à  la  même  époque  ;  nous  l'avons 
cherché  dans  la  littérature  profane  et  dans  la  lit- 
térature sacrée;  nous  avons  essayé  de  démêler 
leur  caractère  distinctif  et  leur  influence  récipro- 
que ^ 

Nous  sommes  ainsi  arrivés  à  la  grande  crise 
qui  signale  le  milieu  tlu  VÏU*  siècle,  à  la  chute 


'  Leçons  IX-XI;  t.  i,  p.  52 1 -4 18 

»  Leçons  XII-XV;  t.  1,  p.  419-452;  t.  2  ,  p. 

'  Leçons  XVI-XVIII;  t.  2,  p,  n5-224. 


103  COURS 

des  rois  Mérovingiens  et  à  l'aTèneinent  des 
Carloviugiens  ;  j'ai  tenté  de  caractériser  cette 
révolution  et  d'en  assigner  les  véritables  causes'. 

La  révolution  Carlovin<iienne  une  fois  Lien 
comprise ,  le  règne  de  Charlemagne  nous  a  spé- 
cialement occupés;  je  l'ai  considéré  dans  les 
événemens  proprement  dits ,  dans  ses  lois  ;  dans 
son  action  sur  les  esprits.  J'ai  désiré  surtout  bien 
distinguer  ce  qu'il  avait  tenté  et  ce  qu'il  avait 
effectivement  accompli,  ce  qui  avait  péri  avec 
lui  et  ce  qui  lui  avait  survécu  '. 

Cbarlemagne  mort,  la  rapide  dissolution  de 
son  vaste  empire  nous  a  frappés  ;  nous  avons  tâcbé 
de  nous  en  rendre  compte,  de  bien  connaître  soit 
la  marche ,  soit  les  causes  de  ce  phénomène  ;  nous 
l'avons  suivi  d'une  part  dans  les  événemens,  de 
l'autre,  dans  les  lois;  nous  avons  assisté  à  la  ré- 
volution politique  et  à  la  révolution  législative 
qui,  de  la  mort  de  Charlemagne  à  l'avènement 
de  Hugues-Capet ,  ont  amené  le  régime  féodaP. 
A  cette  histoire  de  la  société  civile,  du  milieu 
du  VIll"  à  la  fin  du  X*  siècle ,  vous  avez  vu 
succéder  l'histoire  de  la  société  religieuse ,  à  la 

'  Leçon  XIX  ;  t.  2  ,  p.  225-260. 

*  Leçons  XX-XXIII;  t.  2,  p.  261-422. 

^  Leçons  XXIV-XXV;  1.  y,,  p.  425-455;  1.  7>,  p.  1-28. 


d'histoire  moderne.  i85 

même  époque,  c'est-à-dire  l'histoire  de  l'église 
Gallo  -  Franque ,  considérée  d'abord  en  elle- 
même  ,  dans  son  existence  nationale ,  ensuite  au- 
dehors,  dans  ses  relations  avec  le  gouvernement 
de  l'Église  universelle,  c'est-à-dire  la  papauté'. 

Enfin ,  toujours  iidèles  à  l'idée  essentielle  de 
la  civilisation,  toujours  attentifs  à  la  considérer 
sous  sa  double  face,  dans  la  société  et  dans  rame 
humaine,  l'état  intellectuel  de  la  Gaule-Franque, 
du  VHP  au  X*  siècle,  a  été  notre  dernière  étude. 
Nous  avons  vu  la  ])hilosophie  ancienne  expirer, 
et  naître  la  diéologie  ecclésiastique  :  nous  avons 
détermmé  avec  quelque  précision  l'élément  pro- 
fane et  l'élément  sacré,  qui  ont  concouru  au  mo- 
derne développement  de  l'esprit  humain'. 

Telle  est ,  Messieurs ,  la  vaste  carrière  que 
nous  avons  parcourue  ;  telle  est  l'immense  va- 
riété des  objets  qui  ont  passé  sous  vos  yeux. 

Certes,  ce  n'est  pas  arbitrairement  ni  par  fan- 
taisie que  je  vous  ai  promenés  dans  un  si  grand 
espace,  vous  faisant  ainsi  changer  continuelle- 
ment de  point  de  vue  et  de  sujet.  La  nature  même 
de  notre  étude  l'exigeait  impérieusement  ;  l'his- 
toire de  la  civilisation  est  à  ce  prix. 

'  Leçons  XXVI-XXVII;  t.  3,  p.  29-93. 

'  Leçons  XXVIIl-XXIX,  t.  5,  p.  90—178. 


ï84  COURS 

Cette  histoire.  Messieurs,  est  une  œuvre  nou- 
velle, à  peine  ébaucliée.  Le  XVUI^  siècle  en  a 
le  premier  conçu  l'idée,  et  c'est  de  notre  temps, 
sous  nos  yeux,  que  nous  en  voyons  commencer 
le  véritable  accoiiiplissement.  Ce  n'est  pas  d'au- 
jourd'hui cependant  qu'on  étudie  l'histoire  ;  et  on 
a  étudié  non-seulement  les  faiis,  mais  aussi  leur 
enchaînemeni  et  leurs  causes;  les  philosophes 
ont  travaillé  dans  ce  champ  comme  les  érudits. 
Mais  jusqu'à  nos  jours,  on  peut  le  dire,  les  élu- 
des historiques,  philosophiques  aussi  bien  qu'é- 
f  udites ,  ont  été  spéciales  ,  bornées  ;  on  a  écrit 
des  histoires  politiques ,  législatives,  religieuses, 
littéraires;  de  savantes  recherches  ont  été  faites, 
de  brillantes  considérations  ont  été  présentées 
sur  la  destinée  et  le  développement  des  lois ,  des 
mœurs,  des  sciences,  des  lettres,  des  arts,  de  tou- 
tes  les  œuvres  de  l'activité  humaine  ;  on  ne  les  a 
point  considérées  ensemble,  d'une  seule  vue,  dans 
leur  union  intime  et  féconde.  Et  quand  même  on 
a  tenté  de  saisir  les  résultats  généraux ,  quand 
même  on  a  voulu  se  former  une  idée  complète 
du  développement  de  l'humanité,  c'est  sur  une 
base  toute  spéciale  qu'on  a  élevé  l'édifice.  Le 
Discours  sur  l'histoire  universelle  et  V Esprit 
des  lois  sont  de  glorieux  essais  d'histoire  de  la 
civilisation  ;  mais   qui   ne  voit   que  Bossuet  l'a 


d'histoire  moderne.  i85 

presque  exclusivement  cb.erchëe  dans  l'histoire 
des  croyances  religieuses,  Montesquieu  dans  celle 
des  instil  utions  politiques  ?  Ces  deux  grands  génies 
ont  ainsi  borné  leur  horizon.  Que  dire  des  esprits 
d'un  ordre  inférieur?  Evidemment,  érudile  ou 
philosophique,  l'histoire  jusqu'ici  n'a  jamais  été 
vraiment  générale;  elle  n'a  jamais  suivi  simulta- 
nément l'homme  dans  toutes  les  carrières  où  son 
activité  s'est  déployée.  A  cette  seule  condition 
cependant  l'histoire  de  la  civilisation  est  pos- 
sible :  elle  est  le  résumé  de  toutes  les  histoires  ; 
il  les  lui  faut  toutes  pour  matériaux ,  car  le  fait 
qu'elle  raconte  est  le  résumé  de  tous  les  faits. 
Variété  immense  ,  sans  doute  :  ne  croyez  cepen- 
dant pas,  Messieurs,  que  l'unité  y  périsse.  11  y 
a  de  l'unité  dans  la  vie  d'un  peuple ,  dans  la  vie  du 
genre  humain  ,  comme  dans  celle  d'un  homme; 
mais,  de  même  qu'en  fait,  toutes  les  circonstances 
de  la  destinée  et  de  l'activité  d'un  homme  con- 
courent à  former  son  caractère,  qui  est  un  et 
identique  ,  de  même  l'unité  de  l'histoire  d'un 
peuple  doit  avoir  pour  base  toute  la  variété  de 
son  existence ,  et  de  son  existence  tout  entière. 
C'est  donc  bien  par  nécessité,  Messieurs,  et  con- 
duitspar  la  nature  même  de  notre  sujut ,  que  nous 
avonsparcourul'histoirepolitique,  ecclésiastique, 
législative,  philosophique,  littéraire  ,  de  la  Gaule- 


l86  COURS 

Franque,  du  V*  au  X'  siècle;  si  nous  sommes 
arrivés  à  quelques  résultats  précis  et  positifs,  c'est 
à  cette  méthode  que  nous  les  devons.  Vous  avez 
pu  remarquer  surtout  quelle  vive  lumière  jaillis- 
sait à  nos  yeux  du  rapprocbemeut  continuel  de 
la  société  civile  et  de  la  société  religieuse ,  in- 
compréhensibles l'ime  et  l'autre  si  ou  les  laisse 
séparées. 

Essayons  maintenant ,  Messieurs  ,  de  bien  re- 
connaître ces  résultats  que  nous  avons  obtenus  , 
je  crois  ,  avec  quelque  certitude  ;  essayons  de 
déterminer  quel  avait  été  le  point  de  départ 
de  la  civilisation  en  Gaule  au  V'  siècle  ,  et  à 
quel  point  elle  était  arrivée  à  la  fin  du  X'. 

Vous  savez  que  les  élémens  fondamentaux , 
essentiels  ,  de  la  civilisation  moderne  en  géné- 
ral ,  et  en  particulier  de  la  civilisation  française , 
se  réduisent  à  trois  :  le  monde  romain ,  le  monde 
chrétien  et  le  monde  germanique  ;  l'antiquité, 
le  christianisme  et  la  barbarie.  Voyons  quelle 
transformation  subirent ,  du  V  au  X'  siècle  ,  ces 
trois  éîémens  ,  ce  qu'ils  étaient  devenus  à  celte 
dernière  époque ,  ce  qui  en  restait  dans  la  civi- 
lisation d'alors. 

I.  Je  commence  par  l'élément  romain  :  je  veux 
faire  entrevoir  ce  que  le  monde  romain  a  fourni 
à  la  France ,  sous  le  point  de  vue  social  et  sous  le 


d'histoire  MODEIINE.  187 

])oint  de  vue  inlellectuel  ;  il  faut  que  nous  sa- 
chions ce  qui  en  restait ,  au  X"  siècle ,  dans  la 
société  et  dans  les  esprits. 

Sous  le  premier  point  de  vue ,  je  veux  dire  l'in- 
fluence de  la  société  romaine  sur  la  société  gallo- 
franque,  du  V*'  au  X"  siècle,  il  est  résulté  de  tou- 
tes nos  recherches  que  le  monde  romaiu ,  eu  se 
dissolvant ,  léeua  à  l'avenir  les  débris  de  trois 
grands  faits  :  1°  le  pouvoir  central  et  unique, 
l'empire, la  royauté  absolue;  2°  l'administration 
impériale,  le  gouvernement  des  provinces  par 
des  délégués  du  pouvoir  central  ;  3°  le  régime 
municipal ,  mode  primitif  d'existence  de  Rome 
et  de  la  plupart  des  pays  qui  avaient  successive- 
ment formé  l'empire  romain. 

Par  quelles  vicissitudes,  du  V'  au  X*  siècle, 
avons-nous  vu  passer  ces  trois  faits? 

1°  Quant  au  pouvoir  central,  unique  et  souve- 
rain ,  il  périt,  vous  le  savez,  dans  l'invasion  :  en 
vain  quelques-uns  des  premiers  rois  barbares  es- 
sayèrent de  le  ressaisir  et  de  l'exercer  à  leur  pro- 
fit; ils  y  échouèrent  ;  le  despotisme  impérial  était 
une  arme  trop  savante  pour  leurs  grossières 
mains.  A  la  chute  des  Mérovingiens  ,  Charlema- 
gue  tenta  de  la  reprendre  et  de  la  manier  3  la  ten- 
tative eut  un  succès  momentané  ;  le  pouvoir 
central  reparut  :  mais  après  Charlemagne  comme 


i88  COURS 

après  la  première  invasion ,  il  se  brisa  et  se  perdit 
dans  le  chaos.  Rien  à  coup  sûr  ne  ressemblait 
moins  au  pouvoir  impérial  que  la  royauté  de 
Hugaes-Capet.  Quelque  souvenir  cependant  en 
demeurait  dans  les  esprits.  L'Empire  avait  laissé 
des  traces  profondes.  Les  noms  d'Empereur,  d'au- 
torité impériale ,  de  Majesté  souveraine ,  avaient 
encore  une  certaine  vertu,  rappelaient  un  certain 
type  de  gouvernement;  ce  n'était  plus  que  des 
mois,  mais  des  mots  encore  puissans,  capables 
de  rentrer  dans  les  faits,  quand  en  viendrait  l'oc- 
casion. C'est  dans  cet  état  que  se  présente,  à  la  fin 
du  X^ siècle,  ce  premier  legs  du  monde  romain. 
2."  L'administration  impériale  passa  à  peu  près 
par  les  mêmes  vicissitudes;  les  chefs  barbares 
essayèrent  aussi  de  se  l'approprier  et  n'y  réussi- 
rent pas  mieux.  Ce  mode  de  gouvernement  des 
diverses  parties  de  l'Etat  était  trop  compliqué  , 
trop  régulier  ;  il  exigeait  le  concours  d'un  trop 
grand  nombre  d'agens,  et  des  intelHgences  trop 
développées;  la  machine  administrative  de  l'em- 
pire se  détraqua  promptcment,  si  je  puis  ainsi 
parler,  entre  les  mains  de  ses  nouveaux  maîtres. 
Charlemagne  tenta  de  lui  rendre  l'ordre  et  le 
mouvement;  c'était  la  conséquence  nécessaire 
de  la  résurrection  du  pouvoir  central;  et,  par 
une  conséquence  analogue  ,  avec  le  pouvoir  cen- 


d'histoire  moderne.  189 

tral  de  Cliarlemagne  ])érit  également  l'admini»- 
tration  provinciale  qu'il  avait ,  tant  bien  que  mal, 
reconstituée.  Cependant ,  après  la  complète  dis- 
solution du  nouvel  empire ,  lorsque  le  régime 
féodal  eut  prévalu ,  lorsque  les  propriétaires  de 
fiefs  eurent  remplacé  les  anciens  délégués  du 
souverain ,  il  resta ,  dans  la  pensée  du  peuple  et 
des  possesseurs  de  fiefs  eux-mêmes ,  quelque  sou- 
venir de  leur  origine.  Cette  origine,  j'ai  eu  soin 
devons  l'indiquer,  avait  élé  double;  les  fiefs 
étaient  nés,  d'une  part,  des  bénéfices  ou  terres 
concédées ,  soit  par  le  souverain,  soit  par  d'autres 
chefs;  d'autre  part,  des  offices  ou  charges  des 
ducs,  comtes,  vicomtes,  centeniers,  etc.  c'est- 
à-dire  des  olficicrs  investis  par  le  souverain  de 
l'administration  locale.  Or  cette  seconde  origine 
ne  fut  pas  absolument  effacée  :  on  se  souvint  va- 
guement que  ces  seigneurs,  maintenant  souve- 
rains ou  à  peu  près ,  avaient  été  autrefois  les  dé- 
légués d'un  plus  grand  souverain  ;  qu'ils  avaient 
représenté  un  pouvoir  général ,  supérieur;  qu'au 
lieu  d'être  alors  propriétaires  pour  leur  compte 
de  la  souveraineté  comme  de  la  terre,  ils  n'étaient 
que  des  magistrats,  des  administrateurs  au  nom 
d'autrui,  et  qu'une  portion  de  cette  souveraineté, 
qu'ils  possédaient,  pouvait  bien  avoir  été  usur- 
,pée  sur  ce  maître  unique,  éloigné ,  qu'on  ne  con- 


igo  COURS  / 

naissait  plus.  Cette  idée  que  nous  retrouvons  dans 
tout  le  cours  de  notre  histoire ,  qui  a  été  la  théo- 
rie favorite  des  jurisconsultes  et  des  publicistes 
bourgeois,  estévidemmentundébrisdeFancienne 
administration  romaine,  un  retentissement  qui 
avait  survécu  à  la  ruine  de  cette  vaste  et  savante 
hiérarchie.  C'est  là  tout  ce  qu'on  en  aperçoit 
encore  à  la  lin  du  X^  siècle j  mais  un  puissant 


er 


me  de  vie  était  caché  dans  ce  souvenir. 


O' 


Le  troisième  fait  que  le  monde  romain  a 
légué  au  monde  moderne  est  le  régime  munici- 
pal. Vous  savez  quel  était,  à  Jaliu  du  X*  siècle  , 
l'état  des  villes,  dans  quelle  dépopulation,  quel 
apauvrissement ,  quelle  détresse  elles  étaient 
tombées.  Cependant ,  ce  qui  y  restait  encore 
d'administration  intérieure  ,  surtout  dans  la 
Gaule  méridionale ,  était  Romain  d'origine  ;  il 
y  avait  là  quelque  ombre  de  la  curie ,  des  con- 
suls ,  duumvirs ,  et  autres  anciens  magistrats 
municipaux.  Le  droit  romain  présidait  aux 
actes  de  la  vie  civile,  donations,  testamens  , 
contrats,  etc.  Les  magistrats  municipaux,  dé- 
pouillés de  leur  importance  politique,  étaient 
devenus,  en  quelque  sorte,  de  simples  notaires 
qui  enregistraient  lesactes  civils  et  en  rédigeaient, 
en  conservaient  les  monumeus.  Un  nouveau 
régime  municipal ,  de  principes  et  de  caractère 


d'histoire  moderne.  191 

différens,  le  régime  des  communes  du  moyen 
âge,  devait  s'élever  sur  ces  déijris  de  la  municipa- 
lité romaine  ;  mais  il  commençait  à  peine  à  poin- 
dre ;  et  en  général ,  tout  ce  qu'on  peut  démêler 
au  X'  siècle  d'existence  et  d'administration  dis- 
tincte dans  les  villes,  est  romain. 

Voyons  maintenant  ce  qui  restait  de  l'anti- 
quité gréco-romaine  sous  le  point  de  vue  intel- 
lectuel ,  ce  qu'en  tenaient  encore  les  esprits  du 
X*  siècle.  Je  ne  puis  entrer  ici  dans  aucun 
détail  ;  je  ne  songe  point  à  chercher  ,  soit  dans 
les  dogmes  tliéoiogiques  ,  soit  dans  les  opinions 
populaires  de  ce  temps  ,  lesquelles  se  ratta- 
chaient à  la  philosophie  et  aux  opinions  ro- 
maines ;  je  ne  veux  que  caractériser  ,  dans  ses 
traits  les  plus  généraux ,  l'héritage  intellectuel 
que  nous  a  légué  la  société  ancienne  et  son  état 
à  la  fin  du  X'  siècle. 

Un  fait  immense ,  et  beaucoup  trop  peu  re- 
marqué ,  à  mon  avis  ,  me  frappe  d'abord  ;  c'est 
que  le  principe  de  la  liberté  de  penser  ,  le  prin- 
cipe de  toute  philosophie ,  la  raison  se  prenant 
elle-même  pour  point  de  départ  et  pour  guide, 
est  une  idée  essentiellement  fille  de  l'antiquité , 
une  idée  que  la  société  moderne  tient  de  la 
Grèce  et  de  Rome.  Nous  ne  l'avons  évidemment 
reçue  ni  du  Christianisme  ,  ni  de  la  Germanie , 


192  COURS 

car  elle  n'était  conlenue  ni  dans  l'un  ni  dans 
l'autre  de  ces  élëmens  de  notre  civilisation.  Elle 
était  puissante  au  contraire  ,  dominante  dans  la 
civilisation  gréco-romaine  :  c'est  là  sa  véritable 
origine  5  c'est  là  le  legs  le  plus  précieux  qu'ait 
fait  l'antiquité  au  monde  moderne  ;  legs  qui  n'a 
jamais  été  absolument  suspendu  et  sans  valeur, 
car  vous  avez  vu  l'idée  mère  de  la  philosophie , 
le  droit  de  la  raison  à  partir  d'elle  -  même  , 
animant  les  ouvrages  et  la  vie  de  Jean-le-Scot , 
et  le  principe  de  la  liberté  de  la  pensée  debout 
encore  ,  au  ÏX"  siècle  ,  en  iace  du  principe  de 
l'autorité. 

Un  second  legs  intellectuel  de  la  civilisation 
romaine  à  la  nôtre  ,  c'est  l'ensemble  des  beaux 
ouvrages  de  l'antiquité.  Malgré  Fignorance  gé- 
nérale ,  malgré  la  corruption  de  la  langue ,  la 
littérature  ancienne  s'est  toujours  présentée  aux 
esprits  comme  un  digne  objet  d'étude  ,  d'imita- 
tion ,  d'admiration ,  comme  le  type  du  beau.  L'in- 
fluence de  cette  idée  fut  immense ,  vous  le  savez, 
du  XIV'  au  XVP  siècle  ;  elle  n'a  jamais  complète- 
ment péri,  et  aux  VUI%  IX' et  X"  siècles ,  nous 
l'avons  rencontrée  à  chaque  pas. 

L'esprit  philosophique  et  l'esprit  classique, 
le  principe  de  la  liberté  de  la  pensée  et  le  mo- 
dèle du  beau,  c'est  là,  Messieurs,  ce  que  le  monde 


d'histoire  moderne.  iga 

romaiu  a  transmis  au  monde  moderne  ,  ce  qui 
lui  survivait  encore  dans  l'ordre  intellectuel ,  à 
la  lin  du  X'  siècle. 

II.  Je  passe  à  IV'lément  chrétien;  je  veux  sa- 
voir quel  était,  à  cette  époque,  son  état,  et  ce 
qu'il  avait  fait. 

Vous  avez  suivi ,  du  V'  au  X"  siècle ,  les  vicis- 
situdes de  la  société  chrétienne  ;  vous  avez  en- 
trevu dans  son  berceau  l'origine  ,  le  modèle  de 
tous  les  modes  d'organisation  ,  de  tous  les  sys- 
tèmes qui  se  sont  présentés  plus  tard;  vous  y  avez 
reconnu  les  principes  démocratique ,  aristocra- 
tique ,  monarchique  ;  vous  avez  vu  le  peuple 
laïque,  t;;nlôt  associé  au  peuple  ecclésiastique, 
Tantôt  exclu  de  toute  participation  au  pouvoir, 
toutes  les  combinaisons  d'organisation  sociale  re- 
ligieuse, en  un  mol,  se  sont  offerte,  à  vos  yeux. 
Dans  le  cours  de  l'époque  que  nous  avons  étu- 
diée, le  régime  aristocratique  prévalut  ;  l'épisco- 
pat  devint  bientôt  le  pouvoir  dominant  et  pres- 
que unique.  A  la  fin  du  X'  siècle ,  la  papauté 
s'était  élevée  au  dessus  de  l'épiscopat ,  le  principe 
monarchique  surmontait  le  principe  aristocrati- 
que; sous  le  point  de  vue  social,  l'état  de  l'Église 
se  réduisait  donc  alors  à  ces  deux  faits  :  prépon- 
dérance de  l'Eglise  dans  l'État ,  prépondérance 
de  la  papauté  dans  l'Église.  Ce  sont  là  les  résul- 


ïg4  COURS 

tats  qu'à  cette  époque  on  peut  regarder  comme 

consommés. 

Sous  le  point  de  vue  intellectuel ,  il  est  plus 
difficile  et  encore  plus  important  de  se  rendre 
compte  de  ce  qu'avait  déjà  fourni  l'élément 
chrétien  à  la  civilisation  moderne.  Permettez 
qu'ici  je  remonte  un  peu  haut,  et  que  je  compare 
un  moment  ce  qui  s'était  passé  dans  l'antiquité 
avec  ce  qui  se  passa  dans  la  société  chrétienne. 

L'ordre  spirituel  et  l'ordre  temporel,  la  pensée 
humaine  et  la  société  humaine ,  s'étalent  déve- 
loppés chez  les  anciens  parallèlement  plutôt 
qu'ensemble,  non  sans  une  intime  correspon- 
dance, mais  sans  exercer  l'un  sur  l'autre  une 
influence  prompte  et  directe.  Je  m'explique. 
Sans  parler  des  premiers  temps  de  la  philosophie 
et  en  la  prenant  dans  l'époque  de  sa  plus  brillante 
gloire,  Platon,  Aristote  et  la  plupart  des  philoso- 
phes ,  soit  de  l'antiquité  grecque,  soit  plus  tard 
de  l'antiquité  gréco-romaine,  pensaient  en  pleine 
liberté  ,  ou  à  peu  près.  L'Etat,  la  politique  ,  n'in- 
tervenaient guères  dans  leurs  travaux  pour  les 
gêner,  pour  leur  imprimer  telle  ou  telle  direc- 
tion. Eux,  à  leur  tour,  se  mêlaient  assez  peu  de 
politique  ,  s'inquiétaient  assez  peu  d'exercer ,  sur 
la  société  au  milieu  de  laquelle  ils  vivaient ,  une 
influence  immédiate  et  décisive  :  sans  doute  ils 


d'histoire  moderne.  1^5 

exerçaient  cette  influence  indirecte  ,  éloignée  , 
qui  appartient  à  toute  grande  pensée  humaine 
jetée  au  milieu  des  hommes  ;  mais  l'action  ,  l'in- 
fluence directe  de  la  pensée  sur  les  faits  extérieurs, 
de  l'intelligence  pure  sur  la  société,  les  philoso- 
phes anciens  n'y  prétendaient  guère  ;  ils  n'étaient 
pas  essentiellement  réibrmateurs  )  ils  n'aspiraient 
à  gouverner  ni  la  conduite  privée  des  hommes , 
ni  la  société  en  général.  Le  caractère  dominant , 
en  un  mot ,  du  développement  intellectuel  dans 
l'antiquité,  c'est  la  liberté  de  la  pensée  et  son  dé- 
sintéressement pratique;  c'est  un  développement 
essentiellement  rationel ,  scientifique.   Avec  le 
triomphe  du  Christianisme  dans  le  monde  ro- 
main ,  le  cai^actère  du  développement  intellec- 
tuel changea  :  ce  qui  était  philosophie  devint 
religion  ;   la   philosophie   alla   s'affaiblissant  de 
plus  en  plus  ;  la  religion  envahit  l'intelligence  ; 
la  forme  de  la  pensée  fut  essentiellement  re- 
ligieuse. Elle  prétendit  dès-lors  à  beaucoup  plus 
de  pouvoir  sur  les  affaires  humaines;  le  but  de  la 
pensée,    dans  la  religion,   est   essentiellement 
pratique;  elle  aspire  à  gouverner  les  individus, 
souvent  même  la  société.  L'ordre  spirituel  conti- 
nua, il  est  vrai,  d'être  séparé  de  l'ordre  temporel  ; 
le  gouvernement  des  peuples  ne  fut  pas  directe- 
ment et  pleinement  rerais  au  clergé  ;  la  société 
3o.   T.  iii.   nisT.  MOD.,   iSag.  ir 


igG  COURS 

laïque  et  la  société  ecclésiastique  se  développèrent 
chacune  pour  son  compte.  Cependant  l'ordre 
spirituel  pénétra  beaucoup  plus  avant  dans  l'or- 
dre temporel  qu'il  n'était  arrivé  dans  l'antiquité; 
et  tandis  que  la  liberté  delà  pensée  ,  son  activité 
purement  scientifique  avait  été ,  dans  la  Grèce 
et  à  Rome ,  le  caractère  dominant  du  dévelop- 
pement intellectuel,  l'activité  pratique,  la  pré- 
tention à  la  puissance,  fut  le  caractère  dominant 
du  développement  intellectuel  chez  les  peuples 
chrétiens. 

De  là  résulta  un  autre  changement ,  qui  ne  fut 
pas  de  moindre  importance.  A  mesure  que  la 
pensée  humaine ,  sous  la  forme  religieuse ,  pré- 
tendit à  plus  de  pouvoir  et  sur  la  conduite  des 
hommes  et  siu'  le  sort  des  Etats  ,  elle  perdit  de  sa 
liberté.  Au  lieu  de  reslerouverteetlivréeàla  con- 
currence ,  comme  chez  les  anciens ,  la  société  in- 
tellectuelle fut  organisée,  gouvernée  ;  au  lieu  des 
écoles  philosophiques,  il  y  eut  une  église.  Ce  fut 
au  prix  de  son  indépendance  que  la  pensée 
acheta  l'empire  ;  elle  ne  se  développa  plus  en  tous 
sens  et  selon  sa  pure  impulsion  ;  mais  elle  agit 
puissamment,  immédiatement,  sur  les  hommes 
et  les  sociétés. 

Ce  fait  est  grave ,  Messieurs  ;  il  a  exercé  sur 
l'histoire  de   l'Europe   moderne  une  influence 


d'histoire     iMODERNE.  197 

décisive,  si  décisive  qu'elle  subsiste  et  s'exerce 
eucore  de  nos  jours,  au  milieu  de  nous.  La  forme 
religieuse  a  cessé  de  dominer  exclusivement  dans 
la  pensée  buiixaine;  le  développement  scientifi- 
que,  rationel  ,  a  recommencé;  et  pourtant 
qu'est-il  arrivé?  Les  philosophes  ont-ils  cru, 
out-ils  voulu  faire  de  la  science  pure,  comme 
ceux  de  l'autiquilé  ?  Non  :  la  raison  humaine  as- 
pire aujourd'hui  à  gouverner  les  sociétés,  à  les 
réformer  selon  ses  conceptions,  à  régler  le  monde 
extérieur  d'après  des  principes  généraux;  c'est-à- 
dire  que  la  pensée ,  redevenue  philosophique , 
a  conservé  les  prétentions  qu'elle  avait  sous  sa 
forme  religieuse;  la  philosophie  aspire  à  faire  ce 
qu'a  fait  la  religion  ;  avec  cette  immense  diffé- 
rence, il  est  vrai,  qu'elle  veut  allier  la  liberté  de 
la  pensée  et  sa  puissance ,  et  qu'au  moment  où 
elle  essaye  de  s'emparer  des  sociétés  ,  de  les  gou- 
verner, de  placer  le  pouvoir  aux  mains  de  Tin- 
teiligence  ,  elle  ne  veut  pas  que  l'intelligence  soit 
organisée,  ni  soumise  à  des  formes  et  à  un  joug 
légal.  L'alliance  de  la  liberté  intellectuelle,  telle 
qu'elle  a  brillé  dans  l'antiquité,  et  de  la  puissance 
intellectuelle  telle  qu'elle  s'est  déployée  dans  les 
sociétés  chrétiennes  ,  c'est  là  le  grand  caractère  , 
le  caractère  original  de  la  civilisation  moderne  ; 
et  c'est  sans  aucun  doute  au  sein  de  la  révolution 


tgS  COURS 

accomplie  parle  christianisme  dans  !es rapports 
de  l'ordre  spirituel  et  de  l'ordre  temporel ,  delà 
pensée  et  du  monde  extérieur,  que  cette  révolu- 
tion nouvelle  a  pris  son  origine  et  son  premier 
point  d'appui. 

A  l'époque  à  laquelle  nous  nous  sommes  ar- 
rêtés, à  la  fin  du  X^  siècle,  le  double  fait  qui 
caractérise  la  première  révolution ,  je  veux  dire 
l'abdication  de  la  liberté  de  l'intelligence  hu- 
maine et  l'accroissement  de  sa  puissance  sociale, 
était  déjà  consommé.  Dès  le  X""  siècle ,  vous  voyez 
la  société  spirituelle  prétendre  au  gouvernement 
de  la  société  temporelle ,  c'est-à-dire ,  proclamer 
que  la  pensée  a  droit  de  gouverner  le  monde; 
et ,  en  même  temps ,  vous  voyez  la  pensée  sou- 
mise aux  règles,  au  joug  de  l'Eglise,  organisée 
suivant  certaines  lois.  Ce  sont-là  les  deux  résul- 
tats les  plus  considérables  des  vicissitudes  que 
l'ordre  intellectuel  a  subies  du  V'  au  X'  siècle , 
les  deux  faits  principaux  que  l'élément  chrétien 
a  jetés  dans  la  civilisation  moderne. 

m.  Nous  arrivons  au  troisième  élément  pri- 
mitif de  cette  civilisation,  le  monde  germain,  la 
barbarie.  Voyons  ce  qu'au  X'  siècle  la  société 
moderne  en  avait  déjà  reçu. 

Quand  nous  avons  étudié  l'état  des  Germains 


d'histoire  moderne.  igc) 

avant  l'invasion,  deux  faits  surtout,  deux  formes 
d'organisation  sociale,  nous  ont  frappés  : 

1°  La  tribu  formée  de  tous  les  chefs  de  fa- 
mille propriétaires,  et  se  gouvernant  par  une 
assemblée  oii  se  rendait  la  justice,  où  se  trai- 
taient les  affaires  publiques  ,  eu  un  mot ,  par  la 
délibération  commune  des  hommes  libres  ;  sys- 
tème très-incomplet,  très-précaire  sans  doute  , 
dans  un  tel  état  des  relations  sociales  etdesmoeurs, 
mais  dont  cependant  les  grands  rudimens  se 
laissent  entrevoir. 

2"  A  côté  de  la  tribu,  nous  avons  rencontré  la 
bande  guerrière  ,  société  où  l'individu  vivait 
aussi  fort  libre,  qu'il  pouvait  adopter  ou  rejeter 
à  son  gré,  où  cependant  le  principe  social  n'était 
plus  l'égalité  des  hommes  libres?  et  la  délibéra- 
tion commune  ,  mais  le  patronage  d'un  chef  sur 
des  compagnons,  qui  le  servent  et  vivent  à  ses 
dépens  ,  c'est-à-dire  la  subordination  aristocra- 
tique et  militaire;  mots  qui  répondent  mai  à 
l'idée  qu'il  faut  se  former  d'une  bande  de  bar- 
bares, mais  qui  expriment  le  système  d'organi- 
sation sociale  qui  en  devait  sortir. 

Ce  sont  là  les  deux  principes ,  ou  plutôt  les 
deux  germes  de  principes  que  la  Germanie  a 
fournis,  dès  les  premiers  temps,  à  la  société 
moderne  naissante.  Le  principe  de  la  délibéra- 


20O  COURS 

lion  commune  des  hommes  libres,  n'exis- 
tait plus  dans  le  monde  romain  ,  si  ce  n'est 
au  sein  du  régime  municipal  ;  ce  sont  les  Ger- 
mains qui  l'ont  ramené  dans  l'ordre  politi- 
que. Le  principe  du  patronage  aristocratique  , 
combiné  avec  une  forte  dose  de  liberté,  était 
devenu  également  ctra?iger  à  la  société  romaine. 
L'un  et  l'autre  de  ces  clémens  de  notre  organisa- 
tion sociale  sont  d'origine  germanique. 

Du  Ve  au  X*"  siècle ,  ils  avaient  subi  de  grandes 
métamorphoses.  A  la  fin  de  cette  époque  ,  les 
assemblées,  le  gouvernement  par  voie  de  déli- 
bération conunune  avaient  disparu  ;  en  fait,  iî  ne 
restait  presque  plus  aucune  trace  des  anciens 
mâU ,  Champs  -  de  -  Mars  ,  de  Mai ,  ou  plaids 
germains.  Cepetidant  le  souvenir  des  assemblées 
nationales,  le  droit  des  hommes  libres  à  se 
réunir  ,  à  délibérer  et  à  traiter  ensemble  de  leurs 
affaires,  vivait  dans  les  esprits  comme  une  tra- 
dition primitive  et  qui  pouvait  revenir.  Il  en  était 
des  anciennes  assemblées  germaniques  comme 
de  la  souveraineté  impériale;  ni  l'une,  ni  les  au- 
tres n'existaient  plus  ;  le  gouvernement  par  voie 
de  libre  délibération  et  le  pouvoir  absolu  avaient 
égalemeiît  succombé  ,  mais  saîis  périr  absolu- 
ment. C'étaient  des  germes  enfouis  sous  d'im- 
menses décombres ,  mais  qui  pouvaient  encore 


D  HISTOIRE  MODERNE.  201 

être  fécondés  et  reparaître  un  jour.  Ce  fut  eu 
effet  ce  qui  arriva. 

Quant  au  patronage  du  chef  sur  ses  compa- 
gnons, l'acquisition  de  grands  domaines  et  la 
vie  territoriale  avaient  beaucoup  changé  celte 
relation  des  anciens  Germains.  On  n'y  trouvait 
plus ,  à  beaucoup  près ,  la  même  liberté  qui  ré- 
gnait dans  la  bande  errante.  Les  uns  avaient  reçu 
des  bénéiices,  et  s'y  étalent  établis;  les  autres 
avaient  continué  à  vivre  auprès  de  leur  chef, 
dans  sa  maison ,  à  sa  table.  Le  chef  était  devenu 
incomparablement  plus  puissant  ;  il  s'était  in- 
troduit dans  cette  petite  société  beaucoup  plus 
d'inégalité  et  de  fixité.  Cependant ,  quoique  le 
principe  aristocratique  etl'inégalité  qui  l'accom- 
pagne, qui  le  constitue  même  ,  eussent  pris  un 
grand  développement ,  ils  n'avaient  pas  détruit , 
entre  les  compagnons  et  le  chef,  toute  Fancienne 
relation.  L'inégalité  n'entraînait  point  la  servilité; 
et  la  société  qui  sortit  de  là  ,  et  dont  nous  nous 
occuperons  avec  plus  de  détails  l'an  prochain  , 
la  société  féodale  reposait ,  pour  ceux  du  moins 
qui  en  faisaient  partie  ,  c'est-à-dire  pour  les  pro- 
priétaires de  fiefs ,  sur  des  principes  de  droit  et 
de  liberté. 

Au  X'  siècle  ,  et  sous  le  point  de  vue  social , 
l'élément  germain  avait  donc  fourni  à  la  civilisa- 


202  COURS 

tiou  moderne  naissante ,  d'une  part ,  le  souvenir 
des  assemblées  nationales  ,  du  droit  des  hommes 
libres  à  se  gouverner  en  commun  ;  d'autre  part, 
certaines  idées ,  certains  sentimens  de  droit  et  de 
liberté  implantés  au  sein  d'une  organisation  toute 
aristocratique. 

Sous  le  point  de  vue  moral,  quoique  d'illustres 
écrivains  aient  fort  insisté  sur  ce  que  l'Europe 
moderne  tient  des  Germains  ,  leurs  assertions 
me  paraissent  vagues  et  trop  générales;  ils  ne 
font  aucune  distinction  d'époque  ni  de  pays  ; 
et  je  crois  que  dans  l'Europe  occidentale  ,  no- 
tamment en  France  ,  le  sentiment  énergique 
de  l'indépendance  individuelle  est  le  plus  im- 
portant ,  je  dirais  volontiers  le  seul  grand  legs 
moral  que  l'ancienne  Germanie  nous  ait  trans- 
mis. 

Il  y  avait ,  au  X*  siècle  ,  une  littérature  na- 
tionale germanique,  des  chants,  des  traditions 
populaires,  qui  tiennent  une  grande  place  dans 
l'histoire  littéraire  de  l'Allemagne ,  et  ont  exercé 
sur  ses  mœurs  une  grande  influence.  Mais  la 
part  de  ces  traditions  et  de  toute  la  littérature 
germanique  primitive  ,  dans  le  développement 
intellectuel  de  la  France  ,  a  été  très-bornée  , 
très  -  fugitive  ;  c'est  pourquoi  je  ne  vous  en  ai 


D  HISTOIRE    MODERNE.  20.) 

point  entretenus,  quoique  cette  littérature  soit 
pleine  d'originalité  et  d'intérêt. 

Voilà ,  Messieurs ,  ce  qu'étaient  devenus ,  au 
X*  siècle,  les  trois  grands  élémens  de  la  civilisa- 
tion moderne  ;  voilà  quelles  métamorphoses  , 
sociales  et  morales ,  avaient  subies ,  sur  notre 
sol,  l'antiquité  romaine,  le  christianisme,  la 
barbarie. 

De  là  découlent,  si  je  ne  me  trompe,  deux 
faits  généraux  ,  deux  grands  résultats  qu'il  im- 
poite  de  mettre  en  lumière. 

Le  travail  de  M.  de  Savigny  sur  l'histoire 
du  droit  romain ,  après  la  chute  de  l'Empire , 
a  changé  la  face  de  la  science;  il  a  prouvé  que 
le  droit  romain  n'avait  point  péri ,  qu'à  travers 
de  grandes  modifications,  sans  doute,  il  s'était 
perpétué  du  V' au  XV*  siècle ,  et  avait  toujours 
continué  à  faire  une  partie  considérable  de  la 
législation  de' l'Occident. 

Si  je  ne  me  trompe,  les  faits  que  j'ai  mis 
sous  vos  yeux,  dans  le  cours  de  cette  année, 
ont  généralisé  ce  résultat.  11  en  résulte,  je  crois, 
évidemment  que  non  seulement  dans  les  insti- 
tutions municipales  et  les  lois  civiles,  comme  l'a 
prouvé  M.  de  Savigny,  mais  dans  l'ordre  poli- 
tique, dans  la  philosophie,  la  littérature,  dans 
toutes  les  parties,  en  un  mot,  de  la  vie  sociale  et 

5o.    T.    lU,  HIST.     MC.D.,     iS'Mj.  l8 


204  COURS 

intellectuelle ,  la  civilisation  romaine  s'est  per- 
péluëe  fort  au-delà  de  l'empire  ;  qu'on  peut  en 
retrouver  partout  la  trace  ;  qu'aucun  abîme  ne 
sépare  le  monde  romain  et  le  monde  moderne  ; 
que  le  fil  peut  se  renouer  dans  toutes  les  car- 
rières ;  qu'on  peut  reconnaître  partout  la  tran- 
sition de  la  société  romaine  à  la  nôtre  ;  que  la 
part ,  en  un  mot ,  de  la  civilisation  ancienne  , 
dans  la  civilisation  moderne  ,  est  plus  grande 
et  plus  continue  qu'on  ne  le  pense  commu- 
nément. 

Un  second  résultat  sort  également  de  nos  tra- 
vaux, et  caractérise  l'époque  qui  en  est  l'objet. 
Pendant  toute  cette  époque ,  du  V^  au  X'  siècle  , 
nous  n'avons  pu  nous  arrêter  nulle  part  ;  nous 
n'avons  pu  trouver ,  ni  dans  l'ordre  social  ,  ni 
dans  l'ordre  intellectuel ,  auciui  système ,  aucun 
fait  qui  devînt  fixe ,  qui  prît  possession  stable  , 
générale  ,  régulière,  de  la  société  ou  des  esprits. 
Une  fluctuatiox)  continuelle,  universelle,  un  état 
permanent  d'incertitude  ,  de  transformation , 
c'est  là  le  fait  général  dont  nous  avons  été  frap- 
pés. C'est  doue  du  V'  au  X^  siècle  que  s'est 
opéré  le  travail  de  fermentation  et  d'amalgame 
des  trois  grands  élémens  de  la  civilisation  mo- 
derne ,  l'élément  romain  ,  l'élément  chrétien  et 
l'élément  germain  ;    et  c'est  seulement  à  la  fin 


d'histohœ  moderne.  2o5 

du  X"  siècle  que  la  fermentation  a  cessé ,  que 
l'amalgame  a  été  à  peu  près  accompli ,  qu'a  com- 
mencé le  développement  de  l'ordre  nouveau  ,  de 
la  société  vraiment  moderne. 

L'histoire  dont  nous  venons  de  nous  occuper 
est  donc  l'histoire  de  sa  conception  même ,  de 
sa  création.  Toutes  choses  sortent  du  chaos,  la 
société  moderne  en  est  sortie  aussi.  Ce  que  nous 
avons  étudié  cette  année  ,  c'est  le  chaos ,  berceau 
de  la  France.  Ce  que  nous  aurons  à  étudier  dé- 
sormais ,  c'est  la  France  même.  A  partir  seule- 
ment de  la  fin  du  X''  siècle,  l'être  social  qui  porte 
ce  nom,  pour  ainsi  dire,  est  formé;  il  existe;  on 
peut  assister  à  son  développement  propre  et  ex- 
térieur. Ce  développement  méritera,  pour  la 
première  fois ,  le  nom  de  civilisation  française  : 
jusqu'à  présent  nous  avons  parlé  de  la  civilisa- 
tion gauloise ,  romaine,  fran que,  gallo-romaine, 
gallo-franque  ;  nous  avons  été  obligés  d'allier 
des  noms  étrangers  pour  caractériser,  avec  quel- 
que justesse,  une  société  sans  unité  et  sans  en- 
semble. Quand  nous  nous  retrouverons  dans 
cette  enceinte ,  Messieurs ,  ce  sera  pour  parler 
de  la  civilisation  française  ;  nous  datons  de  là  -, 
ce  ne  sera  plus  de  Gaulois,  de  Francs,  de  Ro- 
mains ,  mais  de  Français  ,  de  nous-mêmes  qu'il 
sera  question.  (^Jpplaudissemens  prolongés.^ 


ÉCLAIRCISSEMENS 


TABLEAUX  HISTORIQUES. 


5l.    T.    III.    HXSÏ.    MOD.,     1829. 


ÉCLAIRCISSEMENS 


TABLEAUX  HISTORIQUES, 


En  autorisant  la  publication  de  ces  leçons,  je 
me  suis  promis  d'y  joindre  un  certain  nombre  de 
tableaux  et  de  documens  destinés  à  prouver  ou  à 
ëclaircir  les  idées  que  j'aurais  occasion  d'expri- 
mer. J'ai  intercalé  dans  les  leçons  mêmes  quel- 
ques-uns de  ces  tableaux.  Il  en  est  d'autres  qui 
n'ont  pu  y  trouver  place,  et  qui  ne  me  semblent 
pas  moins  nécessaires.  Je  les  donne  ici.  Il  m'eût 
été  facile  et  utile  de  multiplier  les  éclaircissemens 
de  ce  ijenre  ;  mais  j'ai  dû  me  borner.  Ceux  que  j'ai 
choisis  ont  pour  objet,  soit  de  montrer,  dans  leur 
développement,  des  faits  que  je  n'ai  pu  qu'indi- 
quer, soit  de  remettre  sous  les  yeux  des  lecteurs 
des  évènemens  dont  j'ai  supposé  la  connaissance. 
Ils  sont  au  nombre  de  sept  : 

I.  Tableau  de  l'organisation  de  la  cour  et  dugou- 
vernement  central  de  l'empire  romain,  au  com- 
mencement du  V' siècle,  c'est-à-dire,  à  l'époque 
que  j'ai  prise  pour  point  de  départ  de  ce  cours. 


210  COURS   D  HISTOIRE  MODERNE. 

II.  Tableau  de  la  hiérarchie  des  rangs  et  des 
titres  dans  la  sociélé  romaine,  à  la  même  époque. 

III.  Relation  de  l'ambassade  envoyée  en  /^!\g 
par  Th éod ose-le- Jeun e  ,  empereur  d'Orient,  à 
Attila  établi  sur  les  rives  du  Danube. 

IV.  Tableau  chronologique  des  principaux 
évènemens  de  l'histoire  politique  de  la  Gaule , 
du  V'  au  X*  siècle. 

V.  Tableau  chronologique  des  principaux  évè- 
nemens de  l'histoire  ecclésiastique  de  la  Gaule , 
du  V'  au  X'  siècle. 

VI.  Tableau  chronologique  des  principaux  évè- 
nemens de  l'histoire  littéraire  de  la  Gaule ,  du  V 
au  X'  siècle. 

Vil  Tableau  des  conciles  et  de  la  législation 
canonique  de  la  Gaule,  du  V^  au  X*  siècle. 

Je  n'ai,  si  je  ne  m'abuse,  aucun  besoin  d'in- 
sister sur  l'utilité  de  ces  documensj  elle  se  fera 
sentir  d'elle-même;  et,  pour  les  personnes  qui 
voudront  bien  y  prêter  quelque  attention,  l'his- 
toire de  noire  civilisation ,  si  obscure  et  si  vague 
dans  son  berceau,  apparaîtra,  je  crois,  sous  des 
formes  plus  claires  et  plus  précises.  C'est-là,  eu 
les  publiant,  mon  but  et  mon  espérance. 


i. 
TABLEAU 

DE  L'ORGANISATION  DE  LA  COUR 

ET  DTÎ  G01IVEH>EMENT  CENTRAL  DE  l'eMPIRE  ROMAIN, 

At  C.)SI.MK:<CK.MBnT  DU  V*  MltCLB. 


I. 
TABLEAU 

DE  L'ORGANISATION  DE  LA  COUR 

ET  DU  GOUVERNEMENT   CENTRAL  DE   l'eMPIRE  ROMAIN, 
AU    COMMKJiCRMKNT   DL'   V*  BlfeCLB. 


Ce  fut  sous  les  règnes  de  Dioclétien  et  de  Cons- 
tantiu  que  la  cour  et  le  gouvernement  central  des 
empereurs  romains  reçurent  cette  organisation 
systématique  et  définitive  dont  la  Notitia  imperii 
r6)mflnt  nous  a  conservé  l'image '.Elle  était  la  même 
dans  l'empire  d'Orient  et  dans  l'empire  d'Occi- 
dent, sauf  quelques  différences  peu  importantes, 
occasionnées  par  celle  des  localités.  J'ai  pris 
pour  base  de  ce  tableau  l'empire  d'Orient ,  plus 
complet  et  mieux  connu  ,  en  ayant  soin  d'indi- 
quer cà  et  là  les  faits  qui  distinguaient  l'empire 
d'Occident. 

COUR  IMPÉRIALE. 

1.  Prœpositus  sacri  cubïcuU.  (Grand  chambellan.) 

Il  avait  sous  ses  ordres  un  grand  nombre  d'employés, 
divisés  en  six  classes,  scholœ,  et  nommés  tous  Palatini  ; 

'  Leçon  2,  t.  i,  p.  4/- 


ai4  COURS 

leur  service  dans  le  palais  s'appelait  m  palatio  milUare.  Les 

principaux  étaient  : 

1°  Primiurius  sacri  cuùicuU.  (Premier  chambellan.)  Il 
était  à  la  lûte  de  tous  ceux  qui  servaient  l'empereur  dans 
ses  appartemens  ,  et  raccompagnaient  partout  dans  cette 
intention  :  on  les  nommait  rubicuiarii  (chambellans  ou 
valets  de  chambre);  Us  étaient  répartis  en  bandes  de  dix 
hommes,  à  la  tête  de  chacune  desquelles  était  un  Decauus. 

2°  Cornes  castrensis.  (Comte  du  palais  ou  de  l'hôtel.) 
Chef  de  ceux  qui  servaient  l'empereur  à  table,  el  prenaient 
soin  de  l'intérieur  du  palais;  c'était  une  espèce  d'inten- 
dant ou  de  maître-d'hôtel.  Il  avait  sous  ses  ordres  :  ' 

1°  Le  Primicerius  mensorum,  chef  de  ceux  qui, 
lorsque  l'empereur  voyageait,  allaient  en  avant  pour 
faire  tout  préparer  sur  sa  route  et  dans  les  lieux  où  il 
devait  s'arrêter. 

2*'  Primicerius  cellarorium ,  clicf  de  tous  les  em-^, 
pioyés  dans  les  cuisines  et  les  offices. 

3°  Primicerius  pœdagogiorum,  chef  des  petits  pages 
élevés  pour  le  service  dans  l'intérieur  du  palais. 

4°  Primicerius  lampadariorum ,  chef  de  ceux  qui 
surveillaient  ^éclairage  du  palais.  \^ 

Il  y  avait  dans  celte  classe  une  foule  de  subdivi- 
sions et  d'employés  subalternes. 

3°  Cornes  sacrœvestis.  (  Comte  de  la  garde-robe  sacrée.) 
Il  était  chargé  de  la  garde-robe  impériale,  et  com.mand.iit 
à  beaucoup  d'employés. 

4°  Cliartularii  cul)iculi.  (Secrétaires  de  la  chambre.)  Ils 
étaient  ordinairement  au  nombre  de  trois  :  c'étaient  les 
secrétaires  p.'irticuliers  de  l'empereur,  et  bien  qn'oceupé» 


D  HISTOIRE    MODERNE.  ai& 

d'affaires  publiques,  ils  étaient  sous  la  direction  du  prœpo- 
situs  sacri  CLibicali ,  parce  que  leur  service  était  personnel. 

5°  Dccuriones  III  sUentiariorum.  Les  silentiarii  étaient 
chargés  d'empêcher  qu'il  ne  se  lit  du  bruit  dans  le  palais  : 
les  trente  principaux  étaient  repartis  en  trois  décuries, 
commandées  chacune  par  un  décurion. 

6°  Cornes  domorum  per  Cappadociam.  C'était  l'intendant 
des  biens  que  l'empereur  d'Orient  possédait  dans  la  Cap- 
padoce  :  ces  biens  patrimoniaux  étaient  fort  considé- 
rables; le  comes  domorum  en  dirigeait  l'administration  et  en 
percevait  les  revenus  :  il  avait  des  bureaux  comme  un 
magistrat. 

II.    Comités  domcsticorwn  equitum  peditumque. 
(Comtes  delà  cavalcrieet  de  l'infanteriedu  palais.) 

C'étaient  les  deux  commandans  des  bandes  choisies  de 
cavalerie  et  d'inlanlcrie  qui  gardaient  la  personne  de  l'em- 
pereur. Ces  bandes,  qu'on  nommait  Protectores  domestici, 
étaient  tirées  des  sept  écoles  de  soldats  arméniens  appelés 
P«/flù"nj,  et  destinés  à  faire  le  service  militaire  du  palais. 
Ces  sept  écoles  formaient  un  corps  de  3,5oo  hommes, 
[larmi  lesquels  on  prenait  les  Protectores  domestici,  qui 
jouissaient  de  grands  avantages.  Les  comtes  de  l'infanterie 
et  de  la  cavalerie  domestique  avaient  aussi  sous  leurs  or- 
dres dc?,deputatl,  chargés  d'exécuter  leurs  commandemens 
dans  les  provinces. 

L'impératrice  avait  aussi  sa  cour,  organisée  à  peu  près 
de  la  mt-me  manière  que  celle  de  l'empereur. 


2lG  COURS 

GOUVERNEMENT  CENTRAL. 

I.  M  agis  ter  officiorum  (le  Maître  des  offices). 

C'était  une  espèce  de  ministre  universel,  dont  les  fonc- 
tions étaient  fort  étendues;  il  rendait  la  justice  à  presquf^ 
tous  les  employés  du  palais  (Palatini),  recevait  les  appels  des 
riloyens  privilégiés,  présentaitles  sénateurs  au  prince,  etc. 
Sa  jurisdiction  s'étendait  sur  des  employés  appartenant 
d'ailleurs  à  d'autres  départemens,  comme  sur  les  M ensores, 
les  Lampadarii ,  et  qui  étaient  dans  le  ressort  du  Prcepo- 
siius  sacri  cubiculi. 

Il  avait  sous  sa  direction  : 

r  Les  sept  écoles  des  Milites  palatini:  i*  Schola  scuta- 
riorum  prima  ;  2°  Schola  scutariorum  secunda  ;  3°^ —  Gentilium 
seniorum;  4°  —  Scutariorum  sagittariorum  ;  5"  —  Scutario- 
rum clihanariorum  ;  60 — A rmat ur arum  junior um;  70 — Gen- 
tilium junioram. 

20  L'école  des  Agentes  in  rébus  :  c'étaient  les  messagers 
et  les  espions  du  prince  dans  les  provinces;  avant  Cons- 
tantin, on  les  appelait /'Vumen^anV. 

3"  Les  Mensores  et  les  Lampadarii ,  dont  nous  avons  déjà 
parlé;  plus  les  Admissionates  ou  huissiers  introducteurs  du 
palais,  et  les  Inviiatores,  qui  étaient  chargés  de  transmettre 
les  invitations. 

i°  Quatre  Scrinia  ou  bureaux,  où  arrivaient  et  se  trai- 
taient les  affaires  du  prince  avec  ses  sujets: 

i"  Scriniurn  mcmoriœ  :  on  y  tenait  les  registres  des 
emplois  et  des  grades;  de  là  sortaient  la  plupart  des 
nominations. 


D  HISTOIRE    MODERNE.  21  7 

a"  Scrinium  epistotarum  :  on  y  recevait  les  dépula- 
lions  et  les  demandes  des  cités,  et  on  leur  expédiait 
les  réponses  du  prince. 

3°  Scrinium  libellorum  :  là  étaient  adressés  les  re- 
quêtes et  les  appels  des  sujets. 

4»  Scrinium  dlspositionum:  les  fonctions  de  ce  dernier 
.  bureau  resscmlilent  à  celles  des  deux  précédens  ;  il 
est  omis  dans  la  Notitia,  mais  les  lois  en  font  men- 
tion. 

Chacun  de  ces  bureaux  avait  un  chef  particulier,  Ma- 
gister  scrinii memorlœ ,  epistolarum ,  etc.;  le  dernier  s'appe- 
lait Cornes  dispos itionum  ;  les  employés  y  étaient  nom- 
breux, 

5°  Les  fabriques  d'armes  de  l'empire.  Le  maître  des  of- 
fices de  l'Orient  en  avait  i5  sous  sa  direction  :  Damas,  An 
tioche  2,  iEdesse,  Irénopolis,  Césarée  en  Cappadoce, 
Nicomédie  2,  Sardes,  Hadrianople  2,  Thessalonique, 
Naïssus,  Ratiaria,  Margus.  Le  maître  des  offices  de  l'Oc- 
cident en  avait  19;  Sirmium,  Acincum,  Gornuîum,  Lau- 
riacum  ,  Salone,  Concordia,  Vérone,  Mantoue,  Crémone, 
Pavie,  Lacques,  Strasbourg,  MAcon,  Autun,  Besançon, 
Rheims,  Trêves  2,  Amiens. 

II.  Quœstor  (  le  Questeur  ). 

Il  jugeait,  de  concert  avec  le  préfet  du  prétoire,  et  quel- 
quefois seul ,  les  affaires  déférées  au  prince  ;  il  composait 
les  lois  et  les  édits  que  le  prince  devait  publier;  il  souscri- 
vait les  rescripts;  il  avait  la  surveillance  du  registre  [La- 
terculum  minwi  )  04  étaient  consignés  les  tribuns  et  les  pré- 


IlS  COURS 

fets  des  camps  et  des  frontières.  C'était  une  espèce  de 
grand-chancelier.  Il  envoyait  ses  édits  au  bureau  Dispo- 
sillonum  où  ils  étaient  gardés  et  d'où  ils  partaient  pour  être 
publiés  dans  l'empire.  II  n'avait  pas  de  bureaux  attachés  à 
son  emploi,  mais  il  prenait  dans  le Scrinium  memorios douze 
secrétaires,  sept  dans  le  Scrinium  epistolarum  ,  et  sept  dans 
le  Scrinium  tibellorum. 

III.  Cornes  sacrarum  largitionum  (  le  Comte  des 
largesses  sacrées  ). 

C'était  le  grand  trésorier  de  l'empire  ;  il  percevait  et  ad- 
ministrait tous  les  revenus  publics;  tous  les  paiemens  sor- 
taient de  ses  bureaux  ;  Constantin  l'avait  mis  à  la  place  des 
questeurs,  des  Prœfecti  ccrarii ,  etc. 

Son  administration  était  divisée  en  dix  bureaux,  Scrinia, 
à  la  tête  desquels  était  un  Primicerius  ou  Magister  scrinii 
(chef  de  bureau  ). 

1°  Scrinium  canonum.  C'était,  à  ce  qu'il  parait,  celui  où  se 
dressait  le  tableau  de  ce  que  chaque  province ,  chaque 
ville,  etc.,  devait  envoyer  à  la  caisse  publique,  arcœ  lar- 
gitionum. 

i'  Ces  deux  bureaux  dres- 
2o  Scrinium  talmlariorumA  saientlescomptes  dessom- 
r  ^cnVi/am  ««m.ranW«m.  )    ™e^^  '•«?"^s   ^*    dépensée» 

\  par  le  Trésor. 
4=  Scrinium  aureœ  massœ.Ce  bureau  était  occupé  à  tenir 
les  comptes  de  l'or  brut  qui  était  envoyé  au  trésor,  et  de 
l'emploi  qui  en  était  fait  pour  battre  monnaie,  pour  les 
monumens,  les  joyaux  de  la  cour,  etc. 

h°  Serinium   ttiiri  ad  rêtponnim.   On  y  réglait  et  on    y 


D  iiiSTOiuK  modehne.  aig 

fournissait  les  sommes  d'argent  destinées  ,  soit  à  subvenir 
aux  frais  des  employés  que  le  prince  envoyait  dans  les 
provinces,  aux  armées,  etc.,  soit  à  être  expédiées  dans 
les  diverses  parties  de  l'empire ,  ou  pour  les  tributs  payés 
aux  alliés,  aux  barbares,  etc. 

6°  Scriniumab  argento.  C'était  le  bureau  où  étaient  dé- 
posés et  gardés  l'argent  en  lingots,  la  vaisselle  impériale, 
les  vases,  etc. 

7°  Scrinium  vestiarii  sacri.  C'était  le  bureau  d'où  par- 
taient les  fonds  destinés  à  l'habillement  des  troupes,  du 
monarque,  de  la  famille  impériale,  et  des  gens  de  sa  cour 
auxquels  il  fournissait  des  vêtemens. 

8°  Scrinium  annalarense  vel  7iiilia>'ense.Se\on  la  première 
leçon,  ce  bureau  aurait  été  destiné  à  garder  en  dépôt  les 
anneaux  et  les  bijoux  de  l'Empereur  ;  selon  la  seconde,  qui 
me  paraît  plus  probable,  sa  destination  aurait  été  de  faire 
frapper  et  de  distribuer  les  petites  monnaies  d'argent , 
dites  miliarensium ,  valant  la  dixième  partie  d'un  aurcus. 

g"  Scrinium  à  pecuniis.  Pancirole  croit  que  c'était  le 
bureau  qui  dirigeait  la  fonte  des  monnaies  dans  tout  l'em- 
pire. 

10°  Scrinium  exceptorum.  Les  employés  de  ce  bureau 
écrivaient  les  pièces  des  affaires  que  jugeait  le  comte  des 
largesses  sacrées. 

Les  attributions  de  ces  divers  bureaux  étaient  fort 
incertaines;  leurs  noms  sont  obscurs  et  on  n'en  devine 
le  but  que  par  des  conjectures.  Il  paraît  qu'on  y  ajouta 
dans  la  suite  un  onzième  bureau  dit  :  Scrinium  mit- 
tendariorum  ^  et  composé  des  employés  qu'on  en- 
voyait dans  les  provinces  pour  faire  accélérer  ou 
compléter  le  paiement  des  impôts. 


220  COURS 

Outre  ces  burenux  attachés  à  son  service,  le  Comte  des 
largesses  sacrées  avait  dans  les  provinces  un  grand  nombre 
de  subordonnés,  chargés  de  diriger  les  affaires  de  son 
département.  Les  principaux  étaient  ; 

1"  Six  comités  largitioiium  ^  en  Orient,  en  Egypte  y  dans 
l'Asie  mineure,  dans  le  Pont,  dans  la  Thrace ,  et  dans 
rillyrie.  II  y  en  avait  cinq  en  Occident.  Ils  étaient  chargés 
de  payer  les  traitemens  des  généraux,  des  soldats,  des 
autres  employés,  et  de  surveiller  la  perception  des  impôts. 

2°  Quatre  comités  commerciorum ,  chargés  d'acheter  le» 
étoffes  et  les  bijoux  nécessaires  pour  la  maison  impériale, 
de  surveiller  les  opérations  des  négocians,  et  de  veiller  à 
ce  que  les  droits  établis  sur  les  denrées  fussent  exactement 
payés.  Il  n'y  en  avait  qu'un  en  Occident. 

3"  Prœfecti  thesaurorum ;  ils  recevaient  et  gardaient  dans 
chaque  province  l'argent  provenant  des  impôts,  jusqu'à  ce 
qu'il  eût  été  envoyé  au  Comte  des  largesses  sacrées. 

4"  Cornes  metaltorum;  chargé  de  prélever,  sur  le  produit 
des  mines  d'or,  d'argent  ou  d'autres  métaux,  la  portion 
qui  revenait  au  prince. 

^"Cornes  tel  ratiotialis  summaram Mgypti ;  chargé  de  re- 
cueillir les  biens  qui  revenaient  aa  prince  dans  cette  pro- 
vince, soit  par  caducité,  soit  par  quelque  autre  cause;  il 
surveillait  aussi  le  grand  commerce  de  marchandises  de 
l'Inde,  qui  se  faisait  par  l'Egypte;  il  y  avait  onze  rationales 
de  cette  espèce  dans  l'Occident. 

G"  Magistri  lineœ  vel  linteœ  vestis  ;  ils  dirigeaient  tous  les 
ouvriers  qui  travaillaient  en  lin  pour  la  garde-robe  ou  Ta- 
meublement  de  l'empereur.  Leiu-  emploi  était  rempli  en 
Occident  par  un  coiiies  vestiarii, 

7"  Privatce  magistri;  ils  dirigeaient  les  ouvriers  qui  tra- 


1>  HISTOIRE    MODERNE.  22  1 

vaillaient  en  soie,  laine,  elc,   pour  la  maison  impériale. 

8"  Procuratores  gynœciorum;  chargés  de  la  surveillance 
des  fabriques  de  tisseranderie  ou  de  filalure. 

9°  Procuratores  bapinorum;  inspecteurs  de  la  teinture  des 
étoffes  en  pourpre,  etc.  11  yen  avait  neuf  en  Occident. 

id"  Procuratores  monetarum;  inspecteurs  des  établisse- 
mens  où  l'on  battait  monnaie.  Il  y  en  avait  six  en  Occi- 
dent. 

11"  Prœpositi  bastagarum;  chargés  de  surveiller  le  trans- 
port des  objets  destinés  au  service  public  ou  à  celui  de 
l'empereur,  blés,  denrées,  marchandises,  argent,  etc. 

12°  Procuratores  Hnificiorum;  chargés  de  procurer  le  lin 
nécessaire  aux  fabriques  impériales.  11  y  en  avait  deux  en 
Occident,  à  Vienne  et  à  Ravenne. 

iV.  Cornes  rerum  privatarum  (le  Trésorier  de 
la  coiironae). 

Le  Trésor  public  s'appelait  œrarium;\e  trésorparliculior 
de  Tempereur  se  nommait /?5ms.  Bien  qu'il  disposât  égale- 
ment de  l'un  et  de  l'autre ,  on  les  distinguait  encore  ,  et  on 
les  administrait  séparément. Le  Cornes  sacraram  largitionum 
avait  l'administration  de  r^e/'ar/«m;  le  Cames  rerum  pritata- 
raw  avait  celle  du  fiscus,  dont  les  revenus  étaient  les  biens 
qui  échéaient  à  l'empereur  d'une  manière  quelconque, 
le  produit  de  certain:?  impôts,  etc. 

11  avait  sous  ses  ordres  : 

l"  Un  département  dirigé  par  le  primicerius  offîcii,  et  di- 
visé en  quatre  bureaux  : 

1"  Srrinium  btneficiorum.   (l'était  le  bureau   où  se 


'i'i'l  COUKS 

traitaient  toutes  les  affaires  relatives  aux  dons  de  biens 
meubles  ou  immeubles,  aux  concessions  de  privilè- 
ges, Ole,  que  l'empereur  faisait  à  tel  ou  tel  de  se» 
sujets. 

2"  Scrininm  canonum.  Ce  bureau  recevait  le  prix  des 
fermes  des  biens  impériaux,  et  en  tenailles  comptes. 
Ce  prix  se  payait  en  argent  ou  en  denrées. 

5°  Scrinium  seruritalum.  Dans  ce  bureau  se  dépo- 
saient les  quittances  de  ceux  qui  avaient  reçu  de  l'ar- 
gent du  fisc,  ou  les  doubles  de  celles  qui  avaient  été 
données  aux  gens  qui  avaient  payé  quelque  chose  au 
fisc. 

4°  Scrinium  largitionum  privaturam.  Là  se  tenaient 
les  comptes  des  sommes  d'argent  que  donnait  l'empe- 
reur à  des  particuliers,  et  des  traitemens  qu'il  payait 
aux  gens  attachés  à  son  service  personnel. 

2°  Raiionales  tel  procuratorcs  rerum  privatarum.  C'étaient 
les  employés  chargés  de  percevoir  dans  les  provinces  les 
revenus  du  fisc.  Ils  étaient  souvent  juges  dans  les  affaires 
où  le  fisc  était  partie. 

3°  PrœposHi  basiagarum  rei  privatœ.  Inspecteurs  des 
transports  faits  pour  le  service  du  prince.  Il  y  en  avait  deux 
en  Occident. 

4°  Prœposiii  stabulorum,  gregum,  et  ai'mentorum.lnspec- 
teur=  des  étables  et  des  troupeaux  de  l'empereur,  dissé- 
minés dans  l'empire  ;  il  y  avait  aussi  un  Cornes  stabuli  qui 
répondait  à  nos  grands  écuyers. 

go  Procuratores  saltuam.  Inspecteurs  des  bois  et  des  pâ- 
turages où  l'on  menait  paître  les  troupeaux  de  l'empereur. 
Il  y  avait  sans  doute  beaucoup  d'autres  petits  em- 
ployés dont  le  souvenir  ne  nous  est  pas  parvenu. 


D  HISTOIRE    MODKRNE.  223 

V.   Priniicerius  notariorum .  (Premier  secrétaire 
d'État.  ) 

C'était  un  magistrat  chargé  de  tenir  le  registre  où 
étaient  inscrits  tous  les  Ibnctionnaires  publics,  leurs 
cliarges,  leurs  traitemens,  les  édits  de  nomination  ,  etc. 
Ce  registre  s'appelait  laterculum  viajus.  Les  gens  nommés 
à  des  places,  payaient  certains  droils  à  ce  Primicerias  nota- 
riorum, qui  tenait  ainsi  la  liste  de  toutes  les  dignités  que 
nous  venons  de  parcourir.  Il  y  avait  trois  classes  de 
Notarli. 

Il  y  avait  dans  chaque  province  une  caisse  provinciale  , 
en  tout  ii8  caisses.  Les  percepteurs  des  impôts  remettaient 
l'argent  dans  ces  caisses  surveillées  par  les  Prœfectl  tlie- 
saurorum.  Ceux-ci  donnaient  aux  Comités  largitionum  les 
sommes  nécessaires  pour  les  dépenses  de  la  province,  le 
traitement  des  employés  ,  etc.  Ils  remettaient  le  reste  au 
gouverneur  de  la  province  ,  qui  l'envoyait  en  nature  à  la 
caisse  des  largesses  sacrées.  Les  voitures  destinées  à  ce 
transport  étaient  fournies  par  des  particuliers  tenus  de  ce 
service  et  faisaient  partie  de  celte  poste  publique  (Cursus 
publicus) ,  dont  le  gouvernement  seul,  ou  ceux  qu'il  y 
autorisait,  avaient  droit  de  se  servir. 


5i.  T.  111.  nrsT.   siod.,   iSn;). 


II. 
TABLEAU 

DE  LA  HIÉRARCHIE  DES  RANGS  ET  DES  TITRES 

DANS  l'empire  r.OMAIN, 

AU    COMMENCEMENT    DU    V*    SlkCLR. 


IL 
TABLEAU 

DE  LA  HIÉRARCHIE  DES  RANGS  ET  DES  TITRES 

DANS  l'empire  ROMAI?», 

AU    COMMERCBMENT    DU    V''    SltCfli. 


Les  rangs  et  les  titres  se  multiplièrent  dans  l'em- 
pire romain  à  la  même  époque  où  la  cour  et  le 
gouvernement  central,  dont  on  vient  de  voir  le 
tableau ,  reçurent  leur  forme  définitive.  Ils  confé- 
raient d'assez  importans  privilèges  à  l'égard  des 
autres  citoyens,  mais  aucune  indépendance  en- 
vers le  pouvoir.  C'étaient  de  pures  distinctions 
personnelles  attachées  à  certaines  cbarges ,  et 
dont  les  possesseurs  mêmes  de  ces  charges  ne 
jouissaient  pas  sans  y  avoir  été  autorisés  par 
lettres  du  prince.  On  comptait  six  rangs  ou  titres 
priucipaux,  entre  lesquels. les  droits  de  pré^ 
séance  étaient  minutieusement  réglés. 

L  NobUissimi. 

C'étail  le  premier  des  titres;  ii  apprac'hait  du  trône,  et 
conférait  en  quelque  sorte  la  dignité  de  César.  On  le  don- 
nait a«ix  membres  et  aux  alliés  de  la  famille  impériale. 


2u8  COURS 

11.  Illustres. 

Les  personnes  décorée?  de  ce  titre  étaient  au  nombre  de 
vingt-sept,  savoir  : 

1°.   Le  préfet  du  prétoire  d'Orient. 

•2°.   Le  préfet  du  prétoire  d'Illyrie. 

3°.  Le  préfet  du  prétoire  d'Italie. 

4°.   Le  préfet  du  prétoire  des  Gaules. 

5°.   Le  préfet  de  Constanlinople. 

6*.   Le  préfet  de  Rome. 

7°. — 11°.    Les  cinq  maîtres  de  l'armée  en  Orient. 

ia°.    Le  maître  de  la  cavalerie  en  Occident. 

i3°.    Le  maître  de  l'infanterie  en  Occident. 

i4°« — i5°.   Lesdeux  grands  chambellans,  en  Orient  et 
en  Occident. 

i6°. — 17°.   Les  deux  maîtres  des  oITices  en  Orient  et  en 
Occident. 

18°. — 19°.  Les  deux  questeurs  du  palais,  en  Orient  et 
en  Occident. 

30°. — 21°.  Les  deux  comtes  des  largesses  sacrées,  en 
Orient  et  en  Occident. 

22°.— 23°.  Les  deux  comtes  du  trésor  privé,  en  Orient 
et  en  Occident 

24.° — 25°.  Les  deux  comtes  de  la  cavalerie  du  palais, 
en  Orient  et  en  Occident. 

26°. — 27°.  Les  deux  comtes  de  l'infanterie  du  palais,  en 
Orient  et  en  Occident. 

Les  Consuls  étaient  aussi  illustres.  On  ne  sait  quand  fut 
introduit  ce  titre.  Auguste  choisissait  tous  les  mois,  dans  le 
;<énat,  quinze  et  ensuite  vingt  sénateurs  qui  formaient  son 


UHISTOIHE    MOI>ERNE.  229 

conseil  particulier  :  leurs  décisions  passaient  comme  ay^int 
été  prises  par  le  sénat  en  corps  :  on  les  nommait  patricii, 
tandis  que  les  autres  sénateurs  ne  s'appelaient  que  daris- 
simi.  Ils  dirigeaient  les  affaires  publiques  et  jugeaient 
avec  le  prince.  Constantin  en  forma  le  consistorium  prln- 
cipis  (  conseil  d'état  )  ,  et  les  appela  comités  consistoriani. 
Ils  furent,  avec  les  consuls,  honorés  les  premiers  du 
titre  d'' illustres,  qui  s'étendit,  probaljlement  sous  Constan- 
tin, aux  magistrats  ci-dessus  dénommés.  On  appelait  les 
illustres,  vesira  ou  tua  magnificentia,  celsitudo,  sublimitas, 
magnitude,  emineniia,  txcellentia,  etc.  Ceux  qui  y  man- 
quaient payaient  une  amende  de  trois  livres  d'or. 

Les  illustres,  prévenus  d'une  accusation,  ne  pouvaient 
être  jugés  que  parle  prince  ou  par  ses  délégués;  ils  avaient 
le  droit  de  faire  lire  leurs  sentences  j">ar  des  greffiers;  il 
leur  était  interdit  de  faire  des  gains  honteux,  ou  de  se 
marier  à  des  femmes  d'un  rang  inférieur;  cette  dernière 
défense  fut  levée  dans  la  suite  :  eux  ni  leurs  familles  ne 
pouvaient  être  mis  à  la  torture ,  ni  condamnés  aux  sup- 
plices des  plébéiens;  ils  ne  se  rendaient  pas  au  tribunal 
pour  témoigner  ou  être  interrogés;  etc. ,  etc. 

Ilî.  Sj  ectabiles. 
On  en  comptait  >oixante-deux  : 

1°. — 2°.  Les  deux  premiers  chambellans,  en  Orient  et 
en  Occident,  [^primicerii  sacri  cabicali). 

5°. — 4°-  Les  deux  comtes  de  l'hôtel,  en  Orient  et  en 
Occident,  (comités  castrenses). 

5". — G".  Les  deux  principaux  secrétaires  de  l'empereur^ 
en  Orient  et  en  Occident,  [prirnicerii  notariorum)  , 


2'50  COURS 

7°. — 15".  Les  sept  chefs  «les  principaux  bureaux  du 
gouvernement  central  en  Orient  et  en  Occident,  (magistri 
scriniprum). 

i4°' — 16".  Les  trois  proconsuls  ou  gouverneurs  des 
diocèses  ou  provinces  d'Asie,  d'Achnïe  et  d'Afrique. 

17".  Le  comte  du  diocèse  d'Orient. 

18°.   Le  préfet  d'Egypte  ,  prœfeciiis  augasîaUa. 

19". — 29°.  Onze  vicaires  ou  gouverneurs  de  diocèses, 
cinq  dans  l'empire  d'Orient,  six  dans  l'empire  d'Occident. 

5o". — Dj".  huit  Comtes  ou  généraux  d'armées,  deux  en 
Orient,  six  en  Occident. 

58°. — 62".  Viogt-cinq  Ducs  on  généraux  d'armées,  treize 
en  Orient,  douze  en  Occident, 

Le  titre  de  spectabites  fut  encore  une  distinction  éla])lie 
entre  les  sénateurs,  probablement  aussi  sous  Constantin. 
Elle  ne  paraît  avoir  eu  d'autre  cause  que  la  manie  de 
classer  les  rangs.  Elle  était  de  plus  assez  incertaine;  on 
trouve  ce  titre  donné  ù  des  hommes  appelés  ailleurs  cLariS' 
simi,  ou  perfectissinù  ou  même  egregii;  ainsi  les  duces,  les 
sUentiarii  (huissiers),  les  notarii  (secrétaires) ,  sont  dési- 
gnés tantôt  par  l'un  ,  tantôt  par  l'autre  de  ces  titres. 

IV.    Clarissimi. 

Ce  titre  appartenait  déjà,  sous  Tibère,  aux  sénateurs  et 
aux  membres  de  familles  sénatoriales.  Quand  un  certain 
nombre  de  sénateurs  furent  devenus  illustres ,  les  autres 
continuèrent  à  s'appeler  clarissimi,  et  peu  à  peu  ce  titre 
s'étendit  à  presque  tous  les  magistrats  supérieurs  employés 
dons  les  provinces.  Au  commencement  du  V"  siècle,  on  en 
comptait,  à  ce  qu'il  paraît,  cent  quinze,  savoir  : 


D  HISTOIRE    MODERNE.  201 

07  Consulaires,  gouverneurs  ilc  provinces;  quinze  en 
Orient  el  vingt-deux  en  Occ;idenl. 

5  Correcteurs,  gouverneurs  de  provinces;  deux  en 
Orient,  trois  en  Occident. 

75  Présidens,  gouverneurs  de  provinces;  quaranle- 
deux  en  Orient,  trente-»in  en  Occident. 


V.   Perfcctissimi, 

Ce  titre  fut  inventé  par  Constantin  ;  on  le  trouve  em- 
ployé, il  est  vrai ,  dans  une  loi  de  Dioclétien  ;  mais  ce  fui 
Constantin  qui  le  fit  entrer  dans  sa  classification  des  rangs. 
en  divisant  même  les  perfcctissimi  en  trois  classes.  On  le 
donnait  : 

Aux  présidens  ou  gouverneurs  de  l'Arabie,  de  l'Isaurie 
et  de  la  Dalmalie  ; 

Aux  ratioîiales ,  percepteurs  des  revenus  du  fisc  dans  les 
provinces  ; 

Aux  viagistri  scriîiiorum,  chefs  des  bureaux  du  comte 
des  largesses  sacrées  ; 

Aux  comtes  des  largesses  sacrées,  ou  receveurs  et 
payeurs  impériaux  dans  les  provinces; 

Et  à  beaucoup  d'autre?  employés. 

VI.  Egregii, 

Ce  dernier  litre  était  devenu  fort  commun;  il  apparlenail  : 
A  tous  les  secrétaires  du  palais  ; 


'j32.  cours  d'histoire  moderne, 

A  tous  les  employés  de   l'administralion  dans  les  pro- 
vinces ; 

Aux  prêtres; 

Aux  avocats  du  fisc; 

Et  à  une  foule  d'autres  personnes. 


III. 
RELATION 


DE    l'ambassade     ENVOYÉE,     EN    449?    ^    ATTILA,    PAR 
THÉonOSE-LE- JEUNE,    EMPEREUR    d'oRIENT. 


III. 

RELATION 


DE    l'aMBASjADE    envoyée,    EN    449?    ^    ATTILA,    PAU 
THÉ()D08E-LE-JErNE,    EMPEREUR    D'oRlE^'T. 


Rien  ne  serait  plus  curieux  à  bien  connaître 
(jue  les  relations  des  empereurs  romains  avec 
les  Barbares,  Germains,  Huns,  Slaves,  etc.  , 
qui  se  pressaient  sur  leurs  frontières.  Par  là 
seulement,  nous  pourrions  nous  former  une 
idée  précise  et  un  peu  complète  de  l'état  com- 
paratif de  la  civilisation  romaine  et  barbare.  Par 
malheur ,  les  documeus  nous  manquent  ;  nous 
n'avons  à  ce  sujet  que  des  phrases,  des  para- 
graphes épars  dans  les  chroniqueurs  latins  , 
les  traditions  confuses  des  peuplades  germa- 
niques, ou  quelques  vieux  poèmes  qui,  dans 
leur  forme  actuelle ,  sont  évidemment  fort  poste- 
rieurs  aux  IV*  et  V'  siècles.  La  relation  de  l'am- 
bassade envoyée  en  449»  P^^'  Théodose-le-Jeune, 
à  Attila ,  alors  maître  de  toute  la  Germanie  et 
établi  sur  les  bords  du  Danube,  est  sanscontredit 
le  plus  étendu  et  le  plus  instructif  des  raonumens 
qui  nous  restent  à  cet  égard,  le  seul  même  qui 
nous  montre  l'intérieur  des  États  et  de  la  vie  d'un 


236  COURS 

chef  barbare,  et  nous  fasse  assister  de  près  à  ses 
relations  avec  les  Romains.  Rien  de  plus  authen- 
tique que  ce  récit  :  il  faisait  partie  d'une  histoire 
de  la  guerre  contre  Attila,  en  sept  livres,   écrite 
par  le  sophiste  Priscus,  originaire  de  Panium  en 
Thrace ,   et  membre  lui-même  de  l'ambassade  ; 
il  nous  a  été  conservé  dans  les  Excerpta  legatio- 
imm  insérés  au  tome  premier  de  la  collection  des 
Historiens  Byzantins,   et  qui  formaient  le  cin- 
quante-troisième livre  d'une  grande  compilation 
historique  faite  par  un  certain  Théodose,  d'après 
les  ordres    de   Constantin   VI    Porphjrogénète 
(9ÎI-959).  J'en  donne  ici  la   traduction   tex- 
tuelle.   Ce  tableau  se  rapporte,   il   est  vrai,   à 
l'empire  d'Orient,  non  à  celui  d'Occident,  et 
à  des  barbares  Huns,   non  à  des  barbares  Ger- 
mains; mais  la  situation  relative  des  deux  empires 
et  des  Barbares  était ,  à  cette  époque  ,  à  peu  près 
la  même;  l'élat  social  et  les  mœurs  des  Huns, 
malgré  la  diversité  de  l'origine  et  du  langage , 
ressemblaient  beaucoup,  dans  les  traits  généraux 
du  moins,  à  ceux  des  Germains.  On  peut  donc, 
faute  de  documens  spéciaux  aux  Germains  et  à 
l'Occident,  regarder  celui-ci  comme  une  image 
assez  fidt'le  des  relations  de  l'empire  expirant 
avec  ses  conquérans  futurs. 


d'histoire  moderne.  2v3^ 


Ambassade  d'Attila  à  Théodose.  —  Embûches  dressées 
contre  la  vie  d'Attila  par  Chrysaphe,  eunuque,  au 
moyen  d'Edecon  et  de  Vigile.  —  Ambassade  de  Théo- 
dose à  Attila.  —  Divers  récits  sur  les  mœurs  des  Huns, 
leur  façon  de  vivre  ,  etc. 


Le  Scythe  Edecon ,  qui  avait  fait  de  grandes 
choses  à  la  guerre,  vint  de  nouveau  avec  Oreste, 
en  qualité  d'envoyé.  Celui-ci,  Romain  d'origine, 
habitait  la  Pœonie  ,  pays  situé  près  de  la  Save ,  et 
qui,  par  suite  du  traité  fait  avec  Aétius,  général 
des  Romains  occidentaux  ,  obéissait  au  barbare. 

Cet  Edecon  donc  ,  admis  dans  le  palais,  remit 
à  l'empereur  des  lettres  d'Attila  ,  dans  lesquelles 
il  se  plaignait  qu'on  n'eût  point  rendu  les  trans- 
fuges, et  menaçait  de  reprendre  les  armes  s'ils 
ne  lui  revenaient  point ,  et  si  les  Romains  ne 
s'abstenaient  pas  de  cultiver  la  terre  que  le  sort 
des  combats  avait  ajoutée  à  sa  domination.  Or, 
cette  terre  s'étendait  le  long  de  l'isler ,  depuis  ia 
Pœonie  jus(prà  la  1  hrace;  la  largeur  était  le  che- 
min de  quinze  jours.  De  plus,  on  ne  devait  pas 
tenir  le  marché  ,  comme  jadis,  sur  la  rive  de  lls- 
ter,  mais  à Naïssus,  laquelle  ville,  prise  et  ruinée 


238  couus 

par  lui,  et  éloignée  de  l'Ister  de  ciuq  jours  de  mar- 
che d'un  homme  agile,  faisait,  selon  lui,  la  limite 
des  États  des  Scythes  et  des  Romains.  Enfin  il 
ordonnait  qu'on  lui  envoyât  des  ambassadeurs  , 
non  de  naissance  et  de  dignité  communes,  mais 
tels  illustres  consulaires  qu'on  voudrait  choisir, 
disant  que,  pour  les  recevoir  ,  il  descendrait 
à  Sardica. 

Ces  lettres  lues ,  Edecon  quitta  l'empereur 
avec  Vigile,  qui  était  venu  pour  interpréter 
les  choses  qu'Attila  mandait  à  l'empereur  par 
lettres;  et  après  avoir  visité  les  autres  appar- 
temens ,  il  se  rendit  en  présence  de  Chrysaphe, 
serviteur  de  l'empereur,  et  en  grande  faveur 
et  autorité  près  de  lui. 

Le  barbare  avait  admiré  la  magnificence  de  la 
demeure  royale.  Vigile ,  venu  eu  même  temps 
que  lui  pour  s'entretenir  avec  Chrysaphe,  rap- 
porta ,  en  l'interprétant ,  combien  il  avait  vanté 
le  palais  de  l'empereur,  et  proclamé  les  Romains 
très-heureux,  à  cause  de  l'abondance  de  leurs  ri- 
chesses. Chrysaphe  dit  alors  à  Edecon  qu'il  au- 
rait des  demeures  semblables,  brillantes,  et  aux 
toits  dorés,  et  toutes  sortes  de  biens,  s'il  vou- 
lait abandonner  la  Scythie  pour  vivre  parmi  les 
Romains.  Mais  Edecon  dit  qu'il  n'était  pas  per- 
iuis  au  serviteur  d'un  autre  mai  Ire  de  commettre 


d'histoire  moderne.  23g 

une  telle  action  sans  son  consentement.  L'eu- 
nuque lui  demanda  s'il  avait  un  accès  facile  au- 
près d'Attila,  et  de  quelle  puissance  il  était  revêla 
chez  les  Scythes.  Edecon  répondit  qu'il  y  avait 
une  grande  familiarité  entre  lui  et  Attila,  dont 
la  garde  lui  était  confiée  en  commun  avec  plu- 
sieurs des  principaux  Scythes,  car  chacun  d'eux , 
tour  à  tour,  à  des  jours  prescrits,  veillait  au- 
tour de  sa  demeure.  L'eunuque  reprit  alors 
que ,  si  Edecon  voulait  être  homme  de  parole , 
il  lui  procurerait  les  plus  grands  avantages  ; 
mais  qu'il  fallait  du  loisir  pour  traiter  cette 
affaire;  qu'il  la  lui  communiquerait  si,  après  le 
souper ,  il  voulait  revenir  sans  Oreste  et  ses  com- 
pagnons d'ambassade  :  le  barbare  le  promit,  et 
se  reudit  auprès  de  l'eunuque  après  avoir  pris 
de  la  nourri  iure. 

Après  s'être ,  au  moyen  de  l'interprète  Vigile, 
donné  la  main  et  juré ,  l'euuuque  de  ne  dire 
que  des  choses  qui  fussent  non  au  détriment, 
mais  à  l'utilité  et  au  profit  d'Edecon  ,  celui-ci  de 
ne  pas  révéler  ce  qu'on  allait  lui  proposer ,  même 
quand  il  ne  l'exécuterait  pas  ,  l'eunuque  dit  à 
Edecon  que  si ,  de  retour  en  Scy  thie,  il  ôtaitla  vie 
à  Attila,  et  revenait  chez  les  Romains,  il  passerait 
tout  son  temps  dans  les  délices  et  les  richesses. 
Edecon  consentit  à  la  proposition  de  l'eunuque, 
5i.  T.  m.   HiST.  MOD.,  iSag.  21 


24o  COURS 

et  dit  qu'il  avait  besoin  d'argent  pour  cette  affaire, 
non  pas  de  beaucoup,  niais  de  cinquante  livres 
d'or,  qu'il  partagerait  entre  les  soldats  qui  étaient 
sous  ses  ordres ,  et  lui  seraient  très-utiles  pour  la 
prompte  exécution  de  la  chose.  L'eunuque  vou- 
lait les  lui  donner  snr-le-chanip  sans  tarder,  mais 
le  barbare  dit  qu'il  fallait  d'abord  le  renvoyer 
pour  rendre  compte  de  sa  mission ,  et  Vigile  avec 
lui,  pour  recevoir  la  réponse  d'Attila  touchant 
les  transfuges;  qu'ils  conviendraient  ensemble  de 
la  marche  de  leur  entreprise,  et  que,  le  moment 
venu.  Vigile  irait  chercher  l'or;  car  certainement 
lorsque  lui ,  Edecon ,  serait  de  retour,  Attila  l'in- 
terrogerait, ainsi  que  tous  les  autres ,  pour  sa- 
voir qui  leur  avait  fait  des  présens  ^  et  combien 
d'argent  il  avait  reçu  des  Romains ,  et  il  ne  lui 
serait  pas  possible  de  le  taire  ,  à  cause  de  ses  au- 
tres compagnons.  L'eunuque  trouva  que  le  bar- 
bare avait  raison,  et  se  rangea  à  son  avis. 

Après  qu'EJecon  l'eut  quitté,  Chrysaphe  se 
rendit  au  conseil  de  l'empereur,  qui  manda  Mar- 
tial, maître  des  offices,  et  lui  apprit  la  conven- 
tion faite  avec  le  barbare,  car  il  était  du  droit  de 
sa  charge  qu'elle  lui  fût  confiée  et  commise.  Le 
maître  des  offices  est  en  effet  de  tous  les  conseils 
de  l'empereur,  et  a  sous  ses  ordres  les  courriers, 
les  interprètes ,  et  les  soldats  chargés  de  la  garde 


d'uistoire  moderne.  2.41 

du  palais.  L'empereur  donc  et  Martial  s'étant 
consultrs  sur  toute  cette  affaire ,  on  résolut  d'en- 
voyer à  Attila  non-seulement  Vigile,  mais  Maxi- 

min,  comme  ambassadeur Vigile,  qui  faisait 

en  appaience  les  fonctions  d'interprète,  devait 
cxëculei-  ce  que  jugerait  h  propos  Edecon.  Quant 
à  Maximin  ,  qui  ne  savait  pas  ce  qui  s'était  traité 
dans  le  conseil  de  l'empereui',  il  était  chargé  de 
remettre  des  lettres  à  Attila. 

L'emjiereur  avait  écrit  par  ses  envoyés  con^- 
nieut  Vigile  était  revêtu  de  la  fonction  d'inter- 
prète, et  comment  il  avait  choisi, pour  ambassa- 
deur, Maximin  qui  surpassait  Vigile  en  rang,  était 
de  naissance  illustî^e,  et  le  servait  lui-même  en 
beaucoup  de  choses.  A  cela  il  ajoutait  qu'il  ne  con- 
venait pas  qu'Attila,  transgressant  le  traité,  en- 
vahît les  provinces  romaines;  que,  bien  qu'il  lui 
eût  déjà  rendu  beaucoup  de  transfuges,  il  lui  en 
faisait  passer  encore  dix-sept ,  et  qu'il  n'en  avait 
pas  davantage  chez  lui.  Ces  choses  étaient  con- 
tenues dans  les  lettres. 

Maximin  avait  reçu  l'ordre  de  dire  de  bouche 
à  Attila  de  ne  pas  demander  des  hommes  plus 
élevés  en  dignité  pour  ambassadeurs  :  que  les 
prédécesseurs  de  l'empereur  n'avaient  pas  eu 
usage  d'envoyer,  à  ceux  qui  régnaient  autrefois 
en   Scythie  ,  d'autres   personnes  que    cehii  de 


2^2  COURS 

leurs  soldats  qui  leur  tombait  sbus  la  main ,  ou 
quelqu'autre  mcs^-ager  qiii  redît  ce  dont  on  l'avait 
chargé  :  que,  pour  s'accorder  sur  les  autres  choses 
qui  mettaient  de  la  division  entre  eux  ,  il  croyait 
bon  qu'Attila  lui  envoyât  Onëgèse.  Comment  se 
pourrait -il  qu'Attila  reçût  un  consulaire  dans 
Sardica toute  ruinée? 

Lorsque  Maximin,  cédant  aux  prières  de  l'em- 
pereur, se  chargea  de  l'ambassade  qu'on  voulait 
lui  confier,  il  m'engagea  à  l'accompagner  ;  nous 
partîmes  donc  avec  les  barbares ,  et  nous  arri- 
vâmes à  Sardica,  qui  est ,  pour  un  homme  agile, 
à  treize  jours  de  marche  de  Constantinople.  Après 
notre  arrivée,  nous  crûmes  devoir  inviter  Edecon 
et  les  autres  barbares  à  prendre  un  repas  avec 
nous  :  on  égorgea  les  bœufs  et  les  moutons  que 
nous  fournirent  les  habitans  du  lieu  ;  et ,  tout 
étant  préparé,  nous  nous  mîmes  au  banquet. 
Pendant  le  repas ,  les  barbares  commencèrent  à 
vanter  et  à  élever  aux  nues  Attila,  et  nous  l'em- 
pereur :  Vigile  s'avisa  de  dire  qu'il  ne  convenait 
pas  de  comparer  un  dieu  à  un  homme ,  ajoutant 
qu'Attila  était  un  homme  et  ïhéodose  un  dieu  : 
les  Huns  prirent  cela  fort  mal,  et  s'enflammèrent 
par  degrés  jusqu'à  la  plus  vive  colère  ;  nous  nous 
efforçâmes  de  détourner  la  conversation ,  et  de 
les  apaiser  par  des  paroles  de  douceur. 


d'histoire  moderne.  a/|3 

Quand  uoiis  sorlîuies  du  banquet,  Maxumn, 
voulant  se  concilier  par  des  présens  Edecon  et 
Oreste ,  leur  donna  des  vêtemens  de  aoie  et  des 
pierres  précieuses  de  l'Inde.  Oreste,  lorsque  Ede- 
con se  fut  éloigné,  dit  à  Maximin  que  celui-là 
était  sage  et  prudent  qui  prenait  soin  de  ne  pas 
faire  comme  tant  d'autres ,  et  de  ne  se  rien  per- 
mettre qui  pût  offenser  les  rois  ;  quelques  per- 
sonnes en  effet,  sans  faire  attention  à  Oreste, 
avaient  invité  Edecon  à  souper,  et  l'avaient  com- 
blé de  présens  :  pour  nous,  ignorant  tous  ces 
détails ,  et  ne  comprenant  pas  bien  ce  que  vou- 
laient dire  les  paroles  d'Oreste,  nous  lui  deman- 
dâmes comment  et  en  quoi  il  avait  été  traité 
avec  mépris  ;  mais  il  ne  répondit  rien  et  s'éloigna. 
Le  lendemain  ,  en  continuant  notre  route , 
nous  racontâmes  à  Vigile  ce  qu'Oreste  nous  avait 
dit  ;  il  nous  dit  que  celui-ci  avait  tort  de  se  plain- 
dre de  ce  qu'il  n'avait  pas  obtenu  les  mêmes 
honneurs  qu'Edecon  ;  qu'Oreste  n'était  qu'un  ser- 
viteur et  un  secrétaire  d'Attila,  tandis  qu'Edecon, 
Hun  de  naissance  et  fameux  par  ses  exploits  à  la 
guerre ,  le  surpassait  de  beaucoup  en  dignité.  En 
disant  ces  mots,  il  adressa  la  parole  à  Edecon  dans 
la  langue  de  celui-ci,  et  nous  dit  ensuite,  soit 
que  ce  fut  vrai,  ou  qu'il  se  permît  un  mensonge, 
qu'il  venait  de  répéter  à  Edecon  ce  que  nous  lui 


244  COURS 

avions  rapporté;  celui-ci  entra  à  ce  sujet  dnns 
une  telle  colère  que  nous  eûmes  beaucoup  de 
peine  à  le  calmer  un  peu . 

Nous  arrivâmes  à  la  ville  de  Naïssus,  qui  avait 
été  détruite  et  rasée  par  les  ennemis;  nous  n'y 
trouvâmes  aucun  habitant,  excepté  quelques 
malades  qui  s'étaient  réfugiés  dans  les  ruines  des 
temples  :  avançant  de  là  dans  des  plaines  dé- 
sertes, à  quelque  distance  de  la  rivière,  (car 
ses  bords  étaient  couverts  des  ossemens  de  ceux 
qui  avaient  été  tués  pendant  la  guerre,  )  nous 
arrivâmes  chez  Aginthée,  chef  des  soldats  de 
l'illyrie,  qui  habitait  non  loin  de  Naïssus  ;  nous 
portions  des  ordres  de  l'empereur  pour  qu'il 
nous  remît  cinq  transfuges ,  qui  devaient  com- 
pléter les  dix -sept  dont  il  parlait  dans  sa  lettre  à 
Attila  :  nous  allâmes  trouver  Aginthée,  et  nous 
lui  demandâmes  de  nous  les  livrer.  Après  leur 
avoir  adressé  des  paroles  de  consolation ,  il  les  fit 
partir  avec  nous. 

La  nuit  s'était  à  peine  écoulée  que  nous  fîmes 
roule  des  montagnes  de  Naïssus  vers  le  Danube  ; 
nous  parvînmes ,  après  une  foule  de  tours  et  de 
détours,  dans  un  certain  bourg  encore  sombre; 
nous  croyions  que  notre  chemin  devait  se  diri- 
ger vers  l'Occident,  mais  des  qu'il  iit  jour,  le 
soleil  levant  se  présenta  devant  nos  yeux;  igno- 


d'histoire  moderne.  ^45 

rant  la  position  de  cet  endroit,  nous  nous  ré- 
criâmes comme  si  le  soleil,  que  nous  voyions  vis- 
à-vis  de  nous,  suivait  un  cours  différent  de  son 
cours  accoutumé,  et  indiquait  ainsi  des  boule- 
versemens  dans  l'ordre  rci^ulicr  des  choses  ;  mais 
c'(  st  à  cause  des  inégalités  des  lieux  que  celte 
partie  de  la  route  est  tournée  vers  l'Orient. 

De  cet  endroit ,  d'un  abord  difficile  et  escarpé , 
nous  descendîmes  dans  des  plaines  marécageuses  ; 
là,  des  bateliers  barbares  nous  recurent  dans  des 
canots  d'une  seule  pièce ,  qu'ils  font  de  troncs 
d'arbres  taillés  et  creusés,  et  ils  'nous  passèrent 
au-delà  du  lîeuve'j  ce  n'était  point  pour  notre 
traversée  qu'avaient  élé  préparés  ces  canots, 
mais  pour  celle  d'une  nuiltilude  de  Barbares 
que  nous  rencontrâmes  sur  la  route ,  car  Attila 
semblait  marcber  à  l'invasion  des  /ionlières  de 
l'empire ,  comme  à  une  partie  de  chasse  ;  tels 
étaient  les  préparatifs  de  guerre  contre  les  Pio- 
mains  ,  et  les  transfuges  non  encore  livrés  lui 
servaient  de  prétexte  pour  la  commencer. 


'  Us  passèrent  le  Danube  probablement  aux  environs 
de  la  petite  ville  d'Jquœ  dont  les  environ?,  situés  entreune 
chaîne  de  montagnes  et  le  fleuve,  doivent  être  maréca- 
geux; peut-être  fut-ce  à  l'embouchure  du  Margus  dans  le 
Danube. 


2 46  COURS 

Après  avoir  passé  le  Daiuibe,  et  avoir  parconru 
avec  les  barbares  un  espace  d'environ  quinze 
stades,  on  nous  fît  arrêter  dans  une  plaine,  pour 
y  attendre  quEdecon  fût  allé  annoncer  notre  ar- 
rivée à  Attila'.  Ceux  des  barbares  qui  devaient 
être  nos  guides,  demeurèrent  cependant  avec 
nous.  Vers  le  soir ,  pendant  que  nous  soupions , 
nous  entendîmes  un  bruit  de  cbevaux  qui  s'ap- 
procbaient  ;  aussitôt  parurent  deux  guerriers 
scytbes,  qui  nous  ordonnèrent  de  nous  rendre 
auprès  d'Attila;  nous  les  invitâmes  auparavant 
à  partager  notre  souper  j  ils  descendirent  de  che- 
val, soupèrent  avec  nous  et  le  lendemain  mar- 
chèrent devant  nous  pour  nous  montrer  la 
route.  Vers  la  huitième  heure  du  jour,  nous  arri- 
vâmes près  des  tentes  d'Attila'  ;  il  y  en  avait  aussi 
un  grand  nombre  d'autres  :  comme  nous  vou- 


'  Cette  plaine  doit  être  dans  le  Bannat  de  Temeswar: 
les  tentes  d'Attila  se  trouvait;nl  alors  probablement  dres- 
sées entre  le  Thèmes  et  le  Danube. 

'En  supposant  une  lieue  par  heure  de  marche,  ces 
tentes  se  trouvaient  à  environ  neuf  lieues  du  Danube  :  le 
grand  nombre  de  bateaux  déjà  préparés  sur  le  Danube  pour 
le  passage  des  troupes  ,  et  la  multitude  de  barbares  qu'a- 
vaient rencontrés  les  ambassadeurs,  me  portent  à  croire 
qu'on  effet  elles  n'en  étaient  pas  plus  éloignées. 


d'histoire  moderne.  247 

lions  planter  les  nôtres  sur  une  certaine  coHine, 
des  barbares  accoururent  et  nous  en  empêchr- 
rent,  parce  que  celles  d'Attila  étaient  placées  dans 
la  vallée  d'à-côté.  Nous  les  laissâmes  déterminer 
à  leur  gré  l'endroit  où  nos  tentes  devaient  être 
dressées. 

Là  arrivèrent  bientôt  Edecon ,  Scotta ,  Oreste 
et  quelques-uns  des  principaux  Scythes,  qui 
nous  demandèrent  dans  quel  but  nous  avions 
entrepris  cette  ambassade  ;  nous,  de  nous  regar- 
der mutuellement,  et  de  nous  étonner  d'une 
demande  si  ridicule;  ils  n'en  insistèrent  pas  moins, 
et  se  rassemblèrent  en  foule  et  en  tumulte  pour 
nous  arracher  une  réponse.  Nous  répondîmes 
que  l'empereur  nous  avait  ordonné  d'exposer 
notre  commission  à  Attila  seul  et  non  à  d'autres; 
Scotta,  offensé  de  ces  paroles,  dit  que,  ce  qu'il 
faisait,  il  en  avait  reçu  l'ordre  de  son  chef. 
«  Grecs,  s'écria-t-il,  nous  connaissons  bien  votre 
»  astuce  et  votre  perfidie  dans  les  affaires.»  Nous 
protestâmes  que  jamais  on  n'avait  imposé  à  des 
ambassadeurs  l'obligation  de  dévoiler  l'objet  de 
leur  mission  avant  d'avoir  été  admis  en  la  pré- 
sence de  ceux  à  qui  ils  étaient  envoyés;  nous 
ajoutâmes  que  les  Scythes  devaient  le  savoir 
puisqu'ils  avaient  souvent  envoyé  des  députés  à 
1  empereur,  et  que  nous  devions  jouir  en  toute 


^48  COURS 

sûreté  des  luêmes  droirs;  qne,  sans  cela,  les  pri- 
vilèges des  ambassadeurs  seraient  violés.  Ils  s'en 
allèrent  aussitôt  trouver  Attila ,  et ,  revenus 
bientôt  après,  mais  sans  Edecon  ,  ils  nous  dirent 
ouvertement  tout  ce  que  contenaient  nos  ordres, 
et  nous  enjoignirent  de  partir  sur-Ie-cbamp  ,  si 
nous  n'avions  rien  déplus  à  traiter  avec  eux. 

Ces  paroles  nous  jetèrent  dans  une  grande 
anxiété;  nous  ne  pouvions  concevoir  comment 
avaient  été  découverts  et  dévoilés  les  projets  de 
l'empereur,  que  les  dieux  mêmes  ne  pourraient 
pénétier;  aussi  jugeâmes -nous  à  propos  de  ne 
rien  montrer  de  nos  ordres,  avant  qu'on  nous 
eût  permis  de  voir  Atliia.  Nous  répondîmes  : 
«  Quel  que  soit  le  but  de  notre  mission ,  que  nous 
w  soyons  venus  pour  traiter  de  ce  que  vous  venez 
»  de  dire,  ou  de  toute  autre  chose,  cela  ne  regarde 
»  que  votre  chef,  et  nous  sommes  décidés  à  ne 
))  point  nous  en  entretenir  avec  d'autres  que  lui.» 
Us  nous  renouvelèrent  alors  l'ordre  de  partir 
aussitôt. 

Fendant  que  nous  faisions  nos  préparatifs  de 
départ ,  Vigile  nous  reprocha  la  réponse  que  nous 
venions  de  faire  aux  Scythes  :  «  Il  eût  beaucoup 
»  mieux  valu  mentir,  dit-il,  que  de  s'en  retourner 
»  sans  avoir  rien  fait;  si  je  m'étais  entretenu  avec 
»  Attila,  je  l'aurais  facilement  détourné  défaire  la 


d'histoire  moderne.  34g 

»  guerre  aux  Romains  ;  je  lui  ai  rendu  autrefois 
»  plusieurs  services ,  et  je  lui  ai  été  fort  utile,  lors 
»  derambassade  d'AiialoIius:Edecon  est  du  même 
»  avis  que  moi.  »  Qu'il  dît  vrai  ou  faux,  il  n'avait 
d'autre  intention  que  de  profiter  de  l'ambassade 
pour  trouver  occasion  de  faire  tomber  Attila 
dans  le  piège  convenu ,  et  pour  rapporter  l'or 
dont  Edecon  avait  dit  qu'il  avait  besoin  pour  le 
partager  entre  certains  guerriers.  Mais  Vigile 
ignorait  qu'il  était  trahi;  Edecon,  en  effet,  soit 
qu'il  craignît  qu'Oi'este  ne  rapportât  h  Attila  ce 
qui  avait  été  dit  au  souper  de  Sardlca,  ou  ne 
l'accusAt  d'avoir  eu  des  entretiens  secrets  avec 
l'empereur  et  Chrjsaphe,  avait  révélé  à  Attila 
la  conjuration  formée  contre  sa  vie  ,  et  l'avait 
instruit  de  la  quantité  d'or  qu'on  devait  fournir 
pour  ce  dessein,  ainsi  que  de  tous  les  objets  que 
nous  devions  traiter  dans  notre  ambassade. 

Forcés  donc  de  nous  mettre  en  route  ,  malgré 
l'approche  de  la  nuit,  nous  apprêtions  nos  che- 
vaux lorsque  des  barbares  vinrent  nous  dire 
qu'Attila  nous  ordonnait  de  rester,  à  cause  de  la 
nuit  qui  s'opposait  à  notre  départ.  A  l'endroit 
même  d'où  nous  allions  nous  éloitrner ,  arrivèrent 
aussitôt  des  hommes  qui  nous  amenaient  un 
boeuf,  et  nous  apportaient  des  poissons  du  Da- 
nube ,    qu'Attila    nous   envoyait.    Après    avoir 


200  COUKS 

soupe',  nous  nous  endormîmes.  Quand  le  jour 
parut,  nous  espérions  qu'Attila  se  serait  radouci, 
et  nous  ferait  donner  quelque  réponse  favorable  ; 
mais  les  mêmes  barbares  vinrent  nous  répéter  de 
sa  part  l'ordre  de  nous  en  aller  ,  si  nous  n'avions 
à  lui  parler  d'aucune  autre  affaire  que  de  celles 
dont  il  était  déjà  instruit.  Nous  ne  répondîmes 
rien ,  et  nous  disposâmes  à  nous  mettre  en  route, 
quoique  Vigile  Ht  tous  ses  efforts  pour  nous 
engager  à  dire  que  nous  avions  à  entretenir  At- 
tila de  choses  qui  l'intéressaient  beaucoup. 

Comme  je  voyais  Maximin  désolé,  je  pris  avec 
moi  Rusticius  qui  entendait  la  langue  des  bar- 
bares ;  il  nous  avait  accompagnés  en  Scythie,  non 
à  cause  de  l'ambassade,  mais  pour  des  affaires 
particulières  qu'il  avait  auprès  de  Constance, 
Italien  d'origine,  qu'Aétius,  général  des  Romains 
occidentaux,  avait  envoyé  à  Attila  pour  lui  ser- 
vir de  secrétaire.  J'allai  trouver  Scotta  (  Onégèse 
étant  absent),  et  je  lui  dis  ,  par  l'intermédiaire 


'  Les  carpes  du  Danube  étaient  célèbres  à  cette  époque, 
cl  faisaient  partie  du  luxe  de  la  table  des  barbares.  Cassio- 
dore  dit  :  Privât i  est  habere  qaod  tocus  conttnet  ;  in  principali 
coitvivio  hoc  decet  cxquiri  qaod  visum  debcat  admirari.  Desti- 
net  carpam  Danubius  ,  a  Rhcno  venlat  ancorago.  »  (  Fari. , 
l.  XII,  ep.^.) 


d'histoire  moderne.  sSi 

de  Rusticius ,  qu'il  recevrait  de  Maximin  beau- 
coup de  riches  presens  ,  s'il  voulait  lui  procurer 
en  toute  sûreté  une  entrevue  avec  Attila.  J'a- 
joutai que  l'ambassadeur  avait  à  parler  de  choses 
qui  devaient  être  fort  avantageuses,  non-seule- 
ment aux  Romains ,  mais  aussi  aux  Huns  5  que 
son  ambassade  serait  très-profitable  à  Onégèse 
lui  même  ,  car  l'empereur  demandait  qu'Attila 
l'envoyât  à  sa  cour  pour  y  terminer  les  différens 
des  deux  nations ,  et  qu'il  en  reviendrait  comblé 
des  dons  les  plus  magnifiques  ;  je  lui  fis  observer 
que,  puisqu'Onégèse  était  absent,  il  ne  devait 
pas  faire  moins  que  son  frère  dans  une  affaire 
aussi  importante.  «  Je  sais,  lui  dis-je ,  qu'Attila 
»  a  aussi  en  vous  une  grande  confiance,  mais  on  ne 
))  peut  raisonnablement  en  croire  ce  qu'on  a  en- 
»  tendu  dire  ,  et  c'est  à  vous  à  nous  montrer  par 
»  le  fait  ce  qu'Attila  vous  accorde  de  faveur.  — 
))  Soyez  sans  inquiétude,  me  dit  aussitôt  le  bar- 
»  bare  ;  qu'il  faille  ou  parier  ou  agir  ,  j'ai  auprès 
»  d'Attila  autant  de  crédit  que  mon  frère  ;  «  et , 
montant  à  cheval  ,  il  partit  pour  la  tente 
d'Attila. 

Je  revins  auprès  de  Maximin ,  que  je  trouvai 
avec  Yigiie,  fort  tourmenté  et  fort  incertain  sur 
le  parti  qu'il  devait  prendre  ;  je  lui  racontai  la 
conversation  que  je  venais  d'avoir  avec  Scotta  , 


!i5!2  COUBS 

et  ce  qu'il  m'avait  répondu;  je  Feugageai  donc  à 
préparer  les  présens  qull  aurait  à  faire  à  ce  Hiin, 
et  ce  cpi'il  diraità  Alli'a.  Us  se  levèrent  aussilôt 
(  car  je  les  avals  trouvés  couchés  sur  Iherbe  ), 
me  remercièrent  des  soins  que  je  venais  de  pren- 
dre, et  rajipelcrent  ceux  de  leurs  gens  cini  sVm aient 
déjà  presque  mis  en  îoule  avec  les  chevaux  :  ils 
disentèrent  ensuite  entre  eux  pour  savoir  quel 
discours Maxiniin  devait  tenir  à  Attila,  et  com- 
ment ils  lui  remettraient  les  préseus  {{Li'U  lui  ap- 
portait de  la  part  de  l'empereur. 

Pendant  que  nous  nous  occupions  de  toutes 
ces  choses,  Attila  nous  envoya  chercher  par 
Scotta.  Nous  nous  acliemlnâines  donc  vers  sa 
tente,  que  nous  trouvâmes  envinjunée  d'une 
muîlltude  de  barbares,  quiiaisaient  la  garde  tout 
autour. 

Lorsqu'on  nous  eut  ])crmls  d'entrer,  et  que 
nous  eûmes  été  introduits,  nous  vîmes  Attda 
assis  sur  une  chaise  de  bols;  nous  nous  tînmes 
à  quelque  dislance  de  son  trône.  Ma>inun  s'a- 
vança, salua  le  barbare,  et  lui  remettant  la  lettre 
de  l'enq^ereui-,  lui  dit  que  les  empereurs  lui 
souhaltaietit ,  à  lui  et  à  tous  les  siens,  santé  et 
prospérité.  «  Qu'il  arrive  aux  Romains  tout  ce 
»  qu'ils  me  souhaitent,  »  répondit  le  barbare,  et  se 
tournant  aussitôt  vers  Vigile  ,  il  l'appela  animal 


d'histoire    AlODEU^E.  ^53 

impudent ,  lui  demanda  comment  il  osaitse  pré- 
senter devant  lui,  quand  il  devait  savoir  tout  ce 
qui  avait  été  convenu  pour  la  paix  lorsqu'il  avait 
accompai^né  l'ambassade  d'AnatoIius,  et  ajouta 
qu'aucun  autre  ambassadeur  n'aurai t  d  u  l'aborder 
avant  que  tous  les  transfuges  eussent  élc  rendus. 
Vigile  essaya  de  répondre  qu'on  les  avait  livrés 
tous,  et  qu'il  n'eu  existait  |)lus  un  sï:u1  chez  les 
Romains;  mais  Attila,  s'écbauiTant  de  plus  en 
plus ,  l'accabla  de  reproches  et  d'injures ,  et  , 
poussant  des  cris  de  fureur,  lui  dit  que,  sans 
son  respect  pour  le  caractère  d'ambassadeur 
qui  rétenait  sa  colère,  il  le  ferait  mettre  en 
croix ,  et  livrerait  son  corps  aux  vautours  pour 
le  punir  de  son  audace  et  de  l'insolence  de  sou 
langage;  il  ajouta  qu'il  y  avait  encore  chez  les 
Romains  beaucoup  de  transfuges ,  et  se  faisant 
apporter  un  tableau  sur  lequel  étaient  écrits 
leurs  noms,  il  ordonna  à  ses  secrétaires  de  le  lire 
à  haute  voix. 

Après  que  cette  lecture  eut  fait  coimaître 
quels  étaient  ceux  qui  manquaient  encore,  At- 
tila exigea  que  Vigile  partît  sur-le-champ  avec 
Esla  pour  porter  aux  Romains  l'ordre  de  lui 
renvoyer  tous  les  transfuges  scythes  qui  étalent 
encore  en  leur  pouvoir,  et  qui  s'étaient  retirés 
chez  eux   depuis    le  temps    où  Carpilion,    fils 


•2  54  COURS 

d'Aëliiis,  général  des  Romains  occidentaux,  était 
resté  en  otage  à  sa  cour,  c  Je  ne  souffrirai  jjoint, 
»  dit  il,  que  mes  esclaves  portent  les  armes  contre 
«moi;  ils  ne  seront  d'ailleurs  d'aucun  secours  à 
»  ceux  qui  prétendent  leur  confier  la  garde  des 
»  terres  que  j'ai  conquises;  quelle  est,  dans  toute 
»  l'étendue  de  l'empire  romain,  la  ville  ou  la  for- 
»  teresse  qui  pourrait  rester  entière  et  debout , 
»  quand  j'ai  décidé  qu'elle  serait  détruite?  Qu'après 
«  avoir  exposé  ma  volonté  sur  les  transfuges ,  les 
»  envoyés  reviennent  sur-le-champ  m'annoncersi 
»  on  veut  les  rendre  ou  si  on  préfère  la  guerre.» 
Il  avait  commencé  j)ar  ordonner  que  Maximin 
attendît  la  réponse  qu'il  voulait  faire  à  la  lettre 
de  l'empereur ,  mais  il  demanda  tout  de  suite 
les  présens.  Après  les  lui  avoir  remis,  nous  nous 
retirâmes  dans  notre  tente  où  nous  nous  entre-  - 
tînmes,  dans  notre  langue  maternelle,  de  tout 
ce  qui  venait  de  se  dire.  Comme  Vigile  s'éton- 
nait des  outrages  dont  l'avait  accablé  Attila  ,  qui 
s'était  montré  pour  lui  si  bienveillant  et  si  doux 
lors  de  sa  première  ambassade  ,  je  lui  dis  que  je 
craignais  fort  que  quelqu'un  des  barbares,  qui 
avaient  soupe  avec  nous  à  Sardica,  n'eût  irrité 
Attila  en  lui  rapportant  que  Vigile  avait  appelé 
l'empereur  un  Dieu  et  Attila  un  homme  ;  cela 
parut  aussi  probable  à  Maximin  qui  ignorait  la 


d'histoire  MODEKNE.  255 

conjuration  formée  contre  le  roi  des  Huns  :  mais 
Vigile  était  clans  une  grande  anxiété  ,  et  ne 
pouvait  pénétrer  la  cause  des  injures  et  de  la  co- 
lère d'Attila;  il  lui  était  impossible  de  croire, 
comme  il  nous  le  dit  dans  la  suite,  que  les  pro- 
pos du  souper  de  Sardica  lui  eussent  été  rap- 
portés, ou  que  la  conjuration  eût  été  décou- 
verte. La  crainte  qui  avait  gagné  tous  les  coeurs 
était  telle  qu'à  l'exception  d'Édecon ,  aucun  de 
ceux  qui  entouraient  Attila  n'osait  lui  adresser 
la  parole ,  et  Vigile  pensait  qu'Édecon  n'en  pren- 
drait que  plus  de  soin  de  tout  ensevelir  dans  un 
profond  secret,  soit  à  cause  du  serment  qu'il 
avait  prêté,  soit  en  raison  de  la  gravité  de  l'af- 
faire; il  devait  craindre  en  eftet  que  le  tort  d'avoir 
assisté  à  des  conseils  clandestins,  dirigés  contre 
Attila,  ne  le  fît  traiter  en  coupable  et  punir  très- 
sévèrement. 

Tandis  quenous  étions  en  proie  à  ces  inquiétu- 
des, Edecon  survint;  il  emmenaàpartViglle(ilfei- 
gnait  en  effet  de  vouloir  exécuter  sérieusement 
et  sincèrement  le  projet  qu'ils  avaient  formé)  , 
lui  dit  d'apporter  l'or  qu'il  devait  distribuer  à 
ceux  dont  il  se  servirait  pour  faire  le  coup,  et 
s'éloigna.  La  curiosité  me  fit  demander  à  Vigile 
ce  que  venait  de  lui  dire  Edecon;  mais,  trompe 
lui-même  ,  il  persista  à  nous  tromper,  et,  cachant 
3i.  T.  ni.  nisT.   mod.,   1829.  22 


256  COURS 

le  véritable  objet  de  leur  entretien ,  il  prétendit 
qu'Edecon  lui  avait  rapporté  que  c'était  à  cause 
des  transfuges  qu  Attila  était  entré  contre  lui 
dans  un  si  grand  courroux  :  le  roi  des  Huns  exi- 
geait, ajouta-t-il,  ou  qu'on  les  lui  livrât  tous,  ou 
qu'on  lui  envoyât  des  ambassadeurs  choisis  parmi 
les  hommes  les  plus  riches  et  les  plus  puissans 
de  l'empire. 

Notre  conversation  fut  interrompue  par  des 
gens  qui  venaient ,  de  la  part  d*AltiIa ,  nous  dé- 
fendre, à  nous  et  à  Vigile,  d'acheter  aucun  captif 
romain ,  aucun  esclave  barbare ,  ou  quoi  que  ce 
fût ,  excepté  les  choses  nécessaires  à  la  vie ,  jusqu'à 
ce  que  les  différens  des  Huns  avec  les  Romains 
fussent  terminés.  Cette  défense  du  rusé  Barbare 
n'était   pas  sans  intention  :  il  voulait  prendre 
Vigile  sur  le  fait ,  en  ne  lui  laissant  aucun  pré- 
texte sur  lequel  il  pût  s'excuser  d'avoir  apporté 
une  somme  d'or  considérable.  Il  nous  ordonna 
aussi  d'attendre  Onégèse  pour  que  nous  reçus- 
sions de  lui  la  réponse  à   notre  ambassade,  et 
que  nous  lui  remissions  nous-mêmes  les  présens 
que  lui  envoyait  l'empereur  et  que  nous  vou- 
lions laisser.  Onégèse  avait  en  effet  été  envoyé 
chez  les  Acatzires  avec  l'ahié  des  fils  d'Attila. 
Après  nous  avoir  donné  cet  ordre,  il  û\  partir 
Vigile  et  Esla  pour  Constantinople,  sous  prétexte 


d'histoire  moderne.  2^7 

de  redemander  les  transfuges,  mais  au  fait  dans 
l'intention  que  Vigile  rapportât  l'or  promis  à 
Édecon. 

Après  le  départ  de  Vigile,  nous  ne  demeu- 
râmes plus  qu'un  jour  en  cet  endroit;  nous 
partîmes  avec  Attila  pour  des  lieux  plus  éloi- 
gnés vers  le  septentrion  :  à  peine  avions-nous 
fait  un  peu  de  chemin  avec  les  Barbares,  que 
nous  changeâmes  de  direction,  d'après  l'ordre 
des  Scythes,  guides  des  étrangers*.  Attila  ce- 
pendant s'arrêta  devant  un  certain  village,  où 
il  prit  pour  femme  sa  fille  Esca,  quoiqu'il  en 
eût  déjà  plusieurs  :  les  lois  des  Scythes  le  per- 
mettent ainsi'. 


1  Priscus  ne  dit  pas  quelle  fut  leur  nouvelle  direction  : 
tout  porte  à  croire  que  ce  l'ut  l'ouest,  et  qu'en  général 
leur  route  se  dirigea  presque  constamment  vers  le  nord- 
ouest. 

2  Ce  passage  a  été  le  sujet  d'une  grande  discussion  ; 

voici  la  phrase  de  Priscus  :Ev  *i  T-a^nv   h-uya.rî^a.  Efnàju.iQ'éAiJc. 

Le  sens  qui  se  présente  naturellement  est  :  c  où  il  voulait 
»  épouser  sa  fille  Escam.»  Cependant  le  sa  manque,  et  il 
semble  que  Priscus  aurait  dû  mettre  iavr\î.  Quelques  sa- 
vans  en  ont  inféré  que  ce  n'était  point  sa  fille  qu'Attila 
avait  épousée,  que  c'était  la  fille  d'Escam,  et  qu'il  fallait 
lire  evyûlifo.  TV  Eo-Kct/*;  ils  ont  remarqué  avec  raison  que 


i58  COURS 

De  là  nous  fîmes  route  à  travers  uue  grande 
plaine ,  par  un  chemin  uni  et  facile,  et  nous  ren- 
contrâmes plusieurs  fleuves  navigables  ;  les  plus 
grands,  après  le  Danube,  s'appellent  le  Drecon, 
le  ïigas  et  le  Tiphisas.  Nous  traversâmes  les 
plus  considérables  sur  des  bateaux  d'une  seule 
pièce,  qu'ont  pour  leur  usage  particulier  ceux 
qui  habitent  sur  les  bords  de  la  rivière ,  et  les 
autres  sur  des  canots  que  les  Barbares  ont  tou- 
jours sous  la  main ,  car  ils  les  traînent  sur  des 


les  Grecs  faisaient  presque  toujours  indéclinables  les  noms 
propres  des  Barbares  qu'ils  connaissaient  mal;  que,  si 
Attila  eût  épousé  sa  propre  fille,  Prisons  n'aurait  pas  man- 
qué d'insister  sur  la  singularité  d'un  pareil  mariage;  et  le 
débir  de  purger  Attila  du  crime  de  l'inceste  leur  a  fait  re- 
garder cette  conjecture  comme  certaine  :  il  est  possible 
qu'elle  soit  fondée;  cependant  on  ne  saurait  contester  que 
la  phrase  suivante  de  Priscus  :  Les  lois  des  Scythes  le  per- 
mettent ainsi  ,  porte  sur  ce  qu'Attila  avait  épousé  sa 
fille,  aussi  bien  que  sur  la  pluralité  de  ses  femmes;  et  de 
plus,  les  témoignages  historiques  ne  permettent  pas  de 
douter,  que  chez  un  grand  nombre  de  peuples  barbares,  if 
ne  fût  permis  d'épouser  sa  fille;  celui  de  saint  Jérôme 
estpositif  :  P^rs^,  Mcdi,  Indi  et  Mthiopes,  ragna  nonmo- 
dica^  et  romano  rcgno  paria,  cum  matribas  et  rriis ,  ciim  fi- 
tiobus  et  nepotibus  copulantur  (  lib.  2,  adv.  J ovinianum  ). 
Pourquoi  les  Huns  n'en  auraient-ils  pas  fait  autant  ? 


d'histoire  moderne.  259 

chariots,  pour  s'en  servir  sur  les  étangs  et  dans 
les  lieux  inondés.  On  nous  apportait  des  vivres 
des  villages,  du  millet  au  lieu  de  froment ,  et  du 
med  au  lieu  de  vin  :  c'est  ainsi  que  les  appellent 
les  habitans.  Ceux  qui  nous  accompagnaient 
pour  nous  servir  nous  apportaient  du  millet  et 
nous  donnaiert  une  boisson  tirée  de  l'orge,  que 
les  Barbares  nomment  cam. 

A  l'approche  de  la  nuit,  après  une  route  assez 
lon«ue,  nous  dressâmes  nos  tentes  sur  le  bord 
d'un  marais,  où  les  habitans  des  villages  voisins 
allaient  puiser  de  l'eau,  car  ses  eaux  étaient 
bonnes  à  boire  ;  mais  un  violent  ouragan ,  mêlé 
d'éclairs ,  de  tonnerre  et  de  pluie ,  s'étant  élevé 
tout  à  coup,  notre  tente  fut  renversée,  et  nos 
ustensiles  jetés  dans  le  marais  :  effrayés  de  cette 
chute  et  des  tourbillons  de  l'orage,  nous  aban- 
donnâmes cet  endroit  ;  nous  nous  dispersâmes , 
et  chacun  de  nous  prit,  au  hasard ,  au  milieu  des 
ténèbres  et  de  la  pluie,  le  chemin  qui  lui  parut 
le  meilleur.  Arrivant  eniin  de  différens  côtés  aux 
cabanes  du  village,  nous  nous  y  réunhnes ,  et 
nous  demandâmes  à  grands  cris  ce  dont  nous 
avions  besoin  :  à  ce  bruit,  les  Scythes  sortirent; 
ils  allumèrent  les  roseaux  dont  ils  se  servent  pour 
faire  du  feu,  et  s'informèrent  de  ce  que  nous 
voulions,  et  de  ce  qui  nous  faisait  pousser  de 


36o  COURS 

tels  cris  ;  les  Barbares  qui  nous  accompagnaient 
répondirent  que  nous  avions  été  dispersés  et 
égarés  par  la  tempête  :  ils  nous  accordèrent  alors 
une  généreuse  hospitalité,  et  nous  firent  du  feu 
avec  des  roseaux  secs. 

La  maîtresse  du  village  avait  été  une  des  femmes 
de  Bléda;  elle  nous  envoya  des  alimens  et  de 
belles  femmes  ,  pour  que  nous  nous  livrassions 
avec  elles  au  plaisir  et  à  l'amour;  cela  est  regardé 
cliez  les  Scythes  comme  un  honneur.  Nous  re- 
merciâmes les  femmes  des  alimens  qu'elles  nous 
rapportaient,  et  nous  nous  endormîmes  dans 
nos  huttes,  sans  faire  usai?,e  de  la  dernière  offre 
de  leur  reine.  Dès  qu'il  fit  jour ,  nous  nous  mîmes 
à  la  recherche  des  petits  meubles  et  des  usten- 
siles de  voyage  que  nous  avions  perdus;  nous 
les  retrouvâmes  en  partie  dans  l'endroit  où  nous 
nous  étions  arrêtés  la  veille,  en  partie  sur  les 
bords  du  marais  ou  dans  le  marais  même  :  l'orage 
avait  cessé,  le  soleil  s'était  levé  brillant,  et  nous 
passâmes  tout  le  jour  dans  ce  village  à  faire  sé- 
cher nos  effets.  Après  avoir  pris  soin  de  nos 
chevaux  et  des  autres  bêtes  de  somme,  nous  al- 
lâmes saluer  la  reine ,  et ,  ne  voulant  pas  le  céder 
en  générosité  aux  Barbares  qui  nous  avaient  si 
bien  reçus ,  nous  lui  donnâmes  des  coupes  d'ar- 
gent, des  toisons  rouges,  du  poivre  de  l'Inde, 


d'histoire  moderne.  261 

des  (lattes  et  d'autres  fruits  secs;  après  avoir 
souhaité  aux  habitans  de  ce  village  toutes  sortes 
de  prospérités  en  récompense  de  l'hospitalité 
qu'ils  nous  avaient  accordée,  nous  parthnes. 

Après  une  marche  de  six  jours,  les  Scythes, 
guides  des  étrangers ,  nous  ordonnèrent  de  nous 
arrêter  dans  un  certain  village ,  pour  que  nous 
continuassions  notre  route  à  la  suite  d'Attila  qui 
allait  passer  par  là  :  nous  y  rencontrâmes  les  am- 
bassadeurs que  lui  avaient  envoyés  les  Romains 
occidentaux  ;  les  principaux  étaient  Romulus , 
décoré  du  titre  de  comte,  Primutus,  préi'el  du 
Norique ,  et  Romanus ,  chef  d'un  corps  de 
troupes;  avec  eux  étaient  Constance ,  qu'Aétius 
avait  envoyé  à  Attila  pour  lui  servir  de  secré- 
taire, et  Tatullus,  père  de  cet  Oreste  adjoint 
à  Edecon  ;  ceux-ci  les  avaient  accompagnés ,  non 
à  cause  de  l'ambassade ,  mais  par  amitié ,  et  en 
raison  de  leurs  relations  particulières.  Constance 
s'était  lié  avec  eux  pendant  son  séjour  en  Italie, 
et  des  motifs  de  parenté  avaient  déterminé  Ta- 
tullus ;  son  fils  Oreste  avait  pris  pour  femme  la 
lille  de  Romulus  de  Pétovio ,  cité  du  Norique. 

Ces  ambassadeurs  venaient  tâcher  d'adoucir 
Attila  qui  avait  demandé  qu'on  lui  livrât  Syî- 
vanus,  préfet  de  l'argenterie  de  Rome,  parce 
qu'il  avait  reçu  des  coupes  d'or  que  lui  avait  re- 


202  COURS 

mises  un  certain  CoDStauce.  Ce  Constauce,  ori- 
ginaire des  Gaules  occidentales,  avait  été  donné 
à  Attila  et  à  Blcda ,  pour  leur  servir  de  secré- 
taire ,  de  même  que  le  fut  dans  la  suite  un  autre 
Constance;  cet  homme  donc,  à  l'époque  où  la 
ville  de  Sirmium  en  Pannonie  était  assiégée  par 
les  Scythes,  avait  reçu  de  l'évêque  de  la  cité  des 
vases  d'or;  l'évêque  voulait  que,  s'il  survivait  à 
la  prise  de  la  ville ,  le  prix  de  ces  vases  fût  em- 
ployé à  le  racheter,  et  que,  s'il  y  mourait ,  on  se 
servît  de  cet  argent  pour  délivrer  les  citoyens 
emmenés  captifs  ;  mais  Constance,  après  la  ruine 
de  la  ville,  sans  sinquicter  des  résultats  du  siège, 
se  rendit  en  Italie  pour  une  affaire,  remit  les 
vases  à  Syivanus,  en  reçut  le  prix ,  et  il  fut  con- 
venu entre  eux  que,  si  Constance  s'acquittait  de 
cet  argent  et  des  intérêts  dans  un  temps  fixé,  les 
vases  lui  seraient  rendus  ;  que,  dans  le  cas  con- 
traire, Syivanus  les  garderait  et  en  userait  comme 
de  son  bien.  Attila  et  Bléda ,  soupçonnant  ce 
Constance  de  trahison ,  le  firent  mettre  en  croix; 
et  Attila  ,  instruit  de  l'affaire  des  coupes  d'or, 
demanda  qu'on  lui  livrât  Syivanus,  comme  ayant 
volé  des  effets  qui  devaient  lui  appartenir.  Aétius 
et  l'empereur  des  Romains  occidentaux  lui  en- 
voyèrent des  députés,  pour  lui  dire  que  Syi- 
vanus n'avait  point  volé  ces  vases,  qu'il  était  Iç 


d'histoire  moderne.  265 

créancier  de  Constance,  qu'il  les  avait  reçus  en 
gage  pour  la  somme  prêtée,  et  les  avait  ven- 
dus au  premier  prêtre  qui  avait  voulu  les  acheter, 
attendu  qu'il  n'était  pas  permis  à  des  hommes  de 
se  servir  pour  leur  usage  des  coupes  consacrées  à 
Dieu  :  ils  devaient  ajouter,  dans  le  cas  où  de  si 
bonnes  raisons  et  le  respect  dû  à  la  Divinité  n'em- 
pêcheraient pas  Attila  de  persister  à  redeman- 
der les  coupes,  que  Sylvanus  lui  en  remettrait  le 
prix  ;  on  ne  pouvait  en  effet  livrer  un  homme 
qui  n'avait  aucun  tort. 

Tel  était  l'objet  de  la  mission  de  ces  députés, 
qui  suivaient  le  Barbare  pour  en  obtenir  une  ré- 
ponse et  s'en  retourner  ensuite. 

Comme  nous  devions  marcher  par  la  même 
route  qu'Attila ,  nous  attendîmes  qu'il  eût  pris  les 
devans,  et  nous  le  suivîmes  peu  après  avec  le 
reste  des, Barbares.  Après  avoir  traversé  quelques 
rivières,  nous  arrivâmes  à  un  grand  bourg;  là 
était  la  maison  d'Attila,  beaucoup  plus  élevée 
et  plus  belle  que  toutes  les  autres  maisons  de 
son  empire;  elle  était  faite  de  planches  très- 
bien  polies ,  et  entourée  d'une  palissade  en  bois , 
non  comme  fortification  ,  mais  comme  orne- 
ment. 

La  maison  la  plus  voisine  de  celle  du  roi  était 
celle  d'Onégèse,  entourée  aussi  d'une  palissade 


:264  COURS 

de  bois;  mais  elle  n'était  ni  élevée,  ni  garnie  de 
tours ,  comme  celle  d'Attila.  Assez  loin  de  l'en 
ceinte  de  la  maison  était  situé  le  bain  qu'Onégèse, 
le  plus  riche  et  le  plus  puissant  des  Scythes,  après 
Attila ,  avait  fait  construire  avec  des  pierres  ap- 
portées de  Pannonie  ;  il  n'y  a  en  effet  dans  cette 
partie  de  la  Scythie  ni  pierres ,  ni  grands  arbres , 
et  il  faut  faire  venir  les  matériaux  d'ailleurs.  L'ar- 
chitecte qui  avait  construit  ce  bain ,  fait  prison- 
nier à  Sirmium  ,  avait  espéré  que  la  liberté  serait 
la  récompense  de  son  travail  ;  mais  cette  douce 
espérance  avait  été  bien  déçue  ;  il  était  tombé  au 
contraire  dans  une  servitude  beaucoup  plus  dure  ; 
Onégèse  en  avait  fait  son  baigneur ,  et  il  les  ser- 
vait ,  lui  et  toute  sa  famille ,  quand  ils  allaient  au 
bain. 

Lorsqu' Attila  arriva  dans  ce  village,  de  jeunes 
filles  vinrent  à  sa  rencontre  ;  elles  marchaient  en 
file,  sous  des  pièces  de  toile  fine  et  blanche, 
soutenues  de  chaque  côté  par  les  mains  de  plu- 
sieurs rangs  de  femmes ,  et  si  bien  tendues  que, 
sous  chaque  pièce ,  marchaient  six  jeunes  filles 
ou  même  davantage  :  elles  chantaient  des  chan. 
sons  barbares. 

Nous  étions  déjà  assez  près  de  la  maison  d'Oné- 
gèse,  par  laquelle  passait  le  chemin  qui  condui- 
sait à  celle  du  roi,  lorsque  sa  femme  sortit,  suivie 


d'histoire  moderne.  265 

d'une  multitude  de  femmes  esclaves  qui  appor- 
taient des  mets  et  du  vin,  ce  qui  est  regardé 
chez  les  Scythes  comme  le  plus  grand  honneur  : 
elle  salua  Attila ,  et  le  pria  de  goûter  de  ces  mets 
qu'elle  lui  présentait  avec  les  plus  vives  protes- 
tations de  son  dévouement  pour  lui  ;  le  roi , 
pour  donner  une  marque  de  sa  bienveillance  à  , 
la  femme  de  son  confident,  mangea  de  dessus 
son  cheval  ;  les  Barbares  qui  l'escortaient  tenaient 
élevée  jusqu'à  lui  la  table  qui  était  d'argent; 
après  avoir  ensuite  trempé  ses  lèvres  dans  la 
coupe  qu'on  lui  avait  offerte,  il  entra  dans  son 
palais  ;  c'était  une  maison  beaucoup  plus  appa- 
rente que  les  autres,  et  située  sur  une  éminence. 

Pour  nous ,  nous  restâmes  dans  la  maison 
d'Onégèse,  selon  l'ordre  de  celui-ci  qui  était  de 
retour  avec  le  fils  d'Attila  ;  nous  y  fûmes  reçus 
par  sa  femme  et  par  d'autres  chefs  illustres  de  sa 
famille ,  et  nous  y  soupâmes  ;  Onégèse  ne  put 
rester  avec  nous  et  se  délasser  à  table,  parce  qu'il 
était  allé  rendre  compte  à  Attila  de  ce  qu'il  avait 
fait  dans  sa  mission,  et  de  l'accident  survenu  à 
son  fiis  qui  s'était  démis  le  poignet  droit;  c'était, 
depuis  son  retour,  la  première  fois  qu'il  se  pré- 
sentait devant  le  roi  des  Huns. 

Après  le  souper,  nous  quittâmes  la  maison 
d'Onégèse ,  et  nous  dressâmes  nos  tentes  plus  près 


206  COURS 

du  palais  d'Altlia,  afin  que  Maxlmin  ,  qui  devait 
avoir  nue  entrevue  avec  ce  prince,  et  s'entrete- 
nir avec  ceux  qui  lui  servaient  de  conseillers,  eu 
fût  aussi  peu  éloigné  que  cela  était  possible.  Là 
BOUS  passâmes  la  nuit. 

Dès  que  le  jour  eut  paru ,  Maximin  m'envoya 
à  Onégèse  pour  lui  porter,  tant  les  présens  qu'il 
lui  offrait  lui-même  que  ceux  que  lui  envoyait 
l'empereur  ,  et  lui  demander  quand  et  où  ils 
pourraient  avoir  une  conversation;  je  me  rendis 
donc  chez  Onégèse ,  avec  les  esclaves  qui  por- 
taient les  présens;  les  portes  étaient  fermées  et 
je  fiis  forcé  d'attendre  qu'elles  s'ouvrissent,  et 
qu'il  en  sortît  quelqu'un  qui  pût  l'instruire  de 
n.  on  arrivée. 

Tandis  que  je  passais  le  temps  à  me  promener 
autour  de  l'enceinte  de  la  maison  d'Onégèse, 
s'avança  quelqu'un  que  je  pris  d'abord  pour  un 
Barbare  de  l'armée  des  Scythes,  et  qui  me  salua 
en  Grec  en  me  disant  :  Xaipe.  Je  m'étonnai 
qu'un  Scythe  parlât  grec;  les  Barbares,  en  effet, 
renfermés  dans  leurs  habitudes,  ne  cultivent  et  ne 
parient  que  des  langues  barbares,  celle  des  Huns 
ou  celle  des  Goths;  ceux  qui  ont  de  fréquentes 
relations  de  commerce  avec  les  Romains  parlent 
aussi  le  latin;  aucun  d'eux  ne  parle  grec,  à  l'ex- 
ception  des  captifs  réfugiés  dans  la  Tbrace  oii 


d'histoire  moderne.  267 

dans  rillyrie  maritime  ;  mais  quand  on  rencontre 
ces  derniers ,  on  les  reconnaît  aisément  à  leurs 
vêtemens  déchirés  et  à  leur  pâleur,  signe  de  la 
mauvaise  fortune  où  ils  sont  tombés.  Mon  homme 
au  contraire  avait  l'air  d'un  Scythe  heureux  et 
riche  ;  il  était  vêtu  avec  élégance  et  avait  la  tête 
rasée  en  rond  :  le  saluant  à  mon  tour ,  je  lui  de- 
mandai qui  il  était,  d'où  il  était  venu  dans  la 
terre  des  Barbares,  et  pourquoi  il  avait  adopté  les 
usages  des  Scythes.  «  Vous  avez  donc  bien  envie 
»  de  le  savoir,  me  dii-il.  —  Ma  raison  pour  vous  le 
M  demander,  lui  répondi.s-je,  c'est  que  vous  avez 
»  parlé  grec.  »  — 11  me  dit  alors  en  riant  qu'il  était 
Grec  de  naissance ,  qu'il  s'était  établi  pour  faire 
le  commerce  à  Viminacium,  ville  de  la  Moesie 
sur  le  Danube ,  qu'il  y  avait  demeuré  long-temps 
et  y  avait  épousé  une  femme  riche  ;  mais  que,  lors 
de  la  prise  de  la  ville,  tout  son  bonheur  s'était 
évanoui, et  que,  dans  la  répartition  du  butin,  ses 
biens  et  lui  éiaieni  échus  en  partage  à  Onégèse. 
Il  est  en  effet  d'usage  chez  les  Scythes  que  les 
principaux  chefs,  après  Attila,  mettent  de  côté  les 
captifs  les  plus  riches  et  se  les  partagent  après. 
Mon  Grec  avait  ensuite  vaillamment  combattu 
contre  les  Romains;  il  avait  contribué  à  sou- 
mettre la  nation  des  Acatzires  à  son  maître  bar- 
bare, et^  d'après  les  lois  scythes,  il  avait  obtenu 


268  COURS 

en  récompense  la  liberté  avec  la  propriété  de 
tout  ce  qu'il  avait  acquis  à  la  guerre;  il  avait 
épousé  une  femme  barbare  de  qui  il  avait  eu  des 
enfans;  il  était  commensal  d'Onégcse,  et  son 
nouveau  genre  de  vie  lui  paraissait  très-préférable 
à  l'ancien.  En  effet  ceux  qui  demeurent  cbez  les 
Scytbes,  après  avoir  supporté  les  fa  ligues  de  la 
guerre ,  passent  leur  vie  sans  aucun  souci  ;  cha- 
cun jouit  des  biens  que  lui  a  accordés  le  sort,  et 
personne  ne  lui  suscite  la  moindre  affaire,  ou  ne 

le  tourmente  jamais  en  quoi  que  ce  soit 

Pendant  que  nous  causions  de  la  sorie ,  un  des 
domesiiques  d'Onégèse  ouvrit  les  portes  de  l'en- 
ceinie  de  la  maison;  je  courus  vers  lui,  et  je  lui 
demandai  ce  que  faisait  Onégèse;  j'ajoutai  que  j'a- 
vais à  lui  parler  de  la  part  de  Maximin,  ambassa- 
deur des  Romains;  il  me  répondit  que,  si  j'at- 
tendais un  peu ,  je  pourrais  le  voir  bientôt,  car  il 
allait  sortir  :  peu  de  temps  après,  en  effet,  je  vis 
Onégèse  s'avancer ,  et  j'allai  vers  lui  en  lui  disant  : 
«l'ambassadeur  des  Romains  vous  salue,  et  je 
»  vous  apporte  des  présens  de  sa  part,  ainsi  que 
»  l'or  que  vous  envoie  l'empereur.  »  Comme  je 
m'efforçais  de  lui  demander  où  et  quand  il  vou- 
lait s'entretenir  avec  nous,  il  ordonna  aux  siens 
d'emporter  l'or  et  les  présens,  et  me  dit  d'aller 


d'histoire  moderne-  369 

annoncer  à  Maximin  qu'il  se  rendrait  bientôt 
chez  lui. 

Je  retournai  donc  dire  à  Maximin  qu'Onégèse 
allait  venir  le  trouver  ;  il  arriva  aussitôt  après 
dans  notre  tente,  et  adressant  la  parole  à  l'am- 
bassadeur, il  le  remercia  des  dons  de  l'empereur 
et  des  siens,  en  lui  demandant  ce  qu'il  vou- 
lait de  lui  puisqu'il  l'avait  fait  venir;  Maximin 
lui  répondit  que  le  temps  approchait  où  il  pour- 
rait acquérir  la  plus  grande  gloire  en  se  rendant 
auprès  de  l'empereur,  en  terminant  les  démêlés 
des  Romains  et  des  Huns ,  et  en  établissant  par 
sa  sagesse  une  paix  solide  entre  les  deux  nations  ; 
paix  qui,  non  seulement  serait  très-avantageuse 
pour  elles,  mais  qui  lui  vaudrait  tant  de  biens,  à 
lui  et  à  tous  les  siens ,  que  sa  famille  en  ressen- 
tirait, pour  l'empereur  et  toute  la  race  impériale, 
une  éternelle  reconnaissance.  Onégèse  demanda 
alors  comment  il  pourrait  se  rendre  agréable  à 
l'empereur  et  terminer  de  tels  démêlés  ;  Maximin 
lui  répondit  qu'il  n'avait  qu'à  prendre  part  aux 
affaires  présentes,  à  aller  remercier  l'empereur, 
à  étudier  soigneusement  les  causes  de  discorde  , 
et  à  interposer  son  crédit  pour  arranger  les  diffé- 
rens  d'après  les  conditions  des  traités,  a  Mais  il 
»  y  a  long-temps  ,  reprit  Onégèse ,  que  j'ai  ins- 
»  truit  l'empereur  et  ses  conseillers  de  la  volonté 


ayu  COURS 

»  d'Attila  sur  toute  cette  affaire;  les  Romains  pen- 
j)  sent-ils  que  leurs  supplications  m'engageront  à 
))  trahir  mon  maître ,  et  à  ne  tenir  aucun  compte 
))  des  avantages  que  j'ai  trouvés  cbez  les  Scythes 
»)  pour  mes  femmes  et  mes  enfans?  Ne  vaut-il  pas 
»  mieux  servir  auprès  d'Attila  que  jouir  auprès 
1)  des  Romains  d'immenses  richesses?  Du  reste  je 
»  leur  serai  beaucoup  plus  utile  en  restant  chez 
M  moi,  en  calmant  et  en  adoucissant  la  colère  de 
M  mon  maître,  s'il  formait  dans  tout  ceci  quelque 
»  projet  violent  conlrel'empire,  qu'en  me  rendant 
»  à  Constantinople,  et  en  m'exposant  à  des  soup- 
w  cons  si  je  faisais  quelque  chose  qui  parût  con- 
))  traire  aux  intérêts  d'Attila.  »  A  ces  mots ,  pen- 
sant que  je  serais  chargé  de  m'entreteuir  avec 
lui  sur  ce  que  nous  désirions  en  apprendre ,  (une 
telle  entrevue  convenait  peu,  en  effet,  à  la  dignité 
dont  Maximin  était  revêtu)  il  s'éloigna. 

Le  lendemain,  je  me  rendis  dans  l'enceinte  in- 
térieure de  la  maison  d'Attila ,  pour  porter  des 
présens  à  sa  femme,  qui  s'appelait  Gréca;  il  en 
avait  trois  enfans  ;  l'aîné  régnait  déjà  surlesAcat- 
zires  et  les  autres  nations  qui  habitaient  la  Scy- 
thie  duPont-Euxin.  Dans  celte  enceinte  étaient 
beaucoup  d'édifices,  construits,  en  partie,  de 
planches  sculptées  et  élégammeni  assemblées ,  eu 
partie  de  poutres  sans  sculptures,  bien  dressées 


D  HISTOIRE    MODERNE.  27  1 

avec  la  doloire  et  polies,  qui  ctaieut  entiemêh'es 
de  pièces  de  bois  travaillées  au  tour  ;  les  cercles 
qui  les  unissaient ,  à  partir  du  sol ,  s'élevaient  et 
étaient  distribués  suivant  de  certaines  propor- 
tions. Là  demeurait  la  lémnie  d'Attila.  Les  Bar- 
bares qui  gardaient  les  portes  me  laissèrent  en- 
trer, et  je  la  trouvai  coucbée  sur  une  molle 
couverture  ;  le  pavé  était  garni  de  tapiâ  sur  les- 
quels nous  marchions;  une  multitude  d'esclaves 
l'entouraient  en  cercle;  et,  vis-à-vis  d'elle,  des 
servantes,  assises  à  terre,  bigarraient  des  pièces  de 
toile  de  couleur  qu'on  applique  comme  orne- 
niens  sur  les  habits  des  barbares. 

Après  avoir  salué  Créca,  et  lui  avoir  offert  les 
présens  ,  je  sortis  ;  et ,  en  attendant  qu'Onégèse 
revînt  du  palais,  où  il  s'était  déjà  rendu,  je  par- 
courus les  autres  édifices  de  l'enceinte  où  demeu- 
rait Attila.  Tandis  que  j'étais  là  avec  beaucoup 
d'autres  personnes  ,  (comme  j'étais  connu  des 
gardes  d'Attila  et  des  Barbares  de  sa  suite  ,  on 
me  laissait  aller  partout)  je  vis  s'avancer  une  foule 
nombreuse  qui  accourait  en  tumulte  et  à  grand 
bruit;  Attila  sortit  d'un  air  grave;  tous  les  yeux 
se  dirigeaient  vers  lui;  Onégèse  l'accompagnait,  et 
^1  s'assit  devant  sa  maison.  Beaucoup  de  gens  qui 
avaient  des  procès  s'approchèrent  de  lui,  et  il  ren- 
dit des  jugemens;  il  rentra  ensuite  dans  son  palais 

5i.  T.  ju.  HisT.,  MOD.  iSaq  20 


272  COURS 

OÙ  il  reçut  les  députés  des  nations  barbares,  qui 
étaient  venus  le  trouver. 

Pendant  que  j'attendais  Onégèse,  Roraulus, 
Proniutus  et  Romanus,  députés  venus  d'Italie 
pour  l'affaire  des  vases  d'or,  Rusticius  qui  était 
delà  suite  de  Constance,  et  Constantiolus,  ori- 
ginaire de  la  Pannonie  ,  soumise  alors  à  Attila , 
m'adressèrent  la  parole ,  et  me  demandèrent  si 
nous  avions  reçu  notre  congé.  «  C'est  pour  le 
»  savoir  d'Onégèse ,  leur  dis-je,  que  j'attends  dans 
«cette  enceinie.»  Je  leur  demandai  à  mon  tour 
s'ils  avaient  obtenu  quelque  réponse  favorable 
sur  l'objet  de  leur  mission.  «  Pas  du  tout,  me 
»  répondirent-ils;  il  est  impossiblede  faire  changer 
»  Attila  d'avis;  il  menace  de  la  guerre  si  on  ne  lui^ 
«  livre  pas  les  coupables  ou  Sylvanus.  » 

Comme  nous  nous  étonnions  de  l'intraitable 
orgueil  du  Barbare,  Romulus,  homme  d'une 
grande  expérience  et  qui  avait  été  chargé  de  plu- 
sieurs missions  très-honorables,  nous  dit  :  «  Cet 
»  orgueil  vient  de  son  heureuse  fortune,  qui  l'a 
»  placé  dans  un  rang  si  élevé  ;  sa  fortune  lui  a  valu 
»un  grand  pouvoir,  et  il  en  est  si  enflé  que  les 
»  bonnes  raisons  n'ont  aucun  accès  auprès  delui, 
»  et  qu'il  ne  croit  juste  que  ce  qui  est  une  fois  entré 
»  dans  sa  tête  ;  aucun  de  ceux  qui  ont  réi^né,  soit 
»  dans  la  Scythie ,  soit  ailleurs ,  n'a  fait  d'aussi 


d'histoire  moderne.  2y5 

«grandes  choses  en  aussi  peu  de  temps;  il  s'est 
»  soumis  toute  la  Scythie ,  il  a  étendu  sa  domina- 
)>  tion  jusqu'aux  îles  de  l'Océan ,  il  a  reudu  les 
«Romains  ses  tributaires  ;  non  content  de  cela, 
»il  médite  de  plus  grandes  entreprises;  il  veut 
»  reculer  encore  les  frontières  de  son  empire,  et 
»  il  se  prépare  à  attaquer  les  Perses.  » 

Un  de  nous  demanda  quelle  route  conduisait 
de  laScyîhie  chez  les  Perses;  Romulus  répondit 
que  le  pays  desMèdes  n'était  pas  situé  très-loin 
de  celui  des  Scythes  ,  et  que  les  Huns  connais- 
saient bien  ce  chemin  ,  puisqu'ils  y  étaient  allés 
autrefois.  Pendant  les  ravages  que  faisait  dans 
leur  pays  une  famine,  et  la  tranquillité  que  leur 
laissaient  lesRomains  occupés  à  une  autre  guerre, 
Basich  et  Cursich,  guerriers  de  la  famille  royale 
des  Scythes,  et  chefs  de  troupes  nombreuses , 
avaient  pénétré  dans  le  pays  des  Mèdes;  ces 
chefs,  venus  dernièrement  à  Rome  pour  y  traiter 
d'une  alliance,  avaient  raconté  qu'ils  avaient  fait 
route  à  travers  une  contrée  déserte ,  qu'ils  avaient 
traversé  un  marais  que  Romulus  croyait  être  les 
Palus-Méotides,  et  qu'au  bout  de  quinze  jours , 
après  avoir  gravi  de  certaines  montagnes,  ils 
étaient  descendus  dans  ia  Médie  ;  que  là ,  pendant 
qu'ils  butinaient  et  faisaient  des  excursions  dans 
les  campagnes,  était  survenue  une  armée  perse 


2y4  COURS 

qui  avait  obscurci  l'air  de  ses  traits  ;  qu'à  la  vue 
d'un  tel  péril ,  ils  s'étalent  retirés ,  avaient  repassé 
les  montagnes,  et  n'avaient  emmené  qu'une  très- 
petite  portion  de  leur  butin ,  car  les  Mèdes  en 
avaient  repris  la  plus  grande  partie;  que  poiu' 
éviter  le  choc  des  ennemis ,  ils  avaient  pris  une 
autre  route,  avaient  traversé  des  lieux  semés  de 
pierres  marines  qui  brûlaient' ,  et  étaient  enfin 
rentrés  dans  leur  pays,  après  une  route  dont 
Romulus  ne  se  rappelait  pas  la  durée  :  il  était  aisé 
de  voir  par  là  que  la  Scythie  n'était  pas  très- 
élolgnée  du  pays  des  Mèdes. 

Romulus  ajoutait  que  si,  par  conséquent,  la 
faiitaisie  d'attaquer  les  Mèdes  prenait  à  Attila, 
cette  invasion  ne  lui  coûterait  ni  beaucoup  de 
soins,  ni  beaucoup  de  fatigues,  et  qu'il  n'aurait 
pas  un  long  chemin  à  faire  pour  tomber  sur  les 
Mèdes,  les  Parthes  et  les  Perses,  et  les  contrain- 
dre à  lui  payer  tribut.  Il  avait  un  si  grand 
nombre  de  troupes  qu'aucune  nation  ne  pouvait 
lui  résister.  Nous  nous  mîmes  alors  à  former 
le  voeu  qu'Attila  attaquât  les  Perses,  et  détournât 
ainsi  de  nous  le  poids  de  la  guerre.  «  11  est  à 
»  craindre,  dit  Constantiolus,  que,  les  Perses  une 


'Ces  pierres   ne   sont  autre   chose  que  le  bitume  qui 
sbonde  sur  les  bords  de  la  mer  d'Azof  et  de  la  mer  Noire. 


d'histoire  moderne.  275 

M  fois  vaincus,  *d  ne  traite  les  Romains,  non  plus  en 
»  ami,  mais  en  maître;  maintenant  nous  lui  en- 
»  voyons  de  l'or  à  cause  de  la  dignité  dont  nous 
n  i'avons  nons-niêrnes  revêtu;  mais,  s'il  domple 
»  les  Mèdes,  les  Parthes  et  les  Perses,  il  n'épar- 
»  gnera  plus  les  Romains  qui  font  de  ce  côte 
«  la  borne  de  son  empire;  i!  les  regardera  comme 
»  ses  esclaves,  et  les  forcera  d'obéir  à  ses  terribles 
»  et  insupportables  volontés.  » 

La  digniti^  dont  parlait  Constantiolus  était 
celle  dégénérai  des  armi'es  Romaines,  honneur 
qu'Attila  avait  reçu  de  l'empereur  pour  en  rece- 
voir en  même  temps  le  traitement  attaché  à  ce 
titre.  Constantiolus  pensait  cpi' Attila  violerait 
sans  peine  les  devoirs  de  cette  dignité,  ou  de  toute 
autre  dont  il  plairait  aux  Romains  de  Je  déc'orer, 
et  qu'il  les  forcerait  à  lui  donner  le  nom  de  roi 
au  lieu  de  celui  de  général  :  déjà,  lorsqu'il  était 
de  mauvaise  humeur ,  il  disait  que  les  généraux 
des  armées  étaient  ses  esclaves  ,  et  ses  généraux 
étaient  à  ses  yeux  les  égaux  des  empereurs  Ro- 
mains. 

La  dc'couverte  de  l'épée  de  Mars  avait  beau- 
coup ajouté  à  sa  puissance  ;  cette  épée  adorée 
autrefois  par  les  rois  des  Scythes,  comme  con- 
sacrée au  Dieu  de  la  guerre,  avait  disparu  pen- 
dant plusieurs  siècles,  et  elle  venait  d'être  re- 


276  COURS 

trouvée  à  l'occasion  de  la  blessure  d'un  bœuf. 
Pendant  que  nous  causions  assez  vivement  sur 
tout  ce  qui  venait  de  se  dire ,  Onégèse  sortit  ; 
nous  l'abordâmes  pour  l'interroger  sur  les  affaires 
dont  nous  étions  chargés  ;  après  s'être  entretenu 
d'abord  avec  quelques  Barbares ,  il  me  dit  de 
demander  à  Maximin  quel  était  le  consulaire 
que  les  Romains  comptaient  envoyer  pour  am- 
bassadeur à  Attila.  Je  rentrai  dans  notre  tente, 
et  je  rapportai  à  Maximin  ce  que  venait  de 
me  dire  Onégèse  ;  nous  délibérâmes  sur  ce  que 
nous  devions  répondre  aux  Barbares.  Je  retour- 
nai ensuite  vers  Onégèse,  pour  lui  dire  que  les 
Romains  désiraient  vivement  qu'il  se  rendît  à 
Constantinople,  et  qu'il  fut  chargé  d'accommoder 
leurs  diOercnsavec  Attila;  mais  que,  s'ils  étaient 
déçus  dans  cette  espérance,  l'empereur  enverrait 
tel  ambassadeur  qu'il  lui  plairait.  Il  m'ordonna 
aussitôt  d'aller  chercher  Maximin  ,  et  dès  que 
celui-ci  fut  arrivé,  il  Je  conduisit  vers  Attila. 
Maximin,  de  retour  bientôt  après,  nous  ra- 
conta que  le  Barbare  avait  déclaré  qu'il  voulait 
absolument  que  Fempereur  lui  envoyai  pour 
ambassadeur  Nomius  ,  ou  Anatolius,  et  qu'il 
n'en  recevrait  aucun  autre;  Maximin  lui  avait 
fait  observer  qu'il  ne  convenait  pas  de  ren- 
dre suspects  à    IVinpereur  les  députés  qui  lui 


D  HISTOIRE    MODERNE.  277 

seraient  envoyés ,  en  les  désignant  ;  mais  Attila 
lui  avait  répondu  que  ,  si  les  Romains  s'y  refu- 
saient ,  il  terminerait  la  querelle  en  prenant  les 
armes. 

A  peine  étions-nous  rentrés  dans  notre  tente, 
que  le  père  d'Oreste  vint  nous  dire  :  «  Attila  vous 
»  invite  tous  les  deux  au  banquet  qui  doit  avoir 
î)  lieu  vers  la  neuvième  heure  du  jour.  »  A  l'heure 
dite,  nous  nous  rendîmes  à  l'invitation,  et ,  réu- 
nis aux  ambassadeurs  des  Romains  occidentaux , 
nous  nous  tînmes  devant  l'entrée  de  la  salle  en 
face  d'Attila;  là,  les  échansons  ,  selon  l'usace  de 

7  1  '  1^ 

ce  pays,  nous  présentèrent  une  coupe,  afin  que, 
avant  de  nous  asseoir,  nous  fissions  des  libations; 
après  nous  en  être  acquittés  et  avoir  goûté  de  la 
coupe,  nous  allâmes  occuper  les  sièges  sur  les- 
quels nous  devions  souper. 

Des  sièges  étaient  préparés  des  deux  côtés  de 
la  salie, le  long  des  parois;  au  milieu  élait  Attila, 
sur  un  lit,  vis  à-vis  duquel  était  placé  un  autre 
lit ,  derrière  lequel  se  trouvaient  les  marches  d'un 
escalier  qui  conduisait  à  celui  où  ce  prince 
couchait.  Ce  lit  était  orné  de  toiles  et  de  tapis  de 
diverses  couleurs ,  et  il  ressemblait  à  ceux  que 
les  Romains  et  les  Grecs  arrangent  pour  les  ma- 
riés. Il  fut  réglé  alors  que  le  premier  rang  des 
convives  s'assiérait  à  la  droite  d'Attila,  et  le  se- 


2-8  COURS 

coDd  rang  à  la  gauche  ;  nous  lûmes  placés  dans  le 
second  rang  avec  Bérich ,  guerrier  très-considéré 
parmi  les  Scythes  ;  mais  Bérich  était  au-dessus 
de  nous.  Onégèse  occupait  le  premier  siège  à  la 
droite  du  roi ,  et  vis-à-vis  de  lui  étaient  assis  deux 
des  fils  d'Attila  ;  l'aîué  était  couché  sur  le  même 
lit  que  son  père,  non  à  côté  ,  mais  fort  au-des- 
sous ,  et  il  tenait  toujours  les  yeux  baissés^par 
respect  pour  son  père. 

Tout  le  monde  s'étant  assis  ,  l'échanson  d'At- 
tila lui  présenta  une  coupe  de  vin  ;  en  la  rece- 
vant, Attila  salua  celui  qui  occupait  la  première 
place;  à  cet  honneur  ,  celui  ci  se  leva  aussitôt  : 
il  ne  lui  était  pas  permis  de  se  rasseoir,  avant 
qu'Attila ,  goûtant  de  la  coupe  ou  la  buvant  tout 
entière,  l'eût  rendue  à  l'échanson.  Attila,  au 
contraire,  restait  assis ,  tandis  que  les  convives, 
recevant  une  coupe  chacun  à  son  tour,  lui  ren- 
daient hommage  en  le  saluant  et  en  goûtant  le 
vin.  Chaque  convive  avait  unéchanson,  qui  en- 
trait à  son  rang  après  la  sortie  de  celui  d'Attila. 
Tous  les  convives  ayant  été  honorés  de  la  même 
manière  ,  Attila  nous  salua  à  notre  tour  à  la  ma- 
nière des  Thraces.  Après  ces  cérémonies  de  poli- 
tesse .les  échansons se  retirèrent. 

A  côté  de  la  table  d'Altila,  étaient  dressées 
d'autres  tables,  faites  pour  recevoir   trois  ou 


d'htstoire  moderne.  279 

quatre,  ou  mcmc  un  plus  grand  nombre  de  con- 
vives ,  chacun  desquels  pouvait,  sans  déran- 
ger l'ordonnance  des  sièges ,  prendre  sur  les  plats 
aTcc  son  couteau  ce  qui  lui  plaisait.  Au  milieu 
s'avança  d'abord  le  serviteur  d'Attila,  portant 
un  plat  plein  de  viande  ;  ensuite  ceux  qui  de- 
vaient servir  les  autres  convives  couvrirent  les 
tables  de  pain  et  de  mets.  On  avait  préparé, 
pour  les  Barbares  et  pour  nous ,  des  mets  et  des 
ragoûts  de  toutes  sortes,  et  on  nous  les  servait 
sur  des  plats  d'argent  ;  mais  Attila  n'avait  qu'un 
plat  de  bois  et  ne  mangeait  que  de  la  viande. 

11  montrait  en  tout  la  même  simplicité  :  les 
conviés  buvaient  dans  des  coupes  d'or  et  d'ar- 
gent; Attila  n'avait  qu'une  coupe  de  bois;  ses 
habits  étaient  fort  simples,  et  ne  se  distinguaient 
de  ceux  des  autres  Barbares  que  parce  qu'ils 
étaient  d'une  seule  couleur  et  sans  orneniens; 
son  épée ,  les  cordons  de  sa  chaussure  ,  les  rênefi 
de  son  cheval  n'étaient  point,  comme  ceux  des 
autres  Scythes,  décorés  de  plaques  d'or  ou  de 
pierres  précieuses. 

Lorsque  les  mets  servis  dans  les  premiers  plats 
eurent  étémaneés,  nous  nous  levâmes,  et  aucun 
de  nous  ne  reprit  son  siège  avant  d'avoir  bu  une 
coupe  pleine  de  vin  ,  à  la  santé  et  à  la  prospérité 
d'Attila  ,  selon  les  formes  que  je  viens  de  décrire. 


28o  COURS 

Après  lui  avoir  rendu  cet  hommage,  nous  nous 
rassîmes  ;  on  apporta  alors  sur  toutes  les  tables 
de  nouveaux  plats  qui  contenaient  d'autres  mets, 
et  lorsque  chacun  en  eut  mangé  à  satiété  ,  nous 
nous  levâmes,  nous  nous  remîoies  à  boire 
comme  la  première  fois  ,  et  nous  nous  rassîmes 
encore. 

A  l'approche  du  soir ,  les  mets  furent  enlevés; 
deux  Scythes  s'avancèrent,  et  récitèrent  devant 
Attila  des  vers  de  leur  composition  ,  où  ils  chan- 
taient ses  victoires  et  ses  vertus  guerrières.  Tous 
les  regards  des  convives  se  fixèrent  sur  eux  ;  les 
uns  étaient  charmés  parles  vers;  d'autres  s'en- 
flammaient à  cette  peinture  des  batailles;  des 
larmes  coulaient  des  yeux  de  ceux  dont  l'âge 
avait  éteint  les  forces  ,  et  qui  ne  pouvaient  plus 
satisfaire  leur  soif  de  guerre  et  de  gloire.  Après 
ces  chants  barbares  ,  un  fou  vint  débiter  un  dé- 
luge d'extravagances  et  de  sottises  telles  qu'il  fit 
éclater  de  rire  tous  lesassistans. 

Le  maure  Zerchon  entra  le  dernier  :  Edecon 
l'avait  engagé  avenir  trouver  Attila,  et  lui  avait 
promis  d'em])îoyer  tous  ses  soins  pour  lui  faire 
rendre  sa  femme  ;  lî  l'avait  prise  autrefois  dans  la 
Scythie ,  où  il  jouissait  de  la  faveur  de  Bléda  ,  et 
il  l'y  avaitlaissée.  Lcrsqu' Attila  l'avait  envoyée  en 
don  à  Aétius ,  il  avait  d'abord  espéré  la  ravoir  ; 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


28] 


mais  cette  espérance  avait  été  déçue  ,  parce  que 
Attila  s'était  irrité  de  ce  qu'il  était  retourné  dans 
son  pays  ;  saisissant  l'occasion  de  la  fête ,  il  venait 
la  redemander  ,  et  sa  fij^ure ,  son  maintien  ,  sa 
prononciation,  le  mélange  bizarre  qu'il  faisait  de 
mots  huns,  latins  etgoths,  excitèrent  une  telle 
gaieté,  de  tels  transports  de  joie,  que  les  éclats  de 
rire  étaient  inextinguibles'. 

Attila  .seul  conservait  toujours  le  même  visage; 
il  était  grave  et  immobile,  il  ne  disait  et  ne  fai- 
sait rien  qui  annonçât  la  moindre  disposition  à 
rire  ou  à  s'égayer  ;  seulement  ,  lorsqu'on  lui 
amena  le  plus  jeune  de  ses  fils,  nommé  Irnacb  , 
il  le  regarda  avec  des  yeux  d'affection  et  de  plai- 
sir, et  lui  prit  la  joue  pour  le  caresser.  Comme 
je  m'étonnais  qu'Attila  fît  si  peu  d'attention  à  ses 
autres  enfans,  et  ne  parût  occupé  que  de  celui-ci, 
un  des  Barbares,  assis  près  de  moi,  et  qui  par- 
lait le  latin ,  après  m'avoir  fait  promettre  que  Je 


'  N'est-ii  pas  singulier  de  trouver  déji'i  à  la  cour  d'Attila 
un  arlequin?  Telle  est  en  effet  leur  origine  :  la  couleur 
des  esclaves  noirs,  Vétrangeté  de  leur  figure  et  de  leurs  ma- 
nières les  firent  rechercher  par  les  Barbares  coaime  d'es- 
cellens  bouffons  ;  et,  pour  comble  de  singularité  ,  le  maure 
Zerchon,  qui  vient  redemander  sa  femme  à  Attila,  rappelle 
Arlequin  redemandant  Colombine. 


2b'-i  COURS 

ne  révélerais  pas  ce  qu'il  allait  m'apprendre ,  me 
dit  que  les  devins  avaient  prédit  à  Attila  que 
toute  sa  race  périrait,  à  l'exception  de  cet  en- 
fant qui  en  serait  le  restaurateur. 

Connue  le  banquet  se  prolongea  fort  avant 
dans  la  nuit,  nous  ne  ciûmes  pas  devoir  rester 
plusîong-temps  à  boire,  et  nous  sortîmes. 

Le  lendemain  nous  allâmes  trouver  Onégèse, 
pour  lui  dire  que  nous  demandions  à  être  congé- 
diés, et  que  nous  ne  voulions  pas  perdre  inuti- 
lement plus  de  temps  :  il  nous  répondit  que  telle 
était  aussi  l'intention  d'Attila  et  qu'il  avait  résolu 
de  nous  congédier;  il  tint  ensuite  un  conseil  des 
principaux  chefs,  relativement  aux  résolutions 
qu'avait  prises  Attila,  et  rédigea  la  lettre  que 
nous  devions  rapporter  à  l'empereur.  Il  avait 
auprès  de  lui  des  secrétaires  chargés  de  sa  corres- 
pondance, entre  autres  Rusticius,  originaire  de 
la  haute  Mœsie  ,  qui  avait  été  lait  prisonnier  par 
les  Barbares,  et  à  qui  son  talent  pour  la  parole 
avait  valu  cet  emploi. 

Après  le  conseil,  nous  suppliâmes  Onégèse  de 
rendre  la  liberté  à  la  femme  et  aux  enlans  de 
Sylla,  qui  avaient  été  réduits  en  servitude,  lors 
de  la  prise  de  Ratlarla  :  il  n'était  pas  éloigné  de 
nous  l'accorder,  mais  il  exigeait  une  rançon 
considérable  :  nous  lui  demandâmes  avec  instance 


d'histoire  moderne.  283 

(le  se  laisser  toucher  de  pitié  par  le  souvenir  de 
leur  ancienne  condition ,  et  la  vue  de  leur  misère 
actuelle  :  enfin,  en  se  rendant  auprès  d'Altila, 
Onégèse  nous  accorda  la  liberté  de  la  femme 
pour  cinq  cents  aureij  et  fit  présent  à  l'empereur 
de  celle  de  ses  fils. 

Pendant  ce  temps  Reccam,  femme  d'Attila , 
qui  veillait  sur  ses  afiaires  domestiques ,  nous  in- 
vita à  souper';  nous  nous  rendîmes  auprès  d'elle 
et  nous  la  trouvâmes  entourée  d'un  grand  nombre 
de  chefs  scythes  ;  elle  nous  combla  de  politesses, 
nous  tint  les  discours  les  plus  aimables,  et  nous 
donna  un  magnifique  banquet.  Chacun  des  con- 
vives se  leva,  nous  présenta  une  coupe  pleine  de 
vin ,  et  nous  embrassa  en  la  reprenant,  ce  qui  est 
chez  les  Scythes  une  marque  de  bienveiliance  : 
après  le  souper,  nous  nous  retirâmes  dans  notre 
tente  pour  y  passer  la  nuit. 

Le  lendemain,  Attila  nous  invita  de  nouveau  à 
un  banquet  ;  nous  y  observâmes  les  mêmes  céré- 
monies qu'au  premier,  et  nous  nous  y  divertîmes 
fort;  ce  jour-là,  ce  n'était  point  le  fils  aîné  d'Attila 
qui  était  assis  sur  le  même  lit  que  ce  chef,  mais 


'  Les  érudits  ont  longuement  discuté  la  question  de 
sa\oir  si  cette  Recca  était  la  même  que  la  femme  d'Attila 
dont  a  déjà  parlé  Priscus,  et  qu'il  a  nommée  Créca. 


284  COURS 

son  oncle  Œbar,  qu'Attila  regardait  comme  son 
père. 

Pendant  tout  le  banquet ,  Attila  nous  parla 
avec  beaucoup  de  douceur  ;  il  ordonna  à  Maxi- 
min  d'engager  l'empereur  à  donner  pour  femme, 
à  son  secrétaire  Constance,  celle  qu'il  lui  avait 
promise  :  Constance,  en  effets  était  venu  à  Cons- 
tantinople  avec  les  députés  d'Attila,  et  il  avait 
offert  de  s'employer  à  maintenir  la  paix  entre  les 
Romains  et  les  Huns,  pourvu  qu'on  lui  donnât 
en  mariage  une  femme  ricîie  :  l'empereur  y  avait 
consenti  et  lui  avait  promis  de  lui  faire  épouser  la 
fille  de  Saturniîius  ,  homme  d'une  famille  noble 
et  d'une  fortune  très-considérable  ;  mais  Athé- 
naïs  ou  Eudoxie  (on  donnait  à  l'impératrice 
ces  deux  noms ,  )  fit  mourir  Saturniîius ,  et 
Zenon,  personnage  consulaire,  empêcha  l'em- 
pereur d'exécuter  sa  promesse  -,  ce  Zenon ,  ac- 
compagné d'une  nombreuse  troupe  d'isauriens, 
gardait  alors  la  ville  de  Constantinople,  qui  était 
menacée  par  la  guerre,  et  commandait  les  armées 
d'Orient;  il  fit  sortir  la  jeune  fille  de  prison,  et 
la  donna  à  un  certain  Rufus,  l'un  de  ses  parens. 
Constance,  frustré  ainsi  de  ce  mariage,  deman- 
dait instamment  à  Attila  de  ne  pas  souffrir  l'af- 
front qu'il  avait  reçu,  et  de  faire  en  sorte  qu'on 
lui  donnât  une  femme,  ou  celle  qu'on  lui  avait 


d'histoire  moderne.  285 

ravie,  ou  une  autre  qui  lui  apportât  une  riche 
dot  :  aussi  pendant  le  souper,  le  Barbare  recom- 
manda à  Maximin  de  dire  à  l'empereur  qu'il  ne 
fallait  pas  que  Constance  fïit  trompé  dans  son 
espérance,  et  qu'il  était  contraire  à  la  dignité 
d'un  empereur  d'être  un  menteur.  Attila  don- 
nait cet  ordre  à  Maximin,  parce  que  Constance 
lui  avait  promis  une  forte  somme  d'argent ,  s'il 
réussissait  par  sa  protection  à  épouser  une  jeune 
Romaine  riche. 

A  l'approche  de  la  nuit ,  nous  nous  retirâmes 
du  banquet. 

Au  bout  de  trois  jours  enfin,  nous  fûmes  ren- 
voyés après  avoir  reçu  des  présens:  Attila  fit 
partir  avec  nous ,  comme  ambassadeur  ,  Bérich , 
l'un  des  principaux  chefs  scythes,  seigneur  de 
beaucoup  de  villages  dans  la  Scythie,  et  qui  au 
banquet  avait  été  placé  du  même  côté  que  nous, 
mais  à  un  rang  supérieur.  Bérich  avait  déjà 
été  autrefois  reçu  comme  ambassadeur  à  Cons- 
tantinople. 

Pendant  notre  route,  et  comme  nous  arrivions 
à  un  certain  village ,  on  prit  un  Scythe  qui  était 
venu  dans  le  pays  des  Baibares  pour  y  espionner 
en  faveur  des  Romains  ;  Attila  le  fit  mettre  en 
croix.  Le  lendemain,  comme  nous  traversions 
d'autres  villages ,  nous  vîmes  traîner,  les  mains 


286  COURS 

liéesderrière  le  dos,  deux  prisonniers,  esclaves 
chez  les  Scythes ,  qui  avaient  tué  ceux  que  le  sort 
de  la  guerre  avait  rendus  maîtres  de  leur  vie  et 
de  leur  mort;  on  leur  serra  la  tête  entre  deux 
pièces  de  bois,  et  on  les  mit  aussi  en  croix. 
Bérich ,  tant  que  nous  cheminâmes  dans  la 
Scythie  ,  suivit  la  même  route  que  nous,  et  te 
montra  doux  et  bienveillant;  mais  lorsque  nous 
eûmes  passé  le  Danube  ,  il  devint  notre  ennemi 
sur  quelques  misérables  prétextes  fournis  par 
nos  domestiques.  11  commença  par  retirer  à 
Maximin  le  cheval  qu'il  lui  avait  donné  ;  Attila 
eu  effet  avait  exigé  que  tous  les  chefs  scythes  qui 
l'accompagnaient  fissent  des  présens  à  Maximin, 
et  ils  lai  avaient  tous  à  l'envi  offert  des  chevaux, 
Bérich  comme  les  autres;  mais  Maximin,  qui  vou- 
lait se  montrer  sage  et  modéré ,  avait  refusé  la 
plupart  de  ces  chevaux ,  et  n'en  avait  accepté 
que  quelques-uns.  Bérich  donc  lui  ôta  le  sien,  et 
ne  voulut  plus  ni  causer  avec  nous ,  ni  suivre  la 
même  route.  Ainsi  ce  gage  d'une  hospitalité  con- 
tractée dans  le  pays  même  des  Barbares  n'alla  pas 
plus'loin.  Nous  nous  rendîmes  à  Adrianopolis , 
par  Philippopolis  ;  nous  nous  arrêlûmes  quelque 
temps  dans  cette  ville  pour  nous  reposer  ;  et , 
adressant  la  parole  à  Bérich ,  nous  lui  deman- 
dâmes pourquoi  il  avait  gardé  avec  iious  un  si- 


d'histoire  moderne.  287 

lence  si  obsllnê  ;  il  n'avait  aucurx*  raison  de  nous 
on  vouloir,  puisque  nous  ne  l'avions  offensé  eu 
rien  ;  il  s'apaisa,  nous  l'invitâmes  à  souper,  et 
nous  partîmes  d'Adrianopolis. 

Nous  rencontrâmes  en  chemin  Vigile  qui  re- 
tournait en  Scythie ,  et  après  l'avoir  instruit  de 
de  la  manière  dont  Attila  avait  répondu  à  notre 
ambassade,  nous  continuâmes  noire  route.  Ar- 
rivés à  Constantinople,  nous  pensions  queBérich 
avait  oublié  sa  colère  ;  mais  nos  politesses  n'a- 
vaient pu  triompher  de  son  naturel  farouche  et 
vindicatif;  il  accusa  Maximin  d'avoir  dit  que  les 
généraux  Aréobinde  et  Aspar  n'avaient  point  de 
crédit  auprès  de  l'empereur  ,  et  que ,  depuis  qu'il 
connaissait  la  légèreté  et  l'inconstance  des  Bar- 
bares ,  il  savait  le  cas  qu'on  devait  faire  de  leurs 
exploits. 


m.   Hisr.   MOD.,    iSaq  24 


IV. 
TABLEAU  CHRONOLOGIQUE 

DES    PBINCIPATJX    ÉvÉNE5IE>'S 

DE  L'HISTOIRE  POLITIQUE  DE  LA  GAULE, 

DU  V«  AC  X«  SItCLB. 


IV. 
I ABLEAU  CHRONOLOGIQUE 

DES    PRINCIPAUX    ÉvÉNEMBNS 

DE  L'HISTOIRE  POLITIQUE  DE  LA  GAULE, 

DU   V   AD  X*  SIKCLE. 


A.     C. 

406—41 


411— 4i3 

412—419 

418—430 

45 1 

476 

48i-5n 

7  nov.  5ii 

525—554 

558— 56i 


58: 


Invasion  générale  des  Germains  dans 
l'empire  d'Occident,  et  spécialement  dans 
la  Gaule. 

Établissement  des  Bourguignons  dans  la 
Gaule  orientale. 

Établissement  des  Visigolhs  dans  la  Gaule 
méridionale. 

Établissement  des  Francs  dans  la  Belgique 
et  la  Gaule  septentrionale. 

Invasion  d'Attila  en  Gaule.  —  Sa  défaite 
dans  les  plaines  de  Châlons  en  Champagne. 

Chute  définitive  de  l'empire  d'Occident. 

Règne  de  Clovis.  —  Établissement  du 
royaume  des  Francs. — Leurs  conquêtes 
dans  la  Gaule  orientale,  occidentale  et  mé- 
ridionale. 

Mort  de  Clovis. — Partage  de  ses  domaines 
et  de  ses  États  entre  ses  quatre  fils. 

Guerres  des  Francs  contre  les  Bourgui- 
gnons. —  Chute  du  royaume  de  ces  der- 
niers. 

Clotaire  I",  quatrième  fils  de  Clovis,  seul 
roi  des  Francs. 

Traité  d'Andelot,  entre  Contran,  roi  de 
Bourgogne ,  et  Childebert  II ,   roi  de  Metz 


'92 


A.  C. 

6i3— 6a8 

628 — -714 
656—687 

687 
715 — 74 1 
714—732 
Octob.  732 
21  oct.  741 

747 
762 

754 
754 — 755 
750—759 

745—768 

sept.  768 

771 

769 


Clotaire  II,  fils  de  Chilpéric  T'et  de  Fré- 
dégonde,  seul  roi  des  Francs. 

Elévation  progressive  de  la  famille  des 
Pépin  parmi  les  Francs  Austrasiens. 

Lutte  des  Francs  de  Neustrie  contre  les 
Francs  d'Austrasie. 

Bataille  de  Tcstry.  — Triomphe  des  Francs 
d'Austrasie. 

Gouvernement  des  Francs  par  Charles- 
Martel. 

Invasion  et  progrès  des  Arabes  dans  la 
Gaule  méridionale  et  occidentale. 

Ils  sont  battus  près  de  Tours  par  Char- 
les-Martel. 

Mort  de  Charles-Martel.— Partage  de  la 
Gaule  entre  Pépin  et  Carloman,  ses  fils. 

Carloman  se  retire  dans  un  monastère. 
— Pépin  seul  chef  des  Francs. 

Déposition  de  Childéric  III,  dernier  roi 
Mérovingien.— Pépin,  dit  le  Bref,  est  déclaré 
roi  des  Francs,  et  sacré  à  Soissons  par  "Win- 
fried  (S.  Boniface),  archevêque  de  Mayence. 

Le  pape  Etienne  II,  venu  en  France  , 
sacre  de  nouveau  Pépin  et  sa  famille. 

Guerres  de  Pépin  en  Italie  contre  les 
Lombards. — Son  alliance  avec  les  papes. 

Guerres  de  Pépin  dans  la  Gaule  méridio- 
nale contre  les  Sarrasin*.  —  Il  s'empare  de 
la  Septimanie. 

Guerres  de  Pépin  dans  le  Sud-Ouest  de 
la  Gaule,  contre  les  Aquitains. — Il  s'empare 
de  l'Aquitaine. 

Mort  de  Pépin.  —  Partage  de  ses  Étals 
entre  ses  deux  fils.  Charles  et  Carloman. 

Mort  (le  Carloman.  — Charlemagne  seul 
roi  des  Francs. 

Expédition  de  Charlemagne  contre  le« 
Aquitains. 


D  HISTOIRE  MODERNE. 


^9 


A.     C. 

772 
774-776 
778—780 
782—785 
794—796 
797—798 

802 

804 

773—774 
776 

787 
801 

778 

796—797 

Soi 
806—807 
809 — 810 

'8ia 
788—789 

79»  ' 

796 

8o5 

Si'j. 

78, 

801 
14  oct.  800 
25  déc.  800 

801 

806 

808—814 

aSjanv.  8i4 
816 


►     Expéditions  de  Charleinagne  contre  le» 
Saxons. 


1     Expéditions  de  Charlemagne  contre  les 
Lombards.  —  Il  chasse  les  rois  lombards  et 
s'approprie  leurs  Etats. 
)      Expéditions  de  Charlemagne  contre  les 
^Lombards  du  pays  de  Bénévcnt. 


Expéditions  de  Charlemagne  contre  les 
*  Arabes  d'Espagne  ,  d'Italie  ,  de  Sardai- 
gne,  etc. 


Expéditions  de  Charlemagne  contre  les 
Slaves  et  les  Avares,  dans  l'Europe  orien- 
tale. 


Relations  de  Charlemagne  avec  les  em- 
pereurs d'Orient. 

Entrée  de  Charlemagne  à  Piome. 

Il  est  proclamé  empereur  d'Occident. 

Ambassade  de  Haroun-al-Rasehid  à  Char- 
lemagne. 

Charlemagne  partage  ses  États  entre  sc!^ 
trois  fils  Charles,  Pépin  et  Louis. 

Les  Normands  commencent  à  ravager  les 
côtes  de  la  Gaule-Franque. 

Mort  de  Charlemagne. 

Couronnement  de  Louis-le-Débonnaiie  , 
à  Rheims,  par  le  pape  Etienne  IV. 


'■[H 


A.     C. 

817 


828—855 
1  oct.  855 
3  nov.  855 

835 

858 

3o  mai  SSg 


20  juin  840 
840—843 

29  juin  841 
843 

8O2-877 

23  déc.  875 
877 


b  oct.  77 
856—877 


877-879 

10  avril  879 

S  79— 882 


COURS 


Louis  s'associe  son  filsLothaire,  et  donne 
à  ses  deux  plu?  jeunes  fils  ,  Pépin  et  Louis, 
les  ro^^aumes  d'Aquitaine  et  dr  Bavière. 

Intrigues  et  révoltes  des  fils  de  Louis-le- 
Débonnaire  contre  leur  père. 

L'assemblée  de  Compiègne  se  réunit  pour 
dégrader  Louis. 

Péuitence  publique  et  dégradation  de 
Louis  à  Soissons. 

L'assemblée  de  Thionville  annulle  les 
actes  de  celle  de  Compiègne. 

Assemblée  de  Kiersy-sur-Oise,  où  Louis 
dépouille  ses  fils  aînés,  Loîhaire  et  Louis, 
en  foveur  du  cadet ,  Charles-le- Chauve. 

Louis-le-Débonnaire  se  réconcilie  avec 
son  fils  Lothaire. — Nouveau  partage  de 
l'empire  entre  Lothaire  et  Charles- le- 
Chauve. 

Mort  de  Louis-le-Déhonnaire. 

Guerre  entre  les  fils  de  Louis-le-Débon- 
naire. 

Bataille  de  Fonlenay. 

Traité  de  "Verdun.  —  Partage  définilil'de 
l'empire. 

Charles-le-Chauve  réunit  successivement 
une  grande  partie  des  Étatsde  Charlemagne. 

Il  est  couronné  empereur  à  Home. 

Il  reconnaît,  dans  l'assemblée  de  Riersy- 
sur-Oise,  l'hérédité  des  bénéfices  et  des  of- 
fices royaux. 

Mort  de  Charles-le-Chauve. 

Invasions  continuelles  et  toujours  crois- 
santes des  Sarrasins,  et  surtout  des  Nor- 
mands, dans  la  Gaule-Franque. 

Règne  de  Louis-le-Bègue,  fils  de  Charles- 
le-Chauve. 

Mort  de  Louis-le-Bègue. 

Règne  de  Louis  III  et  Carlomau,  fils  de 
Lo'.iis-le-Bèerue. 


I)  HISTOIRE    MODERNK 


29D 


A.      C. 

5  août  882 
882—884 
6dcc.  884 
884-888 
885—886 

12  janv.  888 

887—898 


28  janv.  893 

1  janv.  8g8 

^95—929 

9»» 


922 
i5  juin  925 

923 
925—929 


7  0Ct.  929 

i5  janv.  956 

936-954 


Mort  de  Louis  III. 

Règne  de  Cailoman. 

IMoit  de  Carloman. 

Règne  de  Charies-le-Gros. 

Les  Normands  assiègent  Paris  pendant 
une  année. 

j     Mort  de  Charles-le-Gros. 
i     Règne  d'Eudes,  comte  de  Paris,  fils  de 
JRobert-Ie-Fort,  élu  roi  pendant  que  Char- 
|les-le-Gros  vivait  encore. 
i      Formation  d'un  grand  nombre  de  seigneu- 
jries  indépendantes. 

Couronnement  de  Charles- le -Simple  , 
fils  de  Louis-le-Bègue. 

Mort  du  roi  Eudes. 

Règne  de  Charles-le-Simple. 

Il  cède  ,  par  le  traité  de  Clair-sur-Epte  , 
àRollon,  chef  normand,  cette  partie  de 
la  Neustrîe  qui  a  pris  le  nom  de  Norman- 
die. 

Robert,  duc  de  France,  frère  du  roi  Eu- 
des, est  élu  roi. 

Il  est  tué  dans  une  bataille  ,  contre  Char- 
les-le-SimpIe  ,  près  de  Soissons. 

Raoul,  ou  Rodolphe  ,  duc  de  Bourgogne, 
est  élu  roi  de  France. 

Captivité  de  Charles-le-Simple  entre  les 
mains  d'ïléribert ,  comte  de  Vermandois. — 
Il  est  mis  un  moment  en  liberlé,  et  bientôt 
renfermé  de  nouveau. 

Mort  de  Charles-le-Simple. 

Mort  du  roi  Raoul. 

Règne  de  Louis  IV,  dit  d'Outremer,  fils 
de  Charles-le-Simple. —  Ses  relations,  tan- 
tôt amicales,  tantôt  hostiles,  d'une  part  avec 
l'empereur  Olhon  I",  maître  de  la  France 
orientale  ;  de  l'autre  avec  les  seigneurs 
indépendans  de  la  France  centrale  et  occi- 
dentale. 


396 


A.     C. 

10  sept.  954 
954—986 

2  mars  986 

986—987 

21  mai  987 

3  juillet  987 


COURS 

Mort  de  Louis  d'Outremer. 

Règne  de  Lothaire,  fils  de  Louis  d'Outre- 
mer. —  Ses  guerres  avec  Othon  II. 

Mort  de  Lothaire. 

Règne  de  Louis  V,  fils  de  Lothaire. 

Mort  de  Louis  V. 

Hugues-Capet,  comte  de  Paris,  est  sacra 
roi  de  France  t\  Rheims. 


V. 
TABLEAU  CHROÎNOLOGIQUE 

DES    PRINCIPAUX   ÉvÉnEMENS 

DE  L'HISTOIRE  RELIGIEUSE  DE  LA  GAULE 


BU    V*    AO    X=   SItCLE. 


V. 


TABLEAU  CHRONOLOGIQUE 


DES    PRINCIPAUX    EVENEMENS 


DE   L'HISTOIRE  RELIGIEUSE    DE   LA   GAULE 


DU    V     AB   X     SlÊCtE. 


A.  C. 

1  1   nov.   400 

400 — 407 


400 — -.20 


418 
420 

423 


428 


44, 

45o 


Mort  de  saint  Martin ,  archevêque  de 
Tours. 

Écrits  de  Vigilance  ,  prêtre ,  contre  les 
reliques  des  martyrs  et  quelques  autres  pra- 
tiques de  l'Église — Saint  Jérôme  les  réfute. 

Fondation  de  monastères  dans  la  Gaule 
méridionale,  entre  autres  de  ceux  de  saint 
Victor,  li  Marseille,  et  de  Lérins. 

Saint  Germain,  évêque  d'Auxerre, 

Les  Bourguignons  embrassent  l'aria- 
nisme. 

Naissance  du  semi-pélagianisme  dans  la 
Gaule    méridionale. — Saint    Augustin    le 
combat. 
Saint  Loup,  évêque  de  Troyes. 

Concile  nombreux.  —  Le  lieu  est  in- 
certain. ' 

Saint  Hilaire,  évêque  d'Arles. 

Concile  d'Orange. 

Contestp.tion  enlre  les  évêques  d'Arles 
et  de  Vienne  sur  l'étendue  de  leur  juridic- 
lion  niétropolitaine. 


^  •'e  n  indique  dans  ce  tableau  que  les  principaux  conciles,  et  sans 
rien  dire  de  leur  objet.  Le  tableau  VII  est  spécialement  consacré  à 
1  Histoire  desconciles  et  de  la  législation  canonique  de  la  Gaule  à  cette 
cpo^ue» 


A.  C. 
45a 
455 
462 


470 

472 

475 

49« 
499 


5oi 
5o6 
5io 


01 1 
517 

529 

555 
55s 
541 
545 


540 

554 

555 

55- 


Concile  d'Arles. 

Concile  d'Arles. 

Fauste  ,  évêque  de  Riei.  —  Sa  discus- 
sion avec  Claudien  Mamert,  sur  la  nature  de 
ITune. — Il  est  accusé  de  semi-Pélagianisnie. 
• —  Il  écrit  contre  les  prédeslinatiens. 

Institution  des  Rogations  par  saint  Ma- 
mert, évêque  de  Vienne. 

Saint  Sidoine-Apollinaire  ,  évêque  de 
Clermont. 

Concile  d'Arles. 

Saint  Avite,  évêque  de  Vienne. 

Clovis  embrasse  le  christianisme. 

Conférence  tenue  à  Lyon,  en  présence 
de  Gondebaud,  roi  des  Bourguignons ,  entre 
les  évêques  catholiques  et  les  évêques  Ariens. 

Saint  Césaire,  évêque  d'Arles. 

Concile  d'Agde. 

Sigismond,  prince  bourguignon,  aban- 
donne l'arianisme. 

Concile  d'Orléans. 

Concile  d'Épaone,  dans  le  diocèse  de 
Vienne. 

Concile  d'Orange. 

Concile  de  Vaison. 

Concile  d'Orléans. 

Concile  d'Orléans. 

Concile  d'Orléans. 

Introduction  de  la  règle  de  saint  Benoît 
en  Gaule.  Réforme  et  progrès  des  monas- 
lères.  On  commence  adonner  à  la  vie  mo- 
nastique le  nom  de  religio. 

Concile  d'Orléans. 

Concile  d'Arles. 

Saint  Germain  ,  évêque  de  Paris. 

Concile  de  Paris. 

Saint  Grégoire,  évêque  de  Tours, 

Saint  Senoch  ,  et  plusieurs  autres  reclus 
se  rendent  célèbres  par  leurs  austérités, 


D  HISTOIRE    MODIiHNE. 


3oi 


A.   C. 

576 

578 

585 


390 
590 — 600 


Goo — 65o 
6i5 


625 
626 


628 


638 
609 

640 — 66(» 

65o 
658 


670 — 700 


Childebert  II,  roi  d'Austrasie,  contiaitil 
les  Juifs  à  se  laire  baptiser. 

Concile  d'Auxerre. 

Concile  de  Mâcon. 

Arrivée  de  saint  Coloraban  en  Gaule. 

Il  fonde  le  monastère  de  Luxeuil. 

Désordres  dans  les  monastères.  —  Des 
imposteurs  parcourent  la  Gaule  en  se  don- 
nant pour  le  Christ. 

Incorporation  progressive  des  moines 
dans  le  clergé. 

Concile  de  Paris. 

Clotaire  II  consacre  l'élection  des  évêcf  ues 
par  le  clergé  et  le  peuple,  en  se  réservant 
la  confirmation. 

Concile  de  Rheims. 

Saint  Amand,  évêque-missionoaire  ,  tra- 
vaille à  la  conversion  des  infidèles  en  Bel- 
gique. 

Dagoberl  I"  force  les  Juifs  ù  se  faire  bap- 
tiser.  ' 

Fondation  de  l'abbaye  de  Saint-Denis. 

Concile  de  Paris. 

Saint  Éloi,  évêque  de  Noyon. 

Saint  Ouen,  évêque  de  Rouen. 

Fondation  d'un  grand  nombre  de  monas- 
tères. 

Concile  de  Châlons. 
Saint  Léger,  évêque  d'Autun. 

Progrès  de  l'influence  temporelle  de? 
évêques. 

Prédication  des  moines  Anglo-Saxons,  et 
autres,  soutenus  par  les  maires  du  palais 
d'Austrasie ,  chez  les  peuples  d'Outre-Rhin, 
tels  que  les  Saxons  ,  les  Frisons,  les  Da- 
nois, etc. 

Tyrannie  des  évêques  surles  monastères. 

—  Chartes  obtenues  par  les   monastères. 

—  Protection  que    leur   accordent   les  rois 
et  les  papes. 


3o2 


715 — 755 

720—741 

759—752 

743 

751^ — 800 
762 

755 

761 

761—763 

767 

769 

772 

774 

780 

785 
786 

790—794 
790—799 


Prédication  et  institutions  de  S.  Boniface 
en  Germanie.  —  Fondation  des  évêchés 
de    Salzbourg,   Freysingen,    Ratisbonne , 

urtzbourg,  Passau,  Eichstaedt,  etc. 

Charles-Martel  envahit  une  partie  des 
domaines  du  clergé. 

Relations  des  papes  avec  Charles-Martel 
et  Pépin-le-Bref. 

Concile  de  Leptines. 

Progrès  de  la  papauté  à  la  faveur  de  son 
alliance  avec  Pépin  et  Chaileraagne. 

Concile  de  "NYermerie. 

Concile  de  Verneuil. 

Pépin-le-Bref  fait  donation  à  l'église  de 
Rome  de  domaines  pris  sur  les  Lombards. 

On  recommence  à  débattre  les  questions 
dogmatiques.  — Réforme  de  l'Eglise  par  le 
pouvoir  civil. 

Établissement  et  règle  des  chanoines,  par 
Chrodegand,  évêque  de  Metz. 

Concile  de  Gentilly. 

Charlemagne  interdit  l'abus  du  d  roit 
d'asile  dans  les  églises. 

Le  pape  Adrien  I"  donne  à  Charlemagne 
un  recueil  de  canons. 

Charlemagne  étend  la  donation  de  Pépin 
à  l'église  de  Rome. 

Benoît  d'Aniane  entreprend  la  réforme  de 
la  vie  monastique. 

ïhéodulf,  évêque  d'Orléans. 

Évêques  spéciaux,  établis  dans  certains 
monastères. 

Condamnation  du  culte  des  images  par 
l'église  Gallo-Franque.  —  Livres  Carolins, 
composés  à  ce  sujet  par  Alcuin  ,  et  envoyés 
au  pape  par  ordre  de  Charlemagne. 

Hérésie  des  Adoptiens. — Réfutée  par  Al- 
cuin, et  condamnée  par  l'église  Gallo- 
Franque. 


D  HISTOIRE    MODERNE, 


5o5 


A.     C. 

798 


809 

8i5 
816 


825—824 
826 

Vers  85o 
851—865 


855 

855 

836 

840—877 

3i.  T.  III. 


Leidrade  ,  archevêque  de  Lyon. 


L'église  Gallo-Franque  adopte  la  doctrine 
que  le  Saint-Esprit  procède  du  Père  et  du 
Fils. 

Cinq  conciles,  tenus  la  même  année,  tra- 
vaillent à  la  réforme  de  la  discipline  ecclé- 
siaslicpie. 

ilègles  des  chanoines  etdeschanoinesses, 
adoptées  au  concile  d'Aix-la-Chapelle, 

— Louis-le-Déi)onnaire  donne  force  de 
loi  au  traité  des  offices  ecclésiastiques 
d'Amalaire,  prêtre  de  Metz. 

Réforme  des  monastères,  ordonnée  par 
un  concile  d'abbés  et  de  moines,  tenu  à 
Aix-la-Chapelh;. 

Progrès  de  l'indépendance  et  du  pouvoir 
temporel  des  évêques.  —  Décadence  de  la 
royauté. 

Preuves  du  droit  de  l'empereur  d'Occi- 
dent à  intervenir  dans  l'élection  des  papes. 

Harold  et  sa  femme,  princes  danois,  avec 
leur  suite  ,  sont  baptisés  dans  le  palais  de 
Louis-le-Débonnaire. 

Idées  et  tentatives  d'Agobard,  archevêque 
de  Lyon,  à  l'exemple  de  Claude,  évêque  de 
Turin,  pour  réformer  les  abus  de  l'Église, 
entre  autres  le  culte  des  reliques  et  l'adora- 
tion des  images. 

Controverse  sur  la  transsubstantiation  et 
l'immaculée  concepîion  ,  suscitée  par  les 
écrits  de  Paschase-Uadbert. 

Concile  de  Compiégne. 

Concile  de  Thionville. 

Concile  d'Aix-la-Chapelle. 

Progrès  de  la  papauté,  aux  dépens,  i"  du 
pouvoir  des  souverains  temporels  ;    2°  du 

HIST.  MOD.,   182g.  25 


3o4 


c. 


Vers  843 

844 

845—882 
847—861 
849-869 

852—875 

853 
853— 806 

856-869 

858 

862—866 

869—878 

876 


887 

909 
910 

912 

926—943 


COURS 


pouvoir  des  évêqucs  et  des  églises  natio- 
nales.— Relations  du  Pape  Nicolas  I"  avec 
les  gouvernemens  et  l'église  de  la  Gaule- 
Franque. 

/*,pparition  des  fausses  décrétales. 

Concile  de  ïhionville. 

liincmar,  archevêque  de  lUieims. 

S.  Prudence,  évêque  de  Troyes. 

Controverse  sur  la  prédeslination  et  la 
grâce. — Lutte  de  Gotlschalk  et  d'Hincmar. 

S.  Uemi,  archevêque  de  Lyon. 

Concile  de  Soissons. 

Affaire  de  WuU'ad  et  des  autres  clercs  or- 
donnés par  Ebbon,  archevêque  de  llheims. 

Affaire  du  divorce  deLothaire  etdeTeut- 
berge. 

Lettres  de  conseils  et  de  reproches  des 
évêqucs  de  Gaulc  ù  Louis-le-Germanique. 

Affaire  de  Rothade,  évêque  de  Soissons. 

Affaire  d'Hincmar,  évêque  de  Laon. 

Le  pape  Jean  VIII  institue  Primat  des 
Gaules  et  de  Germanie  Anségise,  arche- 
vêque de  Sens. 

—  Concile  de  Pontion. 

Concile  de  Mayence. 


Concile  de  Trosley. 

Fondation  de  l'abbaye  de  Cliiny.  par 
Guillaume-le-Pieux,  duc  d'Aquitaine. 

Rollon  et  un  grand  nombre  de  Normands 
embrassent  le  Christianisme. 

S.  Odon,  abbé  de  Cluny,  réforme  son 
monastère  et  plusieurs  autres  qui,  avec  l'au- 
torisation du  pape,  se  réunissent  en  une 
seule  congrégation.  —  Premier  exemple  du 
gouvernement  comuun  d'un  ordre  monas- 
tique. 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


3o5 


A.     C. 

99» 


Vers  la  fin  du 
siècle. 


Lutte  entre  les  Normands  chrétiens  et  les 
Normands  restés  païens. 

Gerbert,  archeyêque  de  Rheims,  pape 
en  999. 

Canonisation  d'Ulrich,  évêque  d'Augs- 
bourg ,  par  le  pape  Jean  XV.  —  Premier 
exemple  de  la  canonisation  papale.  —  Les 
Évêques  continuent  à  déclarer  des  saints 
dans  leur  diocèse. 

— Odilon,  abbé  de  Cluny,  institue  la  fêle 
des  trépassés. 

— Institution  de  l'office  de  la  Vierge. 

—  Progrès  de  la  simonie  et  du  désordre 
des  mœurs  dans  le  clergé,  et  des  supersti- 
tions de  tous  genres  dans  la  population.  — 
Nombre  infini  de  saints  et  de  reliques.  — 
Extension  des  pénitentiels  et  du  rachat  des 
péchés. 

—  Les  papes  se  déclarent  de  plus  en  plus 
les  adversaires  des  désordres  dans  l'Église, 
et  entreprennent  de  les  faire  cesser. 

— De  simples  particuliers  s'élèventcontre 
les  abus  et  les  superstitions,  entre  autres 
Leutard  aux  environs  de  Châlons-sur- 
Saône. 

—  Les  monastères  Iravaillertt  à  se  sous- 
traire à  la  juridiction  des  évêques. 


VI. 
TABLEAU  CHRONOLOGIQUE 

DES    PAINCIPAVX    ÉvÉNEMETtS 

DE  L'HISTOIRE  LITTÉRAIRE  DE  LA  GAULE, 

PO    Te    AB    X«    SIÈCLE. 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


C/3  C- 

c       a-  ce  :i? 


c    rt 


2  c  D  c 


J3 


S-3  »■ 


2  c  -o 
c   c    — 


"1    o    ^/ 

«■°   — 

«■    C-   (t~ 


eu  O 
(î    c- 

c   « 

3  5" 


c   ^ 


3  09 


ÛIO 


COURS 


1 

.^  '« 

1     «     1 

n   ••   ti   "-    1 

m 

s             4> 

-"  ;ii  ~  ^«  .S 

.2  •=  -3   3    « 

C^Zh 

-^  Ë'^ 

c   S  12 
o  ^  X 

'■5  «  S 

3 

1.11- r- 

^1 

l'H'~^ 

c; 

TS    2 

ïï  -  - 

•£; 

«  J3     5j 

=11 

«,£ 

0       t-  ■—  TJ  -Z     V5 

■^  5  ^  «  3  -H 

3 

O 

«     3     = 
s-    «  r3 

S  II. 

•=  •=  -J- 

i:  <=    3 

3 

S 

I^  =  2  " 
&H-  42-3  « 

-   =;   > 

o 
a, 

V           3 

_o 

^-è   5^-. 

lO    c 

-H 

o 

« 

ij 

;z 

"5 

,ç* 

:i' 

di 

-ia 

« 

j 

~« 

<y 

3 

1 

W 

-a 

1    6 

OJ  -r 

tô 

H 

va-  j            \n 

t-5 

n 
o 

=    3 

t. 

o 

1 

_ 

N 

^ 

a   X 

O 

ai  ^ 

c/3 

«•ssss^^ 

d'histoire  moderne.  3ii 


2  bjD       o    -  .v:       c-  =  =        s  «  o        -  cT 

=^  -s  «  =  «  «  "«  '^.H-         ■«  -  «  J=  s 

!^  rs^  ?=  -2  r.  «  ••-  -îi  ^   ^   to  ^   « 


o-î^        1è- 


«  _5  «^  «  i  3       ^,  -t:      ,.^  -  :;=  «       o  o  «  t3  -S 

r  -^  9      •=  ?  -  y       s-  "       5?  o  s  g      •;:;  :^  ^  -5  -^ 


.*-  '« 


M  to H  "g  Q V >-3  'z:  to s  ç-  -/j c^  g. 


o- 


•y:  oc- 


3j2 


COUKS 


-§  i  °  'S 

'    as    «^   «   S 


«-3 


P   o 


ai      «      «2 
_"0     CL,  «j 


?  (/3    . 

o    «    2 

a-  «  ^ 
Q  ^ 

3  lo  a, 
«  .^  j„ 
Q  2  « 
»  I  S 

0)    o 

1-3  CL, 


h"-^ 


ti     vd-i 


tu 

cr 


s 


1?] 

h    I 
o 


'o 


■^  Sb 


JO 


«      I 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


5j5 


Oh 


i   « 

ss 


6Û  « 


S  o  o  g  t;, 

2    rt    «  Q    £ 

H""'^     o      3 

r"  Q  .=;  •-■« 

ê-1   iîD  u  o- 


en 


ft-J 


en  -aj 


eu 


«5  t! 


!-'  CT' 


.  a 


^ 


-  g. 

I     3 


CO 


■S  « 

'^    es 
O    i- 


I  Sii 

o  S:2 


'C    2 


O    « 

fi.  a    • 

1     H)    a; 


.  .2  •- 


-3    -^^ 


5.4 


c 

_o 

es 

-qj 

u 

o 

rt 

C3 

c/5 

.2 

1 

w 

3 

o 

CL, 

_o 

._: 

-< 

c'-a 

• 

"ô 

o 

C2 

3 

Ji 

o 

co 

Pd 

>- 

_j 

.^ 

3 

J 

c 

c 

o 

'c 

O 

^ 

*« 

i 

c 
ta 

u 

ts 

-s 

U 

.2 

.2 

u 

-^ 

j^ 

ï^ 

3 

^ 

^ 

« 

1^ 

-TJ 

(/i 

H 

« 

« 

<5 

.  c 

« 

. 

3 

H 

^o 

>n 

^3 

ce 

«r     . 

-a 

s 

1 

a 

S 

^     3 

XI  < 

O    O 

< 

-!5  -' 

_ 

-5 

3 

_ 

.« 

. 

» 

"^     . 

S 

lO 

H 

•  '5 

_o 

CD 

■< 

-ÏT  = 

Ij,  m 

CO 

CO 

c 

-2 

-y 

g^' 

>  >■ 

CO 

— 

aj  _o 

" 

.s 

.» 

6 

c 

3 

"« 

-u 

O 

« 
te 

-V 

c: 

C 

cd 

Ouen  ; 
nci ,  pr 
lissons. 

O 

C 

^ 

•     rt    c 

'u 

PQ 

O 

-:  c/2  cT! 

b 

•-5 

c/^ 

«j  (a. 


3 

Q 

ca 

hJ 

.a 

Is 

S  « 


o    - 

u-5 


.2   =         c 


1^ 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


3l5 


=f= 

5S5 

""•^ 

^  R 

£  "^ 

«•3 

« 

0 

11 

^' 

3 -S 

î 

C 

:i  1 

i  = 

M 

1 

s 

1 

« 

"a 
•S 

;  ^ 

a  •- 

il 

s 

10 

c3      ». 
3ii 

—  3 

c  0 
0  ;2 

i 

CL, 

a> 

W    Ci 

11 

Q 

en 

Q 

1"^ 

Q    C3 

"  "3 

Cl  J^ 

c 

» 
^ 

« 

3- 

S'^ 

0) 

,,«2 

en   0^ 

0) 

2  « 

^s 

1— 1 

zu 

il 

c 
-y 

sa 

^-r 

C/3 

-3  0 

:§-2 

■3  ~  -1!  .2 

>- 

u 

^ 

3 
-3 

p 

6 

0 

^ 

c 

a  0 

g- 

«  =  '- 

.  c 

a 

Je    * 

00 
-  1 

•  GO 

Pi 

î^ 

tiS 

t. 

PX 

0) 

g 

> 

m 

10 

ii 

0 

, 

ô 

i-ii 

3 

c 

c 

c 

es 

c 

0 

0 

V 

^           0- 

*3 
T3 

a 

.S  «  ë 

=^1 

c 
0 

c 

-Q   -S 



u> 

< 

<s 

<5  '^ 

3i6 


COURS 


c/5 

O 
< 
ai 

> 

O 

4 

1.  Des  Leitres;   2.    Quelques  écrits 
théologiques. 

5. 
1.  Des  Traites  de  Morale;   2.    Des 
Commentaires  sur  le  Nouveau  Testa- 
ment; 5.  Une  grande  Grammaire. 
6. 
I.  Le  Code  des  Règles  monastiques; 
2.  La  Concorde  des   Règles  ;  5.    Des 
écrits  théologiques, 

7- 
1 .  Des  Instructions  sur  les  écoles  ;  2. 
Des  écrits  théologiques;  3.  Des  Poé- 
sies. 

8. 
1.  Des  Statuts  pour  l'abbaye  de  Cor- 

H 

4. 

Archevêque    de 
Lyon. 

5. 
Abbé  de  St.-Mi- 
hiel. 

6. 
Abbé    d'Aniane 
et  d'Inde. 

,            7- 
Lvêque  d'Orléans 

8. 
Conseiller    de 

5 

d               6 

^g    -e    ^^     -"    «^'^ 

■^           ^            •           t:          ^ 

g                         s                           CN                       g                          Cn 

O 

4- 

Leidrade;     ori- 
ginaire duNori- 
que. 

Smaragde. 

St. -Benoît  ;  d'A- 
niane, en  Septi- 
manie. 

Théodulf;  Goth 
d'Italie. 

8. 
Adalhard  ;  né  en 

d'histoirb  moderne.  3 17 


= 

i^ 

U     en 

— 

« 

c   ^r 



sur  le 
anSio 
Itc  (le 

5 

II 

ce 

0    C 

3 

l-f 

3 

0 

3 

9- 
e  i\  CliarleTnagne 
pses  de  s  deildel 
en  faveur  du   eu 

tn 

Cl.  « 

cr    , 

0 

0 

"S 
0 

C  -y 

«  J 

'S 
0 

0  -IT  £ 

211 

3     C 

Q 

.iri 

*rt    tn 

tn    0 

^ 

•^2  2 

Kî 

"i;^ 

sir 

S  Ci 

""  "S 

« 

1-^ 
•2» 

1 

c  "S 

C    « 

.    C 

en 

0  0 

-3 

J 

w 
0 

eu  « 

S 

_« 

Z  C- 

^ 

tcto 

13 

a 

3 

cr 

t,  sf  s   . 
.  ^  g  fa  Ji 

=11-1 

«    aj    0 

-  -T3  -^ 

:â      1 

i': 

:5' 

£J, 

Cn 

to 

00 

00 

S 

^^^ 

^  "tn 

s^ 

H 

2S 

-  c 

!2  « 

'2    "-  ^ 

^s 

>■ 

.1^ 

r' 

■^ 

■r^ 

S 

0 

0 

0 

t:"^ 

3  S 

0 

1 

c 

2 

2 

<u   fco 

m     = 

g 'S 

y 

ni;  EÔ 
13^ 

.  — 

c  tp 

.:i  0 

c    0 

^.^ 

«  _«  ■? 

'/"^       c  -< 


5i8 


COURS 


<« 

on 

1     V 

"7" 

_ 

— 

1 

^ 

O 

II 

es 

J2 

2^ 

CT 

en  — 

'S 

S 
o 

1- 

ci 

c 

3 

.5  S 

<D 

tn 

o  e 

cô 

i 

.2" 

S  S 

>a> 

3^ 

P4 

S  ?? 

c  « 

'^    iiû  « 

.^ 

•^  c 

3 

i5. 

de  Charl 
Des  Lettre 

cd 

0^ 

-.ri 

■g 

c 

c 
o 

"  <u  •! 

O 

5l  Q 

'SJD  .„ 

^ 

'B  jr 

<u      . 

r:^ 

p  |'~ 

a; 

"u 

*r-  " 

i-  to 

>^      . 

O     W 

C 

3 

2 

t^ 

„" 

'^O 

C 

hc 

^1 

Sï 

<  a; 

*3 

S 

v' 

;S: 

C 

<3 

i. 

«   ô- 

c 

cz 

> 

3   . 

1 

5 

»3 

C 

~ 

_^ 

c 

es 

c 

fcC 

'« 

1   ^^ 

c/2 

"^  ce 

3       • 

<^5 

o 
ce   „ 

.H 

'S 

J 

-  i  i 

w 

1- 

-:° 

o 

5 

«  TS 

2 

c   2 

-u 

p 

-3 

Q 

c* 

^^ 

.a 

-C 

c: 

< 

< 

> 

,i 

d 

C5 

d 

g 

-u 

to 

4- 

^* 

<ô 

, 

00 

00 

~ 

« 

Câ 

0? 

.    tn 

■j: 

*<i 

.  ^ïT 

-< 

■^O 

1 

Ci 

^ï 

OÔ    «J 

-     r- 

-    C 

Q 

o 

S 

«  -5 

S 

s 

V 

o 

n 

. 

,1 

..a 
-2^ 

c 

ai 

3 

S 
o 

'2  il 

c    3 

d 

II 

c 

^1 

00-  g 

C3     3 
•-5 

D  HISTOIRE  MODEUNE.  OIQ 


^  iH  «  S  o 


û-g-^       '.:-r  <T-5 


1-5  ?i^   to  = 


S     _ 

°   rt    o 


-=•    "    S         O 


X    C3    o    5" 


10 

~   « 

00 

00 

-  ?:  "o 

s 

«  a  -y 

« 

> 

0 

1^ 

0 

g 

S 

._i  1 — ' 

0 

g 

tn 

«  s 

00 

S:2  6 

v* 

« 

1 

S^:H 

tN 

0 

0  -  <" 

00 

s 

.  T.    m.    H19T.   MOD..   185g.  sC 


320 


COURS 


, 

1    aj 

— ; 

— 

^ 

=^ 

«5 

^ 

Oh 

3 

•1 

_3 

"&. 

3 

•âges  de  théolo 
e  philologie,  d 
es,  etc. 

-a 

«s 
o 

c 

iques,  entre  au 
Traité  de  la  pré 
c-Scot;  2.  De 

leooinplainle  su 
l'empire,  aprè 

ues,  entre  autre 

> 

O 

c 

-§  s 

-1- 

"Il 

5  s 

c 
ce 

3 
w 

t. 

3 

C 

S 

cr 
«  o  'Sa 

§      •£ 

Sa 

SM 

If 

1? 
Il 

O 

c 

C 

S. 
tn 

w 

-a 
S 

a 

-Q 

1 

^i 

^1 

M      "^ 

1 

l_ 

p 

§       «■ 
-J 

V 

1 

1 

's 

o   S 

S    3 

G 

1 

h. 

1 

H 

.    3 

«  <â:  c  «  „ 

SJ: 

O 

.H 

■s^ 

3 

.•^ 

•« 

« 

.-5  en 

?" 

â 

'S 

-g   ^       o 
1^       ^ 

11 

eu 

S"" 

^ 

. 

. 

ô 

'ÎO 

114 

o 

m 

O 

in 

fO                 ^ 

00 

S 

oo 

^00         oô    « 

ôS 

dS 

■< 

Cl    S 

«            «  > 

M    î> 

ItO   > 

Q 

o 

t    1 

1 

t: 

o 

^ 

c 

.^ 

O 

s-                  "^ 

3       .          T3 

i    4 

o 

c    c 

6  2  s 

|l 

1^ 

s 

c 

.s  = 

d'histoire  moderne.  32t 


=  t> 


l        i  «  1  ?        -        k       -5  11 


?r=  s 


to  -w  -f  'S      t^  --J  f  -w      i<2  -2  ^      ^  c!      to  a,  c  t^î  13  -:3  a  S 


3 


ag'^^        Q   =   «  .fi-5         ..  ««         'ii^'i   u 


tfi  « 


£-  «^  lo^  >à-®      o-=o.- 


-Q 


<1  -*5 


*^  in 

.en  .  CO 

I       I 


§ 

CO 

à 

co 

QO 

00 

.    Cn 

K5    £ 

^  ÏÏ 

in  2î 

o  50 

kO   5 

lO    « 

lo  ë 

lO    G 

> 

>■ 

>- 

« 

C^  ^ 

1      05   .'■'^ 

V 

0^ 

l  (Pa 
dans 
de  Se 

:^'to        . 

5    ?iD 

« 

3  KTi    -" 

.2'=    y. 

c 

^ïl 

■3    '^  -y 

Ci 

te  «  ^  io  ■-:: 
1°      ^ 

-i 

3g 

S   2  « 

O  >< 

=:î-3.2 

S 



'3 

322 


COURS 


V 

1    .^ 

■5  t 

a  = 

îà 

c 

S- 

.t; 

iï 

a- 
o 

1  l 

1 

3 

si 

c 

c/5 

^       1 

t 

3     <u 

3- 
O 

c 
c 

r 

o 

(D 

t'.S 

s- 

^ 

c 

3- 

-r    « 

^  _c 

P 

tO    es 

—  > 

V 
C 

a3 
'So 

oô 

£ 

es 

In 

o  o 
"S  '5 

-3  .s 

6 

o  — 
II 

« 

O 

c 

••     a; 

c 

P-, 

S 

l 

ï: 

o 

3 

-u 

-3 

C 

'îT  -S 

■^     « 

-3 

CI 

o  tL 

i«     3 

3 

c: 
es 

>^ 

C 

if-i 

.   p 

i 

2- 

c.E 

H^l 

« 

p 

"*  -H 

>^ 

tO 

Q. 

3      L. 

o 

'0) 

03 

« 

= 

"? 

-S 

'3 

H 

H 

ts 

gÔ 

c^ 

AS- 

o 

3"     . 

.     S 

(^ 

lO      . 

tjî 

-a 

-3  lO 

<î; 

v^<i>      « 

^    r 

-ïî^ 

ttJ 

« 

_c 

S    = 

IJ 

C 

.3- 

c 

'3 

-G    O 

J 

k-3 

-«îl  ''^ 

<: 

'i 

« 

s 

-3 

e^ 

Cn 

00 

oô 

HT! 

■< 

lO  ■£ 

ko 

;ÎJ 

to 

C 

vT* 

<T   C 

Q 

« 

,2 

! 

C 

o 

t^ 
l^ 

ï 

h 

o 

6 

c 

g 

00 

V 

> 

ïs 

o 
oc 

S 

«V 

<« 

ô 

i  « 

O 

>5 

— 

II 

QO 

-d 

lo  g 

-3-3 

^11 ... 

<r 

^ 

3    c 

P5 

-^-3    2 

c 

j^ 

O    « 

3 

•^ 

',       ,v       "" 

c 

II 

o 

_^ 

.:  S  c« 

J 

1          . 

i-î 

P 

C/D 

en 

H- 

D  UISTOIUE  MODERNE. 


I    11 

a  .  -  . 

te   s-  i/j 

,,   i^  « 

«  .a;  1, 

c    tu  tî 

«  Q  iJ 


.Q        ?   «-a 


a  -^ 


«   «   w 

t-       .  O  •  -    .  ^  ■" 

«  «       '^ 

1/3    •  — 


«  rt    « 

-y  O-, 

-■U  t:  >"> 

^  «  S 

c        ^ 

•-  a 


C3 


S  s:  c  '^i  « 


(U  s 

«  2  -  - 


_  4) 

5     3     «  &,          « 

D  ?2       ;„  —  eu  <D 

?»    O        (-^    t.    =  3        Q 

«  «             «  «  îJ 


«S -5 

U    o    S 
M   «   2 

t,         •      !« 

tn    !«  '3 

«     D    c 

.S:  3  fs 
;  es  a* 

=  '^« 

s^  =  s 

o-  -- 
'^  -t,  .^  Si 

<r,  ^    tù    '-* 

*=  -S  5  ^ 
'  «  °  c 

cy     «     ly 


o 

c 

.2  o 


«    3    G 


,i,     —     w 

C 


«    03 


Cm      Û 

o'E    -S 

m4 

-^=3^<£    C 

en 

4, 

Il  ll 

><1 

Q  S 


o*   -, 
•3  *j   a> 

G    «  -^ 

ÛU    3 
aj    t«    (U 

H- '    -«      ^ 


o 


.2  ^       S 


^  S 


*:  ^ 


c  O  S 


.24 


COURS 


tn 

«j  .' 

T 

« 

— 

== 

1    a 

_« 

IJ 
o  u 

o 

S 

-a 

1"^ 

oj 

c 

_3 

—    c 

Cm 

&<^ 

t/J 

'>■ 

«  « 

'7/ 

^ 

rs    z 

E  I- 

*> 

.►  " 

-2 

V 

«  'c 

■£ 

"  "5 

m 

« 

tO     ij 

o 

CL. 

-3 

'=   ■= 

t3 

tn  ~aj 

3   O 

«    = 

'W 

"S  ^ 

C 

■< 

o 

-    C 
3     0) 

sies,  entre  autre 
des  chauves,  d 

C 

C 

o 
o 

c 

3 

c: 
eu 

5. 
Des  écrits  théologiqu 
de   Saints,   notammei 

-Tours;  3.  Des 

6. 
saint  Odon,abb 

.2  î^ 

c  o 

eu  C 

c 
1=   i£ 

'o 

-o 

""  — 

— 

3    = 

*      CD 

^ 

•-  i 

3^ 

-:3 

_W 

> 

c 

■5 

^    ./ 

2 

«  'W 

c 

>^ 

,— 

^  î- 

'5 

c 

•  a< 

CTî 

3 

H 

j-i 

o  c 

II 

in    « 

13 

J3 

co 

'o 

.    O    S 

g  - 

-< 

§ 

3 

-3 

^ 

3 

fl 

.2 

r/-; 

U 

5 

Ci 

c 
1 

1 

cd 

.!> 

C 

> 

1 

1 

J2  ■« 

1 

1 

c 

2;^ 

S 

i 

s 

00 

Xi 

> 

00 

E 

<u 

c 

■L 

(U 

c 

.2 

^ 

O 

lO 

^^1  i 

Œ 

■a 

co 

2    . 

'■A 
-n 

z 

c 

o 

ja  -c 

-a  ï 

a 

3  i 

91 

5? 

O     . 

15 

35  ï: 

-g 

«^ 

11 

< 

_ 

C/3 

•-5 

D  HISTOIRE    MODERNE. 


325 


t      3 

3     es 

I    t. 

3     ^ 
r    Oh     . 


5  s  ^ 

.2  "S 


S  i 

C  -o 

O  JS 
o    •" 

•:2   &- 


1^    5U 


O 


-2^  ï 


^    3    =    C 
a;  C    "■' 


S   o 

•*Q  « 
«  •-' 
'XI    .r,  a> 

û  ft-  'o 
-  Q  * 


o 

-"    OJ    t. 

■5  c 


a,» 

K  -3 


t.  -w 


-5     « 
O  bo         - 

■^  a  toi  "-é 

o    3    «  O 

<;  CQ  .^      -«s 


VII. 
TABLEAU  CHRONOLOGIQUE 

DES  CONCILES, 

ET  DE  LA  LÉGISLATION  CANONIQUE  DE   LA  GACLE, 
DV  IV  AU  X"  SIÈCLE. 


COURS   D  HISTOIRE    MODERNE. 


529 


0 

< 

Que  chaque  prêtre  demeure 
dans  le  lieu  où  il  a  été  ordonné. 

Que  les  fidèles  qui  deviennent 
gouverneurs  de  province  ,  reçoi- 
vent des  lettres  de  communion, 
afin  que  l'évêque  du  lieu  où  ils  se- 
ront puisse  les  surveiller  et  les 
excommunier  s'ils  font  quelque 
chose  contre  la   discipline. 

Que  les  prêtres  ou  les  diacres 
qui  quittent  les  lieux  qui  leur  ont 
été  assignés,  soient  déposés. 

Le  concile  ordonna  de  célébrer 

s  Canons  les  plus  importans. 

z 
0 

Q 

H 
W 

sa 
.     0 

1. 

Ce  concile  fut  convo- 
qué par  Constantin  pour 
prononcer   au   sujet  des 
Donatistes  et  deCécilien, 
évêque  de  Carthage. 
2. 

Euphrate,  évêque   de 
Cologne,  avait  nié  la  di- 
vinité de  Jésus-Christ  ; 
les  fidèles  et  le  clergé  de 
Cologne  l'avaient  dénon- 
cé comme  hérétique,  il 
fut  condamné  et  déposé. 

nséié  ,  diins  cet  extrait,  que  le 



i 

I. 

33  évêques,  i4 
prêlres,25  dia- 
cres ,  8  clercs. 

2.. 
14  évêques,  10 
envoyés     d'é- 
V  êques. 

>^eine  que  je  n'ai  i 

1^ 

1. 

Arles. 

2. 
Cologne. 

n  devine  sans 

i 

0 

55o 


COURS 


5  S^  E^ 
-^3  J-l 


?J-6  s  s 


s  3  -5  ^  ' 

5    r^.    to    r! 


.2  «  c  « 

-3    G 


=  ^  G 

3  -TS  « 

o  « 

— .  tn  g 

^  "  O 

ë  p  « 

g  «  = 

C  ^  il     . 


a-.« 


«  .2 


^  o   ^ 


=   ^ 


n    -    en    -3 

«  >^  «  « 


c    o  •  -  — 


-i> 


'.s  .2 

s-      U5      ,_      c 

-y  ?  z:   s 


«  «  « 

.  °  5  S 

'5  3  c 

C  y  <U 

O  <u  2 

«  eu.S 

w!  S  a 

«  o 


■y  >  <-  « 


o,  «5  ^  3 
«  -1)  o  sa 

-W    1>    rt    ,-3 


c     3  -3  •-  o 

O    ^         w  û< 

o  .=   ^   t;  s 

3    3  -_^  -C  O' 

o    ^    c  Ph  <!U 

o     3  g  > 


S  S 

3     t- 


I 


.    C5 
lO 


©HISTOIRE   MODERNE. 


!  g       =  I  Ë  =  S  -  ^  S 
^  =  I   s  '-i   c  f  7  .ï  '-  -1   s 

r^ .-  °  'S  «  2  pi  «  •=  c3  c- 

=  i.£^s;sîii.i 


1 

1 

1 

1 

5 

s: 

C 

O 

rri 

tr! 

0) 

■ji 

'^ 

Ci 

c 
o 
« 

•   o 

43 

c 
c 

fi 

3 

o- 

K 

C3 

o 

o 

o 
« 

.2 

a 

> 

•^ 

a 

'ç 

« 

c 

= 

•— 

3 

Cm 


552 


COURS 


= 

en    u 

^H.= 

<U    oj    i- 

lÀ 

03    s    _ 

01 

■éC 

o 

p^ 

< 

U 

V 

'^.=';- 

Vil 

'Je  ^''5 
(u  sa  e 

lil: 
iiv 
ifs 

-C3 

3 

1 

a 
p 

« 

a) 

13 

4) 

*3 

— 

o 

O 

> 

3 
C 

5 
o 

c 
o 

o 

1 

.2 
1 

CL 

.5 'S 

3 
Oh 

3 

O 

ô 

o 

T3 

'o 
o 

C8 

3 
O 

'c 
:= 

'G 

.2 

'S 

3 

S 

S 

o 
o 

O 

s. 

1 

o 

0) 

iH 

^ 

2 

_« 
"« 

S 

03 

S 

Oh 

.= 

3 

■« 

ni 

O 

'^ 

d 

0) 

a 

O 

C3 

T3 

C3 

'3 

S 

3   ■"    3 

1  "• 
11' 

a 

i 

*j         tu 

« 

O    ■"    S 

' 

C^^ 

m 

, — ^ 

U    K    <= 

^ 

«   3    ^ 

3 

W 

St=    c 

l;^ 

G2  V 

o 

bJ 

'U 

O    -^    «^ 

-^ 

>  O  a 

3 

O 

H 

«  o  s 

Ksr' 

[û 

.  >n 

cd 

,-^  «    3 

H 

CiC30 

c 

00 

^  S  tS 

to 

ic 

a  ^ 

•~~^~^^~ 

"■"" 

■^^ 

^^ 

"~" 

~_ 

""" 

■^^ 

"~~ 

"~" 

"""^ 

d'histoire  moderne.  533 


e  le 

'or- 
re- 
qui 

des 
ient 

= 

=* 

=== 

= 

— 

(U     1     en 

•V    c 

1-^3 

'7'    •-" 

i  au  nomb 
Il  auront  c 
rmais  excl 
i  conciles. 

È  S5 

e  reçoiv 
je ,  ne  1 

:,  ou  ne 
n   celui 

ront  eu 
tion,  so 

3 

II 

«  <«    H    2          s  .3 

î 

'^\%l 

-«  ;« 

II. 

n  évêqu 
autre  év 
r  lui-mê 
commu 
nvoyé. 
ux   qui 
rès  l'ord 

-a 
o 

tî 

évOques 
ulement 
soient  d' 
lions  et  ^ 

s  'o 

3     >■ 

3           3    _    «    «    Cl, 
«    =    O  .S    l-    «    « 

tn 

tn    ^      '^  rt 

ï!^  «  o 

V 

(U   '^    C    a 

o  ~"   1^ 

Qu'au 
:rc  d'u 
nne  p 
ive  à 
ra  été 
Que 
fans , 

-73 
to 

3 

Que  11 
deux 
nné  u 
s  ordi 

Quel 
vêque 

son  d 

^    o    o     3            C 

H 

«     o     4J 

'«    a> 

y  ^3    O-  es         « 

« 

~ 

-a  -T»  -3 

S-  T3 

C5     1     c«    0)    aj    tn 

1    t. 

tn 

1 

«) 

4) 

lU 

3     1      1 

1      4) 

—  •-  C  3  ï;  i> 

c     3 

« 

y 

'O 

L. 

a 

^   e   « 

<a;  "T! 

1 1. 

Ce    concile   ne   trai 
e  des  afiàires  de  dise 
ine  et  des  prétenlio 
primatie  de  l'évêqi 
Marseille,  ainsi  qi 
la  rivalité  des  évêqu 
Vienne  et  d'Arles. 

1. 

ncile,  fort  noi 
e  rassembla  po 
e    au    vœu    d 
qui  avaient  d 

3_ 
3 

ce 

S 

o 

« 

3 
O 
O 

«y 

« 
-a 

-5 

13 

•«  S- 

II 

>  c 

3    « 

2. 

ncile  fut  tenu  ; 
l'évêque  d'En 
ui  n'avait  été  s 

par  deux  év 
fit  beaucoup 
de  discipline. 

>► 

o  <« 

T! 

en 

C 

-u 

.ï 

_« 

*5 

o   <a   cr  a;  — : 
Q  -o     ^  3  ^    tn 

"i 

C 
O 
eu 

O 

"S 

c 

3 
C3 

-4J 

S 

o;   w    r< 

Zil 

3  .^     o     4)    V     u 

-a; 

O 

3     ï- 

è.     3    c3 

O-  a, -a  -a  rs  -o 

^ 

cq 

S 

o_ 

la 

o 

o_ 

S  J= 

O  cr  O 

"  <a; 

CN    t^ 

rn  -« 

0)  :i_ 

3  '^ 

«  <^-a; 

' 

>   t>^ 

'«    o      . 

>   a> 

tO    c    3 

- 

-    «    cr 

■~" 

«^  1 

45     ï- 

^.      O) 

.  c 

3    S 

• 

-  'S 

.  «  a 

;   S 

-    3 

-O- 

«2 

H 

_     3 

à 

C    <u 

- 

W::: 

C3 

-C  ^ 

.  ài 

.    05 

-H       Ci 

«  f^ 

«cO 

to 



__ 

^T 

=ï 

__ 

-s 

<S" 

_ 

COURS 


d'histoire  moderne.  555 


X  - 


3    Oh 


OJ     <U     bO  O     -_     aj     «     X     =!  =     ,^  ■=■    r-  O 


~  1^  S  ixjï  2       sa 


<S 


•j  ^  c  «     ij  s  "2  ^  :ï  "^  'H  ^  "Z  ;=^ 

lii'i  îllji|i^|i   s„-=-:5^  ^ 
riïï's  'ïsiil-l  «-ii-gl,  ^ 


'O  o 


3l.   ï   .  Ill.HIST.   MOD.,   1829.  27 


536 


COURS 


E<5-ï 


çr  ■=  3  « 
'«  eu  =  o 

'«     ?     >     r- 

2-^  °  2 


O    =    2  -i;   -  .-^  -7 

c  h  ?r  = 


«  ^^  P  ^  s 
s    o        "S 


c   o 

s 

s  ~ 


c 
«     . 


3     «     =•     ;:    ^ 


CIm 

_^ 

,  , 

03     C 

c 

« 
> 
« 

C3 

u 

tes 

._ 

■^ 

c  o 

-C3 

•  —  "t3 

C 

'-' 

E 

3     C3 

Ç3 

— 

n 

o 

£ 
o 

o 
(«i 

«3 

crH 

> 

^ 

<Î3    5 

-0) 

03 

'33     3 

c 

O 

=   9 

o     03  ^ 


1:=  i 
1  ï  ^ 


=  2 

c    « 

^  s 


C3  3  o 
(U  >  o  C 
~  o        o 

o  ^      -« 

s   «  a   ^ 

Î3     2i'.i     en' 


•  •     ^    03  ^ 

03  i>J  C 

a       •->  03 

.s     en     tn  5_ 


W     ^  .2     !2    *-"  '« 


C    ^ 


u  Su   c 


opes 


CO    ^'" 


558 


I      -fl 

Ui 


eu  - 


•s  *^        'O 


--S       :^« 


-!    3î    tn 


o  =^  :H 


J2    n 
S   Ci 


^  5 

a,  u 


fcc  2 


C     =     4> 

3  -,  -, 


t§  '3  §  = 

«T  5  g  «  -« 


«il 


X"2        «    a; 

3     S     «1     C 
«     O    C     r 


Sii-ë  a 


.-   o 
«   o 

CL,  C3 


d'histoire  moderne.  559 


5  =  •«  -^  •«  :H  .s  5  s  7  s       s  s  g, 

■-«tr-"a>  ««  """^  Pï  $p_«i» 

a,J2   «   '^     ^:=  o  ;i:  =  'S  «   ?"  ^  «  —   o   oj 

s'-f-îj.^  SI  '^-"  aj  .ïs-i-s-: 


IS-g=S       ^2§ 


I  g  I  -^  I  i  1 1  ,j 

I   ^   =  ^  c:  g  ,2  j=  _  -= 

=   I  ^   «  «  g-«   ^■■'« 

Ox>o  «  —  .Sa 


'^ 

«     fcD 

-0    = 

_^ 

«< 

J 

'3t3 

f^  0 

-    3 

'5 

^,^ 

c 

C    S- 

0  'W 

« 

0    3 

0    -^ 

>   o 


3C    ^ 


54o 


COURS 


O 

ble  d'ivrognerie,  qu'il  soit   puni 
suivant  son  ordre. 

lO. 

Que,  sans  la  permission  de  son 
abbé,  un  moine  ne  demande  pas 
de  cellule  particulière. 

Que  chaque  abbé  n'ait  qu'un 
monastère. 

Que,  sous  peine  d'excommuni- 
cation, aucun  clerc  ne  se  livre  à 
la  divination  par  les  sorts  des 
saints  et  la  sainte  écriture. 

Le  concile  défend  aussi  aux 
clercs  de*  se  trouver  à  des  repas  de 
noces,  aux  festins  des  Juifs  ;  il  or- 
donne à  ceux  qui  sont  dans  les  vil- 
les d'assister  aux  matines;  il  pres- 
crit qu'il  n'y  ait  dans  toute  la  pro- 
vince, (l'Armorique),  qu'un  or- 
dre de  cérémonies  et  de  chant. 

u 

O 
Ci? 

Q 

H 

W 

1-5 

O 

10. 

Ce  concile  fut  compo- 
sé des  évêques  qui   s'é- 
taient rassemblés  pour  le 
sacre  de  l'évêque  de  Van- 
nes :  il  s'occupa  de  dis- 
cipline. 

1 1. 

Ce   concile    fut   tenu 
contre    les    Prédestina- 
tiens. 

12. 

Ce  concile  fut  égale- 
ment tenu  contre  les  Pré- 
deslinatiens  :  on  ignore 
ce  qui  s'y  passa. 

s 

10. 

6  évGques. 

1 1. 

5o  évêques. 

12, 

i 

lO. 

Vannes. 

1 1. 
Arles. 

12. 

Lyon, 

i 

D  HISTOIRE    MODEENE.  S^j 


-< 


C-  «    3 


^      '^i^ïï-3fi       ^f-r^-O       ë      .r:g«ë-^=«       - 
:-  o  -S  «       =  '«  o  ■TS  oj  "  "  <^  £  ;z:  .o  --  t-  .:2  xî'  :3  -5  « 


-r     w 


o  .=    « 


•^    es 


c^=   =  n=.ÏC'«   =  o        «3«"'S<io"s2fi       -S-o 


3 


«    S    c    ë    §    c^O-Ji-aj         « 
c  to^  3  2  •?:  «  W        CL,      •? 


'  t3   »  - 


cj.S"       g5^"s  =  2oS"«  =  «£SgS«^ 
^  "^  i-N  o  .s;  o  73  .g  c/:i  o       a  z.  ^z^  3  cr-a  3  ^  c 


00   ■ 

,     1    ~ 

3  <U 

cfi-O 

CJ     > 

«     C^ 

'"  "  ^ 

^=  s 

.^'r 

«  c 

e»   O-  w  S 


542 


CUURS 


ll 

cri 

z 
0 

■< 

livré   les    titres  de   possession  de 
l'Eglise,  sera  excommunié  et  con- 
damné i\  payer,  sur  ses  propres 
biens,  le  dommage  qui  en  sera  ad- 
venu à  l'Eglise. 

Il  est  défendu  aux  prêtres,  dia- 
cres et  sous-diacres,  d'assister  à 
des  repas  de  noces. 

Qu'un  clerc  ivre   soit,  suivant 
son  ordre,  privé  de  la  communion 
pendant  5o  jours,   ou   soumis   à 
une    peine    corporelle,    corporali 
supplie  io. 

Le  concile  réduit  à  la  commu- 
nion laïque  le  clerc  qui  vole  l'E- 
glise;   ordonne  qu'un    clerc  plus 
jeune  ne  soit  pas  préféré  à  son  an- 1 
cicn  ;  si  cependant  celui-ci  ne  peut  1 
remplir  les  fonctions   de  l'arcbi- 
diaconat,  qu'il  en  ait  le  titre,  et 

OBJET  DU   CONCILE. 

Tbéodoric   au  sénat  ro- 
main qui  paraît  en  être 
la  conséquence,  et  où  il 
défend   aux    prêtres    de 
vendre  les  biens  des  égli- 
ses. 

ASSISTANS. 

1           Ë 

\  1 

1 

D  HISTOIRE    MODERNE 


o  ^ 
-,   eu 


5 


544 


COURS 


^ 


!     ;^ 
o 

■< 

crivit  que  le  criminel  et  le  serf,  ré- 
fugiés dans  une  église,  ne  fussent 
point  rendus  sans   qu'on  eût  sti- 
pulé pour  leur  sûreté. 

Qu'on  n'ordonne  point  de  sécu- 
lier sans  l'ordre  du  roi  ou  du  juge, 
et  que  les  enfans  et  pelils-enfans 
des  clercs  soient  sous  la  puissance 
de  l'évêque,    au  lieu  de  celle  de 
leurs  parens. 

Que   nul  ne   soit  excommunié 
pour  avoir,  sans  preuves,  reven- 
diqué quelque  chose  de  l'Iiglise. 

Que  les  abbés  soient  soumis  aux 
évêques,  les  moines  aux  abbés. 

Que  personne  ne  célèbre  la  Pâ- 
que  à  la  campagne. 

Que  l'évêque,  s'il  n'est  malade, 
se  trouve  le  dimanche  dans  l'église 

/^ 
o 

1 

O 

le  conseil  de  saint  ilemi, 
dont  on  n'y  voit  pour- 
tant pas  la  signature.  Il 
s'y  trouva  beaucoup  d'é- 
vêques  du  royaume  des 
Visigoths,  que  venait  de 
conquérir  Clovis. 

< 

1 

d'histoire  moderne.  345 


-  S  s^ 


=  •- :'^        .—  "!!         tic  o  caOJrrwCc 


.-    =   =   «             c   i   ^  «■«  «   o   s   «   «   ^-^i-   c^   S   è^   ^ 

—    XI    C    C         .—    —      ^  C-  _  O    ^    «^  'r    c^  X"*  —3    U    .r,    ,7    tn    C- ti 

2  ;^  .-^  .2  -;:  :r  §  ^  ^  ^  l 'i  s  ^  -  -  "^rz  "^-^  ■;:;  "^  -^  s  s 

^'^  -^-Z       c  rt  n  y  .ï  ô  i=^  «  §  a  '2  ;^  o  -^  «  2  iJ  ^ 

c:>-cy        ««—   o  --,«  ^cflCSnTaui-saj  a<"3  o 


346 


COURS 


7" 

— 

= 

— 

= 

=: 

== 

îs; 

= 

= 

«^ 

V 

ô 

ITj 

^ 

r-  ,J5 

~ 

a,-S 

.s 

^  c 

C/^ 

"^ 

3 

•N    ^ 

O 

04 

* 

O    = 

-< 

irj 

3    « 

te 

^ 

-« 

t. 

-3J       . 

OJ 

oj 

1  z 

«    s 

3 

=  :::; 

c 

s 

3 

o-^ 

-a 

^ 

3 

3 

3 

c 

o 

2 

n 

3 
C 
3 

_«     3 

z 

jÇ 

_B 

■O 

><     S 

o 

fcÔ 

3l« 

=2 
— 

'5" 

2 

3 
"S 

'es 

-o 

_5 

2 

-«•  cl, 

S 

5- 

3 
03 

3 

■^ 

in 

3ii 

c«  a 

OJ    en 

H 

o 

si 

3 

"S 

c 
o 

O 

.2 

c 
c 

_§_ 

« 

c 

> 

C 

c 
o 

o 

■T3 

3 
1 

c 
c 

o_ 

O  5 
'o 

00 

S 

«s 

^     w 

3 

-«! 

<U     « 

e- 

H 

lÔ 

ë-s 

ko 

ïn 

<a;   c 

-w 

.^    S 

^^ 

J, 

__ 

-^ 

rt 

c 

c   g 
2  « 

to 

g  8 

^?^ 

« 

^ 

^ 

«-^ 



en 

^ 

uri 

-  o 

tN 

E       < 

IS 

•^  - 

Lrj 

1    !... 

== 

^ 

lO 

_ 

_ 

_ 

\n 

^ 

^ 

:m 

O 

d'histoire  moderne.  547 


3  .-    ^  C7-  c-  :-«       >    -—  2  =^  -  >  -        °  fcc  «  ./  «  -S       "  -  V 
y-=:£;q~S'^u.:2c-:=^«^«      -«  —  ««t-c      -52. t; 

-.  a    I    '^  0)   —    I    t'j   3   n   X    I    «  '•" 

«  -5  -   ^  «  if     y  «  -^  c-  =  =  =^ 

u  -^   ~   r.  .V  ^    .  3  -o  ;q  ;r  '^^  o 

S  g  3  «  "o  j- >  J  =    -  S  \.-^  •?  > 
^  c  -a   tK  .3  -o  o  -a   «  -3  «3  3  ^  -:j 
«.30,,  o~      -^®r3r;<ucL--' 

-   o    --^s    ^  o  ~    =    cr,    s   c  ^  .c-  a    «    3 


^j     W     03 

c       'S 
n    ~    >. 

se? 


5/,8 


COURS 


■ 

O 
< 

lement    des    peines    corporelles. 
Le  concile  déclare  nuls  les  dons 
ou  legs  faits  par  les  prêtres  et  les 
évêques  sur  les  biens  des  églises; 
il  défend  aux  prêtres  de  desservir, 
?ans  le  consentement  de  leur  évê- 
que,  une  église  dans  un  autre  dio- 
cèse ;  d'assister  aux  repas  des  hé- 
rétiques;  il    permet    aux   laïques 
d'accuser  des  clercs;  il  défend  de 
placer  les  reliques  des  saints  dans 
des  oratoires  de  campagne,  à  moins 
qu'il  n'y  ait  dans  le  voisinage  des 
prêtres  pour  les  desservir  :  il  dé- 
fend auxévêques  et  clercs  de  re- 
cevoir des  femmes  ,  passé  l'heure 
de   vêpres;  il  enjoint  à  tous  les 
évêques  provinciaux  de  se  confor- 
.nor  .'.  I'av,1i«.  rl'nfï'ipf'*  établi  narle 

o 

Q 
H 

1-5 

O 

2 

a 

d'histoire  moderne. 


a  c  5  _     -5  -^  .-  -«  --^^  -^  5  ^  ïl  «  -  ^--  ^  i  -^  "2  «  5  :s  « 
-  «  -  >  « ..  g  §  •=  --  2  c,^  -  o  c^^  ^  ^.  -^  :^  5  -  ^  3 

-«  .^  ï  -ë  3  ^  -  «  cr--;  -  ^  ^  .5        £  "5  2  =  5  ii  •■=  ^^  5  -Ô 
2  =  cÔ3-y5«S5-C^.2;jHo5?^o^3je«;=_uo 


35o 


C0UR5 


'j:i 

c 

z 

O 

.~ 

Z 

< 
^ 

«   « 

V     05 

-c  h 

tn  '^ 

, 

-ca    c 

'U    c3     1     ••^    i     C     '     .; 

nJ 

3    s 
a  "î^ 

â,  =  -   îr-3  3  „  = 

O 

6. 
Ce  concile  lui  l 
l'occasion    d'un    c 

Etienne  qui  avait  6 
sa    belle-sœur.  Il 
point  de  canons  q( 
ritent  d'être  remai 
ils  sont  la  répétition 
très  déjà  cités.  L' 
fraternelle  entre  le 
qucsy  ealrecoinina 

o 

<u 

K 

<! 

.  5r 

D  Hl.STOir.î2    MODERNE. 


5--;i 


—  ouW?^c_a 
<i)  c  u  3  —  o  —  p 
=--=-<    rr<p    o    £3    = 


.r  ::  J2  "^  -*  - J^  ^  ^  ~  '^  c-'i^  o  «  s 
o  ^   &,  c    ^  ^  S  b  'ô  V  <^  X        '-  Sx   • 

C  o  —  "3^  .£  'p   S  «   c   c  ""^   o  '^  .-  -^   ï? 


•V     rt    'J    a 

a>  —  — 

J  J-y  ^ 
eue:  s^;:^ 

I  -a  1  (5. 

^  ■  s    c    =« 

^    O    o    c: 


-y     3      >       I 

r3   c   «   C 
H  U  o   a 


-2  •-  f=-^ 


-3  ffc 


cri    O    3 


Oh  «5 


5l.  T.   III,   HIST.  MOD.,   1829. 


352 


COURS 


1    t 

~ 

1 

a> 

— 

1 

= 

1 

i-  o 

c 

D 

S 

•— 

^  S 

o 

ta 

^'=' 

« 

k. 

3 

-a) 

^ 

c 
2   o 

i 

3 

o 

C 

C 

'3 

0) 

c/3 
O 

si 

«s . - 

'n 

-H 

G 
■y) 

.2 
c 

3 

--    >. 

1 

a 

^ 

X 

;j 

tn  -p 

"S 

2 

-a 

3 

"o 

^ 

o. 

S- 

£ 

rt 

OJ 

tn 

O-  o; 

^ 

^ 

-.-1 

ra 

-ri 

aj 

•Ë 

3 

<u 

V 

c 

-c     fcJ3 

"? 

*« 

V 

o 

îi 

1 

■~~ 

_ 

>     d->     'n      1       1 

»^ 

s 

'5 

3 

a  ba 
avai 
mai 
con 
csai 

3 

u 
z 

-3> 

i 

ce  de  II 
ige  qu' 
Liber; 
!  de  sa 
saint  C 

c2 

o 

C 
C 

^C8 

Oi        7^ 

C3     —    —     w     . 

p 

"" 

3Z^-^% 

o 

o 

u 

uriadéd 
ique  d'O 
tielepré 
vraie  cai 
cation  p 

•« 

o 

3 
O 

c  a 

o 
o 

c 

3 

a 

S  5 

g 

00 

tô 

en 

en 

^ 

2 

V 

■«1 

6     ,=■ 

§ 

2 

5 

«« 

-w 

"r" 

•^ 

VT 

» 

D  HISTOIRE    MODERNE.  Ô^Ô 


'~  <V    T-'O    C"-     X-"     3^ 

fl    «  "«    c  .S    S    5  —  T3  ~ 

JU  ^    -i    =  %    tlH  4;  ._  -       g 

"  «s'a  r«  -/)  ^îr  ^  "v  B-*^ 


:  «  2  c  •^  3  «  ^ 


c-E   o   o   S'a, 


aj  «s 


Sb J.   S  c   =  .S 


^-•e^g.rs^- 


^   3   c   4;-   o  <5  "o 

5.=   C-th 

&.   . 

de  Riez  il 
salvamur  q 
é    de    Sei 

me  ;    le 
n    25   can 
e  de  saint 
n'en  fit  p 

"   «    «   „ 

.u    m 

c 

le  lu 

trouv 
i-Pél 

3  .^ 

6 

Ce  conci 
é par  sain 

)ut  s'y 
es  Sem 

s. s 

évêque 
dei  quâ 
suspect 
lagiani. 
posa,  e 
doctrin 
tin.  Il 

'3 

.— 

3     <U     « 

es 

"^3 

cr  C  — 

Ciu 

ï^ 

>- 

2? 

1 

354 


o 

Que  de   même  qu'en   Italie  et 
dans  les  provinces  orientales,  le 
Kyrie  Eleison  et  le  Sanctus ,  Sanc- 
tus,  soient  dits   chaque  jour  à   la 
messe. 

Que  le  nom  du  pape  soit  récité 
dans  nos  églises. 

Comme  non-seulement  au  siège 
apostolique,  uiais  dans  l'Orient, 
l'Afrique,  l'Italie,   à  cause  de  la 
malice   des   hérétiques  qui    nient 
que  le  fds  de  Dieu  ait  toujours  été 
avec  son  père  ,  on  a  ajouté,  après] 
Gloriny  clc.  sicut  crat  in  principio, 
nous   ordonnons   qu'on    en    fasse 
autant  dans  toutes  nos  églises. 

Le  concile  permet  à  tous  les  prê- 
tres  de  prêcher,  non-seidement: 
dans  les  villes,  mais  dans  toutes  les| 
paroisses,  et  prescrit  que,  lorsqu'ils 
ne  pourront  le  faire,  un  diacre  lise 
les  homélies  des  saints  pères. 

OBJET  DU  CONCILE. 

1 

•< 

d'histoire    iMODERNÈ.  555 


_^.  ,..  -J  <V       ^    es  («miy  «.. 

c  c  £       «       ^  '- 


5  ,-        —        S  O   =       --^  -S   o   C         eu  o   ^        5   y  « w  J2 


O     —     —     — '  ^.3     ^-•— •  C->       *^    r*^  «^    3  'T^     —     trj  3  3     -^ 


;r   ^  •-  <5^  «   2   =H  H  o   c    2   '-   fi   ,,   =   « 


1-   « 


=  Lo  .-~-«_a"s^=«"'«rf=s5  3«'« 

S  S  "  S  S  ^  :ë  J   =   H  X  ë   -  -^  .=   «  c   S^   ^"^  S   §  -=   «   «  ^, 

c  S  "t  Ë .:;  5  §  s.«  ^:  o-;  si  -^""l  =i^|^3  2  g.s 

X   >  o        cr  cï        t.        >  a>  eu      s,  cu-e  t}       tz  2.  -s,        eu  o 


-w   eu 


356 


COURS 


SS 

en 

^; 

c  '— 

o 

o    t> 

o   c 

«     3 

■< 

^     ï 

a 

3    rt 

o  «il 

—  rs 

il  S 

1  I      tn      I     •— 

t.    C    «     u    C 

S  "  C  2  .ï 

««—»;." 
*-  a  ►<  «  r/T 
•  —  3  ~~  -i) 

-5  tf)  ^  Ci 
=  uj  -  t-  sa 
cr—   cfi  Ç3   = 

tn    o    «    Om  o 

2  :2  u  -y,  X 
=^        -«  '^    - 

.~  a.  5a   =    ;; 

—  «   o  *-*   '^ 

—  3  en  C3  « 
4>    «     «     «"O 

3  ~     «    <n 

Ce   c'^   S 

«    4J     3     3 
C     fcO  O    tn 


O    c 

1 

—    tr.     s-      1 

><    «     1    -w 

«  5 

D 

-     <y     <U     3 

%  ?.  ^- 

=*  -r. 

"V 

y         o   o 

<w    o    t. 

3  S 

sten 
'a  ne 
met 

avo 

15  è 

diacre   qui  s 
la   captivité  , 
lignent  de  s'a 
étions.  Il  exe 

s. 

prCtre  n'ha 
sans   la  p 

« 

C 

s 

-S 

c 
o 
« 

bbés   qui    rési 
Il  renouvelle  1 
ur  le  sacre  du 
veut  qu'après 

■2  c  2 
=  =.2 

<1) 

'Ô 

"    .  o  - 

S  ?  é 

-a; 

o 

gradatio 
marié   d 
clercs  qu 
de   leurs 

«  S  '^t 

o 

^ 

-  ë-si 

f!           « 

« 

•-  >  O  .t; 

«          TS 

T3 

c  -i>  Ci  :;: 

d'histoiue  moderne.  557 

2       2^S:^s-.^^|^   ::-g^«    .s:l^s?i 


-9.B        L^ëx<!-I1la     =-^S^ 


•r  _  -'^   «  1)   5  „«   >  iJ   «   S  ^  ii       -S   '/T-^  "   «        Ch-S   ^   =  ^ 

<r.   CL,  ■•"  .2  cli         u        o  --  -iJ  .t;  —   o  =^^   ?  ii  -i^  —  o   =   «   ""  — 

ë  S  =  ^-5,^  g-i  e^^'-^s  o  c  =  S^^^  ..iH  ;^§     ^  ^ë.«  '^ 

u  tû^  ^  =       =  =  5-,?f  «-«.■=:—.-       («  i  <u  o  «^  -S  fco  "'  .=  ii 
^  ë  o  ^  ï  Si 

3   S   <u  ■-  Ji   ^• 

.  <—  ^     s     fi 

-.  Ji  -3  'S      .N  3  -q; 

•-         p   a;   «  .  ,. 

5  'I  ^  'ï:  -ï  'i  -Ë 


.  o 


558 


ccuns 


■^      (/i 


o    «  ^  -1 


1)    tn 


Cl-;   —    'n 


<U     &.  . 


_     t,   ■<» 

O      35      ;.    -u      ~ 


c  i;  o  o 


w    <"    o 


«    C-^û 


/— >^  !^     -^    ^     —    tn 

O"  -  J2  ^    3    3 


^^    = 


voya 
paye 
vend 
e  soi 
qn'i 
anité 

c 

'ï  ~ 

-•) 

c     4 

aucun 
l  rien 
raient 
l'affai 
tre,  cl 
30  hum 

0 

C3 

14 

--    C    3    =^  <?    > 

'  w 

es     4 

ement 
i  fasse 
s  ne  l'a 
ion,  qi 
t  le  pi 
ndre  a 

C 
"0 

4J     " 

fco  =  n:  .=  c  « 

3     C 

0  —   -_     ce     J3     ^ 

CT  C 

<y 

'S^ 

refusen 
geur,  e 
plusch 
au  mar 
)orlée 
esobli 

;=; 

» 

4-     <L 

¥      Vr>  C     t>     -I 


D  HISTOIRK    MODERNE. 


359 


,  -  «  ï  =     s  •£  S)^  s.     j:  I  ^         =^'«  •=  S  I  ï     ,B"|  :5 


-0)  eu 


36o 


Cm  a;    o 


y    « 


c  ,«        c 


•^  4j    3  .-    ^^   Ç    ^'  .^   aj   o 
c  J2  S  S  c  ^  -^  a  "?  «  -  "  Ë- 


rt        «  .ii 


çï     4) 


><  « 


I-f '=  1 1  -^  «  s  .^  «  =  ï  « 

I  1 1  1 1  Q'-i  ^1 


c  ce  ï;  -y 

o        .s    > 


SO 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


36 1 


ï-g.ill-s  il-  !|  i  il  ils  s^J  i-  s  H 
|5  :-  i  I  i  i  E 1 1-  =  J  ï=.s-|.r.p  §  il^i 

^  ^1*^  3  £  ~  =■  o  >:  ^  è  «>  o  :;.:  ^  ;!'  -  ^  g  -  •=  P  ~  ^  "  ^ 

g  s  Ë.^  I  l-J-ï  ï^  £  |3  »3i  3  3  ^  ï.=  .-Il  :  s 


362 


COURS 


175 
O 

contre  leurs  maîtres  juifs  qui  au- 
raient voulu  leur  imposer  que^ne 
chose  de  contraire  à  la   religion, 
ou    n'auraient  pas  tenu   les  pro- 
messes qu'ils  avaient  faites  quand 
on  les  leur  avait  rendus  une  pre- 
mière fois.  Il  assigne  les  clercs  (|ui 
se  plaignent  de  leurs  évêques  au 
jugem^-nt    synodal.    Il    se   plaint 
qu'on  ait  persuadé  au  peuple  que 
le  dimanche  on  ne  pouvait  ni  voya- 
ger, nilaire  la  cuisine,  ni  nettoyer 
sa  maison  et  sa  personne;  il  décla- 
re ces  observances  plus  judaïques 
que  chrétiennes,  et  tient  pour  per- 
mis tout  ce  qui  l'était  auparavant  ; 
il  exclut  la  culture  des  terres,  qui 
empêcherait  de  se  rendre  à  l'é- 

O 
û 

i 

i 

i 

Q 

D  llISTOliil-    MODERNE 


•-    ri 


<;4-.t>.«o  «a;        es        ajTîs:.—  cj 

l'io-^ë  ili-^    •i;S^^-i 

.2^<l=i  ''^«.2=1     l-^Jl'i 

^  ^  ^  ^  ="  S  ',^  ^  ^  V    "^  ë  S  ^  «  .=  :=-•«  ~  :h  -: 

5  •=  s  «  •-       ^2  -?  :i  J  =  -3  ,:  'd  '?i  Ê-  '^  5-      "T^  :=  — -5  S  « 

=    5—    «  S^'^^'^SS.^X-r  «          iO  «    -    >  •« 

**^-,  ^c  °c-,        =1—   -^   s   c   «  n  -s  -y   '-«  '^  c   c 

I  "■=  S-S  I       :.i-|'l  ^11  1  2  5  s  =  si  l5iS 


«>     C3      o 

^2  «S"  s  s  2 

00    «-  ^     > 
K5     Dh  O  -W 


COURS 


en     I     «    _ 


O      »>  l. 


3     '/i    O     Sj     c-     ÇH 


°     «     ï?    S 


« 

rr, 

^~  -ô 

c 

«     <D 

2 

5" 

ô-'^ 

>j 

-^-z 

•y 

3 

o 

en    r 

2^ 

g 

^3 

!<! 

!îi^ 

bX)„ 

'^^ 

"Si) 

i 

Oh- 

3 

"r  -2  -O     3  ^  ~     a; 

y     2    o    £,  ^  ;0  -o 

g  ?^  £  ^O'-  S 

«23:^  «  "3 


d'histoire  modehne.  365 


en    o 


3  -  .-n  ?f      i;  if  5  îi  ^  -ï  •«  s  ^      £  «^  s  o  5^  t:  -  « 

=  5  -  «  ^  g  I  ,y  £  5  -  -i  £--3  -^  «  5  «  -o  «  ë-  5;  ^  ^^  S 

^  —   -vr   c  .^   o   &H  ^  ï,   o       .ti  en   ^   =   tu  •=   «   =         ■"  n   «  <o 

3  4>  ~  "^  2  =  s  .2  o  -TJ  «  .^  «  ^  -«  9  --^  =  y  ._  «  -  ï  c  o  J. 


56G 


C/3 

O 

fournisse  de  clercs  qui  y  célèbrent 
les  offices  d'un  manière  convena- 
ble. 

Le  concile  ordonne  aussi  que  la 
consécration  d'un  cvêque  ail  lieu 
dans  la  ville  qu'il  doit  gouverner; 
il  défend  aux  possesseurs  de  cha- 
pelles   d'y     recevoir    des    clercs 
étrangers  sans  le  consentement  de 
l'évêque   du   lieu.   Il  défend   aux 
héritiers  de  reprendre  ce  qui  a  été 
laissé  aux  églises;  il  défend  aussi 
d'épouser  une  fille  contre  la  vo- 
lonté de  ses  parens.  11  excommu- 
nie les  possesseurs  des  chapelles 
qui  ernpêcheraient  les  clercs  qui 
les  desservent  de  s'acquitter  de  c;; 
qu'ils  doivent  au  service  divin.  Il 
exclut  de    l'ordination    ceux   oui 

O 
;.? 

Q 

u 

3 

o 

■«1 

s 

o 

D  HISTOIRE    MODERNE. 


56; 


2  _«   a) 

i    3    «    C! 
S    tn    O    « 


"U      ^•- 

S  —  CTl 

o  o   ta 

fl    0)    c 

o  s  s 


I     I     1  «^  aj 

^   ^  o  3  <-:S 

i'^  "  2   2 

-r:  •-    t"  -4)    « 

-«  .«>  ^  s  § 

c    n    aj  '^ 

c  •::  s-  3 


«  - 


t:  ^  o 


o-v^^ 


«  S 


3  «  .H  5  = 
cr-:  >  s  cr 


3    <a    3    S    3  — 


en     C 
s     0) 

o  ii 


I     u  I 


il 

G    O 


C5     =   -« 


3    eu 
O    c 


«    a>    o        -S 


c;  je  ^  ^^ 


3     -     «    c 
«    *j     3     fl5 


«  5 


^5  « 


o 


cô  '^ 


1>S 


5i.  T.  lu,  nisT.  MOD., 


368 


t^     3 

O 

^3  -n 

V} 

'^    = 

K 

O    t 

o 

&*  = 

^ 

^     ? 

3  '3 


COURS 


-2  -o    -'         « 

-a  .tJ  'o       S' 


«  =  =  «  S 

«  ri  O'  ^ 

13  n  ja        > 


3    <U    3 

cor 


"s 

cr 

êque 
reux 
dans 

f' 

^%,%'^ 

-01 

a~  i- 

«^=  S  r 

^  3  13  2: 

o 
S 

n  '5  -^  ■«   rt   ù 

.-  '3  r  O'-   "^  : 


3=4' 


-.3     0:2    S-SJ 

■~=S-i  =-5-3  = 

3     «     03     =     o       ^   i 
j-,  (Tj  — •    g    <n    y    i 

(K  ^  — 

T3    î 


!^  «" 


.ËO' 


-•s  QJ      ^   ^"'^     W 


O    « 


D  HISTOIRE    MODliRîsE 


«  "  -  ?  -  ?-=  =  ~  "S  "^  ^  ^  ï  ^ 

c  «  -5  -2    .^  ^^z  '=  °  -:?  §-'^'  r,  s  ^  H  -  «  s  ï  ^  -  ?  . 


Sjo 


COURS 


"O    £- 


o   = 


I     I    -^    I 

tn    c3    C  '« 

3   a-  »   O 

tn  «2    o 

=  1   C    = 


m 

.-  « 

^  X 

o 

u 

^ 

H 

u    rt 

V 

« 

S5     P 

r 

«  i= 

u 

=  S 

C/o 

tn 

o  ï 

n^ 

'« 

«  -3 

en  .«     I 

S    r-  a. 

-    ^     05     3 


C    Qri  ~    o.  < 


c  -a 
ô  a 
£3 


«   rt    o 


-2  £  '^^^  i  , 


o    o    > 


L 


D  HISTOIRE    MODRRNE. 


37. 


<y  .-     C3    ^ 


.-     ° 


S  -^  S  i  « 


s   -    J?    « 

-a  •- 


■s;-c  o  *^ 


fa  t^O  S 


Ô       5   S   = 


C3     S 


9  -c 


V  ,.,  •- ■   c 


-«os 


v>  Ji 


2  •    S     =  ~ 

CL,  ^  -V    C 


<3i   t-   "^   a;  _c   o  ^ 

oi  "^  .:::    o    -rt    o 


"^     '''<   D-  "  =^ 
-2  s  .s     =  *3  r'S 


C      !» 


W     0) 


ïi- 


13  cr 


572 


1 

0 

-s 

20. 

Que  nul  prêtre  ne  dépose  un 
diacre  ou  un  sous-diacre  sans  le 
consentement  de  son  évêque. 

Que  les  clercs  ne  détériorent 
pas  les  biens  dont  ils  ont  reçu  la 
jouissance  de  l'cvêquc.  Si  un  jeune 
clerc  fait  cela,  qu'il  soit  corrigé 
par  la  discipline  de  l'Eglise  ;  s'il 
est  vieux,  qu'il  soit  tenu  comme 
assassin  des  pauvres. 

Le  concile  fit  aussi  plusieurs  ca- 
nons pour  tenir  sous  la  puissance 
des  évêques,  au  spirituel  et  au 
temporel,  les  monastères  d'hon»- 
mes  et  de  femmes.  Il  défendit  aux 
abbés  de  voyager  sans  la  permis- 
sion de  l'évêque. 

c=5 
u 

0 
u 

Q 

H 
W 

ca 
0 

contre     les    députés    de 
Clermont. 

'ri 

H 
un 

20. 
I 1   évêques,  8 
prêtres,     dia- 
cres, archidia- 
cres. 

3 

0    V 

«  — 

«DATE. 

0 

D  HISTOIRE    MODERNE, 


c  "2.  «  j:  5  ^*  ï 
.^  «  ^  I  :|  "^t 

"~    tn    2    Si    «i  "si     « 

£  -  S  a.s-^"= 

g  fc  "1  ...  ^  I  ï 

O  .<U  .^  -«    s  -==>    = 

^     '-'     'XI     o    tt     !-      ce     O^ 

o   «3   «   Qm   ^  •"  -aj 

2  =  "^  2  t«  o  ^ 

,r,    _0       ^  3       c^       {8 

3    «  .-  -2  <î^    =L  c 

«  -a  o        >  .S"  « 

^  i  fc.  43  «  ,, 
ft^  S  c  =  «  -S 


ns 


g  "^       ^  >  o  Q       stOh  c/:  ^  g  «  ^  o  S  !^-2  cr.2 


^•5  a  «  -«  =  fi  «  s  ^2  -  «a  ç 


t-      es 


-r^     vw     w,      w      '-■  _  ^S     *J     en     «-      ^      Wî      Û3 

^    «    5    0    S  .^    «         U    ;-      -  s    eu  C 


~-0    u    eu 


C  >    5    O    O-i^  eu*--    0,-3  -O  ^  Pd    3?  Ji'TSTS  S    Ci 


o  3  -  al  c- 


S.2 


,:  in  "^  3 


>74 


nouns 


-•     r*     ^ 


r-j    C 


.  n    to    45    <u    y     ' 


Si'' 

Cl,, 


V 


in 


ce    >-' 

1h     .,     O 


:Ê5  =  i  1^ 
c:   c   «   c  - 

c    5    "    3    « 


•^   >   _   c 


-«    O    1-    iC 


^  S 


O    X    en 
eu  3    O 

Ç     t=  ^ 


o  eu 

3    j;    3 

-o    Ohc 

O 


JS 

o 

-w 

â!  <"  i^ 

o 

ki 

C  ■"  3 

,L_ 

hJ 

3 

S    s-    es 

0) 

,ja  s^_a 

c 

c 

n 

,d'o 

ssés 
tom 

es 

c 

s 

<u 

R 

prêtres 
erfs  lai 
rde  des 

n 

3 

.2 

O 

C 

(U 

es 

1 

c 

0) 

b*       " 

-2 
'S 

-1 

c 
c 
o 

soit  au 
rd  des 
t  à  la  g 

o 
c 

.^S^n^ 

■a 

>• 

'6 

sï:^  s 

D  HISTOIRE    MODERNE. 


575 


g  o-i  so  o  =  -_  ."::       -a  •— ^« 

-  "  -  ëJ2  ^'5X^="«| 

-a  ^    ^  g-—  ^  ""  — '  03  «2 

.  c        o  2  o  o-'--'  ^  *=  iT  o 

^rt  •=  .■=:  .2  .s  s  «  =  c  o  1i  P^ 

«  *.  2  cT^  g    -'S  o  «  ."S 

S  .2  S  -«  g   c   «         3  '« 


I      (      I     a\   *j    ..V    I      I      1     lU     1    --•     I  I     C    43    43  •"     •      '      I    j-i     '       . 

^  «  §  i^^^-  «£  «  S.-^  S  3    .    •"-  2^^^  "  Ë  s  s  3  § 

r^^  r.T    -    ,,  ir  -73  ^         •-    2  --    3    S    h  X    C    -i    r    43    *j      .    '-    3    I— '  '-' 


—    CT^    CCi;i.—     -3-:3-r  tr"  C--3  -l^  -0)    CX)  r«    O-c:!    — 


.  c 
in   o 


COURS 


en    **"' 


r-     «    0) 


C3      -;      S-     -J^ 


o    « 


>   «    a;    3    s 


>-^  «  ^" 
-  =-■ 
■=  o*" 

O     (U  ^  . 

3 
C    O-  ^'  ■ 

s  §  S 


c 

en    ■" 


c  -*|     . 

o     oj     3 


-y     i,     3     «     « 

">    °    s  .«  ^ 

3      C3        •^    ra    — 


--3  C-  cr-o  _ 


;    a    S  S    en    « 

1     a     «  3     Cng 

I  '^  n  s  **  ■*-■ 

;    o    vn  çn  s  ,3j 

'  S    S  =  'J«  '^ 

:  ^.  <«  «    C  '2 
'    en    i;  —  — . 

I     «     Oh*j    o  — 

s    en  c     I     •' 

C-  0)  <U    kl    en 

.  <y  ~  '«    3  -« 

— oj   (U  t-   o   o 


1     tn    ■"   'W     1      1      1      1 

«««c:::a3C 

u 
Iz 

en    5    ^    en  i.,  -y           « 

2  ^«S  «"^  -"5 

o 
p 

Q 
H 

o    =  ^    en  s    ai  ^    « 

S 

C4 

y    «    -    F  t  '•'    en  .2 

O 

3-3  o  S^  ^  s  s 

U 

H 

CD 

c- 

> 

-«! 

Ix 

U 

ce 

u 

[j 

,o 

a 

.rt 

d'histoire  moderne.  577 

|i  s  -  «  £,ë  i  g  «  i  °  ^    §  .^    =-  i  «  ^--  s  c-2 

5  '-r  'É  3  .=  -  o  =  §  i  I  -  f^  s  s  .2      <=^  s  «  =  =  c/.  =  =  'i? 


'-'■'-         -;    ""   o    «i    'x>  o 


l^i^ofl|ililr^ii||iiii:l 

m    -j     11    '^    «    —     ~  --^  I-    0)    S«    »>^    a    en  .^  -'  T3    «     t.  <y    T^  1^ 

i.  §  il  si  ii  s  M 1 Ë  :^ï|  :-?  i  ^p-  -s  i 


3;3 


z 
o 

•< 

nons  sur  le  célibal  ;  prescrit  qu'ils 
s'aident  entre  eux  lorsqu'un  d'eux 
est  méprisé  par  des  clercs  indoci- 
les. Il  dé  fend  aux  femmes  d'entrer 
dans  lea  monastères. 

o 

P 
Q 

1-5 

CQ 
O 

27. 
Ce  concile  s'assembla 
pour  décider  sur  l'affaire 
de  Promotus  sacré  évê- 
que    de     Châtcandun , 
contre  toute  règle  cano- 
nique. Le  concile  le  dé- 
clara   déchu    d'après    la 
demande  que  lui  en  fai- 
sait Pappolus  évêque  de 
Chartres,      administra- 
teur de  l'église  de  Gha- 
teaudun   pendant  la  va- 
canne. 

H 
■S 

'Z    Cl. 
10 

H 
2 

D  HISTOIRE    MODERNE 


t.      (      CJ      ' 

«  3  3  :c 


3    «  -j    C  ^    t>    O 

"^  "1  ô:    1  _^  ^  .2  'S 

o   «         = '2    5    «    y 

-'^    «  «    S    ?i    ^% 

'^    '—         W    r     1.    -/î 

=  =    <y    «    « 
î£ •<    x!  rs    c 

«    -  ^  2^  §  H 
o  <i^  «  '^  -^  —  3 


58o 


COURS 


'■«<-     = 


-g  s  S  ^ 

ce     co 

^  s  «  t; 
""lis 


j^\Ch  5    C    o 


C     =  .-     P 

i  <!*    m    ■''    S 

St.    «    n 


!>    «    2 


3    *-     « 


w    eu  _    C 


2  ft-^ 


«  ^  E  -  ^ 


cuir 


d'histoire  moderne.  301 


o    _  ■;::    tr,    î;  •—    e    «  <i'  O    -    ;j   ij 


3     ^•■Z     -j    O  .-j     ^     3     c  -Z>     O    O    ^  •-  n  'V    o     >     iJ 


582 


COURS 


z; 
O 

35. 

Qu'aucun  clerc  ne  porte  de  la  soie 
ou  d'autres  vêlemens  séculiers  qui 
ne  conviennent  pasà  sa  profession. 

Qu'un  juge  qui   sans  cause  cri- 
minelle, c'est-à-dire,  d'homicide, 
vol  ou  maléfice,  aurait  fait  arrêter 
un  clerc,  soit  excommunié. 

Qu'aucun   Juif  ne   soit  donné 
pour  juge  à  des  chrétiens,  et  qu'on 

>-] 
o 

Q 
H 

O 

35. 
Ce  concile  jugea  l'af- 
faire    de     Grégoire     de 
Tours, accusé  par  un  cer- 
tain Leudasle;  il  donna 
gain  de  cause  à  Leudaste. 
34. 
Ce   concile    reprit    de 
négligence  beaucoup  d'é- 
vêques. 

35. 
Ce  concile  fut  convo- 
qué par  Contran. 

K 

H 

^ 

«< 

3 

to  .3                     v-r  0       in  „ 

< 

t<^  ^                          ^  ^        '■'5  ^ 

d'histoire  moderne.  383 


i="  «  >  -^  c  2  =  «  '-   .  S  >  ,r  = 


«  t. 


:::  eu  1,   en 


—    3    ^<^  -^M    w    «    -^    S  «^    —  là 

c  !>  -a  .5.-C      -S  c-  J  «  g  'S  ±:  c 


p 

ç— 

C    cï 

c 
c 

i    = 

o 

C     4) 

C  = 

;5  «= 

M) 

tNr= 

o   n 

-OJ 

S 

o 

o   p 

-- 

^ 

i2 

*r  ,.  =  .^.=r 


m.   lusT.   MUD.,    1829. 


I 


384 


COURS 


J.  _«  —    t; 


<u  t; 


«     !=    — 
r~     *^      "^ 


II 


^S 


o  « 


s  fci) 


^  2  «  S 


C  ^ 


lit 


1^1  =-B-8. 

•-.£  S  =  S  S 
S  «  S  -  X.^  < 


'^  "     .5J 


:>-3  o  > 


o   o   c    C— 


cj  o   ~  i;   4> 


•r  ^   «   o 


tJ;   c    '^   P 


«    4)    S  "C 


O  «j  .r  î^  - 


c:    C    = 


eu-*'  =.= 

-i;         =    O    2    a) 


:«  =.£ 

^^^•^ 

«  y  > 

Ç     3     0) 

«  >  ^ 
li- 


D  HISTOIRE    MODERNK. 


58S 


S  j.  « -i  <-^  o  =  '5  -"  oT  §  -ë  I  -5  s '^  o  ?  =  S  =  ^  ^  S 

..-_j:>^o  -y-ss-^^^  t'«:=cS'"  c--"^^ 

SîT^^^-^y  c-c*?^«».c  -««-s^cî^â"  S^"o  = 

-.f-^-^g  =  g  ^  s-r  r=  "^^  ^;:É--^^8       .t;-=r:^ 


:l  i  5.1  .s|  1 1  i  S  "  I  =?^   I.i  ?lt|  If  i  :  g  o 


i:  c: 


■c   u 


S^  g  '-^  -ci  "^  =  "^ 
I  -=«  «  =  ^  '^  « 


c 


•    o    SJ 


CL. 


CI 

^^  •=  ^   <u   «   *- 

—  î:  ..  s  =  -r 


«    cr,     X     3     5    —     = 


-     ^     «     = 


386 


couiis 


fcD 

3 

en 

^ 

3 

O 

es 

z 

i. 

< 

U 

u 

:ii 

^        -v>  *±  ^   V^ 


I  m  I 

aj  fc.  D 

«  >  a.  * 

i  =  ►<    : 


_  -.  «  « 


3    ^    rt  "9 
«    C    P    « 


C3  .-  « 

«  «-•  S  S  " 

■O  —  ~;    c/1  oi 

>"      «      o      f!  t^ 


3    « 


ii 


45     O    g     eu 


=    C    D  -o 


» 

'45 

n.t^  i 

C3 

-3 

o    «  r3 

SU 

3 

u 

O 

«r  <^r; 

C 

z 

-QJ 

-§  «^ 

« 

o 

J>» 

rt  S  « 
«   c   s 

«3 
6  o 

3 

1^5     ^2 

<rr= 

Q 

Cï 

—  «  e 

o 

H 

<U 

V  ^    o 

en    «  ;J 

. 

o 

H 
a 

O 

*i  ^  fe 

J2 

z 

-^ 

s 

-«1 

. 

. 

o 

c 
•   o 

£ 

t?^ 

.^s 

1^ 

= 

< 

u 

à 

-^.  «^ 

c  =ô 

•< 

a 

^-g 

-^s 

D  HISTOIRE    MODERNE.  087 


a>   <x>    I 


=  cc-o^„<u               ^-s;^  =r::toc           ««"-S 

«ri^'-v      §^^ls  1^1.^    .gi§l 

-^o-Sïïii    ^^:ii  ^iHI   ""«^is 

C/D    fcDo;    g-£i^    fax) -^  a  3^  O-S^                     8^-2 


388 


COURS 


= 

o       .«v        1 

= 

1     1     I     1    13    1    ><!    1    s;  -3 

-S  «•- 

'iî 

i     j5    «5    c  ^     c     =     c  -«     = 

O 

1 

in 

^  «  § 

TS    a    en 

a  lu  o; 

^  S- 

o     en     « 
"    t-    C3 

0) 

G 
O 

'«     ^  -  .«  -^  O     C3    C     5  .ii 

fî|i-s|=||2 

=     i     CL,  .-3  —    ^  'T3     i.     C- J 

:2  i  s  ^^  o  -  '5  J<H 

, , 

CT'c      -^«g    =    rt^  — 

'«    <U    '/5    tn    &.-~    ra    cu'ii 

►^  t:  '^ 

C) 

s     ,       s     (U            -^            3    <rj     U 

~ 

•;=    c  'r    C-S  U    =    o    =    04 

1-:] 

a 

c 

o"? 

1     flj    e     '    "^  ti  ■"     1 

O 

S 

—  -3 

«5  £ 

., 

— ^  rs         y    o    j5        .o 

s 

5   = 

c 

_2 

>o 

I2^=1^s^ 

« 

3 

o    1,  -s 
^   3   p 

^  ~  :=  :H  =. .,  -S  « 

•-   «   s   =  la  ^   c  .i 

O 

U 

2 

qZ 

'O  -«  ;| 

.^ 

1 

-o 

« 

S 

7. 

■r. 

^ 

c 

-              43 

11 

tr 

-3 

S 

c 

>Ô 

c 

G 
O 

n 

3 

! 

^"-'"'2 
S 

^^ 

-ipiri 

!  s 
î  » 

15 

o 
Ci 
in 

D  HISTOIRE    MODERNE. 


389 


en  « 

I  S^: 

o  çr  s 

-H  .| 

Ta  o  o 


■Jl     c 

-  c 

Oh  - 


j     3  —  -0) 
1     «    en     C^^ 

r-    J^   5    5 

!.^«  £.- 

î  C3      ^    3     3 

!  .S  S  -  ^ 

I  «5    «    tn  X 

,  Sh           i.  3 

'  «     tu     4J  O) 

1  =*-->,  O 


"    c  ^     fi 
— ■  tl  ."'■'  -S 

*-<  ;j:  r^  o 

=    '-'    3    tn 

.T3  —    >^  -3 
c    •-   3    „ 


>«    en  J2    '■«    V 


o    « 


C       , 


a;  o  o  J 


-  „   ^   .. 

_j     1-,     c-     en 

—  a    «  •— 


1  ^     en 


<P  V  'J:-r,  - 


C     en     t. 


cï    9}    o    .• 

—     1«     en     r" 


«  =  «  .ï 

Î!D        -a    o 

-13        a> 
.  4)  la-  «  -a 

;^  —     D     y     « 

U  «  ^  B 

3-^3 


'S  0 :2  « 

J=    eu  '« 

■3    c    «    g 

^<5-3  g 


Sqo 


COURS 


U    en 


^•2 


-j^  d  _  g    (J, 

«    en    *J        -a 
u}    C    C  H-l 


S  55  c  c       S 


S    «    «    ^ 
1  ._  o  -3 


,=    S  S     £    2 


^ 

fl) 

(1) 

-a 

O 

= 

S 

:3 

rt 

cr 

-G 

<aj 

« 

0) 

>- 

C 

-w 

.    ? 

"■  « 

Qi 

-a 

-a 

Q 

o 

t. 

c 

^ 

o- 

•r 

« 

n3  ixi  >- 

« 

« 

1: 

C 

u 

co   « 

6° 

^ 

^^  = 

v^<2 

;z 

a 

a 

ce    " 

Ci^ 

vg-  Ci 

S3-    Ci 

Q 

d'histoire  moderne.  391 


tn 


!-        y 


-  ./,  «  ^       n    _  o  y  —        3  S  r.  •=        o  "c  « 


-^s^sScS-^cIf  «- 
^  3  5  =  «  ïi:  j  ;a^ 

■■-/      -.i      «^J  ^      ^■'      ta*  Ûn"        -.  OJ    _û    '■^ 

303oS    =    «S    oT"^  ^     <"    ^     «     3j 
«  3  C3«2S2*S'0>(u'a3O^ 


C 

c      . 
U  I— I 

3     '^ 

'  r2  o 

«  n 


0 

0-  3 

-S  «=-   § 

3 

"^1 

0 
c 
0 
0 

que ,    ar 
ui  qu'à 
rsonne  , 
ssaire  p 

h  S 

>^ 

ê-s 

•-    «    <u    « 
J2   0   &-0 

09^ 


w  ._ 

>     V     O 


T.  n 


3  .    5  "  .X  E  "^  p 

^  i  "  «  s-'c  S  ïï 

-  •—     W       «v  O     ^ 

:3  >S  --    W  4j    OJ 

—  -^  —    C  S  — 


"te  = 


•-  ."  ^  °  £  i  I' 

-§      ""      O      «      ?5      ^   5J 

s  o  «  ;J  "3 


bo 


3  ^<s"s 


•5    tn 


-5    « 


:2  a.5 


^    - 

-3    a> 

«    o    S    «T  1-  -3 

^   s   s   t>  ir  _ 

o   "   S   S  ^   = 

O  -=  T3  _-, 

«      -C  l-H 

>.    a;  3 

s  -3  O 


d'histoire  moderne.  SQv' 


-3-—  «       tro^s^Ç'^  —  «;=« 

«  ï   -  -ti  « 


U     -    y  —    O  .§    :=    '^^  ^  S    M    «    =    '"■■-    .,r  «  3      »^.5  ^ 

^  g  o  =  =  =  -^  o  -  ,;^  =  E  :/2  *-  .s  ^  ,.,  >  ^  =  .2  ^  s  s  .«  -ii 

c    Ch"^  -3   Su  cTi-H   fc,   </>   n   o       -a   Oh-z  -Ou—   5   cl,      i-i^ra-s 


« 

■  ■" 

a; 

"IT 

q; 

' 

« 

o 

c 

-a 

2. 

ba 

-ï 

fc^ 

o 

J2 

-3 

3 

bo  c 

'oT 

•^ 

rt 

-il 

D 

a 

■^ 

3 

o 

S 

Tl 

« 

2 

.H 

i: 

■«T 

S 

a 

^ 

c 

o 

'S 

3 

CU_y 

5 

c 

C3 

--2 

<--. 

o 

« 

"3 

o 

o- 

^94 

COURS 

i  ë  :5  S  i  £  g 

■ 

^  o^      <u  ^  ^    ^h: 

T3^3=<Sw2:S 

c^ 

^    —.„-'"«« 

O 

ii-iiii5 

2 

-a<oc*M  o—i—   s   4, 

< 

C3  -OJ    rt     tu     o  'O            o 

u 

iles    pré 
comme 
point  n; 
e  vœu  d 
nsentem 
aux;  il 
riser  les 
pour  ra 

g  .  «"T  S  g^l^ 

S  -^  â^  S.Ji  >  -S  c 

1 

O 

.s 
s 

'5 

3^ 

de    saint 
bbé  E  us- 
dit,  et  le 

s 

de  Clichy 
paix  pu- 
discipline 

r 

_3 

V 
bC 

2 
■3 

it  la  règle 
urnban;  l'a 
e  la  défeni 

0 
-2 

e  concile 
cupa  de  la 
ue  et  de  la 
ésiastique. 

O 

•< 

3 

Su  « 

a 
0 

^Ifl 

4>    0    è 

^    >■  — 

en 

|iï 

H 

CO 

O"  -'    « 

<1>  ^    Ph 

cn 

-a    c    «    OJ 

-0 

à 

t^ 

3 

.  o 

JS 

>3 

^.% 

0* 

0 

S 

a 

a 

.  t^ 

00 

m   « 

îO 

ei 

ce 

^ 

0 

D  HISTOIRE   MODERWE.  ôq^ 


S    0)    7ï    '^     3 
_  -1>  ^3    ^    'ri 


^-5  <s  «  S  " 


,J5  c 


.=  TiD  «   «   ^   c^   g   i  ^        Td 

5-  2-ë^^^««^  u-Q 


««.      ««-^^  =  3-= 


.  «  «  •=         .  ^   r^  a     .  "-  ô  -   2f  •-  —  "S  O  •  <u  'S,  « 


!>. 

«; 

c 

tN.ii 

QO      S; 

0^ 

U 

"** 

0 

.  i-i 

.    ^ 

.  iri 

IN  10 

00  to 

Cîvrr 

0 

CO 

CO 

DHISTOIRL    MODERNE.  ^^97 


« 

i 

o 

8 

« 

-, 

, 

« 

I 

-j 

a 

'^     Z     V 

-= 

â^/'d  -^  -5 

C 

C- 

:= 

.- 

'tS   '- 

re 

■rt 

=    .;  '-^   te  :; 

"t. 

«S 

— 

ce 

%-^ 

t 

SSo^^-^ 

c 

r 

Ml 

O 
E 

^ 

:i  ■=  .-  ./ 

y 

^ 

_, 

^nn^ 

13 

y 

<r  c 

0 

«    — 

-"  s 

•-3 

= 

'J3 

C; 

y 

-tȉ 

C3     '■"     ■* 

O 

> 

2 

-y  _C     ^  ^    -^ 

P 

^ 

•5 

■r. 

^ii 

:î 

= 

§ 

H 

-Zl       ' 

^^ 

-r 

—  o 

— 

-3 

— 

=    S    Cr--^ 

-2    =1. 



598 


«  0)  .t: 
c—  o 


S-  c 


«  i  =  ^-r 


»«  o  a  e  s  = 


3    Oh^ 


«    c    « 


«   CL,  o  >  o 

"     ■"  c^  --= 

=  «  «  « 

c  p   ^  q:  „ 


o  !_;    a>   «  "O 


«    ô   =  .^ 


^.t 


>-»  3 

c    a> 


w  w  E  -O 


n'HISTOIRE    MODERNE.  Sgg 


^  g 

^M 

«     î-     D 

c    1 

a;    a>    I     1  ^ 

tn    t)     1     *j    .-J 

4->        1 

1  'i"". 

^1 

donr.a  de 
nionastcr 
s ,  à  condi 
s'écarterai 
e  de    sain 

lÈCLE. 

1. 

Saint     "Willibrod    e 
int  Swithbert  présidé 

(u  -S  S 

18 

Ebroïn  Gtd 
concile    s 
Lambert, 

-^  1 

20 
Ce  concile 
iviléges  au 
Fontanelle 
n  qu'on  ne 
s  de  la  rég 
noit. 

VHP  s 

=   c   3  0  ï 

'-  w  .2  "  ,2; 

^8« 

0    V 

•s 

-y 

c:-  0  0  S  •:= 

0--3  'S  D-ca 

VT  1    a. 

«  2 

^:2  = 

w  =  S    . 

•  =  =  S  -y 

^^ 

oc      2  to 

- 

«•« 

.  in 

QO  QO 


<r        ^GO 


•■  O        o 


O  00  ^-30 


■âsl 

"X 

-•   -^ 

C    1^"" 

« 

i-ël 

'^ 

§•5-" 

^j-'- 

- 

"  ï.ï 

3l.   T.TIt.    EIIST.    MOD.,    1829. 


4oo 


COURS 


_„ 

_„ 

^_ 

■Ég 

<t, 

en    «    -. 

S     -S  ^  i 

1 

^           a> 

9 

C     =     « 

a    / 

Ces 

;> 

=     =     « 
—     ..-    O 

"Z  "3    O 

ra            s  " 

«  2 

«   «  o 

H. 
c 

-o  c    ,  «  ^ 

«  '^  -  j^ 
=.J  5  S  1 

=  =  S  t:  « 

«  ;^  w  s  .r: 
r~  î  «  = 
'-^  -y  .^'  3  -o 

«     Cm  o     «     c 

i 

ijï 

i! 

s   c 
—   o 

o 

c5  — 

S  S -5  i'ï 

«  -y   a» 

-< 
U 

lî"^ 

c  o  c  a  :« 

i) 

-2  g-J- 

°  r  2 .  S 

3  «  h-i  i: ._ 

s    O 

«3    ""      ^ 

o   o 

s 



rs   â.^ 

S-S 

s-ë 

15 

.2 

Ci 

3 

cr 

O 

'Z  /ii  .2 

u 

.n 

•XI 

> 

> 

— '  — <  i^ 

3-è-^  « 

o 

o 

's 

•ji 

C 

o 

S.  o  .> 

E2 

= 

o 

ei   = 

ë'è^  S 

'=^ 

,c 

a. 

<p 

S 

£ 

^T-i^  ^ 

O 

o 

> 

C 

in 

8<i 

«  s;  c  s  a 

r- 

1         CO       /- 

,j' 

r^ 

o  _y  _ï 

~     3 

z 

c 

«1  « 

^' 

<!.    .j,     ^ 

tn  '^ 

X 

_o 

_Â 

>     ^      Z 

;-    - 

-U     =     « 

=-,  tiC 

'c 

'1 

«  ? 

Ij 

3f 
cr 

a 

.   « 

-«s 
O 

«  s-r 

Cn 

D  HISTOIRE  MODERNE. 


/jOI 


*J     O     a;     K     >-       ^ 

a  >.^  »-  '^  .2 

.    «     =    -     «  -^     C 

^  3  _  g  S  «"ô 
g  .5  ^  S  i  -^ 
■^  ^-.  S  =5  ^^ 


"=2 


.^JiO-^. 


D"  es     «     CT"i 


*<     W  « 

••^  <n    ~  «j 

-il   oj  "z;  s- 

^Di:  S  =î 

3  <y  c  8 


4os>- 


COURS 


Il' 


3     OJ    tfj  -y    *- 
"    °    "     ^    « 

S^  "  ?  ^  5. 


i    ce    «    ^    „ 


5  "   o 

O     "     ^ 


=  '5  c 

=«  =  ::: 
c  w  -*- 


o   o   •« 
s    b    V 


«  ?^  ^ 


3 


fcD 

■E.Ë 

o  ,s 

en    es 


C  S  S  .E  = 


i;    u    X    «   «    =    Ch' 


o   >   ïi"   Si 

«  -u    c:    OJ    « 


-  -  s 


i;        s   ,^   3   <u   c 

m  s  Pi 


•-     o   ^      'T     -^ 


C3     O 

G 
en    — 


<u 


rt    t^ 


c--^ 


=  -r.^  n  = 


/s  o 

-s    G 


§    C    é      .^ 

X  .s  -i:  Ji  i; 

3      «    --      !_    W 

ly     —     3     « 
O  -3  TS     CL, 


O  sr 


O   O   1-   O   aj  2   <« 

"  ,g    o  '^  ^  =    « 

(u  .-   >  .5   3  i-'    y 

■^    &,  «    :j    o  ro-3 


d'histoiue  modei;ne.  4^3 


T3  P-  tO 

—  I»    fc, 

5  «  « 

^  l«      b 

S  «      ^ 


<U     0) 

o 

a< 

0)    <u 

~"  s 

c 

o  e- 

9i 

a  s 

V 

QJ     o 

3 

-o  CL,  cr 

11 

3 

ns 

3 

ta 

s 

c 

s 

.-  '•a 

V    C 

o   V 

3    <-> 

5 

« 
-a 
c 
o 

il 

-3 

C 
g 
V 

eu  "~ 

3-^ 

s    3 

1-    ■- 
3  .3 

0) 

-3 

S 

cr 

i    avait  tué 
la  guerre. 

qui    avait 
concile  d'a- 
e  saint  Bo- 

1    <u 

II 

^3 

O    C 

p 

ri 

•-  'S 

«  't-i 

^ 

73 

C    tï 

y 

C 
> 

a 

C 

-a 

s..| 

3 

'3 

c 
o 
o 
« 

ai 

c 
o 
o 

3     1= 
«  "o 
"2     Oh 

"Eh  C 

.11 

-a 

ta 

=    1 

O  S 
o   a; 

U 

_2 

's 
o 

g  3  5  Ë  > 

J;  3       0  si 

0  S 
^  s 

0  "C 

^   c 

c 

C3 

S-iL> 

es    C 

sa 

s  çr      0  a.  c  0- 

-y    o    -r,    « 

3     o     3 


"^  £. 


4o4 


COURS 


S  «  2 


^«2    ?    rt 


«5   «   '=^"35 
«   c   2   « 


7,         «    « 


3    o    y  '^ 


ce  W 


c        _ 


-O  -a  s  ^ 
«  «  f;  g-  to 


M 

■^i 

-s 

>-l 

a 

û 

> 

M 

.   OP 

.  « 

2 

v3- 

CNin 

C^ 

Cn 

d'histoire  mode  une.  4o5 

'S  .ti  .-    cj       —   «         u    I    c    rt         ^   o    >  I  -«    '  —  I    «  t;  ti 

2r->,ë    §-.,   3g-.^   =^5?^^   ^=Sc;   :-.-2-« 
•f-eï-É     si     «ris    1E^.:!:=|5||§.|£ 

p  <«  c  ...r-  «  -    = .  ^ .    5  §  =  -  -r  «  -  .^  cîi  i  i  - 


c   -<  t"  -r  o  i<    ^ 

:ii    ï    o    i;    =    <"     = 


->    C-  G,._    C  _    -    «    «     «     «      ^  C    <"  -     ,r   =    O    O  .£     '^ 


'y     :n     —     tn     ajj  — 

Oh  _     «     e     rt     o 


fac 


—    "^     05     w     ^     ^       _  —     ^■'     "  ^     e-i     O  .—     t"^^  -•     —     w     c^ 


m 


«Sgâ^E.if-ë'^-.ïl^^'^six-ïl 


o  c       -cj -2        ^  >  5  ta       «•:==        «-3tf!c        eu  cu^  o 


4o6 


COURS 


t/3 

Celui  qui  permet  à  sa  femme  de 
prendre  le   voile  ne  peut   pas  se 
remarier. 

8. 

Que  le  comte  force  les  prêtres 
ii  se  rendre  au  synode. 

Qu'on   n'arrête,   sous   prétexte 
d'aucun  droit,  les  pèlerins  qui  se 
rendent  à  Rome. 

Que  la  livre  ne  contienne  pas 
plus  de  22  sous,  et  qu'il  y  en  ait 
un  pour  le  monnoyeur. 

Que  les  franchises  soient  con- 
servées. 

Ce  concile  confisque  les  biens 
de  ceux  qui  font  des  mariages  dé- 
fendus, et  condamne  à  des  peines 
pécuniaires  ou   corporelles,  ceux 
qui  leur  prêteraient  secours  ou  to- 
lérance. 

ta 

O 

Q 
H 

O 

8. 
Ce   concile   fut    tenu 
sous  le  roi  Pépin  ;  toutes 
ses  dispositions   portent 
l'empreinte  de  l'autorité 
civile. 

-4 

S 
1 

P 

Q 

«■i 

d'histoire  moderne.  4f>7 


—      4— »C/3CfjCi:i^  ^  •^-'t^     -f3 


-4J     C 


4      g.  «  .^  a.    ^  .  'g  « .-  „  2  -^     .|  .|  ^  2  g  s  =  s      g 

I  :lp   :--  =  £go.i£   |sj?-i|  -s  -s 

:iiiiH:-"^^isfi|fiiiiPii.! 


V  0- 


os'S  » 


«  5  - 

5  « 


3  -73 


4o8 


<ii    «    «    3    3 


2-  b: 


a  — 


.»    en 

3     Oh 


t,        o   c 


3    G    o 

«        rt        r/J 

«  ^  o- 

-U  —    t«  ._. 
t:    tr>    «    c 


u    i-    o  '-■^ 
1,    o    «   c 


J5     TO     o 


-'    =  'iD    D-  "^  en 


o  «   o 


c   S-  « 


•=  p  .^' 


-r  =  n,  rr 


3    cr  a; 

-jj    o    en 


Oh  O     9J     tn    cfy    O)     C 


d'histoire  moderne.  4^9 


o  o-;5  &<««  =  «      t-j"» 

-o  "•-  c  «  <«  a  (u  «  <u  t»->  «  ''f 

«  ^  £  cSJ  S:^  ^g^  g. 

l-MCs-<-irT.  «     =     «— 'o'-n 

:i;3  -32=^  — 


3   >^  c   .-  iT  «  -ï   a   o  5   - 
c   en   o  ,/)  •-   r;   c   Q)  -3  •-   a; 

2-ïc«      ^3S2-s 

'^2^sili°-3^:8^ 


^1 

2^ 

4io 

COURS 

0 

... 

Tous  les  canons  de  ce  concile 
ont  rapport  aux   mariages;   on  y 
permet  à  la  femme  d'un  lépreux  ' 
de  se  marier  à  un  autre  si  elle   a 
le  consentement  de  son  mari  ;  et 
à  l'homme  qui  se  serait  inarié  dans 
un  fief  où  il   aurait  suivi  son  sei-  \ 
gneur,  après  la  mort  de  celui-ci ,  j 
s'il  est  dépouillé  du  fief  qu'il  a  re- 
çu et  qu'il  ait  laissé  la  femme  qu'il 
avait    reçue  en  mêmii    temps    et 
soit  revenu  se  marier  dans   son 
pays,   de  garder  comme  légitime! 
cette  seconde  femme. 

i 
1 

0 
Q 

1-5 
ea 
0 

11. 

Ce  concile   fut  tenu 
par  le  roi   Pépin,  dans 
'assemblée  générale  du 
peuple. 

-4 

1 

-< 

11. 

20  évoques,  i4 
ecclésiasti- 
ques. 

11. 

Compiè- 
gne. 

D'HISTOIRE    MODERNE.  ^H 


„,  a;  -  o  -i:         :2  ^  •::  8  -^  -i:  S  >  =  "    o  ~  *=  g  ^^ 


COURS 


«    «   «j  -a; 

«      U      «      fc< 

=    C     CL- 


ai  4)  ; 


CN 

'<■' 

^ 

« 

r- 

c^i- 

i 

< 

cn-t: 

«   m 

tNÏ^ 


00^     0;0 


d'histoire    MODERNIi;.  4'^ 


ê-'S  .  g  i  ï 

«  -3    O    O    B    c. 


4'4 


COURS 


^n. 

■}.    o-i 

û-   es 

o   s 

=  ^ 

«    CL,  1) 

4) 

?^:9 

=   S 

CU-TT     C 

■^  c- 

«=  <-^     B- 

. 

o 

s 

S  S  S 

_«  o 

7 

-a 

«  c  5 

« 

6'^ 

;3  "i^  -c 

c 

— < 

n 

o  = . 

s  o 


JD  .y  j^     « 


— '  _  •;;        « 


c   o 


t»    «     O 

c    O)    sj    = 

a    r/^   o    c: 


w  — 


li 

6 

w    .,    c    o   o  y 

n  " 
-Q    S 

4_,        (U 

c 
Q 

c 

Ces  régi 
titre  fie 
ais   ils 
oins  les 
mbiées 
nues  par 

o 

cS  s 

_ 



ti_ 

^  E  B  ^  3 

« 

» 

■< 

H 

•jj 

<t 

^ 

o 

3 

e2 

a 

af 

o   E 

t^ë 

Û 

1^ 

d'histoire    moderne.  /il  5 


«-S 

"^s 

eu 

«8 

tn    _ 

^-6 

rt    g    03 

a 

es      V 

CL."     t- 

ëiS,«K^ 

>> 

.2  «-S  M 

T-l 

o  as 

c-a  3 

n 

■"r,^ 

^ 

él 

^ 

o 

-y    es    O 

o 

«en -S 

o   % 


bD 


tO    ,^    S.  W    «>    ft,^  tO  ^  ^ 

0-  'J  eu  J  -« 


3i.  T.  III,  HtsT.  MOD.,  1829.  3a 


4ï6 


COURS 


«    X 

^^ 

r-  '^ 

as 


«  M  " 


^7=     ..   _   -^   S 


«^      i,      '-      r^      « 

i-a   î5   tï   "'  j 


lO 


^3 

C     3  'S 
C     co     « 

o    ».,2 
«      <=  :S 

i<     «^  fec  o 
_    w    «    o 

^^  ^  §  Si  s  " 
-«  S  ë  c  ««t:  s 
«  S  cO  a.=  2-s. 


D-  S 


en    = 
O 


If.'    >    ;,     CL,    .    3 


Ci -a 


■^    >    C-  U 


^   oS   Sto   oio    o^t 


^i  ^i^tâsji 


d'histoire   MODERNR.  4iy 


''si 'S  25-^  §  <S^'Ï  -o       c  *'-5  S  'g  ^  >       -  «  S 

o   g   wj;   a>U   o^ fa  -a    ça CL,fei    çr  c  fa    «  nj  QJ   o    bp 

'Si    3    '^  m 

«     C3     «     4J    « 
►J  O    S  =     bO 


a  A 


.  .o 


^141     5i 


4i8 


COURS 


o 


«  3  "S 

S  0^ 

o  c  j. 

o  o   e 


3c« 

^•3  ï-^ 


-  a 
3  o 


o     rt     <f' 


«:>   rt 


TS    D 


Ci  ~  -i_  _  ™    i; 

O  «  Vo  _  «  ^ 

a,  "  O    uj  ^    ai 

■   «     C  cr.  c«    =  -J  .'S 


Ô    g 


c  o 

o  Qi 


=  —  Sri 

§3  «     S  2  <:u 

«  •  c  ?; 

«  t>-  «  «  —  «  -4^ 

U  s:=  J  ^  is  o 

2  ;?  »  c  ^ 

s  Mi<  «  «    o 


o-  Ç- 


j   o  « 

in    tn    S 

«     M     « 


>4    «3 

■■55 


.    O 


^i 


^  Ci 


D  HISTOIRE   MODERNE. 


419^ 


"«'■'^"OO"  1^    ^  C-î-3  u.2«     =     "«0 

Ë  ^  c-'i  ^  „^  ^        .        0-;=  «  H  .=.  2    -o  ^  b  2  a  c  ^ 

•J:    «    s  ~"  s    i:D-="  ,2  "en    «    es    3  .?^  .«         ^2    &,  -    &-  ?  -«•= 


CTi 


'»  £  S  5^  S.  <«  «  - 


o    ■<-' 


^  "^  "i  M  s.--  «  i:  -  £,«-"■"  > 
•-  o  —  ~       -03       :::  a)  «  .«  '^  «  <« 


à;  —    3 


i-<  o  .0        5  .2  'TS        00 


430 


COURS 


tri 


«2    p:    en    en 

a     ^^  o 

tD  (U    en    C 
'S  "Ô-  ^  «^ 

«  3  S  -a 


Qj     en 

^  *3 


*-'     r-  — !     « 


2;     s-    —  w    F-    en 

g   t?    "^    «  —    en  -5 

S  =  S  S  <»  «  ^ 

5-  &H-a      'g  - 


i,  -•     I     s-     I 

-«  «g  oc 

-  «  «  eu-oj 

«  «  fc,      -a 

^  U  en 

D  C  «     ""     4>     "5 

"    3  S       «        fcH       0» 

:  -  '^  .2-  ^  ^ 

1    o  o  —  ^    ;, 

r—  Oh  «    4_,    « 

>  Qj  .-  s  c  -a 

■     t-  o     Ç7<  (»     C 

!    §  =    G    «    g 

S  «-3-0    " 


s, H 


•C  "^    C-  c  u  -2    S    CL,  3 

a   oj 


I  en     I     «     I  ■«     f 

2  3  <«  —  -a  «  -a> 

,"3  o  *-"       1-  b  « 

-u     '^  H 


3    ?>  ^  '» 

?"  3  -S 


s-^-^ 


-^  '^  -2  .2 

00    o 


o  .2     en     o    « 


«  -y   «  <S  =  «  fl 

fcp^  >  8  s  c 

.-.  «  s  ""  g  -w  -a 

=  .i-  s  =•=  g^ 

t^    !»-    en    t.    .5    bC—  'g 


d'histoire  moderne.  421 


.  10 


422 


COURS 


'O     en  X.     O  .-     -.  C    4j    1- 


-     3     3     C 

<ia   «   «   « 


en  Sj3 


"  3  .ii     '" 

>r'?  «  "  = 


3    (u    i/j 


^  -03 


>    iJ    tn  ^     3     C     4,     ^ 


tô 


j3    sJh  C  •=    u    w    -^ 


'TJ  .^  .s     O 
C  ^     O  "„ 

^  ï  s  2 
^  -S  IJ  .2 

Ô    C    =  "3 


!"  «-w 


j!  i 


d'histoire  moderne.  4^'^ 


C=  'ë   V   ^   a   ^  ^"       ^^   o     ■ 


tfi     Xi    -a       I         1       SJ      K 

«    «     C  Td'Ï  -^    3 

ST"  !-  ■—  —  ci  «  a, 


SQ 


éJi       *^  «  S  = 


_  3  s  «     o 

3    « 


o   g   *;        -G  ~    ^  i  ,^   «  ^    3         £   2  --S  2  ^  ^   3  ^    u   ^  s  -^ 

=   «   s        g   <«  s  ''-^   «.  -   3   ;.    S.<t1   c  •£    ^   «   « 


^  J  &,^->^_   ^^-«-3  -   3^        «•g^|-^a;  =   2 

«  «  «  -S  £  '^:  =  3  -2  -5  2  r' >          ..«  '-ii  «  s  .^  = 

r3a;eo'3Cu«caC3'3«-iJ '-3  c-i-3  'z:  s  .— . 

«    I     •-  «    I  ~    I 

CL,  '^2   !u   e   e  S   8 

S  .S   3  <«  -ts  '^   « 

o     2     CJ  -3     ~  te     S~ 

t«    C3     -     3     "^  ^    t- 

—  ^  '^    ''■■  h    S 

&i  ^     ûj  V     55 

«                   î3     il  >» 

•  —     O     C3     V-  ^  ^     ■>:> 

«>>  5  TS  —    O  .Z.  2  ^ 

S          a;    3  — '  -~- 

O    3hi-cI    3    ■"  *o      '- 


GO 


4^4 


COURS 


o 

• 

parvenir  à  ce  but,  tiennent  leurs 
enfans  ùla  confirmation. 

Quelques-uns    pensent    qu'on 
doit  confesser  ù  Dieu  seul  ses  pé- 
chés ;  d'autres  ,  qu'on  doit  les  con- 
fesser aux  prêtres;  l'un  et  l'autre 
sont  très  -  utiles  dans  l'église  de 

Dieu La  confession,   qui    ?e 

fait   ù  Dieu,  purge  des  péchés; 
celle  qui  se  fait  aux  prêtres  ap- 
prend comment  on   s'en  purge  : 
car  Dieu  est  l'auteur  et  le  distribu- 
teur du  salut  et  de  la  santé,  et  il 
accorde  beaucoup  par  l'effet  invi- 
sible de  sa  puissance,   beaucoup 
par  l'action  des  médecins. 

Le  concile  avertit  que  la  con- 
fession doit  être  entière. 

w 

o 
u 

Q 

"-5 

p:) 
O 

certains.  Leur  apprécia- 
tion des  péchés  était  fort 
inégale. Le  concile  comp- 
te huit  péchés  sans  les- 
quels on  vit  difficilement, 
ce  sont  les  péchés  capi- 
taux ;  la  haine  y  est  com- 
prise. C'est  sans  doute  ce 
qui    fait   le    nombre  de 
huit. 

8. 
Ce    concile    nomma 

-«n 

■=^i 

^ 

o 

00 

d'histoire  moderne.  4^5 


o)  «   o  -iJ  .r       •-  ■?: 


»>  a        H-  3  •"  o 
tJ  «   c        2   -,  o  .2 

;j    3    U    C  ^^    g    -^"^ 


o 


S^SS      5i=gli§    lis       l-islll'g 


-g  >-J  ^3  'T3  j? s  >>  i«  o  '.s  iXi .z  >   -o  ::^  ^   &0  c 


o  5  S  o' 


426 


COURS 


çj  -a>    <v  <Q)    c 


^    <0      4J 


cu  ^ 


C  en  a> 

a>  O)  „ 

o  .t; 

<U  tn  y 

fc.  «  a3 

en  •—  c 

0  0.= 


w    es 
Cl-  « 


g^  ai  c  p 


s  —        -OJ  ^    c 
-a  -rt   rt   ^   „,   o 


—  ^3 

r 

-O 

V 

~ 

" 

2     D 

ca 

en 

c 

'-" 

a 

o 

si 

5-  o 

o 

tn 

.2 

c 

3 

^  > 

n 

o 

o    « 

> 

« 

o 

"7,  .Ï2  ii  u  '^  -o 
^  ^   3   <û  'o  « 

3     3  O    es    o 

t-     3    "^     o     <«     =    ^ 

g-2  â.S^  ^'2 


D'fllSTOiaE    MODERNE.  427 


S  _  3  ,„  g-  S  =^  2  S-S  o-g  £  p.  =  ^  =  ^ 


,"  -j  .=   3  J  «  -S  1  S  S  „  «5  g  .=  ^   o.  ^.S 


«  -2 

«  «     =5 

1    « 

sîi-  «  lô    I    «co  a 

.ïf  g^ 

-  i  -  .!<  ^  -  .S 

<  -= 

.:;       <n  ^      ^ 

0 

>            ;j       H 

tri 


X  -«00  -oo-oO^QO 


428 


COURS 


'a  .  . 
2  S  «  S 

.^  ®      «  «« 
o      .      «^  « 

o    o    «    _ 
.    «   t.  --   c 

05  t>  ^    O 

-  «  ~  ti  '•— 

t3  .2   es    " 

-  i,  <r  -. 
c  r;      '^ 

«    «    c    fl 

o  ,2  "'^  "^ 
^'  S  If 


S'"    -^    03    O 


^^    .  c«  Q 


O  g  ,r! 

O  O  £ 

c  c" 

o  «  ^ 

«•;?  s 

c  =  ^ 

s  Sf  ^ 

S  «  S 

«  c«  W 


3  eu 


tn    Ph.: 

O)  0 


3  I  1        «5 

£-£  S'a 

2  «î  4^   '=^ 
•    en  S>,  1^  ,C3 

3  °  «  S 

5  «  c 

o  0) 


C  a 
r-  c 
o  o 


il- 


-)     0)     4)     ■- 

«    a>   ço   ^ 


s.r 


S  c  iJ 


"5  5^  « 


eu 


D  HISTOIRE   MODERNE. 


4^9 


S  -j- -  ^  -E.  c  «  c  °  l:    "^  •-  S"~  •-      -«  S  ^3  .^  «  5  S  "  «  « 


—      O 


«      S 


_„      „    ^O-      5     ç«   ^         ■      -      ^    -^      U  «      ^    .^'   ^ 


•■S  tS  o  5  .S  &.13  -:i        trU  t>  er-a?  tj  «  o^ 


-«  ~    «         «    «  3    > 

>,  '-    fco  o    &<•-  ffl  -« 

1^    3    ï    =^  °^ 

-^   «    oj    ^g    I  «    ^ë, 

g  g  g'^«  S  ë  i  =^ 

e30.2<^3D003 

<o    O    <n    >■    ^L_  o    es    ca 


45o 


COURS 


en 
O 

prêtres  et  aux  moines;  et  enjoint 
a  résidence  exacte  aux  évêques  et 
aux  prêtres.  Il  défend  aux  évêques 
qui  n'en  ont  pas  besoin  de  prendre 
la  quatrième  part   des  offrandes; 
il  se  plaint  de  ce  que  des  prflres  ne 
punissent  pas  assez  sévèrement  de 
grands  désordres;  il  défend  aux  prê- 
tres de  donner  le  voile ,  aux  fem- 
mes de  le  prendre  elles-mêmes  ;  il 
se  plaint  amèrement  que  des  fem- 
mes servent  à  l'autel,   et  même 
donnentau  peuple  le  corps  et  le  sang 
de  Jésus-Christ.  Il  défend,  hors  le 
cas  de  nécessité  absolue,  de  dire 
la  messe  dans  des  maisons  et  des 
jardins.  Il  défend  aussi  qu'on   y 
force  les  prêtres;    dans  tous   les 
cas,  cela  ne  peut  se  faire  sans  autel 

o 

a 

H 

•-5 

O 

' 

! 

s 
3 

5 

d'histoire  moderne.  43 1 

a  a  '»7z  ±  c      —  «H      Ji  =  ^  J^  ^  s  v       -j-^-^cc  — 

iJl.i  !ii  ii-^i:ïii!U  1!^  if 

O     m  CZ   ^   .—     ^     L-     ^-^  CT*   ^     >-     —     G   ^rti      —1  -^   .—   »-^ 


3i.  T.  III.   HisT.   MOD.,   1829,  35 


ti-^l 


COURS 


^^ 

^^ 

^^ 

^ 

^„ 

_ 

^^ 

^^^SSES 

-~ 

— 

~ 

^^ 

"77 

u> 

S!!!: 

a; 

^ 

~" 

-0) 

3 

a 

3 
3 
O 

c 
H 

3 

a 

3 
V 

■'X 

s 

4J 

3 
O" 

43 
-03 

1 

'3 

rt 

^3 

b 

o--« 

O 

« 

V 

c- 

« 

C 
O 

o 

£ 

£ 

-•S 

^3 

'o 

03 

Si 

ï: 

b 

— 

en 

i^ 

O 

3 

03 

a 

"S 

Oh 

3 

C 

c 
2 

13 

•ï 

é 

'a 

te 

o 

3 

.2. 

a 

o 

C 

c 
c 

O 

— 

3 

Se 

-— 

u 

« 

"S 
S 

G 

^ 

— 

c 
o 

C3 

« 

1 

i 

te 

C 

"O 

,ja 

3 
-03 

Si 

.J3 

S 
g 

;« 

.£ 

C3 

c 

3 

JS 

li 

«3 

a 

tn 

« 

« 

.2v 

O 

C 

o 

rt 

_« 

>■ 

-o 

~ 

^ 

« 

« 

c 

Si 

a 

!fl          1 

*-    aj 

13 

43  t;  ' 

^ 

43  /^ 

=   T3 

^     43     a> 

j 

-3    - 

0-.  _ 
si    « 

*5 

en    C   *' 

a   o 

c 

°  «  ° 

3 

g--3 

43 

c 

l     o 

3 
o  .2 

43 

o 

-2 
-13 

I     u 

ïr? 

±     3 

■fl 

e^ 

13 

Q 

H 

Il 

c   -i3 
O     >i 

^   o 

-43     > 

C/5 

è 

13 

'3 
0 

3 
o 

"1 

C3 

,       13 

H 

_£3 

J 

m 

-< 

H 

<n 

-«t 

a' 

'S 

.2 

P 
•w 

o 

-a 

Z 

c\ 

"y 

« 

es 

fcJD 

C 

Bh 

nxa 

.idiï 

1^^ 

^i;^ 

6 

00 

Cl 
00 

d'iiistoihe  modeunk.  4-55 


05  <u  0)   ^'S  ■:=  ?5  .2  «  «  a  —,«—.«.       -4)  -d  -r;  '« 

«  «  o^  ^  §  S-5.§-i    .  S  a,-Sd  2  «  «  3  «       I  >  ^  o 

-:;2^(u.2   2««2^g        0-2        cn.2oa^>        ^^         S 


«—11,  V>-S-'l^  «--G—    G 

<U3±:'5'^G_£  .S    S  ©=•-.«  O-GrtO 

•B   cro  ;i   «c   o  7G   t< ^  ,.2i ^   rs  0^   u Ph  g   O-ija 


«  js    o    =    ■« 


«  <^  -0)  ^.     3     ic 


«^co        -'00         ^00  ^00  ^00  ^00 


COURS 


1  g-^-â) 

-^   . 

•ri 

a   o         = 

O    aJ 

ns  --^  rT 

=     4)     u     C3 

«  2  *- 

«  „  "" 

g-'O    ^JS 

"    3    rt 

«•- ^ 

"Jn  -3  __«  c; 

1°  = 

-S    3  -^ 

5  «  3  a 

es   o;  Q 

«   «   o 

3 

- 

5=1 

o    ^ 

y^  o  02  r3 

&,>J 

ro    o 

a; 


d'histoire   moderne.  4^^ 


3 


ii  ?  s  5  =«2 

■73    «    <r  -C  Cm 

C   3  -a;    -J  ^  o   t- 

«    ^cc   rt  i.   o    D 

fl         c   "^  a;         <u 

r^  «  o  i  «  I  ^ 

«  S  ^  =  ^  -S  .5P 

"  ^  «  -j  «  "o  £; 

=    a>  ~"     cv  O 

2  "^  "S  «  «  :S  "^ 

«  '^  -  S  «  ^ 
J  <«  -2  &,  S  g  .2 

t.  -0)    n  >^  rj    o 

&,-a  j  «  ia  to 


-.«   -  JS  =  S  c  ^:  "'.S       «  O  2  fi  •=  ^o  tr  ^'^ -a  « 


a;  ~    a  ns    o  .s    3    c3    ,'' 


?.'^  'fi  Z.       «  c  o  «  -a  a.  o  :ï  tJ 

o     4Ï    on    ■r  o        « 


•2i  .    ^Pc-:-^- 


o   ea    t.  -^    o    .^    —    —  ^T,    *        •—  _^  '--1    —  u    :_    o    ^    c 


aj  — 


J2  S-'^'c-' 


;^o>,:ï        :rOr—       ,^'3-t)'-— ^      = 
'=:§=,.=       ^  f  J:  -^       .^  «    1    £-  =  o  *^ 


10    W    c 


to  co  10  ce  ^"^  ao 


/i5C> 


COL  lis 


C<    in    Q 


Q  il^     OC  2 


,  ^  «•  s 
,   c   c   o  . 

-    o    ''•' 

s  « 

3 


ii  a 

«  s 


-«  t-  «    .  « 

«  •  -    w    c  ■ 
2  b  3  "^  <= 

C-  p  C  ^  •  — 
C3  fcO  O  OC  «  ■ 
-c     -,     O    r-  -c 


-Z     -     3     «  -o 

:5   2i   o   c  -o 


r<     tn 

4_) 

*-    .^ 

1 

!5 

11-: 

,  ï6  ar 
La  per 

ses  en 

12  « 

c 
"a 

11 

=   o 

'o 

en  troi 
nfirmai 
écrilu 
'il  avai 
premie 
s,  le  se 

O 

'^  -  o 

clergé 
n,  5" 
roi  de 

p 

«  — 

3 
«    C 

.2  « 

ntraitt 
il  00 
ité  de5 
ses  qu 
.   Le 
article 

a 

"i;   (u  -^ 

3     c     s 

«  « 

-2 

c  =;, 

3  "3    t;    o    »3 

H 
H. 

1— s 

es    «    C3 

-TJ  M  TS 

£    en"    " 

S   «   C 

— 

ni 

5  «  —  ^  o  o 

O 

«    -    (U 

111 

t5  « 

t; 

SllJ 

a 

-<l 

H 

-n 

D  HISTOIRE    MODERNB. 


437 


c  .t;  F?  4^  o  c  <u  oi  ,,  S  3  Q-.  "  •-  ;i  £:  «  2  o  ~  T,  bD  Q^  « 


..^liiiiiiiir:!,  mîmm 

•-  s  ^-.2  g  s  -  'S  .-i  £  ^  ^  Sd  3  -s     i  è:  «  ^  «  -5  s  -  =  -^ 


.  c  t-  c  _2  c  •p 
_  o  '^  4J  "a  !S  " 
to    <'■'   o    «    ^    -    "^ 


oiM'.S»K!,-a-z;n:--ut>ftwO-.Sa tj  -a^  -a>  ^   es  Q  <5  .S   s 


T3  1-5 


458 


COURS 


,^  -g  -î^  o  -  c5  c  s  . 

-     O     «     t.  O  -r  -« 


w     " 


^  1^   '•-  'oj     Oh  tN  tn 


Z  'T3  bD  C    C"  bC-3    «    K    f3 


i  I  -«  >>•=;;  I 

r  -1    ^  :L.  —  -C     "'     ïJ 


vt 

./ 

<n 

z 

« 

<4 

.    3 

lO  O      . 

:^ 

•4 

. 

c 

» 

:c 

o 

i^S; 

kj 

lO 

«  » 

JS 

3 

y 

<5 

d'histoire  moderne.  459 


c-aj     —     cStrCacS—    ra- 

73  "r-  -2  a-      !"^  «  o-      ^ 


o  T^rz 


^^■^^^   ^E   =   °-= 


x;  <=^  Ch 


«  -r   ?-,   fco  , 


05 


^  <a;        ^  ^  ^    C        ;5   2i    ^  ^   o 

c«     en     *"  «—     c     Cl,-„     3     C     ^    O     t.     s 

«  ë-a  =  c«  =  2-2  ••  s  =  2  &- 

O*  c«     5    S.  en     «     5  P     3     ^     =     .-     3 

Qh  S  t<  -a  cr^  cr"^  i  rs  ii  -w 


«  -  i:  ^    •      2  '5-  '   g  -  «  Ir?  2    . 

"     "^    aT"^     «ti      •  "O  -O  7;    en     3     s     «=^«'03 

=  ?£r=en     _;;..?«e.U-î:r's^ 
^  —   a)  cr_o 


2JS^  "t:2!5  43-03  J'GenEcC 


TZ  -a 


a 


^  "  '"      "^  5  'S  7^  2  o  <u  ^ 


^-  ^^-a  ?:J1^^ 


-3  TJ 


»0  QO  VTi  <x> 


93 

0)  2 

'<U 

M 

S 

^^ 

es    .„ 

0.0, 

« 

§1 

u 

C  JS 

iiu 

COURS 


d'histoiue  moderne.  44 

-   m   ^,        ^   o   c 


3   « 


5  :^  .,  c  ^  ^-  2  :â  fco      '  -  -  = 

2!^  =  2  -  ^    ..'' 


'-'^  i;  r      'S  S  «<  ■«  ^/  y  I  ^  - 


-^  o  r  -   =   i:   «        «.=  ..«   c-  «   ï   o  c   >  ..  =: 


>  ?"(  "S  .îJ  =  -2  w 


-.     ,-     l)     «     c/j  —î     4) 

§.§.=  ^  |i  c-.-  |-^  §j  «ie  « .,";;  ^  «  =  = 

.->  S-^  g.?.  £  =  J  o,^,-   -  g  «  =, 


;  ^  ns  2  -5  i  -x  r.  -  -^  -  «  .-  «  ?=  p  c  s 


oi      è:s.iiiiiii.i^':i^ili5-i-s 


3    0-T3 


y         o   S  —   c 
.:!;         «  «a    C  =;:; 

—  ,^     G      tu     ^ 


:::  O   i, 


442 


COURS 


1 

Z 
O 
"^ 

pas  à  la  tenue  des  conciles    pro- 
vinciaux. 

Qu'on   n'adopte    aucune    nou- 
veauté dans  l'explication  des  écri- 
tures. 

Que  lesévêques  aientquelqu'un 
pour  instruire  les  prêtres  des  cam- 
pagnes. 

Que  les  laïques  n'emploient  pas 
au  soin  de  leurs  fermes  les  prêtres  , 
de  leur  église. 

Que  le  roi  ne  prenne  point  de 
chanoines  ;\    son    service   sans  le 
consentement  de  l'évêque. 

Qu'on  n'exige  pas  des  prêtres 
de  tributs  illicites   sur  les  dixmes 
et  les  biens  de  l'église. 

S 

o 

Q 

O 

44. 

Ce   concile    fui    tenu 
par  Charles -le -Chauve 
et    ses   évêques;  il    est 

a 

i 

S) 

2 

d'histoire  moderne.  445 


3  o.  =  •-  s   û..-=;   =   «   -        s  g  o   cc-ri   3   S 


tn  rs 


iJ  3     "  3  J  ^  ^  «  o  =^-«  8  =  5     s  a>-j  "  ^  - 

«  c  "3  3  -  «       •-  CL.  *^  ."  .=       =  2  52 

«33  B     =     3Ô^„-;:^cfi         2?^«C3 


.3  .    « 

<r  w  V3-  3 


4/i4 


COURS 


'^  s  s  " 

3 

=  S 

c 
-y 

aux 
es  de 
ils  au 
uloril 

1^ 

«  =  =,'= 

r\ 

i.  ii  3 

3 

• 

C    SX)  o — 

O 

04 

^ 

.      *      ,o     c    "« 

rt 

0)          tn  ■ 

o 

In'O    "  —    en 

.^ 

=S  g-ioô 

o 

'^ 

4 

rince 

OUYOi 

[1  que 
ecoui 

C 

S.â  '5  ^ 

< 

« 
^ 

cha 
con 
ecc 

Oh 

S 

<iiO-«    « 

eu 

.— 

en    ="    '^ 

%, 

a 

— 

2 

S3   ^  -:î 

a 
o 

=  S  « 

-2 

_a 

Qu 
soien 
mais 

3 

O"  s  _a 

> 

•^ 

^  «  2^  i  ^  -i 

o     -~    «   ..^ 

3    s     ^  ""     M  '" 

_    cr  2  '^  "^   3  =" 

-  .2  '«    en    §    «    3 

=  2«ii  2  O  i:  3 

s    c  'U  "^    2   '^ 

2   "   0,3    -^ 

Si.  O)    o    o 

C3     s    en  — <  *^    u 

O    a    eO 

=  -^«^'35 


S  5 


5j    en  ^    cr  _ 

c     G     =  "iS     3  >y     J 

«   O    3    a    î^  3  .- 
--cc5n\3   tD  a 


-.     O     3  .2     O     i. 


a  S    =^  =  -2  :<5 


o-s 


-3 

a 

■a 

1-1 

3 

a 

-   ?o 

O 

o- 

o 

W 

3.2, 

*« 

rt 

3     o    rt  -^    en 


'^'   jr-3   : 


y    r    ??   «   i)   «  — • 


w  ij  1-  o  *"  a  " 

«  y   3   a        S   o 

a   >  «  o  *^  —  o 


o    en    O  .a  .-^ 


C     en    en  J    ^ 


— :    U    0)    O    3 

en    o    en    u 


O 

en  'ri 

.  o*c. 

^?e. 

o  3 

48 
5     évê 
eaucou 
lergé. 

«  n 

--no 

d'histoire  moderne.  44- 


•a     ^ 

en    tn 

u 

m    « 

«    c    -^ 

ru 

c   «   u 


fl  S  .S"  «  =,  «  «  —  S  _3  4,  «  =  "^  iJ  <"  .2  •«  ii  .ti 


^  ^^  g^  -ô  ?i  -^ 


^l 


•  oo  •ce 


446 


COURS 


1      I     o; 

m 

w    iJ 

--s      »-  -r    -w    » 

1  1 

o 

s 

8 

Goltschalk 
de  verges  e 
ri  son. 

^ 

Ce  concile  fut  tenu 
nvitalion  de  Lanliann 
chevêque  de  Tours,  a 
jet   de    Noménoé,    e 
i  adressa  une  lettre  d 

~  c 

o    3 
Z    S 

il 

Q 

3 

5 

Charles, 
n,  roi  d'A 
anda  et  r 
ncile  la  tf 
5 

S 
o 

nouveau 

fit  battre 

ettrc  en  p 

5 

reproches , 
naca  de  l'ex 
tion. 

o 

■=u=   § 

^^  S 

h:  !5  s^ 

-    ci    »    bo 


0:3   ë-H 


^  00 


^  00 


^  00 


d'histoire  moderne.  44? 


3 

C 

c: 

JS 

c 

QJ 

c 

Oh 

J) 

V 

en 

2 

t>~, 

O 

•  O 

5  1' 

C 

-o  -a 

G 

ai 

O 

O 

c 

3 

É 

< 

'o 

c 

§ 

O 

es 

waj 

c 

-; 

Qk-O 

C 

a< 

J 

5 

- 

C-ii 

Q-  « 

Ç3 

1 

S 

C3 

« 

C      . 

c 

S    3 

« 

^^ 

4) 

o 

iC" 

-idoc 

r  ) 

^£ 

O  >a} 

S        05  «  5  5  ^  ^   ^  o 

=       lo  ■-   c--a  t,  =  2  ^  ' 


o  .--j 


5;   &,   -._         c: 

i3  S  U.-S 


-« 

'^ 

te  ^ 

C3 

r; 

C 

o 

T3 

c 

oc 

^ 

■f^ 

lO 

a> 

« 

-• 

^ 

CAi 

.:; 

J3    = 


Cn^ 


o 

i-O  30  »^^  00  l^-  oc  "-^  OO  ^30  ÎO  00 

IM.HIST.    MOD.,    1829.  ^4 


448 


COURS 


•<->    'n    en    'Ti    -n  M 

C     t.     4;  —  •-  _ 

a.>   3   bc-_   2  3 

c  o  t-  3  S  i; 

a-  «  0-=  3 

=  2.-  5  ^.  5 


3  3  S  ■"  5^ 
cr  «  «ci; 
«  ï  o 


g 

'5  ~ 


'5   =   rt  o 


^   c   o   ai  --   2 

="    3    -"  .:3    i,  "^ 

^     C3     «     _^0     - 


:;;  s^  S  3-=. 


bc  3   S 


cSO' 


3  -  "^ 
o    3    « 


I        'Si     ■^ 

bc.E 

-<X>       O       „  :,       -n    ._, 

w   Cu  ï;  oj   oj   ly 

3    '«    3  .C3  -w  c2 

-r  -r  oj  o  P-  ^ 

^  3  .S  - 

.2      .2  =-  =;  a 

«   s  «  «  -^  ?  : 

Si    en  13  -3  M  -3 


•     I     en     I     en 


c^  a 


O     "•'  _  -«    en 


^1 
^5 


ï;  ^  ô  -_2  ^ 


'«  Jd  3  c 

ll§i 

~^     fn     4)     Ur 
^    t;  -3    3 

_a  "^  'c   fcb 

1  i  S  "i 

^    en    g    s 
es    *J     « 

c;   «    > 


. 

w 

-«1 

?g 

•«1 

>î 

s 

M        Sh 

:o.2 

t4 

•  10 

d'hisioire  moderne.  449 


"3  Ji      -73  P  =  i=  E,-«  o  •-  03  o  -z:  =  =  c 

c  û^     §  5  S  ;^  -^  =  5  ^'  .S  ^  "  'S  '£  2: 

s    tn          o  a    «    c        —  ce  m  -T!  5    a    ■■'■'    m  a> 

£  T3    «    rt  «  .£    '^    en    ^  .ï^    C    =^  .^    â    *J  Td  " 

O-  .       t-  —  fco  c     IJ     3  -y  1"  -=2     *^  S     ^     -  -i  r- 

-3  .3  «    3-  3  J3    t:-,-;:  ^    C  0-,-3    «    « 


o   .  o  "i  *f  s  ^  .3i.  5; 

•3    eu  «  &.-2  3  -3  <«  ^  ^ 

i  %  .3^  .s   0-3   s^^ 

3  s  '-  î2    .  s  '-"  h  ^  s  o 

a  cr-a  c3  -«  w  ^s  ^=:  -3  ja 


M   <«  tO  <!)     5 


45o 


cour: 


C/5 

o 

O 

c  t^ 

Sî: 

<u    ^ 

■< 

a.     ^ 

o 

_«  *ï: 

c     r'i 

-    g  O    3 

c  "     ' 

^  -f  I  ^  J 

R    *"  oj    rt 


O 


-5  2-Hâ 


..2  "^ 


O    c:'S 


«   —  _=- 


il  O 


■r  «  j::  -a 


CD    ^ 


tN  tn 

o 
C/5 


iU: 


^S 


D  HISTOIRE    MODERNE. 


45  1 


-  X  -c  Ç  5   " 


3^5 


_  =  5  s  o  .3  «  "= 


,1  _v 

3  3 


ÎJ 

^ 

") 

c/: 

•«        »•/ 

•^ 

= 

3     = 

c- 

«3 

'ii 

5 

= 

= 

= 

C- 

•- 

Ci* 

s-2  0 

l;^ 
g 

■c 

5 

i<; 

0 

y 

y 

a    =    <o 

— 

. 

r. 

-  0  *- 

Jï 

'^ 

'-J 

■i)  sa  eu 

W       3  X      r 


452 


COURS 


>        «  -   c 


n^ 

upa  de 
rude  , 
Boson 

s  ï   , 

"O  .s  '*- 

S-5-S 

o  |>^ 

«  .:2  <u 

§  «1 

o    «    « 

a  rs  -Z 

-il 

Ce 
l'affai 

Vt-4) 

«-S       m   cr'> 

INJ2 

o                  Cn<ï>    o 

C3 

<r§-s    -«  =^ 

>  o  =        o  <f 

S 

-t«    o     D"        *3"  - 

Aix-la- 
Chapelle. 
73. 

Aix-la- 
Chapelle. 

fi 

75. 
Toul  ou 

Savonières. 

5  fc^ 

co-  g 

id 

-< 
Q 

'i  ^4 

ti 

ï^aO 

D  HISTOIRE    MODEUNl, 


455 


•r  c^        «  ^  ^  -^        §  «  I  L^ 


il 

t.    3 


-  «  ^     -   wJ     - 


o  c  «y 


ÏN.2 


-y  3 

ex  s 

10 


00  CO 
CnoO 


Oizo 


454 


COlfRÇ 


C/2 

o 

O 

O 

monasti'res.  et  prit  plu- 
sieurs  dispositions  pour 
rétablir  l'ordre  dans  l'état 
et  l'église. 

82. 

Ce  concile  s'occupa  de 
l'affaire  de  Judith. 
85. 

Ce  concile  s'occupa  de 
l'affaire  de  Rothade,  qui 
dans  le  concile  de  Pitres 
avait  appelé  au  pape  ;  il 
fut  déposé. 

84.       ■ 

Selon  Pagi,  ce  concile 
est  le  même  que  le  pré- 
cédent. 

85. 
Ce  concile,   composé 

sieurs  ecclé- 
siastiques. 

H 

O 

.1.1            .à         -i 

es    c«         10    en                            ^=T  c                      ^0    « 

oc                               l/i                         « 
C/i               t/) 

D  HISTOIRE    MODERNE 


455 


-^i^S        èë 


o   . 
fi. 


jj      I       I      a; 

;V  -g  _o  -a 

§3     , 


-   =-9   S-« 


2,0 -i  Ci       ^' 


«    «    o    :3    - 


,=^  œ  ii  y  «  3  5  -5  ce  -5  -  £-  =  c 

"■=  ^  ^^^i'"'^  ;.^  ^  il 

"  j;  -i  I  o 


;j  j2   <u   '-   =   r: 


Q^ 

_v 

-C 

C 

V 

0 

-a 

~ 

K 

Ph 

.2 

0 

^' 

-TS 

c 

■L^ 

3 

^:s>:  - 


86 
Liuii  il 

tain 
Aquila 

i\2 

00  fl 

^i 

C.S 

--^« 

00  00 


456 


COURS 


C/5 
Z 

o 

h: 

ta 

O 

P 
Q 

H 

o 

puis  sa  déposition  el  dé- 
poséspar  Hincmar;  on  fit 
ce  qu'il  désirait. 
89. 

Hincmar   fut  attaqué 
dans  ce  concile  par  des 
évêques     qui     voulaient 
plaire  au  roi;  cependant 
il  finit  par  l'emporter  et 
fit  rendre  compte  au  pape 
de    tout    ce    qui    s'était 
passé,  ainsi  qu'il  l'avait 
ordonné. 

Le  pape  Adrien  écrivit 
à  ce  concile  pour  recom- 
mander qu'on  ne  consa- 
crât   évêques    que   ceux 
qu'aurait  nommés  l'em- 
pereur; les   évêques   s'y 
refusèrent. 

-< 

.  1  i 

ao  «u  '> 

«0 

!3 

ai 

S 
-< 
o 

m             ,    ■ 

d'histoire  moderne.  4^7 


— - 
'^       «  1 


S?5  O    Ol 


458 


COURS 


^  g 

^. 

îj 

;^a 

^1^ 

a 

■^  2 

C3 

o 

c= 

cz 

-4> 

c    fel 

'CU     V 

'^     C 

«.2-« 

es    ~ 

i=&i 

^•3  j 

c    H    3 

C5'o 

C 

s    o 

c 

?,-S 

c  S^  « 
o  ~  -o 

ui 

?. 

o 

-a 

C 

5   1 

cT 

eu 

^1 

«    o    o 

-a 

OJ 

U 

^ 

« 

-o 

-s    V 

<-) 

o 

=c,i 

^j. 

"     ^  o 

ifi 

•s     > 

— 

^ 

ai 

'à  II 

>■  2 

o 

a 

'«-> 

^ 

en 

-     3 

C5  cr 

« 

cr 

<v 

•S 

M     W 

rr 

V3 

o 

"^ 

o  o 


d'histoire  modeukf..  45p 






— 

— 

— 

— 

^^ 

V  -^  _2. 

C  — 

c 

i,  •-. 

p 

1  2  1- 

V 

—    o    t« 

«   c 

-a 

?  -3     <U 

s  ° 

jl| 

=  1 

^  -O     ^ 

o    — 

•   'y 

E     C 

lO    _ 

O      5; 

<u 

~    y  ''_ 

î^-.  i 

^ 

'ï  S 

b'.ê^ 

^  °iS 

cr  o 

o; 

o     4) 

«    i 

§^  S 

^1 

Q    ^ 

*i 

«   o 

tr,  •— 

«  « 

'ÎJ     «^ 

t 

-•   _< 

en 

V    o 

3  *j    aj 

1     a    a> 

ccordé 
ogne. 

O     3 

.S 

c 

i 

c 

3 

—  t. 

-il 
5i3 

^11 

^-3 
iî4 

c 

o 

o  a 
o 

«     3 

o 

2|  • 

'2^  §1 

5  =  _ 
^1  - 

>   s   rt 

c  s 

^ 

«3 

"c? 

"8 

S 

o   «u   5 

g    o  ^ 

Oh 
C3 

&H-g:g 

1 

'3  £ 

QJ 

g, If 

0)  7Z 

o 

^-?« 

<o 

en    ï- 

CJ    1. 

bc 

O 

^  .b 

H 

'^t 

S  S-- 

S 

s  =  « 

s 

-u 

u 

« 

o 

« 

Oh   o 

C    i-    s 

-il   ffl   o 

fe-a 

o 

-t3 

t: 

15 

eu 

!H. 

c3  rz 

'O  C2     C- 

es 

■2 

I 

■5 

aî 

. 

§11 

« 

3 

to  ■;:;  ,^^ 

Ë 

O 

o 

> 

>- 

tv  6 

a 

o- 

i- 

=^11 

1    ^ 

o  := 

_; 

^'^ 

« 

■A 

C 

'il 

o   a 

Ô 

s  5- 

c 

M       4J 

'2 

"   o 

^ 

Ô  fcO 

7 

^■^ 

« 

iri 

lo  cd 

o  c^ 

o 

Cn 

o 

Cn 

c      tN 

-  GO 

~ 

00 

"" 

GO 

-  ce 

^~ 

"" 

■"" 

"■"  "■■       '"' 

""'  ' 

i6o 


COURS 


r    - 

«   h    / 

r   a   u   a 

cT-:^   ^'5        i  ë   =;  -1. 
=.;5  E-  î        £  i  c--^ 

^ 

=     -     £1,  « 

-   i  a. 

S.  ~ 

«  —    «    f; 

-i:    =  •-  .- 

2,^cr=^-.  =  -. 

^  5 

. 

.i  -^-  c   ?- 

t;  =  'r  c- 

"'•«  «"^-S-ii  -  =  = 

s! 

il 

5  > 

>      3      «      t; 

*i  ~    ~   *■• 
0  i:  "i  i 

*  S  «  - 

If  il 

J  T  ^  -  "  ■g_  --S  4 

ai 

c: 

i 

«± 

~  '^  X.  z 
±  5  1£- 

0  «  3  - 

0 

3: 

w 

2: 

!     0 

'           w 

. 

*~ 

î     r^ 

{     ^ 

tt 

0 

K 

< 

H 

« 

». 

^ 

"" 

u 

!         t- 

__ 

d'histoire  modernk.  4^1 


2  —     -  M  •/;     O     0     -j,     s_ 

«      -      -r)  t>  ï-    -y      w    -^i 

«  -li  .i^^  w  o  «  T  "^  =  '« 

■r  -y  _«  ij  2  *^      -"^      -T— * 

•iî  -5  s  s  ifl  S  «1 

s  s  :7^  s  o  s  ^  ^  s  «  .«-^ 


-  ■£  -  '-ë  =  ^  -"S  ^        ô  g  a  ^ 

"  =   ^   S  ë-l  C  2  *  g        ■"  îa   a- « 


_=_^^i_u^ss     -  =  = 


'c 


kO  3 

o  w  cr 


"^pSI 


?; 

f^ 

•0  00 

0    Cs 

.    «  00 

462 


COURS 


1 

-À 

C 
P 

1         >-î 
{       <^ 

0 

bert,  Forinose,évêqtie  de 
Porto  et  leurs  partisans; 
il    entendit   les    pl'jintes 
d'Hincmar,     évêque     de 
Laon,  confirma  plusieurs 
privilèges,  et  fit  quelques 
canons.  On  y  excommu- 
nia aussi  ceux  qui  enva- 
hissaient   les    biens    des 
églises. 

Le    pape  y  couronna 
Louis-le-Bèguc. 
ic6. 

Ce   concile  ,  composé 
des évêques et  des  grands 
du  royaume  d'Arles,  don- 
na  à  Boson  le  titre  de 
roi. 

107. 

Ce  concile    fut    tenu 

1          ^ 

1    g 

-■§1 

,1 

106. 

Mantaille, 

dans  la 
Viennoise. 

107. 
Fimes. 

s 

0     IN                                      0  00 

«  00                                   -  00 

d'histoirk  moderne.  4^3 


,          I  •^     U      *-•       1)  U      -^         I 

.s  i  i  g  a  2  =  Ë  2 

«     =!  s  O  -3  '^  .  "wî 

.ïi  -^  Z  z:  -^  'f?  P  ii  '8 

iiD  K  -Tt  V    ^    X  o^    'â 

«  o  •-  c  .^  c  3 --2 

-a^s  g  a>±i-a-j;  -7,-3  er 


-3  « 
S. 2 


C-,-<î 


00  10 
o  00 

«  00 


3i.  T.  m.  HisT.  MOD.,  1829.  ^5 


464 


COURS 


o 
z 

• 

2 

1— < 

o 

§ 

l'année  ,  souffletaient  et 
maltraitaient  l'un  d'eux. 
La  chose  fut  renvoyée  à 
un  concile   des  évêques 
de  Septimanie  et  d'Aqui- 
taine. La  discussion  s'y 
ouvrit  en  effet;  les  juifs 
accusant    d'injustice    le 
traitement    qu'ils    souf- 
fraient, les  chrétiens   le 
traitant  de  juste   châti- 
ment.  Alors   Théodard, 
fort  jeune  encore,  avec 
la  permission  de  l'évêqne 
de  Toulouse  ,  prit  la  pa- 
role, et  produisit  deux 
actes,  l'un  de  Charlema- 
gne,  l'autre  de  Louis-le- 
Débonnaire,  qui  établis- 
saient   que   les  juifs   de 

p 

>4 

H 

d'histoire  moderne.  4^5 


oE^ 


ë.  S  «  ;-  ^  «  .2  ^  .2  52  =  ~        «  «  "^  o  a-  .j  .=       ^  g 

^ ï5 1 izï:=  I §11  Elis» ni  g-s:iil 


466 

COURS 

t 

O 

z 

. 

S! 

■2 

1 

1^ 
O 

furieux  les  menaça    des 
dernières      extrémités  ; 
alors    ils   se    réfugièrent 
aux  genoux  de  l'évêque, 
le  suppliant  d'obtenir  du 
duc  leur  pardon,  de  telle 
sorte  que  restant  assujet- 
tis au  supplice  que  l'em- 
pereur leur  avait  imposé, 
ils  pussent  vivreenpaixet 
sûreté  ;  le  duc  y  consentit 
après  quelque  résistance, 
mais  en  ajouiant  la  condi- 
tion suivante,   suggérée 
par  Théodard  :  Que  le  juif 
qui  devait  être  soulïleté  , 
avant  d'être  frappé,  dise 
à    haute      voix     devant 
tout  le  monde  :  «  Il  est 
bien  juste  que  les  têtes 

\ 

1 

fi 

D  HISTOIRE     MODERNIi. 


467 


■n          »^    *-•       (U         1       -^ 

••      CO         r^    ai      U      «5        1 

es 

1 

a;   v 

iuifs  soient  soumise 
coups  des  chrétiens 
que    les  juifs    n'on 
voulu  se  soumeltr 
sus-Christ  de  Naza 
,  Dieu  des  dieux  e 

eigneurs 
fuse,  alor 
sept  fois 
compli  c 
dans   leu 
itérai    vo 
le,  m'éle 

approuvé 
c  l'ajouta 
rma. 

i 

es 

C 

§ 

"eu 

Qi 

-0 

3   « 

2  . 

Seigneur  des  s 
si  le  juif  s'y  re 
il  sera  frappé 
afin  que  soit  ac 
qui   est   écrit 
loi    :   J'augme 
peines  au  septup 
vaut  contre  vous 

esévêques 
ceci;  le  du 
roileconfi 

c 
0 
« 

bc  u 
■il" 

110. 
héodard,  a 
Narbonne 

0  0 

•73    <8    eu  G.-:;    - 

U 

3 

H 

m 


05 


468 


COURS 


r     I   -;  n    I    3  G    I 

.--  .^   a   t-   o  —3  o  "" 


;w-5 


■S  '«  <0     3    O 


^  a 


-  _  « 


f  H 


1-4)    5    "--v    ^        •—  'C 
>    s    M    !-  ns  Js    CU-O  JS 


^    3    C    &,«    «* 

S  ^.2  <=  «'S 

«  ^-° 

3    =5 

^  ^  1-3       »v   ^     flJ 

C    «    rt   ■S    c    «    3 

§  «  !=  .2  .«  o  c2 
r;   c   D-  ""   «   f  -« 

W      q       s       O    .-       C       tO 

C-    «    O    fc-    o    <u 
O    en    V    eu  O    U} 


-!li 

B 

tn           en 

g 

S 

^  -û   St  « 

-^ 

'«^  Ji    3 

.    ® 

Si 

O 

U 

«    QO 

^  X) 


d'histoire  moderne.  469 


t-     i)      '      t«             0)     « 

1      , 

emenl;     pour  un   évêque,   72  ; 
n  prêtre  cardinal,   40  ;   un  dia- 
re    cardinal    de  Rome,  26;  un 

^ 

»->  1 

Vl 

i4 

Il  M  II 

-gss"    -s^ 
J  -  •  s    S  = 

S  «  "  =      ^ 

E.S. 

Si 

"-    c 

II 

L.    3 
3  .« 

*s  •- 

t-^     V     V     c 

-   0   «  S 
c  S    -  c 

s 

0 

0 

-3 

C 
■3 

3 

a 

c 
.2 
*3 
«5 

c 
'o 

a 

<u    ^ 
3    C 

«î  ja 

fer-  3   0 

to  « 

0 

=  c  c  a 

—    c  'S    «    «    = 

0  bc  a  0 

3   fcc^   «.5   0 

élut  p 
ourgo 
couro 
de  C 

»    «^    en 

i-i 

w    =    =    S  .y*-.!?  Z 

«       c  «  " 

"•êlsl 

^^  S  ^  a  ^  5  « 

G,-)  'îf  -a    'J  -T! 

^ 

ô   rt   ô  -i   2 

^  S  '^  q  g  ïï* 

112. 

Évequcs 
grands. 

1  0^^"  S) 

S    -    ^    =          ^ 

.  « 

fô 

i 

a 

(U 

'^   c'û 

- 

i»-> 

s 

ù^ 

S 

470 


COUlîS 


«  — '  ■-    1 

•^  «   a 

.i   ""   «   o 

églis 
t  join 
hapel 

S^S^   o 

3            oj 

se 

eur  1 

son 

a  des 

heso 

'=     Ë    1    « 

•-    3  -y    CL, 

o 

^^   c     a;  —     U-. 

-  .£P^  •=    « 

=  .2  3  :" 

-*< 

l'aucun  se 
des  dîmes 
e  prêtre  q 
ntier  pour 

é 
'> 

^ 

u'un  prêtre 
insqu'àlas 
oute   antiq 
n  n'en  peu 

O'  ^  »  '^ 

C.î 

c    «    3 

f  ) 

•û  c-3 

«s 

-r:  TS    cr 

c  .-   -^ 


a 

C 

=    3    C  5    b 

O     o  ^  ^  - 

i:'^  O  a  S 

c   ^   ="  —  "^ 

u  =  «>  3  £ 

.2 -^  â- « 


^  1  S  -  "^  = 

^  ;i,  «   3   «5   cr 

y?       »  Sirs 


-S   S  =   = 


«    &.'" 


â  S 


^'i  H  ^1  § 
"  i  s  «  s  .s  " 


^    3 
■"=«  -es 

il 


«  <u  -; 

3 


=sr 


D  HISTOIHB    MODERNE.  4?  ' 


ta 


S:  a 


.2  'r!<«'TD3«'5  .''     =     c«'^'''u 

il  "l|"iîii  'iHiiliii 


«     «     4J     cfi     «     fcCi<>U 
3      en   — .      r;  t,      t. 


*;!     . 


472 


O 

■< 

un  clerc,  fassent  pénitence  et  pen- 
sent à  s'amender. 

Que  personne  ne  s'empare  frau- 
duleusement de  l'aumône  d'un  évê- 
que  ou  d'un  prêtre  mourant  ou  ! 
malade.                                                 | 

Que  les  séculiers  ne  donnent  ni 
ne  proposent  des  églises    sans  le 
consentement    des   évêques    dont 
ellesdépendent,  etqu'ils  n'exigent 
aucun  tribut,  sous  forme  de  don, 
des  prêtres  à  leur  entrée  dans  les 
églises  ;    qu'ils    n'en     extorquent 
par  aucune  violence. 

1 

3 

Q 

1-9 

O 

I20. 

Foulques,  archevêque 
de  Rheims  ,   couronna  , 
dans  ce  concile,  Charles- 
le- simple,  compétiteur 
d'Eudes. 

3 

3 

o| 

"  -a 
es 

H 

o  to 

-  00 

D  HISTOIRE    MODERNE.  4?^ 


=  ^S3^'^'T3<.>-^ 


g3c"^S-      ;2i"3£«g«G'S    -S-030 


le  Si    11=1  g. 


-00  «  GO 


î:4 


COURS 


bp 

-5 


o  *^ 


2  o-  ' 


2.^  a 

eu""  3  • 


CL.~     en     03     t»  ^    *J 

o         C    re    3    cr 
5)         O    c-  c-  a- 


-  =^  c 

C3     J     en       ^ 


a.  u 

^  fcX) 

4-1  O 

<U  In    . 


5  ô-S 

Sns    S 

c  s 


D  HISTOIRE   MODERNE. 


.f7l> 


«  « 


^  =  «^-1  22  5:3  ^  ë--3^-  -^       ^  S  ^J  S  °  1 


S  -2^  ii  -.  ",  <^  ^ 


«ec^-^  i^  -■§ .  -  s  -'S.=  g:^  &--  «a  ^  i^  1-^".^^ 

«  •?  g  Eî,i=    :  g  «  g  ^  I  s  o  :-  -  .s  s  fl^|  §  =  s  s  s  ^  o  ii 


S)  -a 


476 


COURS 


o 

qu'entre  les  clercs,  que  l'évêque 
prenne  les  reliques  de  cette  église; 
qu'il  en   ferme  les   portes  et  les 
scelle  de  son  sceau,  afin  qu'on  n'y 
célèbre  aucun  office,  jusqu'au  mo- 
ment où  elle  aura  été  pourvue  d'un 
prêtre  digne  de  soignerle  lieu  très- 
saint,  et  de  procurer  le  salut  du 
peuple  de  Dieu. 

Que  le  comte  ne  force  pa»  un 
pénitent  à  venir  au  plaid. 

Que  celui  qui  aura  commis  adul-  | 
tère  avec  une  femme   ne  puisse  1 
jamais  l'épouser. 

Si  un  mari,outragé  par  sa  femme, 
veut  la  tuer,   et  qu'elle    s'enfuie 
près    de    l'évêque ,  celui-ci    doit 
s'efforcer  de  dissuader  le  mari  de 
son  projet;  et  s'il  n'y  réussit  pas, 
il  ne  doit  pas  la  lui  livrer  pour  qu'il 

o 

Q 
O 

i 

g 
^ 

d'histoirk  moderne.  477 


?       i  a  -       !;  C.-2  ^  o  «  ï  ^—  '«  ..  c  -"^  S  p  ï      ;=  — 


C     (M  "*     o  CD    O 


2    "    a.  •«  ^    è  'C  ^    «    ^  .ï  =    g  >  i    -    s    =    =  V>    è^n  ^       -ï    S5 

«rt---"i     11^1311         es 

§-0  S  s  ^  5i  «-5  -^^^    .  i 

o       --■c;::232t>i3Cor3—   ^ 

'S       ^  o  -  o   =   ë-^  -?   ^'S  :ë  00   P   § 

c  «  c  3  '■«  '«  S_  §  ■;^  !=-  c  -o  -  ^ 


I' 


478 


COURS 


c 

a> 

i 

r,r  i  W 

U      1       /l     43 

ï)   <u   =   c 

O    w 

3 

Zi 

s  c 

V)-^  « 

=    -    ^    ^  — 

3j  ^  O  3  '3 

■-       *>  o 

'«  = 

« 

^  = 

.S    « 

o 

O 

a 

S) 

-C 

5 

en 

-  ï  s 

s    =    =    ^  -3 
O    O    O    2 

?^  o  c  <?5  2 

-y  .5P  2  '3 

i;  *«  -^    i« 

«^■^2  5 

o  _,       = 

-< 

'3 

1 

<0) 

|J3 

"tfi  « 

«    O 

=  î 

;j 

H 

crË'Ë   =^> 

'/:     J^'^'V 

^ 

«    O    _    = 

_ii 

eu  ^  "« 

■-  a  °  J    . 

—    C    C    C 

.•=:  c 

rz;  o 

« 

t5f.^^ 

=  % 

"en    C 
^    O 

2  gC 

'tu 

-a  ^« 

5^  2  g^ 

-3  S  3 

11 

-2   o 

3    '^ 

CU-r! 

-3 

>.    «    C 

o.     ;«  S  D.Q  J2  ^  5 

P 

« 

1^ 

&> 

u 

*3v 

Ï5 

ii 

O 

î:j 

p 

3 

Q 

3 

:_, 

c-    . 

H 

35  ja 

M 

S^ 

O      J 

clJ 

d'histoirl  moderne.  479 


sg'SïSliï.lls.MssiËHI   .111 

X  2  -«  S  ■«  p  ,^  :^  «  c  «  s  c-  «  .y,  -^      X  -y  s      «  «  -es 


m    en 


""  _     3     =     5     «   :- 


3     «     Ç  ï     S     W 


Si«!i-i-5     30£l-S«-^tft3C  «'=« 


~  ^  ,^    =    J    -    =  -  _t-~    -£2        Ji    '^.    '^   ^    '£    = -^         Sii^ 


'o  "■«  !5>  *-  y  -  f=  — >  '^  ~  ^  =3       P 


•r  "Ô  ^  '"1   3  -5    £  -^  .^    Cr  -;  'u,    9.    -f,    ri    "v    ^j  "^    ^  ■-.      .    o   ■-    h 


c  -a 

O    o 

«  s 


4.  S. 5 


3i.  T.  m.  HiST.  MOD.,   1829.  36 


48o 


COURS 


CANONS. 

1 

O 
Q 

O 

rendre  à  l'église  de  Saint- 
Jean-Bapliste  des  domai- 
nes qu'il  avait  adjugés  à 
l'église  de  Saint-André. 

X«  SIÈCLE. 

Ce  concile  excommu- 
nia les  meurtriers  de  l'ar- 
chevêque Foulques. 
2. 

(  Quoique    ce  concile 
ait  eu  lieu  en  Espagne, 
nous  le  donnons  ici,  par- 
ce qu'il  était  composé  des 
suffragans  de  Narbonne , 
qu'il  s'agissait  d'un  drdit 
de  cette  métropole,  que 
le  suivant  j  sur  la  même 

1. 

12  évêques. 

2. 
8  évêques. 

p 

3 

j. 
Rheims. 

a. 
Barcelone. 

a                             .0.6 

0                                                         (Ji                  a:> 

d'histoire  moderne.  /|8i 

■s  ^  s  = 

«    C  Z!    o 

'W  -ta  ;«  s 

■«.*-'    — 
■— <    0}    en  Jï 

„,    "S    "S     2 

O    O    O    rt 

g  s  s  ^ 

)-^     s.     U     b 

.S  =  i^  «  — V  «  :r:  »n  .3  en  «-febS^       ^:=-cri  S  ^  :S  ~   a  « 

(V)    es         «    4)    Cr>s.i    <-^         5"C^*^"*3aj*         5a»aj^         ew^cn 

|lr|£.s.:ii  ailïili  ô|°i  u|t| 

5CJ  4-    a.  «    «    fcc  O    3    «  xu  ;a;    c    O  <u   o  0    =    0  -«•-•- 


.i     C     «  I      O     C3       .  ^  .^ 


en  '««2  i-sÇU-ÇJtJD 


•    Cn  .0  .Ci 

G5  00 


CD 


482 


COURS 


«2       _      t.     ^ 


I  «     «     UJ 

o    .  c  ta  • — ■ 

Cu  c  «   2  •" 

«    -  «  'c    "^ 


se- 


.,.  :5  ?p^  «  tiD-_=  *-  -  «  5  §  = 

f.      <«     .r,      rt 


.2  =^  ^  = 


-o  :=  ^  =' 
—  o  3  -2  '« 


~     en    u3  — 


"  5  2^  &H« 

.5  ■=    « 


■ilJg 


^  t  <= 


i;    aT  «    _    o    <U 
^    o  Ph    «    en    2 

•1^  ^-à:' «w  ^ 


d'histoire    moderne.  L{iij 


A  «  <^c  «       3       s. s       s 


— I    <u 


,3    .  V    ,  «  _        (u  S  "^  -i-'  ï  y  r  -  ^^ 


O  ^3    g    en 


•^  ^^°  «  i  ^  2  S°il  =  ^  '-.  =  1  =^?^.=  ë^ï.5  ë  s  «  -  « 


484 


COURS 


" 

(U    «     «      1 

c    ca    tn 

a»   «   «   ^    1     1    c   "«  ^ 

po  d 
entr 
eld 
ques 

qu'o 
de  1 
ique 

u 

i-g  s.ë 

■^     <D     F 

-OD-5"^c!'-Sa« 

^ 

-^  "  2  5  w  ^  =  o  -5 

o 
p 

Q 
H 

•S  ^  5  S  =«• 

6. 
concile 
erelle  é 
êques  d 
ie,  pou 
e  limite 

7- 

Ce  concile  c 

célébrerait  la 

translation   d 

de  Saint-Mar 

trouve 
e  ,  des 
er,  arc' 
consii 
0  Galter 
enonensi 
diqucrq 
e,  mais 
es  rens 

■-s 

O 

Ce 
la  qu 
les  év 
Pallar 
tion  d 

=  ë--^  :„  rg  =0  .E  -3  ^ 

^  â.  i  S  1 1 JJ  §  « 

«  s 

3     « 

c/ï 

^     ^   '^ 

ï; 

<a>  ,;;'  Q 

-«1 

s^  £  rt 

-|§^ 

t« 

2Hâ 

.«           3 

^-^  " 

,0     o     CL.  « 


d'histoire  moderne.  4^5 


.  S  o  -  -5  -^  .t  cr-H  "2  i  -5 

'S  s-  «  t;  s  3  £  o-iï 

^  S  S  .2  S  <-s  '=  ^  S  "  = 


rs 


eu  5  &--5       ^^è    §  —  W  5  '35  S  ^- 

.ES  g  «  "=  g  -^  .  -«  g  2  g  «  ^  s  -« 

«  a  V.  ^  §  y>=:  o  ^  •§  S  2  .  t  '  -  o 

«s  CJ '3 'Se--    2^3  rjS'O  utiïï  — 

QjO  ^tn<n<U?5„^3  •—  -r  ^C           3Cl, 

■wJC!  t!i 'i     /-.     r\   T^ 


«CiTafl  t/iJ3  fc-«     Cm  "S 


=  S- 

o  <«  o  -a; 

-     >  O    fcC 

>V  3     b 


.  c 
c   a< 

"3 


486 


COURS 


3 
ai 

*3 

-S 

tri 

3 

4) 

C 

C 

« 

S 

.2 

o 

C3 

a 

i." 

"fcC 

3 

S 

-aj 

<â3 

en 

C- 

•^ 

f3 

O 

'5 

T 

'5 

i 

■«îj 

o 

-2 

Te 

g 

— 

ï 
C 
C 

Se 

«5 

& 

s 

«^ 

C 

A 

1 

o 

3 

g 

 

i 

1    s 

lîl 

sijl 

c 

u 

Oi 

■211 

i    ® 

lii 

o   i 

V 

C3 

.2 

1 

'^  o 

«s 

C3 

1^ 

O 

^1 

Xi 
O 

6S 

S 

Si 

-  ?= 

oî 

c    ^    , 

«  s 

S 

a 

<D     co     Ȕ 

3    W 

3 

-«f 

.  t>  g  C 

.  sr  «: 

tô.g' 

H 

-,   «  .3   « 

M  <u   i; 

£ 

-  -a     «     fcjD 

—     >■     3 

""    >. 

P  ^    re 

•"v  .H 

"0) 

< 

«o^é 

•      3    m 

to 

•^  -3    »j 

D-^ 

— 

sL      »3      « 

. 

«    C  *o 

s 

CT 

13 

H 

«^ 

to^" 

P 





ï& 



-  o 

'-'   c: 





-    05 

d'histoire  moderne.  4^7 


=.5  %  £--? 

g^Z  5-  =  s  '^  ^ 
^  c  s^'?  ^  5  s 


"^    ij 

■r.  en 

— 

îrs 

u    '^ 

_rt 

^-S 

o  r3 

rt     ^ 

— 

il 

§:« 

"rt 

o  eu 

Ô 

II 

-^  -3 

II 

J3 

'rt 

o 

-rt  -^ 

c" 

""" 

.y    1    jj    1   t:  _r  '^'^    '    ~ 

1 

c  2 

v 

iif^liiil 

S 

.2  §" 

o 

il 

U3 

.!  ï^^lïlil 

o 

o 

<u 

•=  i 

To 

o 

•2-^-5:=-5.:;;e-^:2 

-1) 
-5 

c 

.2 

o 

§ 

o 

« 

•H 

*C3 

«  :2  .=  ^   3,  —   o  -^ 

.2 

u 

.5    î 

— 

rt 

&.i-oo+i«o2 

"> 

C    rt 

ts 

r>     « 

. 

en  "sï 

« 

S  eu 

^<l" 

O 

>■ 

>-  o 

-V 

-W    3 

550 

«o 

to  s 

fci) 

sé-^ 

«1 

CD 

3 

M       &4 

H 

"s 

W 

-=-^ 

ir 

cl 

5D 

to 

«  o 

M 

o 

Ci 

488 


CB    c 


?  S 


>^ 

O 

o 

i*s 

p 

k 

Q 

^ 

H 

<o 

W 

« 

^ 

O 

s:a.:r 


g  «  <u 


5  S  iî  -1  c:=  g  ^ 
a  -a  4)  Si  t« 


3 


.1     «^£-§.53-2- 
•5  S         ^^i2:SiJ-«K 


6^ 


S 

i^ 

c 

tkSi 

V  o6 

'  à 

o 

êS 

£ 

o 

d'histoire    MODEREE.  4^9 


1      3     « 

. 

O    o  "« 

«  «  = 

'î^ 

dat 
ncil 
1  de 

In 

S) 

«  o  ;: 

«  2  «  :: 

o   »  1^. 

JU 

On  ign 
ive  de 
1  s'en  e 

•rz 

V 

^       —  ^i;   c3  «  •"  S  o^-a  -ii  o   «  H   EU)'^ 

«      c  ^:«  §.S  ë°r  «  ^'      §^î3i«';g| 


(M  erg 


I    «  c  ri 

2    O  -r)    =n 


■s§l 


^d      _•  ^      «  ^  w^  ti- 


490 


COURS 


H 

L. 

■^ 

i-:i 

Q;     v^ 

rt 

W 
^ 

3 

O 

p 

c  M  :z: 

«          o  , 
c        c 
fco       o 

H 

^  c 

•s.     "' 

tq 

1  ^ 

1-5 

'a 

pa 

6 'S 

c  -y 

O 

-rt 

'^  >/5  ii 


<  <A 


«   o 

c 


(S    O     ^ 


•V 


!  ^   .2  a 

•    3    3    3  -^ 


m 


ë--ë5 


^S.1 


«    CD 


d'histoire  moderne.  491 


»"aj"u  t«4-'ii  itt'""'  -i)«Niia)  3 

1:       i^«î      Pir    iil^l     ^ 

wrt—  cs-a  ,^T3fcco  co"=«c«  -n-dSoc 


.  ^  S. 


«  ta 


«0  "05  «05  tOo 


492 


COURS 


en 
O 

■ 

H 

o 

Q 

sa 
O 

contre  le  comte  Hainold, 
dont  l'excommunication 
fut  différée  à  la  demande 
du  roi. 

3i. 
Ce  concile  excommu- 
nia le  comte  Isoard,  qui 
retenait  des  domaines  de 
1  église   de   Saint -Sym- 
phorien. 

32. 

Ce  concile  fut  convo- 
qué   à  l'occasion    de    la 
mort  d'Artaud.  Plusieurs 
évoques  voulaient  qu'on 
donnTit  le  siège  delUieims 
à  Hugues,   d'autres    s'y 
refusaient  ;  le  concile  fit 
consulterle  pape,  et,  sur 
son  avis,  élut  et  consacra 
Odalric. 

■«1 

H 
-s! 

é 

3 

ry,  dans  le 
Uhémois. 

3i. 
Lieu  incer- 
tain,surles 
confins  de 
la  Bourgo- 
gne. 

32. 

Sur  la  Mar- 
ne, près  de 
Meaux. 

a 

ai      si 

d'histoire  moderne.  49^ 


-  bD^  o        «  eu  S  r*  eu 


3  '"■'  à  -S  ■«  -i;  <!  « -o  g  « 


o    <n   * 


<.i.igi|£|  fS-isIri     ^hitsï 
.8£â^-ëi-«|  .„|s||^J^  .^if'ël^'^l 

iSl-i^i^  i-.-^is^.^i  i«vi>^l 

uS^i^^S.?      3l=.S^i|a      o'":2||;Sa 

>  a  2  »^  « 
•  «a  a  c    , 


«Pi 


â 


S  *^  -a 


t<î     V 


494 


COURS  D  HISTOIRE    MODERNE. 


o 
< 

O 

p 
Q 

O 

5G. 
Sevin,  archevêque  de 
Sens,  rendit  dans  ce  con- 
cile plusieurs  propriétés 
au  monastère  de  Suint- 
Pierre-lc-Vif. 

S 

36. 
6    évêques,    4 
ecclésiastiques 

P 

^ 

A 

ii 

I 


.'t  ,*•■     .  ^»,-/'-'^"<t  ^^  '>  '". 


ai 

1 

UNIVERSITY  OF  TORONTO 

co 

H 
O 

LIBRARY 

1 

i 

Do    not   // 

4 

H 

S3 

re  move  / 

OiCJi 

O 

LO 

•H 

1   ■( 

?^ 

15 

1   ■' 

CtJ 
•H 

the   card  1   \ 

•H 

H 

■' 

th; 

•H 

1 

o 

> 
O 

from    this  \ 

CM 

a 

\\ 

§ 

H 

(^ 

t3 

Pocket.         \  _ 

-p 

Oi 

^N^ 

o 

u 

^^ 

!S1 

•H 

•H 

O 

1^ 

-P 

c:3 

•H 

0 

ECÎ 

1 

3 

— 

Acme    Library    Card    Pocket 

^ 

H 

1 

Under  Pat.  "  Réf.  Index  File." 
Made  by  LIBRARY  BUREAU 

EiRsassvï^^irafl 

•^£x^.    -^A^^^Jç^ 

Wm£ê 

^'■js?2^^^^^-  --            *- 

:à^?t. 


■  -■■  ^f 


msëM 


m- 


^■î^ 


Ï.5 


•■tt'    ^-.«fc^-i- 


PMV         < 


V'î.